Drikung Kagyu ou Drigung Kagyu () est l’une des huit lignées dites "mineures" de la tradition Kagyüpa du bouddhisme tibétain. Les lignées "majeures" désignent celles établies par les disciples de Gampopa (1079-1153) tandis que les lignées "mineures" font référence à celles fondées par les disciples de Phagmodrupa (1110-1170), l'un des trois disciples principaux de Gampopa, ce dernier étant lui-même disciple de Milarépa. Parmi les huit lignées mineures, celles de Taglung Kagyu, Drukpa Kagyu et Drikung Kagyu sont les seules à exister au comme lignées indépendantes.

Son fondateur, Kyobpa Jigten Sumgön (Drikung Jigten Sumgön Rinchen Pal, 1143-1217), originaire du Kham (Tibet), érige le monastère de Drikung Thil, le premier et principal centre monastique de Drikung Kagyu à au nord-est de Lhassa, dans la vallée du Shorong en 1179. Il est plusieurs fois détruit durant différents conflits. La lignée Drikung tire son appellation de la région du même nom.

À la mort de Gyalwang Konchog Rinchen, les représentants de la lignée Drikung se mettent en quête des deux nouvelles réincarnations. Les recherches finissent par aboutir, offrant désormais l'accession au trône au Chetsang (frère aîné, réincarnations de Gyalwang Konchog Rinchen) et au Chungtsang (frère cadet, réincarnations de Kunkhyen Rigzin Chödrak), tous deux portant le titre de Drikung Kyabgon ('bri gung skyabs mgon), « refuge de Drikung ».

À ce jour, Könchok Tenzin Kunzang Trinlay Lhundrup, né en 1946, représente le Chetsang. Celui-ci siège au Drikung Kagyu Institute à Dehradun, en Inde. Le et actuel Chungtsang, Könchok Tenzin Chökyi Nangwa né en 1942 est basé, quant à lui, à Lhassa. Ils comptent parmi les plus précieux maîtres spirituels de la lignée Drikung Kagyu. Le fondateur Kyobpa Jigten Sumgön prédit à maintes reprises, « À l'avenir, mon enseignement prospérera par le biais de deux Bodhisattvas, qui seront comme le Soleil et la Lune, par leurs qualités de compassion et de sagesse ».

En dehors de la vallée Drikung au Tibet central, la lignée Drikung Kagyu se développe également dans les régions alentour, particulièrement dans le comté de Nangchen au Tibet oriental, ainsi que dans la région du mont Kailash et Purang au Tibet occidental et au Ladakh. La lignée Drikung est également présente à Tsari et Lapchi, deux importants sites sacrés pour les bouddhistes tibétains.

L'origine de la lignée Drikung Kagyu La fondation du monastère de Drikung Thil, en 1179, par Kyobpa Jigten Sumgön (1143-1217), disciple de Phagmodrupa, marqua le début de la lignée Drikung Kagyu. À la mort de Phagmodrupa, Kyobpa prendra la relève sur le trône de la lignée Phagdru, au monastère de Densatil, et y demeura de 1177 à 1179. Par la suite, il établira sa propre lignée avec la fondation du monastère de Drikung Thil, dans la région éponyme, comme l'avait prédit Phagmodrupa.

Il est de coutume, dans certaines écoles du bouddhisme tibétain, de choisir son successeur parmi les membres de sa famille. Ainsi, tous les détenteurs du trône de la lignée Drikung Kagyu, à l'exception de trois d'entre eux, ont appartenu au clan Kurya.

Dès le début, le pouvoir de Drikung était partagé : l’autorité spirituelle était réservée au denrab (gdan rabs), tandis que les affaires administratives étaient confiées au gompa (sgom pa).

Durant les premières années de la lignée, Lhapa Kagyu ou Lhanangpa, sous-branche de Drikung Kagyu fondée par Gyalwa Lhanangpa (1164 - 1224), joua un rôle important au Bhoutan, mais ne demeura pas longtemps, expulsée en 1640/1641, en même temps que l’école NenyingpaDorji Sangay (Dasho), Kinga Sonam (trad.) The Biography of Zhabdrung Nga wang Namgyal: Pal Drukpa Rinpoche KMT Publications, 2008, Thimphu, Bhutan, pages 146-7 pour s’être alliée avec les Tsangpa contre les Drukpa, lors de leur invasion au Bhoutan.

