Le de la Constitution des États-Unis d'Amérique donne le droit de vote aux femmes dans l’ensemble de l’Union.

Avant son adoption, le droit de vote des femmes est géré au niveau des États de l'Union : alors que les femmes blanches vivant dans l'Ouest du pays peuvent voter à l'ensemble des élections, celles qui sont installées dans l'Est et dans le Sud ne bénéficient souvent que d'un accès restreint au suffrage, voire d'aucun droit.

Proposé par le président Woodrow Wilson en , le amendement entre en vigueur le , après sa ratification par l'État du Tennessee. Sa portée reste toutefois limitée pour les minorités, pour lesquelles les mesures discriminatoires n'ont été levées que graduellement, entre et .

Texte Le texte du dix-neuvième amendement est le suivant :

Histoire de son adoption par le Congrès américain La du New Jersey gauche|vignette|alt=Illustration en noir et blanc d'un groupe de femmes qui votent.| Le vote des femmes au New-Jersey (illustration du mensuel , 1877). Avant la Déclaration d'indépendance des États-Unis, la condition féminine n'est pas identique dans les Treize Colonies. Les femmes du Mid-Atlantic, où la communauté quaker est bien implantée et où de nombreux colons sont originaires des Pays-Bas, bénéficient en général de davantage de droits que les habitantes du Sud profond ou de Nouvelle-Angleterre. Cette différence culturelle, et l'implication des femmes dans la guerre d'indépendance des États-Unis, expliquent pourquoi certaines femmes disposant d'une fortune minimale de 50 livres, indépendamment de leur race., ont eu accès au droit de vote, dans la première Constitution de l'État du New-Jersey du .. Cette possibilité ne concerne toutefois pas la grande majorité des femmes mariées, placées sous la tutelle économique de leur mari et les électrices ne représentent au mieux que 15 % du corpus électoral des Townships.

En 1808, la loi change et seuls les contribuables masculins d'origine européenne installés dans l'État ont désormais la possibilité de voter.. En 1912, la tentative de Mary Philbrook de recouvrer ce droit de vote perdu, en se basant sur l'ancienne loi du New Jersey, se solde par un rejet de la Cour suprême de l'État..

Les luttes pour le suffrage gauche|vignette|alt=Photographie noir et blanc du sénateur assis sur un fauteuil.| Le sénateur Aaron A. Sargent (1827-1887) est marié à Ellen Clark Sargent, présidente de la , résistante fiscale, et amie de Susan B. Anthony.. Les luttes en faveur du droit de vote féminin reprennent en , lors de la Convention de Seneca Falls (New York), qui a été la première convention américaine en faveur des droits des femmes.. Cette convention a été organisée par Elizabeth Cady Stanton et Lucretia Mott. Les revendications sont alors en faveur des droits des femmes, mais il y a encore des doutes sur la possibilité de revendiquer le droit de vote sans paraître trop radical. Un discours de Frederick Douglass parvient à convaincre les participants de la justesse de cette demande.

Dans l'Ouest américain, où l'implantation de colonies durables nécessite la présence de familles, le droit de vote est accordé aux femmes d'origine européenne à partir des années 1890.. Toutefois, les nouveaux États de l'Union n'arrivent pas à convaincre l'Est et le Sud du pays et la proposition d'amendement fédéral du sénateur californien Aaron A. Sargent de 1878 est rejetée par contre 34.

Malgré les moqueries et arguments donnés, dans les premiers temps, en défaveur de la revendication des suffragettes, les mentalités changent, au fil des ans, grâce à l'obtention du droit de vote par les femmes dans d’autres pays et à la présence de davantage de femmes dans la sphère professionnelle — notamment durant la Première Guerre mondiale. Le droit de vote apparaît de plus en plus comme un moyen d'améliorer les conditions de vie des femmes et de permettre l'égalité femmes-hommes. Avec un grand nombre de nouvelles sympathisantes issues des classes populaires, le mouvement, jusqu'alors limité aux classes moyennes et supérieures, prend une grande ampleur et cette popularité a influencé le Congrès des États-Unis au moment du vote de l'amendement.

