L'église Sainte-Radegonde de Poitiers est une église catholique romaine située à Poitiers, entre la cathédrale Saint-Pierre et la rivière Clain, dans le département de la Vienne et la région Nouvelle-Aquitaine.
Construite au par la reine des Francs Radegonde sous le vocable de Sainte-Marie-hors-les-murs, l'église est renommée Sainte-Radegonde à la mort de sa fondatrice en 587 après que son corps y fut inhumé. thumb|Entrée de l'église.|200 px
Historique
thumb|200 px|Gargouille en forme de démon femelle. L'édifice, mentionné au , servait de sépulture pour les religieuses de l'abbaye. À cette époque elle est placée sous le vocable de la Vierge Marie, et s'appelle "Sainte-Marie-hors-les-murs". Elle était construite à l'extérieur du rempart en raison de son usage funéraire ; en effet la muraille gallo-romaine, bâtie à la charnière des passait entre cette église et la cathédrale Saint-Pierre. Durant la période mérovingienne, on avait conservé la tradition romaine de pratiquer les inhumations extra muros pour des raisons sanitaires (voir la Loi des Douze Tables). À la mort, en 587, de Sainte Radegonde, qui y fut enterrée, elle prit son nom définitif..
Elle abrite toujours la tombe de la sainte patronne de la ville, reine du peuple franc et épouse du roi Clotaire I. Elle avait créé à Poitiers la première abbaye féminine de Gaule, l'abbaye Sainte-Croix.
Sur ordre de l'abbesse Béliarde, le corps de Sainte Radegonde est exhumé, en 1012, et l'église est rebâtie après le grand incendie de 1083. La dédicace du nouvel édifice, dont subsistent le chevet et les premiers étages du clocher-porche, est mentionnée en 1099. Elle est, à la fois, église paroissiale et collégiale. Elle a à sa tête un prieur qui est nommé par l'abbesse de Sainte-Croix. Elle est desservie par une communauté de clercs, organisée en un collège de chanoines à partir du . Les chanoines assurent le service de la prière des heures auprès du tombeau de la sainte..
L'abside avec sa crypte et son déambulatoire ainsi que l'étage inférieur de la tour semblent remonter à cette époque. La nef est une construction plus récente. Elle daterait du . Elle fut voûtée au .
Au temps des guerres de Religion, elle est saccagée en 1562 par les réformés. D'après une relation contemporaine des ambassadeurs de Venise, le corps de la sainte lui-même ne fut pas épargné.
L'église a été classée Monument Historique en 1862.
Descriptif
L'église Sainte-Radegonde, comme beaucoup d'églises de pèlerinage, adopte un plan en croix latine, plan archéologique de l’édifice, essai de reconstitution de l’état du .. Ce plan a été mis au point au cours du . Il se caractérise par la présence d'une nef à vaisseau central avec des collatéraux (ce qui n'est pas le cas ici), d'un transept, d'un chevet à déambulatoire avec des chapelles rayonnantes. Ce plan est une solution trouvée par les architectes romans pour répondre à l'essor du culte des reliques qui est à l'origine de nombreux pèlerinages. En effet, les édifices de culte abritant des reliques doivent pouvoir combiner à la fois des espaces réservés aux religieux pour la célébration des offices et des espaces de circulation et d'accueil pour les pèlerins venus se recueillir..
L'extérieur de l'église
Le chevet
L'extérieur est caractérisé par un élégant chevet qui traduit clairement le plan de l'église : une crypte éclairée de jours ; au-dessus, un niveau de trois absidioles rayonnantes; puis une abside à sept pans éclairée de cinq larges baies; et enfin une flèche qui surmonte le mur oriental. Cette flèche est postérieure à la construction du chevet. Il en résulte un chevet d'une raideur anguleuse qui le différencie des chevets de la régionChemins de l'art roman en Poitou-Charentes, Frédérique Barbut, Éditions Ouest-France, 2011,p.23 et annonce l'art gothique. Toutefois, cette raideur est adoucie par les arcades en creux situées à la base du chevet..
