L'écopsychologie est née de la rencontre entre l'écologie et la psychologie. L'écopsychologie est un domaine interdisciplinaire et transdisciplinaire qui s’intéresse à la synthèse de l'écologie et de la psychologie et au développement d’un rapport soutenable entre les humains et la nature.. Elle se distingue de la psychologie en ce qu'elle prône l'étude et le renforcement du lien émotionnel entre les êtres humains et le vivant au sens le plus large (la Terre)..
Histoire Parmi les sources de l'écopsychologie, il faut mentionner Carl Gustav Jung ainsi que Robert Greenwaypage sur Robert Greenway, dans le site de l'International Community for Ecopsychology (ICE) qui a introduit la psychoécologie en 1963 à l’Université. Cet auteur a donné des cours sur les relations entre psychologie et écologie, car il était important, pour lui, de se départir du dualisme occidental. Il a organisé des séjours dans la nature pour les étudiants et s’est inspiré de la psychologie transpersonnelle.
L'invention du terme "écopsychologie" est toutefois attribuée au sociologue et théoricien de la contre-culture Theodore Roszak, dans son livre de 1992, The Voice of the Earth, auquel le sous-titre An Exploration of Ecopsychology a été ajouté dans une édition ultérieure. Roszak dit s’être inspiré de Paul Shepard et de son livre de 1982 Nature and Madness qui, selon lui, fondait les bases d’une psychologie axée sur le développement d’un soutien mutuel entre le complexe humain « corps / âme / esprit » et le monde naturel, en vue d’une transformation de la conscience.
Le champ de l'écopsychologie s'étend au-delà du domaine conventionnel de la psychologie, qui traditionnellement considérait le psychisme comme une question ne concernant que les humains. Maîtres à penser L'écopsychologie puise son inspiration dans les pensées développées dans les domaines de la psychologie, de la philosophie, de l'écologie, de l'anthropologie.
Carl Gustav Jung. Le psychanalyste zurichois critique la dérive rationaliste du monde moderne qui conduit les êtres humains à se vivre comme séparés de la nature. Pour lui, cette nature malmenée est tout autant la nature extérieure que celle à l’intérieur du sujet. Carl Gustav Jung développe l’idée de l’existence d’une « âme collective », appelée par lui « inconscient collectif », idée qui sera reprise par Theodore Roszak.
Robert Greenway. Formé à l'écologie, Robert Greenway rencontre Abraham Maslow en 1960. À la suite de quoi, il suit des études de psychologie à l'université de Brandeis. Comme il ne peut envisager de lâcher l'approche écologique pour la psychologie, il affirme haut et fort le lien crucial à ses yeux entre les deux domaines et, en 1963, rédige un texte présentant pour la première fois un champ liant écologie et psychologie: la "psychoécologie"..
Plus tard, il conduira des expériences d’immersion dans des espaces sauvages et poursuivra son travail de recherche sur les relations entre la psychologie humaniste et la psychoécologie. Il enseignera cette dernière à la Sonoma State University, au Nord de la Californie, pendant 22 ans, et il développera le premier programme de thérapie basé sur l’immersion dans la nature..
James Hillman. Après avoir suivi une formation d’analyste jungien, James Hillman développe une pensée originale qui le conduit à proposer une « psychologie archétypale ». Dans le livre qu’il co-écrit en 1992 avec Michael Ventura, Malgré un siècle de psychothérapie le monde va de plus en plus mal, il reproche à la psychologie de ne pas prendre en compte l’environnement, « en séparant l’âme du monde qui l’entoure ».
Edward O. Wilson. En 1984, Edward Osborne Wilson, le fondateur de la sociobiologie, fait « l’hypothèse de la biophilie » selon laquelle il existerait en chacun une tendance innée à se chercher des liens avec la nature et avec d'autres formes de vie.
Gregory Bateson. Anthropologue de formation, il applique les principes systémiques à la compréhension de la communication humaine. En 1972, il publie Vers une écologie de l’esprit dans lequel il montre que nos pensées sont influencées par l’environnement culturel dans lequel nous vivons et qu’en retour elles influencent notre description de l’environnement..
Paul Shepard. Ce biologiste et environnementaliste américain est reconnu pour son approche novatrice, interdisciplinaire, qu’il désigne lui-même par le terme d’« écologie humaine ». En 1982, dans Nature and Madness, il soulève la question du rapport entre la construction de la psyché et les comportements de plus en plus dévastateurs vis-à-vis de la planète. Il s’interroge : « Pourquoi la société persiste-t-elle à détruire son habitat ? » et critique sévèrement notre civilisation moderne industrielle et sédentaire.
Arne Næss et l’écologie profonde. Pour ce philosophe norvégien, si l’on veut résoudre la problématique environnementale, les mesures techniques et les incitations à des pratiques plus respectueuses seront toujours insuffisantes sans transformation culturelle. Avec l’écologie profonde, il s’agit de sortir de la position anthropocentrée pour aborder les problèmes de manière globale, holistique..
Theodore Roszak et la diffusion du mouvement au grand public En 1989, un groupe de psychologues et d'environnementalistes de Berkeley se constitue afin de relier les théories et pratiques de la psychologie et de l'écologie . Theodore Roszak, écrivain et professeur d’histoire, se joint à eux. Et c'est lui qui, en 1992, emploie le terme d’ « écopsychologie » dans le titre de son ouvrage The Voice of the Earth: An Exploration of Ecopsychology . . Rapidement, en raison de ses différentes publications et de ses conférences sur le sujet, il devient le promoteur du nouveau mouvement.
