LHôtel-Dieu de Caen est un établissement hospitalier fondé au à Caen. Au , il est transféré dans l'ancienne abbaye aux Dames et le premier Hôtel-Dieu, situé rue Saint-Jean, est alors détruit. Un nouvel établissement, l'actuel hôpital Clemenceau (CHR), a été construit au début du pour remplacer l'ancien Hôtel-Dieu.
Le portail de l'ancien Hôtel-Dieu, sauvé de la démolition pour être remonté sur une façade du musée des antiquaires (ancien collège du Mont), fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le ..
Le premier Hôtel-Dieu
Fondation
On ne sait pas exactement quand l'Hôtel-Dieu a été fondé. Il est possible qu'un premier établissement ait été ouvert par Guillaume le Conquérant ; selon Pierre-Daniel Huet, celui-ci se trouvait dans Bourg-le-Roi, au pied du château de Caen. Mais aucun élément ne confirme cette hypothèse, la première mention à l'Hôtel-Dieu remontant à 1160Christophe Collet, Pascal Leroux, Jean-Yves Marin, Caen cité médiévale : bilan d'archéologie et d'histoire, Calvados, Service Département d'archéologie du Calvados, 1996, .. Henri II d'Angleterre semble donc être le véritable fondateur de l'Hôtel-Dieu de Caen, à l'époque où il établit également une grande léproserie à l'extérieur de la cité pour isoler les malades contagieux ; à moins qu'il n'ait fait que déplacer l'établissement créé par son ancêtre au sud de l'Île Saint-Jean au débouché du pont de Vaucelles. L'abbé de Saint-Étienne de Caen et l'abbesse de la Trinité de Caen, ainsi que le chanoine titulaire de la prébende de Saint-Jean de Caen, se disputent pour savoir de qui dépend l'Hôtel-Dieu. Avec l'accord d'Henri II, évêque de Bayeux entre 1165 et 1205, l'archevêque de Rouen règle le conflit à l'avantage de l'abbé et de l'abbesse. Selon la cartulaire de l'Hôtel-Dieu, datée de 1188, l'hôpital était placé sous leur protection puisqu'ils étaient les patrons de la paroisse de Vaucelles sur laquelle était bâti l'Hôtel-Dieu. Au début du également, l'Hôtel-Dieu passe un accord avec le chanoine de Saint-Jean : ce dernier acquiert un morceau de terre situé en face l'Hôtel-Dieu afin de pallier l'insuffisance du cimetière de la paroisse ; en contrepartie, l'Hôtel-Dieu obtient le droit de sépulture et de faire construire une chapelle dédiée à saint Antoine dans ce cimetière partagé.
Architecture
Selon Arcisse de Caumont, la grande salle aurait été construite, comme l'Hôtel-Dieu d'Angers et l'Hôpital-Dieu de Coëffort au Mans dans le style Plantagenêt, sous le règne d'Henri II (1154-1189) ou juste après sa mort. Ce bâtiment était donc sûrement le premier grand édifice civil de style gothique à Caen. Il était long de 210 mètres et large de 31. Les deux murs pignons étaient surmontées de gables. La façade la plus intéressante donnait sur la rue Saint-Jean, principale artère de la ville. Au niveau inférieur, les portes en arc brisé étaient surmontées de zigzags et le niveau intermédiaire était orné d'une série d'arcades aveugles en lancette comme on peut en trouver dans la salle des Chevaliers de l'abbaye du Mont-Saint-Michel. Son décor gothique d'origine fut altéré par des modifications survenues probablement au ; des petits édifices accolés au mur masquèrent une partie de la façade, des contreforts furent rajoutés, des arcades aveugles furent ouvertes et des fenêtres furent percées au niveau supérieur. La façade sur les jardins, restée dans son état d'origine, était plus simple ; elle était seulement agrémentée d'une grande porte rehaussée de zigzags.
Administration vignette|Portail du premier Hôtel-Dieu.