Les premiers développements de la lignée (1217-1400) Parmi les premiers denrab de Drikung, plusieurs devinrent des maîtres importants, dont Chenga Drakpa Jungne (1175-1255), le fils spirituel de Jigten Sumgön qui se vit confier la direction du monastère de Phagmodrupa à Densa Thil. Il amène une nouvelle période de prospérité et succède au trône de la lignée Drikung en 1235. Lorsque les Tibétains se révoltèrent contre la suzeraineté mongole et arrêtèrent de payer leur tribut, Ogodei, le fils et successeur de Genghis Khan, ordonna une action punitive en 1239. Les troupes mongoles détruisirent des monastères, dont celui de Reting () et 500 moines furent tués. Puis, les troupes se mirent en route en direction de la région de Drikung. Le gompa s'opposa à eux, fut fait prisonnier et exécuté. Il est rapporté qu'une pluie de pierres s’abattit lorsque Drakpa Jungne se mit en route vers les troupes mongoles. Quoi qu'il en soit, son intervention aboutira à un accord de paix avec les Mongols. L'attaque contre le monastère de Reting avait pour but de mettre en garde Drikung, et il devint un pouvoir majeur au Tibet central.

Kunga Gyaltsen, connu plus tard sous le nom de Sakya Pandita (1182-1251), conclut un pacte avec Godan Khan, le général d'Ogodei, lequel stipule accepter la suzeraineté mongole sur le Tibet ainsi que le versement d'un tribut. Mais l'accord ne rencontra pas le soutien unanime de son pays natal. Nombre d'aristocrates tibétains résistèrent aux demandes de tributs. En conséquence, les troupes mongoles réprimèrent leur rébellion en 1251.

Le neveu et successeur de Kunga Gyaltsen, Phagpa Lodrö (1235-1280) devint le maître spirituel de Khubilai Sechen, khagan des Mongols en 1259. La relation entretenue avec les Mongols permit à l'école Sakya de prendre le pouvoir politique au Tibet, tandis que les ambitions de l'école Karma Kagyu d'obtenir le soutien des Mongols échouèrent. En 1275, Khubilai Khan offrit à Phagpa Lodrö, les provinces de Ü et de Tsang ainsi que le Kham et l'Amdo. Celles-ci étaient partagées en myriarchies, districts administratifs comprenant théoriquement . Quand Khubilai devint l'empereur de Chine en 1279 et fonda la dynastie Yuan, il conféra à Phagpa Lodrö le titre de régent ou « vice-roi ». Ainsi, pour la première fois au Tibet, une entente politico-religieuse dite prêtre-patron, fut mise en place entre l'empereur et son maître spirituel.

Des résistances à la transformation du pays se manifestèrent au sein de l'aristocratie tibétaine, tout particulièrement dans les provinces de Ü (Dbus) et de Tsang (Gtsang), celles-ci étant étroitement liées aux Drikung Kagyu, Phagdru Kagyu et Karma Kagyu. Au même moment, les Mongols étaient engagés dans des luttes de pouvoir. Après le décès du Grand Khan Mongke en 1259, Hulagu (1217-1265), frère et rival de Khubilai, devint le protecteur de la lignée Drikung Kagyu. Cette protection se concrétisa par la présence d’une petite garnison à proximité.

Cependant, des groupes rivaux mongols s'affrontèrent entre eux à propos du territoire tibétain, augurant le conflit opposant Drikung et Sakya. Ce n'était pas un conflit religieux, ni une querelle entre deux écoles du bouddhisme tibétain, mais une tentative de révolte de la part de quelques provinces du Tibet central contre la suzeraineté de Khubilai, avec le soutien de groupes mongols rivaux. Le conflit local était centré sur des controverses concernant la succession du monastère de Phagmodrupa, Densa Thil.

Dans ce contexte, le clan Lang connut des dissensions internes. C'est ainsi qu'une partie fut soutenue par les Sakyapa, tandis qu'une autre fut soutenue par les Drikungpa. La guerre éclata durant le règne du du trône, Tsamche Drakpa Sonan (1238-1286). En 1290, sous le règne de son successeur, Nub Chogo Dorje Yeshe (1223-1293), le monastère de Drikung Thil fut détruit par les troupes mongoles. Pour la population locale, cette destruction pouvait être prévisible : Dorje Yeche, n'était pas un membre du clan Kurya, mais du clan Nub, allant à l'encontre des souhaits du fondateur de la lignée. Dorje Yeche n'avait donc pas le soutien de la population locale durant les moments difficiles.

