thumb|upright=1.8|Éditions Maugard, couvertures 1936 et 1954. Les éditions Maugard sont une maison d'édition implantée à Rouen, active des années 1930 aux années 1970. Son existence date de 1911 (imprimerie). La raison sociale actuelle de cette maison porte la dénomination : Les Affiches de Normandie.

Ses tendances éditoriales contribuent à mettre en valeur le patrimoine régional et régionaliste de la Normandie.

Historique Henriette Maugard, la fondatrice Elle est née le à Épreville-en-Lieuvin dans l'EureL'acte de naissance d'Henriette comporte une anomalie de notation puisqu'elle est déclarée de "sexe masculin" et qu'il est ajouté en margé "décédé en...", au lieu de "décédée" ; Archives départementales de l'Eure., d'un père cultivateur au hameau du Pasche à Épreville, âgé de vingt-quatre ans et marié avec Alphonsine Augustine Régnier depuis le , à Saint-Étienne-l'Allier (Eure).

Le , Henriette épouse Abel Émile Constant Maugard à Lieurey dans l'Eure. Ce dernier est né le dans cette commune de Lieurey. Il est principal clerc de notaire, et demeure alors à Brionne, même département.

Les deux époux créent ensemble l'entreprise d'imprimerie et d'édition à Rouen. Mais la guerre emporte le lieutenant Abel Maugard, du  régiment d'Infanterie territoriale, le , à la suite d'une tuberculose subaiguëFiche Abel Constant Maugard sur la page Morts pour la France de la Première Guerre mondiale du site Mémoire des Hommes. Veuve, Henriette Maugard reprend seule les rênes de l'entreprise. Femme de caractère, aux dires de ses proches, elle dirige la maison d'édition rouennaise avec M. Barus, son directeurLes Affiches normandes, journal hebdomadaire, , 5 octobre 2011..

Henriette Maugard est morte le , à Rouen.

À partir de , l'entreprise est gérée par M. et Mme A. Gilbert, jusqu'en . La périodicité du journal est hebdomadaire à compter du Répertoire des journaux et périodiques locaux, Archives départementales de la Seine-Maritime, octobre 2003, p. 172.. thumb|upright=0.7|Les Petites Affiches de Normandie, 3 déc. 1938.

Affiches de Normandie La maison est d'abord fondée comme l'imprimerie des Affiches de Normandie dont le siège est situé rue aux Juifs, puis aux 86-94 boulevard des Belges à partir de 1920. Elle publie notamment le bulletin d’annonces légales Les Affiches de Normandie, qui n'a pas cessé depuis. Journal consacré à la publicité légale de la Seine-Inférieure (ancien nom de la Seine-Maritime) et comportant une part consacrée à la vie littéraire et culturelle, son rythme de parution est bi-hebdomadaire, le mardi et le vendrediAvis des Petites Affiches de Normandie, en date du 15 janvier 1946..

L'entreprise déploie donc deux volets : la parution d'un journal habilité pour la publicité légale, et l'édition de livres. Selon le peintre Jacques Lebourgeois (1926-2012), également chroniqueur du journal : « Mme Maugard se vouait corps et âme à son entreprise. C'était sa raison d'être. Je la revois encore derrière sa banque, comme une simple hôtesse d'accueil ».

Éditions Maugard Activités et productions éditoriales thumb|left|upright=0.8|Ve Centenaire de Jeanne d'Arc à Rouen, 1431-1931. Les activités d'éditions régulières ont existé de 1931 jusqu'à la fin des années 1970. La première publication semble avoir été l'album consacré au Ve Centenaire de Jeanne d'Arc pour lequel Edmond Spalikowski réunit une petite équipe dont certains membres sont toujours restés fidèles à l'éditeur.

Spalikowski, né en 1874, est médecin et écrivain, esthète et critique d'art. Homme de réseaux, fondateur des Archives provinciales des sciences, membre de la Commission départementale des antiquités de la Seine-Inférieure, membre de l'Association des Écrivains normands, reçu à l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen en 1936Discours de réception de M. Edmond Spalikowki, hommes de lettres, 12 novembre 1936, Précis analytique des travaux de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen pendant l'année 1936., il met ses relations à la disposition d'Henriette Maugard tout en bénéficiant de la caisse de résonance d'une maison d'édition.

Celle-ci se trouve donc au cœur d'un réseau de sociabilité savante à encrage local et au rayonnement régional, principalement la Basse-Normandie.

Sa notoriété est établie : en 1940, Le Lexovien, journal de Lisieux, écrit par exemple : « On se souvient certainement du succès obtenu par le recueil de contes normands de Jean Gaument et Camille Cé, publié sous ce titre, il y a quelques années déjà. La première édition, depuis longtemps épuisée, a suggéré à l'éditeur rouennais bien connu, Maugard, d'en donner une nouvelle édition luxueusement présentée »Le Lexovien, journal de Lisieux, 17 février 1940, sous la signature d'Étienne Deville..

De 1931 à 1939, les éditions Maugard publient au moins vingt-six titres. Sous l'Occupation, six livres. De 1945 à 1959, vingt-trois titresCes estimations sont minimales, le catalogue des éditions Maugard n'étant pas connu.. Quelques-uns encore dans les années 1960-1970.

Maugard est l'éditeur de nombreux ouvrages sur la Normandie et sur l'histoire de Rouen. Ses éditions originales, toujours de grande qualité, attachent une importance particulière au graphisme de la couverture et aux illustrations intérieures. Elles sont recherchées et appartiennent souvent au domaine de la bibliophilie.