En 1995, il publie avec deux psychologues, Mary Gomes et Allen Kanner, une anthologie, Ecopsychology, Restoring the Earth, Healing the Mind, considérée depuis comme le texte d’introduction à l’écopsychologieL'édition originale en anglais en 1995 : . La traduction en français en 2023 : .
La notion centrale de l'écopsychologie proposée par Roszak est celle d'« âme du monde » (anima mundi). . Roszak reprend donc le concept d'inconscient collectif développé par Carl Gustav Jung pour le généraliser à l'ensemble du vivant sous la forme d'un « inconscient écologique ». Selon cette conception, il existerait une psyché universelle, l'âme du monde, à laquelle tous les êtres de tous les temps participeraient, et qui ferait qu'ils sont tous en interdépendance. Cette perspective holiste et moniste peut être rapprochée de l'hypothèse Gaïa de James Lovelock et Lynn Margulis, ainsi que de l'écologie profonde proposée par Arne Naess, même si elle s'en différencie sur de nombreux points. Susan Griffin résume ainsi cet ouvrage collectif : Dans notre traduction, la citation originale étant : . Citation en 4 de couverture du livre de : .
considère que l'écopsychologie sort volontairement du cadre .. Elle estime qu'à ses débuts l'écopsychologie est typique du champ de la psychologie non-académique de la contre-culture américaine, et qu'elle tend à se détacher d'une psychologie classique encore trop influencée par le modèle dualiste à l'origine de la déconnexion de l'humain avec la nature, et à outrepasser délibérément . Elle note en outre des liens avec des recherches sur les états de conscience modifiés.
En 2002, le psychothérapeute canadien Andy Fisher. écrit Radical Ecopsychology, dans lequel il considère l'écopsychologie comme étant un projet comportant quatre tâches : psychologique, philosophique, pratique et critique..
Les deux générations de l'écopsychologie
Les premiers chercheurs en écopsychologie s'inscrivaient dans le bouleversement conceptuel des années 1960 aux États-Unis. Alors qu'au début du XXIe siècle l’écopsychologie est en perte de vitesse, de nouveaux chercheurs, dits de seconde génération, se mobilisent pour remettre en question cette influence contre-culturelle du mouvement et son scepticisme à l’égard de la recherche scientifique. Face à l’enthousiasme parfois trop idéaliste des débuts, ils cherchent à revenir à des questions plus concrètes. À savoir, accorder à nouveau de l’intérêt aux études en cours, notamment en psychologie environnementale et en psychologie de la conservation et porter davantage attention à ce qui se passe pour les participants lors des pratiques qu’ils animent .
Thomas Joseph Doherty, qui a fondé la revue Ecopsychology. en 2009, est le chef de file de cette seconde génération.
Principes fondamentaux En 2008, Mary Gomes considère que l'écopsychologie . L'écopsychologie propose tant au niveau individuel qu'au niveau collectif voire civilisationnel de s'en prendre activement à la solastalgie, ce nouveau mal du siècle au début du (. ), et de soigner la montée de l'éco-anxiété (la détresse liée aux changements environnementaux et à leurs conséquences sur la planète et les êtres vivants) tant par l'immersion personnelle dans la nature (en cultivant en chacun le « sentiment océanique » cher à Romain Rolland, en restaurant la relation à l'altérité biologique et l'empathie universelle par la décentration anthropologique), que par l'action écobioclimatique. Sur ces sujets, voir par exemple les livres de Baptiste Morizot, notamment Manières d'être vivant - Enquêtes sur la vie à travers nous . , préface de Richard Powers (L'Arbre-monde), postface d'Alain Damasio (Les Furtifs).
Dans Ecopsychologie : retrouver notre lien à la Terre, Michel Maxime Egger considère qu’on pourrait résumer l’écopsychologie en trois propositions :
il existe un lien ontologique (ancré jusque dans les tréfonds de l’être) entre les humains et la nature. L’oubli, l’ignorance ou la destruction de ce lien conduit à des souffrances et des déséquilibres tant pour la terre (dégradation écologique) que pour l’être humain (aliénation, mal-être, angoisse, …). Restaurer en profondeur le lien entre l’être humain et la nature est l’une des clés pour guérir la terre et soigner l’humain. La santé et le bien-être des humains et ceux du reste de la nature sont donc indissociables.
L’écopsychologie serait donc nécessaire pour accomplir la transition, pour autant qu’on entende celle-ci comme un changement radical par rapport à un système socio-économique productiviste et consumériste qui détruit la biosphère, et qu'on admette que ce changement ne peut s’opérer qu’accompagné d’un changement du système de représentations et de valeurs qui soutient ce système. L’enjeu de transition selon la vision de l'écopsychologie n’est par conséquent pas uniquement la protection du milieu naturel mais la transformation du milieu culturel et psychologique qui détermine nos relations avec la nature..
Une société occidentale malade L’ère de l’anthropocène est celle d'un Homme qui déraisonne en exploitant à outrance les ressources dont il a besoin pour assurer sa survie.
« Comment l’Homme en est-il arrivé à détruire son environnement dont il dépend ? » s'interroge l'écopsychologie.