Le monastère de Drikung Thil fut reconstruit sous le du trône, Chunyi Dorje Rinchen (1278-1314), avec l'aide de l'empereur et des Sakyapa. Il perdit cependant toute son influence. Dorje Rinchen appliqua alors un nouveau règlement consistant en un enseignement monastique sur trois périodes annuelles : tandis que les textes philosophiques de la lignée ainsi que les fondamentaux du bouddhisme mahāyāna étaient enseignés au printemps et à l'automne, le Quintuple Chemin du Mahamudra l'était en été. Durant la période hivernale, ne portant que de fins vêtements de coton, Dorje Rinchen enseignait les Six Yogas de Naropa sur la grande terrasse, à l'extérieur du temple de Drikung Thil.

Au , la lignée Phagmodrupa assuma la direction séculière du Tibet central. Jangchub Gyaltsen (1302-1373) fut important à cette époque, à la fois politicien et moine de Phagdru Kagyu. Il mena son pays vers une autonomie accentuée et créa un nouveau système administratif. Toutefois, ses réformes détériorèrent les relations avec Drikung, provoquant des conflits armés avec la lignée de Phagmodrupa. Malgré quelques faits d'armes, la lignée Drikung, défaite sur le champ de bataille, se résigna à un accord confortant la domination de la lignée Phagmodrupa dans le nord de Ü. Avant le décès de Jangchub Gyaltsen, la lignée Drikung parvint à rétablir l'autonomie de ses terres. Cette période correspondit à la chute de la dynastie Yuan et à l'ascension de la dynastie Ming (1368-1644), impliquant un changement dans l'équilibre du pouvoir en Asie. Mais, l'empire mongol représentait toujours une force avec laquelle les empereurs Ming et le Tibet devaient composer.

Durant cette période, Chenga Chökyi Gyalpo (1335-1407), le du trône, tenta une nouvelle fois d'élever le niveau spirituel de la lignée Drikung. Il fit copier le Kangyour de Narthang et la version nouvellement éditée du Tanjur. Tsongkhapa (tsong kha pa, 1357-1419), le fondateur de l'école Gelugpa, voyagea de l'Amdo à Drikung en 1373, et devint un disciple de Chökyi Gyalpo. Sa famille s'installa dans un village à du monastère. Tsongkapa reçut les enseignements de Drikung sur les Six Yoga de Naropa ainsi que sur les textes de Jigten Sumgön.

La période de la réforme (1400-1615) Au , la dynastie Ming reconnut l'influence croissante et renouvelée de la lignée Drikung et accorda au détenteur du trône le titre honorifique de Ch'an chiao wang, qui était conféré aux responsables des huit plus importantes écoles ou monastères. Durant deux siècles, Shigatse, situé dans la province de Tsang, devint le centre du pouvoir au Tibet, d'abord sous les Ringpung (1436-1566), puis les Tsangpa (1566-1642). Étant donné que les deux familles soutenaient le Karmapa, la lignée Karma Kagyu devint la plus influente de l'époque.

Deux personnalités, détentrices du trône de Drikung, marquèrent le début du : Gyalwang Kunga Rinchen (1475-1527) et son successeur, Gyalwang Rinchen Phuntsog (1509-1557). Kunga Rinchen était considéré comme la réincarnation de Jigten Sumgön. Il aspirait à améliorer la qualité de la vie spirituelle. Il se consacrait intensivement à donner des transmissions et des enseignements, et s'était également engagé à faire revivre la tradition des retraites. Il encouragea beaucoup de ses nouveaux disciples, qui affluaient à Drikung, à entreprendre des retraites au mont Kailash, à Tsari et à Lapchi. Sous sa direction, cinquante nouvelles cabanes de méditation furent construites au monastère de Drikung Thil. Le Kangyur et le Tanjur furent copiés en lettres d'or et d'argent sur des feuilles de couleur indigo, tandis que deux cents scribes furent mobilisés pour la production de textes complets de la lignée Drikung.