L'Hôtel-Dieu était un prieuré conventuel hospitalier géré par cinq chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Augustin sous la responsabilité d'un prieur. Ce dernier était élu lors d'une assemblée de ville se tenant au prétoire du bailliage en présence du bailli, de son lieutenant et des échevins. L'évêque de Bayeux lui donnait la collation. Prélat du second ordre, il était nommé « Prieur par la grâce de Dieu » ou « Grand maître de l'Hôtel-Dieu de Caen ». Les fonds de l'établissement étaient conservés dans un coffre à deux serrures ; l'une des clés était détenu par le prieur, l'autre par le plus ancien des jurésCharles de Bourgueville, Les recherches et antiquités de la Province de Neustrie, à present Duché de Normandie, comme des villes remarquables d'icelles: mais plus speciallement de la ville & Université de Caen, Caen, Jean le Feure, 1588.. Mais aux , un conflit éclate entre les prieurs et la ville. En 1561, un édit de Charles IX confie la gestion des revenus de l'hôpital à un administrateur nommé pour trois ans par les bourgeois de la ville. Huit ans plus tard, le prieur est rétabli dans ses droits. Mais son successeur, fatigué par l'âge, confie à nouveau l'administration aux échevins. Ses successeurs tentent en vain de récupérer leurs prérogatives. En 1636, un arrangement, confirmé par un arrêt du parlement de Normandie du , est trouvé : l'édit de Charles IX est confirmé, mais l'administrateur nommé par les échevins doit rendre des comptes écrits en arrêt des Grands Jours en la présence du prieur.
Les soins étaient tout d'abord assurés par dix religieux. Ils sont remplacés par des religieuses à partir de 1323Félix Martin-Doisy, Dictionnaire d'économie charitable, Paris, Abbé Migne, 1855, .. En , la ville passe contrat avec la Madeleine de Rouen qui envoie une prieure et deux religieuses pour s'occuper des maladesJacqueline Musset, « Administration hospitalière et anticléricalisme municipal à Caen à la fin de l'Ancien Régime », Annales de Normandie, 1980, Volume 30, , .. Un profond désaccord se déclare alors au sein de l'Hôtel-Dieu. Les religieuses prétendent reconnaître uniquement l'autorité spirituelle de l'évêque de Bayeux et d'un point de vue temporel des échevins de Caen, alors que le prieur considère qu'elles sont sous son pouvoir. Un procès est mené à l'officialité de Bayeux, puis celle de Rouen. Le prieur obtient gain de cause, mais les religieuses font appel à Rome. Une bulle du , approuvée par des lettres patentes en 1638, place les religieuses sous l'autorité directe de l'évêque. Le prieur s'oppose encore à cette décision, mais l'officialité de Bayeux rejette sa demande et un accord est scellé en 1640. De 1661 à 1696, les sœurs se font construire un monastère pour remplacer les locaux vétustes qui leur avaient été attribués à leur arrivéeLéon Jules, « La Madeleine de Caen », Bulletin de la société des antiquaires de Normandie, tome 46, 1938, . Elle souhaite construire une église pour remplacer la petite chapelle dédiée à Notre-Dame qu'elles avaient aménagé près de la porte Millet, mais elles n'arrivent pas à réunir les fonds nécessaires.
Au , la situation de l'Hôtel-Dieu se dégrade. Les ressources de la communauté (rentes foncières, hypothèques, redevances et dîmes) sont insuffisantes pour faire face aux charges de l’établissement. 180 patients sont abrités dans l’Hôtel-Dieu qui ne possède que 120 lits. L'infirmerie et la pharmacie bénéficie toutefois des progrès de la médecine notamment grâce à l'action de Joseph-Pierre Chibourg, recteur de l'Université de CaenRobert Patry, Une ville de province : Caen pendant la Révolution de 1789, Condé-sur-Noireau, Éditions Charles Corlet, 1983, ..
Au milieu du siècle, hôtel-Dieu devient également un hôpital militaire géré par la ville sous le contrôle du commissaire des Guerres. Les augustines passent en effet un accord avec le gouvernement pour accueillir les soldats et matelots malades.
Les relations entre les Augustines et la Ville se dégradent. Cette dernière n'apprécie pas que les sœurs se soient constituées en communauté religieuse reconnue par le Pape et le Roi ; le conflit latent entre les sœurs et la municipalité éclate finalement dans les années 1780. La Ville essaie de faire supprimer la communauté. Le projet échoue, mais la Révolution française éclate et les religieuses, les chanoines et le prieur sont chassés de l'Hôtel-Dieu qui prend le nom d'hospice de l'humanité.
