Le Mémoire d'Azov (en , Pamyat Azova) est un croiseur cuirassé construit au pour la Marine impériale de Russie. Il porte ce nom en mémoire du navire amiral () qui se distingue lors de la bataille de Navarin le . Le drapeau de Saint-Georges hissé sur l’Azov est transféré sur le Mémoire d'Azov. Déclassé en 1909, le croiseur est converti en navire entrepôt pour torpilles. Lors de la Campagne britannique en Baltique (1918-1919), il est coulé par une vedette-torpilleur britannique.
Histoire Origines Le vice-amiral russe Ivan Alexeïevitch Chestakov est à l'origine du croiseur Mémoire d'Azov. Ce bâtiment de guerre est construit sous la supervision de l'ingénieur naval N.E. Titov. Son lancement a lieu le en présence du tsar Alexandre III, de l'impératrice Marie Féodorovna, de la reine Olga de Grèce et du général amiral, le grand-duc Alexis.
À l'occasion du bicentenaire de la naissance de Pierre de Russie, sa mise à l'eau eut lieu le à midi. La cérémonie se déroula en présence du tsar, des 197 marins du navire et des 14 officiers placés sous le commandement du capitaine de Nikolaï Lomen. Ces marins appartenaient au de la reine des Hellènes.
Le voyage du tsarévitch Le Mémoire d'Azov eut un rôle particulier au sein de la marine impériale. L'empereur Alexandre III le choisit pour le voyage d'études de son fils en Orient, le tsarévitch Nicolas Alexandrovitch. La préparation du navire est d'une ampleur sans précédent : des meubles de luxe, des équipements, des miroirs en acajou sont installés sur le navire.
Le , le Mémoire d'Azov prend la mer pour son premier voyage. Il se rend en Europe, puis à Sébastopol. Dans ce port de Crimée, l'un des fils du tsar monte à son bord puis le croiseur met le cap sur l'Asie.
Les Turcs refusèrent au Mémoire d'Azov le passage des Détroits. Le , le tsarévitch monte à bord du croiseur à Trieste. Après son passage par le canal de Suez, le bâtiment de guerre accoste dans un port de l'île de Ceylan.
En , le Mémoire d'Azov jette l'ancre à Bombay où il reste amarré pendant quarante-deux jours. Le tsarévitch descend à terre et assiste à des programmes de divertissement. Dans la même période, le frère de l'héritier du trône, le grand-duc Georges Alexandrovitch servant en qualité d'adjudantCorrespondant au grade d'aspirant de marine dans un certain nombre de pays sur le navire, souffrant de tuberculose est transféré sur le croiseur le et reprend le chemin de la mère patrie.
Le , le croiseur ancre de nouveau dans un port de l'île de Ceylan. La poursuite de la croisière se déroule comme suit : : Singapour : Batavia : Bangkok : Saïgon : Shanghai : Hong Kong : Nagasaki : Vladivostok
thumb|upright=1|Œuf de Fabergé contenant un modèle du croiseur Mémoire d'Azov À Vladivostok, le futur Nicolas II de Russie quitta le Mémoire d'Azov et le capitaine de Grade correspondant à celui de colonel dans l'infanterie ou l'armée de l'air Nikolaï Lomen, qui était malade, est remplacé par le capitaine de S.F. Bauer.
Pour commémorer le voyage en Extrême-Orient du Mémoire d'Azov, Alexandre III commande deux œufs de Fabergé avec, à l'intérieur, un modèle en miniature du navire.
Retour en Extrême-Orient et installation en Baltique En 1892, le Mémoire d'Azov effectue un nouveau voyage en Extrême-Orient. Il navigue le long des côtes russes et accoste dans divers ports étrangers. Le , le croiseur jeta l'ancre à Vladivostok, et un nouveau commandant fut nommé : le capitaine de Grigori Pavlovitch Tchoukhnine (1848-1906).
À l'été 1892, le croiseur est affecté à la flotte de la Baltique. Le , le bâtiment de guerre accoste à Kronstadt.
Service en Méditerranée thumb|right|Photographie du Mémoire d'Azov
Divers travaux relatifs à l'amélioration et à l'élimination des défauts du Mémoire d'Azov sont effectués au cours de l'hiver 1892-1893. Le navire participe à la visite de la flotte impériale russe à la flotte française à Toulon en , dans le cadre de l'Alliance franco-russe et l'équipage fut reçu avec forces festivitésL'Illustration, , 14 octobre 1893. L'escadre est commandée par l'amiral Avelan (à bord du Mémoire d'Azov et de l'Empereur Nicolas Ier), loué par la presse française.
