Le conflit kurde en Turquie a lieu au Kurdistan turc depuis 1984. La question kurde, née principalement à la fin de la Première Guerre mondiale et de la chute de l'Empire ottoman, agite la vie géopolitique du pays depuis la naissance de la République turque en 1923.

Cette guerre a causé 50 000 morts selon les estimations, dont une écrasante majorité de Kurdes.

Contexte vignette|gauche|Zones de peuplement kurde.

Les Kurdes constituent en Turquie une importante minorité, de langues iraniennes au sens large (kurmandji, zazaki), représentant quelque 20 % de la population de la Turquie. L'idéologie kémaliste nie, depuis la création d'un État national turc au début des années 1920, l'identité de cette minorité qui pourrait menacer, par son antériorité, une présence turque remontant en Anatolie au . D'où l'interdiction systématique de la langue kurde et des répressions quasi-permanentes de la part des forces armées turques..

En 1978, le leader Abdullah Öcalan fonde le Parti des travailleurs du Kurdistan mêlant marxisme et nationalisme kurde. Voulant passer à l'action armée, ses membres subissent au début des années 1980 la répression qui suit le coup d'État du .

Historique du conflit De 1984 à 2015

L'insurrection du PKK débute véritablement en dans la région de l'Anatolie du Sud-Est. L'état d'urgence s'étend au fur et à mesure à l'ensemble de la région et à quelques provinces voisines..

Durant la décennie 1990, le gouvernement turc reconnaît finalement l'identité kurde, promet un investissement économique dans la région et offre aux Kurdes la possibilité de s'organiser politiquement légalement, tout en menant des opérations offensives contre le PKK, jusque dans son sanctuaire irakien. L'organisation étend son action en Europe et vise directement les touristes (deuxième ressource du pays). Ses demandes de pourparlers sont toutes rejetées, l'armée menant une stratégie contre-insurrectionnelle tant dans le Kurdistan turc qu'irakienJean-Marc Balencie, Arnaud de La Grange, 1310-1311..

En 1992, l’État a lancé une vaste opération de destruction des villages kurdes. Quatre mille villages accusés de sympathie pour la rébellion sont détruits. En quelques années, cette politique a entrainé l'exil forcé de populations rurales vers les grandes villes ainsi qu'une forte immigration en Europe. Cette stratégie visait à affaiblir la guérilla kurde en la coupant de ses bases militantes..

La direction du PKK se rallie au milieu des années 1990 à l'idée que la guerre ne peut trouver d'issue militaire, la guérilla ne pouvant pas plus vaincre l’armée turque que celle-ci ne peut l’écraser. Abdullah Öcalan déclare en 1997 : « Si le gouvernement turc se déclare sérieusement prêt à négocier, nous sommes prêts à proclamer le cessez-le-feu et à ouvrir des négociations ».

Le , Abdullah Öcalan est capturé à Nairobi. Un an plus tard, le PKK annonce un cessez-le-feuJean-Marc Balencie, Arnaud de La Grange, 1322.. Toutefois, ce dernier annonce mettre fin à son cessez-le-feu le . Le gouvernement turc estime que les effectifs de l'organisation seraient de l'ordre de (en 2004), opérant principalement dans le Nord de l'Irak.

Depuis 2004, l'armée de l'air turque mène des bombardements contre les bases du PKK en Irak, en réponse aux attentats perpétrés sur le sol turc. Elle affirme ainsi avoir tué près de 100 rebelles en , lors de raids transfrontaliers.

Cessez-le-feu de 2013-2015 Le , le chef du PKK, Abdullah Öcalan, qui purge une peine de prison à vie, appelle à la signature d'un cessez-le-feu historique avec la Turquie, à l'occasion des célébrations du Norouz..

Malgré l'annonce de ce cessez-le-feu, des raids aériens sont menés par des F-16 et F-4 Phantom II turcs le , en réponse au bombardement par le PKK d'un avant-poste militaire turc, alors que le groupe armé est impliqué en Syrie (Kurdistan syrien) aux côtés des YPG dans la défense de Kobané contre l'organisation de l'État islamique, dans le contexte de la guerre civile syrienne.