Les sœurs sont rappelées dès le début du Consulat, mais les chanoines et le prieur sont définitivement supprimés. Les religieuses vont assurer les soins jusqu'au .
Les armoiries de l’Hôtel-Dieu étaient : .
Extensions
Plusieurs établissements furent créés ou annexés à l'Hôtel-Dieu.
La Gobelinière Dans la deuxième partie du , plusieurs projets sont élaborés en vue de transférer les pestiférés à la Grande Maladrerie de Beaulieu. . En 1593, les commissaires ordonnés par le roi et le parlement de Normandie rendent une ordonnance prescrivant que les malades contagieux soient transférés à Beaulieu. Mais les échevins refusent de suivre cet ordre. L'année suivante, puis en 1599, on envisage de construire une maison de santé sur un terrain appartenant à l'Hôtel-Dieu, le jardin de la Fontaine-du-Fourneau. Ce projet n'aboutit pas plus que les autres. On songe ensuite en 1606 d'ouvrir un nouvel établissement à Clopée (Mondeville), mais c'est finalement à Sainte-PaixLa paroisse de Sainte-Paix est alors sur le territoire de Mondeville. Elle n'est rattachée à Caen qu'en 1718. au lieu-dit la Gobelinière qu'est ouvert la nouvelle maison de santé destinée aux pestiférés. On y enferme ensuite les pauvres valides. Le , les malades sont transférés dans l’Hôpital général, construit en face de l’Hôtel-Dieu.
Les Petits-Renfermés Le prêtre Garnier crée en 1630 la maison des Petits Renfermés afin de lutter contre la mendicité et de redresser les indigents par le travail. Les statuts en sont approuvés par lettres-patentes du . L'établissement est rapidement affecté aux enfants pauvres, orphelins ou abandonnés. Annexe de l'Hôtel-Dieu, la maison des Petits-Renfermés est construite dans les jardins du prieurFrançois Langlois, « Les Enfants abandonnés à Caen, 1661-1820 », Histoire, économie & société, 1987, , , . près de la tour au Massacre, dite aussi tour Machard, à l'angle avec la rue Frémentel.
Le deuxième Hôtel-Dieu
vignette|right|Religieuse de l'ordre de Saint-Augustin.
Dès le , la ville projette de faire construire un nouvel Hôtel-Dieu. L'établissement est en effet jugé insalubre et ne répondant plus aux normes modernes d'hygiène. On envisage d’utiliser le collège du Mont, après le départ des Jésuites dans les années 1760, mais le projet est jugé trop couteux. Le , la ville décide d'acheter l'abbaye aux Hommes « au nom des pauvres de l’Hôtel-Dieu » ; mais le bâtiment est finalement alloué à différentes administrationsLouis Huet, Histoire de la paroisse Saint-Étienne de Caen, Évreux, Imprimerie de l'Eure, 1892, .. En 1811, un projet de reconstruction sur son emplacement d'origine au bord de l'Orne est présenté, mais il échoue, faute de financement suffisantPierre Gouhier, « L'urbanisme à Caen dans la première moitié du », Annales de Normandie, 1986, , , .. Le , le dépôt de mendicité ferme ses portes et l'ancienne abbaye aux Dames qui l'accueillait se retrouve donc sans occupantMinistère de l'intérieur, Rapport au roi sur la situation des hospices, des enfans trouvés, des aliénés, de la mendicité et des prisons, Paris, Impr. royale, 1818, .. Le préfet du Calvados, le comte de Montlivault, et surtout le maire de Caen, Augustin Le Forestier, décident de transférer l'établissement hospitalier dans l'ancienne abbaye. Le site leur apparaît en effet beaucoup plus sain par rapport au site de la rue Saint-Jean, ancien marécage à proximité de l'Orne désormais entouré par un tissu urbain dense. L'ancienne abbaye au contraire est situé en hauteur dans un lieu encore isolé, mais à proximité immédiate de la ville. Les bâtiments construits au sont bien aérés et orientés vers le sud ; ils s'organisent autour d'une cour ouverte sur un vaste terrain de 14 hectares constitué de jardins et de pâturages. La translation solennelle de l'Hôtel-Dieu a lieu le , alors même que les travaux ne sont pas terminés.