L'engagement pour le droit de vote des Afro-Américaines vignette|alt=Photographie noir et blanc du visage d'Ida B. Wells| Ida B. Wells en 1922 - Illustration tirée du livre .. Des milliers d'Afro-Américaines ont participé activement au mouvement pour le suffrage féminin, abordant les questions de race, de genre et de classe, ainsi que celle de l'émancipation., souvent par l'intermédiaire des églises., mais aussi par le biais d'organisations créées pour défendre leurs revendications. Alors que les femmes blanches cherchent à obtenir le droit de vote pour avoir une voix égale à celle des hommes dans le processus politique, les Afro-Américaines le perçoivent souvent comme un ascenseur racial pour contrer le système ségrégationniste et apporter des changements sociétaux dans l'ère de l'après-Reconstruction..

En 1896, des femmes afro-américaines appartenant à diverses organisations pour la promotion du suffrage féminin se sont réunies à Washington pour former la National Association of Colored Women's Clubs. Parmi les fondatrices, on trouve Frances Harper, Josephine St. Pierre Ruffin, Harriet Tubman et Ida B. Wells... Dirigée par Mary Church Terrell, c'est la plus grande fédération de clubs de femmes afro-américaines du pays..

Parmi les associations afro-américaines non-confessionnelles figure également l'Alpha Suffrage Club, qui est le premier club de suffrage féminin noir de Chicago et l'un des plus importants de cet État. Il est fondé le par Ida B. Wells avec l'aide de ses collègues blanches Belle Squire et Virginia Brooks... Ce club tente de donner une voix aux femmes afro-américaines qui sont marginalisées dans les organisations nationales défendant le suffrage féminin, telles que la National American Woman Suffrage Association (NAWSA). L'objectif d'Ida B. Wells est de sensibiliser les femmes noires à l'exercice de leurs droits et de leurs devoirs civiques et d'organiser le soutien aux candidats qui serviraient le mieux les intérêts de la communauté afro-américaine de Chicago. Les femmes de ce club ont joué un rôle central dans l'obtention du droit de vote de toutes les femmes (y compris les femmes de couleur) aux élections locales, dans l'Illinois, en 1913 et cette première victoire a dynamisé l'action des autres clubs militant en faveur des droits des femmes..

Mary Burnett Talbert, dirigeante de la National Association of Colored Women's Clubs et de la NAACP, et la militante Nannie Helen Burroughs contribuent en à un numéro de The Crisis, publié par WEB Du Bois.. Elles rédigent un plaidoyer sur la nécessité du droit de vote des femmes afro-américaines. Burroughs, interrogée sur ce qu'une femme pourrait faire avec le bulletin de vote, a répondu : .

Adoption de l'amendement vignette|alt=Photographie noir et blanc du buste gauche du sénateur Ellison D. Smith.|Le sénateur Ellison D. Smith (1864-1944), surnommé Cotton Ed, pour son implication dans la .. Entre 1913 et le , date à laquelle le président Woodrow Wilson annonce son soutien à la proposition d'amendement, quinze États ont suivi l'exemple de l'Illinois.. Le projet ne fait toutefois pas l'unanimité, en particulier dans le Sud profond et l'Est du pays.

Il n'est voté qu'à la très courte majorité d'une voix par la Chambre des représentants des États-Unis, le , et présenté ensuite au Sénat. Le président Wilson défend en personne l'amendement auprès des sénateurs (ce qui est une première à cette époque). Il prononce ainsi un discours où il fait le lien entre le droit de vote et l'effort de guerre fourni par les femmes entre 1917 et 1918.. Cependant, les sénateurs repoussent le débat à l'automne 1918. Parmi les plus farouches opposants à ce texte figure le sénateur démocrate Ellison D. Smith de Caroline du Sud, qui déclare en : . Au moment du vote du Sénat, le , le texte est finalement rejeté par deux voix. gauche|vignette|200x200px|alt=Reproduction sépia du tract contre le vote des femmes.|Tract contre le vote des femmes distribué en Géorgie. Il se conclut par : « La suprématie des blancs doit perdurer ! ». En réponse, le Parti national des femmes (National Woman's Party) mobilise les citoyens américains et les appelle à voter, lors des élections de mi-mandat aux États-Unis du printemps 1919, contre les sénateurs qui ont rejeté le texte et se présentent pour leur réélection..