Le clocher-porche thumb|left|150 px|Christ en majesté. thumb|130 px|Radegonde (?).
Le clocher-porche est roman à l’exception de la porte qui a été réaménagée au . Porche, salle haute, étage de cloches avec passage du carré à l'octogone, toit à pans coupés, telle est l'élévation progressive du clocher-porche. Ce clocher-porche rappelle celui de l'église Saint-Porchaire de Poitiers..
Dans le porche, deux reliefs se font face. Ils sont taillés en cuvette. Ils sont issus de l'ancienne façade romane et ont été apposés en remploi. L'un de ces reliefs représente le Christ en Majesté. L'autre montre une femme assise qui pourrait représenter sainte Radegonde ou la Vierge ou une personnification de l’Église. Elle est couronnée et nimbée, voilée et revêtue d'une robe aux plis dessinant des cercles concentriques. Elle s'incline vers la gauche. De cette position, il est possible de déduire que les deux reliefs sont les vestiges d'un seul ensemble sculpté. La sainte devait se trouver placée à la droite du Christ. Des traces de polychromie sont encore visibles.
Le plan au sol du clocher-porche est parfaitement carré. La salle au premier étage est voûtée en berceau transversal. Des contreforts sont plantés aux angles ainsi qu'au milieu de chaque face. Deux baies jumelles percent la façade occidentale et une baie de chaque côté. Elles sont en plein cintre. Elles sont étroites. Elles sont encadrées par des arcades à double voussure.
À l'angle nord-est, une tourelle d'escalier à lanternon est coiffée d'une poivrière. Elle permet d'aller au deuxième étage. Celui-ci est aussi de plan carré. Sur chaque face, de fortes colonnes d'angles entre lesquelles s'interposent trois demi-colonnes de plus petit diamètre. Elles délimitent un espace central qui est percé, sur la face occidentale, de nouveau, de deux baies, et sur les faces latérales d'une seule. Leurs voussures retombent sur deux colonnettes.
Le troisième étage est octogonal. Les espaces libres entre les pans coupés de cet étage et les angles du carré du toit du deuxième étage sont occupés par de curieux acrotères ou pyramidions aux pointes recourbées et sculptées. Chacune des arêtes de l'octogone est soulignée d'une demi-colonne. Chaque face est ajourée d'une baie jumelle creusée profondément dans le mur sous deux voussures que reçoivent des colonnettes d'angle.
Le haut des murs de chaque étage est décoré d'un bandeau de modillons sculptés.
Le portail de style gothique flamboyant est du , tout comme le rare parvis qui est conservé. Il s'agit d'un parvis de justice, entouré de bancs de pierre, sur lesquels siégeaient les juges ecclésiastiques jugeant les affaires religieuses et civiles du bourg.
Les statues sous le dais du tympan sont du . Elles représentent Notre-Dame, sainte Radegonde, ses deux compagnes et saint Hilaire.
La petite place ombragée qui jouxte l'église était autrefois un cimetière.
L'intérieur de l'église
La nef La nef a été entièrement reconstruite au , dans le style gothique plantagenêt ou angevinHaut-Poitou roman, Raymond Oursel, éditions du zodiaque, 1975, p.194, sur le modèle de la cathédrale voisine.
La nef est un vaisseau unique de quatre travées. Elle donne sur un sanctuaire roman surélevé par la bouche d'ombre de la crypte. La filiation avec le gothique angevin est patente : les murs sont renforcés d'une arcature portant une coursière de circulation et les voûtes, à liernes, sont composées de nervures diagonales, transversales et longitudinales. Elles sont bombées et elles retombent sur des faisceaux de colonnes et de colonnettes engagées.
La construction de la nef s'est faite en deux temps comme l'atteste la forme des baies. Les plus anciennes sont regroupées par paire.
Une coursière de circulation contourne les piles dans l'épaisseur des murs. Elle repose sur une suite d'une centaine de modillons d'une exceptionnelle variété à l'instar de ceux de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers. L'artiste roman donne libre cours à son imagination. On peut ainsi y découvrir des créatures démoniaques, des figurations réalistes de fables, des allégories des vices...