Le , le navire est affecté à une escadre de la Méditerranée. Le croiseur Amiral Nakhimov avait déjà rejoint l'escadre en septembre. Prenant place dans la ligne, l’Amiral Nakhimov manque d'éperonner le Mémoire d'Azov, mais, par son action décisive, le commandant du Mémoire d'Azov évite la collision et le croiseur subit peu de dommages.
L'escadre de la Méditerranée accoste au Pirée, puis les bâtiments de guerre russes jettent l'ancre dans différents ports de la Méditerranée. Ils accostent également dans la baie de Salamine et sur l'île de Poros. Les manœuvres du Mémoire d'Azov se déroulent jusqu'à la fin de l'année 1894.
Dans la flotte du Pacifique thumb|left|Le Mémoire d'Azov et le Vladimir Monomaque au large des îles Chifu Le , le Mémoire d'Azov quitta le port du Pirée et mit le cap sur l'Extrême-Orient.
Il accoste dans le port de Nagasaki, le . Le croiseur est alors affecté à la flotte du Pacifique, placée sous le commandement de l'amiral Pavel Petrovitch Tyrtov (1838-1903). En vertu des lois prescrites par le gouvernement japonais, les navires de guerre russes furent disséminés dans divers ports japonais. Ainsi le Mémoire d'Azov et le sont ancrés à Nagazaki. Le , les deux croiseurs sont rejoints par l' Empereur Nicolas naviguant sous le pavillon de l'amiral Makarov.
À la fin du mois d', l'escadre commença sa concentration dans le port chinois de Tchéfou et se prépara au conflit contre le Japon. Afin de protéger l'escadre, l'ordre fut donné de peindre les navires en gris clair, mais les commandants des bâtiments de guerre profitèrent de l'occasion pour choisir la meilleure couleur et le Mémoire d'Azov fut recouvert d'une peinture de couleur gris rosé, la couleur de la région. De ce fait, le croiseur se fondait avec la mer, la nuit, le soir et à l'aube. À la même période, les escadres des amiraux Tyrtov et Makarov prirent la mer afin d'effectuer des manœuvres. Le Mémoire d'Azov prit la tête de la colonne de droite.
thumb|right|Le Mémoire d'Azov dans la baie de Kiaou-Tchéou, futur emplacement du comptoir allemand de Tsingtau (Tsing-Tao) Le , le mouilleur de mines Cavalier entra en collision avec le Mémoire d'Azov créant des dommages à bâbord.
Le gouvernement japonais renonça, peu de temps après, à ses prétentions sur la péninsule de Lyadunsky et donc, en ce début d'une certaine détente diplomatique, le Mémoire d'Azov se rendit à Vladivostok, le , sous le commandement de l'amiral Tyrtov. Pendant six ans, le Mémoire d'Azov fut la force principale de la Flotte du Pacifique.
Il resta ancré dans le port de Nagazaki pour que l'on lui ôte les coquillages et les algues sous la coque, du au . L'encrassement de la coque était si important que le bâtiment de guerre avait perdu de la vitesse (près de deux nœuds).
En 1898, le principal événement pour le Mémoire d'Azov fut son transfert à Port-Arthur.
À la fin de l'année 1899, le Mémoire d'Azov est transféré à la Flotte de la Baltique. Le croiseur accoste dans le port de Vladivostok, le , et est utilisé pour l'ouverture des voies maritimes au printemps.
Service en mer Baltique En 1900, les chaudières et des tubes de pompage sont remplacées.
Au début du conflit opposant le Japon à la Russie (1904-1905), le Mémoire d'Azov fut affecté au du Pacifique et placé sous le commandement du capitaine de F. F Silman. En raison de son mauvais état technique, le croiseur ne fut pas autorisé à prendre part à la guerre russo-japonaise et à la bataille de Tsushima.
Le Mémoire d'Azov subit une révision importante en 1904. Ses six chaudières sont remplacées par dix-huit chaudières de type Belleville et l'on ôte l'un des trois mâts. D'autres travaux de rénovation sont effectués en 1906. Cette même année, le bâtiment de guerre est affecté comme navire de formation sous le commandement du capitaine A.G. Lozinsky.