Lors de la session parlementaire de , Ellison Smith voit, en cas d'adoption du texte, un risque d' . De son côté, le sénateur républicain James Wolcott Wadsworth Jr. plaide contre cet amendement, car il estime que le pouvoir fédéral va au-delà de ses prérogatives pour imposer une décision qui devrait rester, selon lui, du ressort de chaque État.

La majorité des sénateurs se prononcent toutefois en faveur du projet. Le , la Chambre des représentants vote le amendement par contre 89 et le Sénat suit le par contre 25..

Le de la Constitution des États-Unis, proposé par le le , est ratifié par les États dans l’ordre suivant :

Illinois (, confirmé le ) Michigan () Wisconsin () Kansas () New York () Ohio () Pennsylvanie () Massachusetts () Texas () Iowa ()Date d'approbation par le gouverneur de l'État. Missouri () Arkansas () Montana () Nebraska () Minnesota () New Hampshire () Utah () Californie () Maine () Dakota du Nord () Dakota du Sud () Colorado () Kentucky () Rhode Island () Oregon () Indiana () Wyoming () Nevada () New Jersey () Idaho () Arizona () Nouveau-Mexique () Oklahoma () Virginie-Occidentale (, confirmé le ) Washington () Tennessee ()

La ratification est devenue effective le avec la signature des trois-quarts des États. Les États suivants ont continué leur propre processus de ratification par la suite :

Connecticut (, réaffirmé le ) Vermont () Delaware (, après rejet le ) Maryland (, après rejet le ; pas certifié avant le ) Virginie (, après rejet le ) Alabama (, après rejet le ) Floride () Caroline du sud (, après rejet le ; pas certifié avant le ) Géorgie (, après rejet le ) Louisiane (, après rejet le ) Caroline du Nord () Mississippi (, après rejet le )

Ratification et contestation de l'amendement 190px|vignette|alt=Reproduction en bichromie de la page de proposition d'amendement signée.|Proposition du amendement dans les National Archives. La résistance à la ratification a pris de nombreuses formes. Ainsi, les anti-suffragistes ont continué de s'opposer à l'amendement, arguant qu'il ne serait jamais approuvé par les scrutins simultanés des élections de novembre 1920 et que les sessions extraordinaires qui se tiendraient d'ici là dans les différents États seraient une perte de temps et d'énergie. D'autres opposants ont intenté des poursuites judiciaires, exigeant que l'amendement fédéral soit approuvé par des référendums d'État.

En , après un lobbying intense de la part de la National American Women Suffrage Association (NAWSA) et du National Woman's Party (NWP), l'amendement a été ratifié par 35 des 36 législatures d'État nécessaires à son adoption.. À la mi-, les opposants et les partisans de l'amendement arrivent à Nashville pour faire pression sur le parlement local durant les délibérations. Carrie Catt, représentant la NAWSA, a travaillé avec des dirigeants suffragistes de l'État, dont Anne Dallas Dudley. La militante Sue Shelton White, originaire du Tennessee, qui a participé à des manifestations devant la Maison-Blanche, représente le NWP.. Face aux suffragettes, on trouve parmi les opposants les militantes des , dont la Première dame de Louisiane, Anne Ector Pleasant. Selon elle, le droit de vote des femmes doit se décider au niveau de l'État et non au niveau fédéral. Ceci permettrait ainsi aux États du Sud profond d'exclure les femmes noires du corps électoral.. L’amendement entre officiellement en vigueur le ., après sa ratification le par le Tennessee, État à le faire..