Insurrection de 2015-2016 et Occupation partielle turque du Rojava en Syrie vignette|gauche|Combattante du PKK dans les montagnes de Qandil, en Irak, lors des célébrations de Norouz, le .

Le , l'attentat anti-kurde de Suruç, ville-frontière turque, attribué à un kamikaze ayant effectué plusieurs séjours en Syrie avec l'État islamique., tue 32 volontaires de la Fédération des associations de jeunes socialistes, venus pour participer à la reconstruction de la ville-frontière syrienne jumelle de Kobané. Le lendemain, des milliers de manifestants, généralement issus de partis politiques de gauche, marchent dans plusieurs villes de Turquie pour dénoncer l'attentat de l'EI, mais accusent également le gouvernement turc de complicité avec l'EI.... Le 22, à Ceylanpınar, deux policiers turcs sont retrouvés morts dans un immeuble, tués chacun d'une balle dans la tête. L'attaque est revendiquée le même jour par le PKK, qui déclare avoir voulu venger les jeunes militants tués à Suruç en menant une contre deux policiers ....

Le , pour la première fois, des affrontements entre l'armée turque et l'État islamique éclatent sur la frontière près de la ville de Kilis. La nuit suivante, trois ou quatre chasseurs F-16 frappent des positions de l'EI en Syrie, dans le village de Havar, et font au moins neuf morts dans les rangs djihadistes, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).... Le 24, la police turque lance une vaste opération "antiterroriste" dans 13 provinces du pays, au total 590 personnes liées à l'État islamique, au PKK et au DHKP-C sont arrêtées en trois jours. Une militante du DHKP-C est également tuée au cours d'une fusillade. Un policier est d'ailleurs abattu à Istanbul, le 26, lors de heurts pendant les funérailles de cette militante.. La nuit du 24 au 25, l'aviation turque poursuit ses frappes contre l'EI dans les environs de Jerablus, mais elle mène également un raid au Kurdistan irakien et bombarde sept camps du PKK, qui était intervenu en Irak pour affronter les djihadistes.. En Turquie, plusieurs manifestations et incidents opposent des militants kurdes à la police et le processus de paix entre l'État turc et le PKK semble alors grandement compromis.

Le 25, le HPG, branche militaire du PKK, déclare : . De son côté Massoud Barzani, président du Gouvernement régional du Kurdistan condamne les frappes aériennes turques et appelle à cesser l'escalade de la violence.. Les États-Unis se déclarent quant à eux favorable à la et au retour au , tout en affirmant respecter et en condamnant les du PKK en Turquie. Le HDP déplore quant à lui la fin des négociations et accuse le président turc d'en être responsable..

La nuit du 25 au 26, l'explosion d'un véhicule piégé à Diyarbakır fait deux morts et quatre blessés, selon l'armée turque, et huit tués et onze blessés, selon les HPG, qui revendiquent l'attaque.. La nuit du 26 au 27, des positions tenues par les YPG au village de Zur Maghar, entre Jerablus et Kobané, sont également visées par des chars turcs, blessant quatre combattants et des civils, selon l'OSDH et le commandement des forces kurdes syriennes... La Turquie dément avoir bombardé les YPG en Syrie., cependant les bombardements contre le PKK en Turquie et en Irak se poursuivent les jours suivants.. En représailles le PKK et des groupes turcs d'extrême-gauche mènent des attaques contre la police et l'armée. Après deux années de trêve, le conflit semble relancé.

Le , le gouvernement turc affirme que les opérations ont fait au moins 260 morts du côté du PKK.. Le PKK déclare de son côté n'avoir perdu que peu d'hommes dans les frappes. Du au , 20 militaires et policiers turcs sont également tués dans des attaques du PKK. Le , le bilan passe à 390 rebelles kurdes tués, selon l'agence gouvernementale turque Anatolie. Parmi les victimes, on compte 4 dirigeants et 30 femmes, ainsi que 400 blessés, dont 150 grièvement. L'aviation turque poursuit ses frappes mais bombarde surtout les rebelles kurdes ; au , plusieurs dizaines de frappes aériennes ont été menées par l'aviation contre le PKK, tandis que trois seulement ont été menées contre l'État islamique. Le , le Gouvernement régional du Kurdistan demande le départ des membres du PKK du Kurdistan irakien. Il demande également à la Turquie de cesser ses frappes aériennes, mais reproche aussi au PKK sa décision de rompre le cessez-le-feu.. Le , les États-Unis et l'Union européenne demandent à la Turquie de faire preuve de retenue. Johannes Hahn, le commissaire européen à l'Élargissement, déclare que . , porte-parole du département d'État, déclare quant à lui : .