La mutinerie à bord du Mémoire d'Azov En , le Mémoire d'Azov est le navire amiral d'un détachement de formation d'artillerie en mer Baltique et son commandant est : Alexandre Grigorevitch Lozinsky (-), capitaine de rang, nommé commandant du Pamiat Azova le .
À bord du croiseur, certains officiers et certains élèves militaient en faveur des idées révolutionnaires. Le timonier Lobadine, Nefedov, le Grade militaire créé par Pierre le Grand, ce grade était destiné aux sous-officiers de la flotte Stepan Gavrilov, Kolodine, Alexeï Ossadsky, Kouzmine, Dmitri Kotikhine, Grigory Boldyrev, Afanassy Cheriaev et Penkevitch et bien d'autres. Ces derniers échangeaient sur leurs idées politiques avec les autres marins et des journaux de gauche apparurent à bord du croiseur.
Les marins bolcheviques commencèrent à se réunir en comité de cinquante personnes, le . Stepan Gavrilov débute la discussion sur le télégramme concernant le soulèvement de Sveaborg ( au ). Dans la nuit du 19 au ( au , le capitaine Mazourov trouva un matelot qui lui était inconnu caché sur le pont. Il reconnut en lui un agitateur déguisé. À du matin, deux coups de feu retentirent sur le pont. L'aspirant Chorovski fut blessé. Le capitaine Rymski-Korsakov réveilla le commandant et les officiers. Voulant s'armer, ils trouvèrent les fusils n'ayant plus leur culasse. Soudain la lumière électrique s'éteignit. Les officiers et le commandant se précipitèrent sur le pont. Les tirs débutèrent sur le pont supérieur et deux lieutenants furent blessés. Aussitôt, le commandant Lozinski ordonna de cesser le feu, mais quelques secondes plus tard c'est l'officier de quart Zakharov qui fut tué. Lozinski fit face aux mutins en les exhortant à revenir au calme et il fut blessé par les baïonnettes des matelots. Ses officiers, l’évacuèrent dans la grande chaloupe, les mutins pointèrent un canon, tirèrent et coulèrent la chaloupe, ce qui entraîna la mort du commandant. Le Pamiat Azova ouvrit alors un feu nourri sur les petits vaisseaux de guerre l'accompagnant et réussit à prendre la mer. Le vingt juillet dans l'après midi il revint en rade de Revel. Une bataille s'était engagée entre les mutins et les hommes restés fidèles. Les officiers et les hommes resté fidèles eurent le dessus et demandèrent l'intervention de l'infanterie. Au total, cinq officiers et quinze matelots trouvèrent la mort au cours de cette mutinerie. Le journal Le Figaro (Paris, ) indique que 150 mutins ont été arrêtés et le Lokalanzeiger (Berlin, ) que les mutins se sont rendus sans difficultés.
Le procès des mutins se déroula du au . L'affaire fut jugée devant la Commission spéciale de Revel. Dix-sept personnes de grade inférieur sont condamnées à mort par pendaison, douze marins aux travaux forcés pour une durée de six à douze ans, treize marins sont envoyés dans un bataillon disciplinaire ou en prison, quinze personnes se voient attribuer des sanctions disciplinaires et trente quatre marins sont acquittés. La pendaison est remplacée par la fusillade et, le , les dix-sept hommes condamnés à mort sont exécutés et jetés en mer.
Le capitaine de Kouroch (1862-1918) est nommé commandant du Mémoire d'Azov. Son officier supérieur est le capitaine de , le prince Troubetskoy.
La rébellion à bord du Mémoire d'Azov est réprimée, mais ces événements sont à l'origine du changement de nom du croiseur. Le , après avoir été armé de quatre canons de , le Mémoire d'Azov est rebaptisé Dvina (), en hommage au capitaine Lozinsky, il s'agit en effet du navire école qu'il avait commandé en 1904, année pendant laquelle il avait été nommé capitaine de rang (06 12 1904).
Reconversion du Dvina À l'automne 1915, le Dvina devient une base flottante pour les sous-marins britanniques opérant en mer Baltique. Une grande partie du croiseur est démantelée et transformée en logements pour les sous-mariniers et le personnel de soutien.
Carrière dans la Marine soviétique thumb|right|Le Mémoire d'Azov à Cronstadt