Les vitraux
Sur le mur nord de la deuxième travée, il est possible d'admirer une magnifique verrière datant de 1270, même si elle a été remaniée par la suite. Les huit lancettes du registre inférieur sont consacrées à la vie et à la Passion du Christ, et la grande rose au Jugement Dernier. Les armes de France et de Castille visibles dans l'écoinçon central désignent le donateur : le comte Alphonse de Poitiers, fils cadet de Louis VIII et de Blanche de Castille. Celui-ci avait reçu le comté de Poitou en apanage..
Un vitrail dans des baies jumelles raconte la vie et les miracles de Sainte Radegonde. Un autre décrit la vie de saint Blaise. Ces vitraux sont tous les deux du côté nord de la nef.
Le vitrail de la vie de Sainte Radegonde date en partie du . Il a été restauré à la fin du par Henri Carot. Il raconte les faits principaux de la vie de la sainte en 16 épisodes. Ils se lisent d'abord depuis la lancette gauche et de bas vers le haut. Le tonneau intarissable. La guérison de l'aveugle Bella (). Sainte Radegonde met en fuite les démons (). Enfant présenté à la Sainte. Sainte Radegonde consacrée par Saint Médard. Sainte Radegonde lave les pieds des pauvres (). Guérison d'Arcimia dans le bain (). Sainte Radegonde met en fuite un oiseau funèbre. Exorcisme d'une possédée. Guérison de l'abbé Abbon. Remerciements des prisonniers miraculeusement délivrés. Guérison de la jeune Goda. Des pécheurs sauvés de la tempête (). Apparition de la Vierge à la Sainte. Résurrection d'une morte par Sainte Radegonde (). Enfant mort-né ressuscité par le cilice de la Sainte.
Le « Pas-de-Dieu » thumb|150px|Statue de Sainte Radegonde devant le « Pas-de-Dieu ».
Un enfeu gothique abrite un groupe sculpté dit du « Pas-de-Dieu », représentant Sainte Radegonde, vêtue à la fois de son habit religieux et d'un manteau fleurdelysé, à genoux priant devant le Christ debout. Il date du , et a été réalisé en terre cuite par un atelier du Mans, dans le style de Gervais de la Barre. Des statues en terre cuite de cette taille et de cette qualité sont remarquables pour l'époque. Elles ont été assemblées par morceaux.
L'ensemble sert de décoration à la pierre sur laquelle il est posé, marquée d'un enfoncement ayant la forme d'une trace de pas, qui est considéré comme ayant été fait miraculeusement par le pied du Christ apparu à la sainte. En effet, d'après Baudonivie, un an avant sa mort, Radegonde a une vision du Christ. Celui-ci lui reproche les mortifications qu'elle s'inflige et lui annonce son entrée prochaine au ciel : . La statue du Christ pointe vers sa propre tête ; il est probable qu'à l'origine elle portait une couronne en allusion à ce message.
Baudonivie ne le relate pas, mais la tradition populaire dit qu'à l'occasion de cette apparition, le Christ laisse une trace de son pied dans la pierre, qui est conservée, d'abord dans l'abbaye Sainte-Croix, dans une chapelle qui lui était dédiée et attirait son propre pèlerinage. Les fidèles cherchant en grand nombre à toucher et racler la pierre, il a fallu installer une grille autour de la trace du pas et une autre devant les statues. La chapelle du Pas-de-Dieu étant détruite en 1792 pendant la Révolution française, le tout est alors transféré au sein de l'église Sainte-Radegonde.
La salle capitulaire Une salle capitulaire de la fin du - début est accolée au mur sud de la nef. Elle est de style angevin. Elle présente une voûte à huit nervures et des culots sculptés de figures. La clé de voûte est sculptée d'un Christ bénissant. Cette salle, la chapelle Marie Madeleine, était utilisée par les chanoines comme oratoire. Elle contient de nombreux bustes de rois et de reines.
Le chœur