vignette|gauche|redresse=1.3|Combattants du PKK en 2015.

De nombreux habitants du Kurdistan turc sont alors galvanisés par la récente victoire de Kobané et beaucoup s'enrôlent dans les rangs du PKK. Celui-ci espère alors une insurrection générale et déclenche une offensive dans les villes : ses combattants investissent plusieurs quartiers de Diyarbakır, Nusaybin, Cizre, Şırnak, Yüksekova, Silvan et quelques autres localités. L'armée laisse se développer ces foyers d’insurrection puis lance une contre-attaque massive. Les populations ne se soulèvent pas.

La nuit du 6 au , un convoi de l'armée turque tombe dans une embuscade près de Daglica, 16 soldats sont tués et 6 blessés.

La nuit du 28 au , l'armée turque fait un raid dans le Nord de l'Irak et tue plus de 30 combattants kurdes du PKK..

Le , la Turquie est frappée par le pire attentat de son histoire : deux kamikazes de l'État islamique se font sauter à Ankara lors d'une manifestation pour la paix au Kurdistan. 102 personnes sont tuées et plus de 240 sont blessées... Le même jour, le PKK ordonne à ses combattants de cesser leurs activités de guérilla en Turquie, pour ne pas nuire à la tenue d'élections « libres et justes », lors des législatives du ..

Le , l'armée turque lance une vaste offensive en mobilisant plus de . Les opérations se concentrent principalement dans les environs des villes de Cizre et Silopi. Après cinq jours de combats, une source de sécurité locale affirme à l'AFP que 102 rebelles du PKK, deux militaires et cinq civils ont été tués. Les opérations cessent le , les autorités turques affirment avoir entièrement pris le contrôle de Cizre. L'état-major turc déclare le que 619 membres du PKK ont été tués en 59 jours de combats à Cizre et que 189 autres ont été tués à Sur, dans le centre de Diyarbakir. L'armée turque mène également une offensive à İdil du au , elle affirme avoir tué 114 insurgés dans ces combats

La tentative d'insurrection urbaine menée dans plusieurs villes se solde par un échec pour le PKK et ses combattants se replient dans les montagnes pour poursuivre la guérilla.

Le , le TKP/ML, le PKK, le THKP-C/MLSPB, le MKP, le TKEP-L, la TİKB, le DKP, et le MLKP forment une alliance appelée le Mouvement révolutionnaire uni des peuples.

Le , les autorités turques suspendent de leurs fonctions enseignants accusés d'être liés au PKK. Selon un responsable turc, il s'agirait de suspensions temporaires le temps de l'enquête.. Environ 200 manifestants protestent contre ces suspensions le lendemain à Diyarbakır mais la foule est rapidement dispersée et une trentaine de manifestants interpellés..

Depuis 2018, l’armée turque contrôle une partie du Rojava depuis la Bataille d’Afrin et l’Opération Source de Paix en 2019. L’aviation turque et les drones survole quotidiennement le Nord du Rojava pour frapper les positions du YPG considérées par la Turquie comme lié au PKK. En 2024, deux journalistes kurdes ont été tués par une frappe de drones.

Depuis début 2024, l'Observatoire syrien des droits de l'homme a recensé 213 frappes aériennes menées par des drones turcs sur différentes positions dans les zones contrôlées par l'Administration autonome du nord et de l'est de la Syrie (AANES). Ces attaques ont fait 93 morts et plus de 56 blessés parmi les combattants du YPG, lié au PKK selon la Turquie.

Combats en Irak