Les thèmes privilégiés puisent dans le patrimoine littéraire, historique, urbain et architectural de la Normandie, mais Henriette Maugard publie aussi la thèse de l'historien Roland Mousnier ou les écrits de Paul Leroy dont le propos est plus général.

La réception des thèmes régionalistes Le filon régionaliste, matrice de prédilection de l'éditeur, comble un lectorat attaché à la tradition et nostalgique des mœurs qui disparaissent avec le temps et avec les évolutions mentales, urbaines et sociales.

Ainsi, dans Le Lexovien (Lisieux), on trouve ce genre d'éloges à propos de l'ouvrage de Jean Gaument et de Camille Cé (1936) : « Les chandelles éteintes, ce sont de vieux souvenirs dont la lueur passagère illumina un instant de pauvres existences et que deux auteurs, fins et subtiles observateurs, ont replacées dans leurs véritables cadres normands. Tout ce qui se rapporte à la vie provinciale, à cette existence ignorée des petits, prend tout de suite une importance, lorsque des écrivains comme Jean Gaument et Camille Cé prennent la peine de la raconter ».

Mais il suscite aussi des critiques acerbes, par exemple à propos du livre d'Edmond Spalinowski, l'un des premiers édités par Maugard : La Normandie rurale et ignorée (1932).

Dans le Mercure de France du , le chroniqueur de la rubrique « Folklore », le très sérieux Arnold van Gennep, éreinte sévèrement Spalinowski :

Éditeur local C'est encore à la maison Maugard que l'on s'adresse pour la réalisation de publications locales savantes. La Commission des Antiquités de la Seine-Inférieure, dans les années 1930, lui confie l'impression de son « bulletin annuel » tiré à 300 exemplairesLoïc Vadelorge, Rouen sous la IIIe République. Politiques et pratiques culturelles, Presses universitaires de Rennes, 2005..

L'affaire Jean de la Varende

Cette maison est la première éditrice de Jean de La Varende (1887-1959), avec la publication de Pays d’Ouche en 1934, dont le manuscrit avait été refusé par les éditeurs parisiens. La publication de ses nouvelles par l'éditeur rouennais lui assure une notoriété certaine.

Henriette Maugard publie également son roman Nez-de-Cuir, gentilhomme d'amour, en 1936. L'ouvrage est donné comme prix Goncourt par les rumeurs et les pronostics, mais c'est le Belge Charles Plisnier qui est couronné avec Faux passeports (éditions Corrêa). Le livre est, cependant, réédité chez Plon l'année 1937.

Le passage de La Varende chez l'éditeur parisien laisse Henriette Maugard quelque peu désabusée. Elle confie ce témoignage acide, en 1952 dans le recueil de Pierre Dolley, L’œuvre de La Varende devant l’opinionPublié chez Maugard, Rouen, 1952. : .

Principaux auteurs publiés

Léon Binet (1891-1971), médecin. Camille Cé (1878-1959). Lucie Delarue-Mardrus (1874-1945). Julien Guillemard (1883-1960), créateur de la revue littéraire La Mouette (1917-1926), romancier. René Herval (1890-1972), écrivain et historien normand. Roland Mousnier (1907-1993), historien moderniste, professeur à la Sorbonne. Jacques-Noir (1881-1970). Edmond Spalikowski (1874-1951). Jean de La Varende (1887-1959), écrivain. Jean Gaument (1879-1931).

Panorama éditorial Une recension des titres de la maison Maugard fournit un total de soixante ouvrages, dont l'essentiel est publié en une trentaine d'années. Un auteur accapare 15 % des titres : Edmond Spalikowski, l'un des moteurs de l'influence intellectuelle de l'éditeur rouennais.

Années 1931-1939 1931 : Le Ve centenaire de Jeanne d'Arc à Rouen, du 23 au 31 mai 1931, albumRédigé par Edmond Spalikowski avec la collab. de René Herval, Georges Laisney, C. Levillain, André Renaudin, Jean des Vignes Rouges (pseud. de Jean Taboureau, 1879-1970), Francis Yard.. 1932 : La Normandie rurale et ignorée, Edmond Spalikowski (1874-1951). 1933 : Sur les routes normandes, Edmond Spalikowski. 1933 : Sous le beau ciel de Normandie. Histoires de chez nous, Julien Guillemard (1883-1960). 1934 : Pays d'Ouche, Jean de La Varende (1887-1959). 1934 : Âme et aspects de Rouen, Edmond Spalikowski. 1935 : "Notice sur le château Ganne et sa légende", introduction à la pièce La fille du comte Ganne ou Mellia la Blonde. Épilogue de la chanson de Roland, abbé Jean Delacotte. 1935 : Clères, le château, le parc zoologique, le bourg, Edmond Spalikowski. 1936 : Nez-de-cuir, gentilhomme d'amour, Jean de La Varende (1887-1959). 1936 : Jumièges, hier et aujourd'hui, Edmond Spalikowski. 1936 : La Bouille, paradis touristique, Edmond Spalikowski. 1936 : Quelques paroles à propos de poésie, Jacques-Noir (1881-1970). 1936 : Les chandelles éteintes : contes normands, Jean GaumentJean Gaument, pseudonyme de Ferdinand Verdier. (1879-1931) & Camille Cé (1878-1959). 1936 : Femmes d'aujourd'hui : Colette ; Lucie Delarue-Mardrus, Paul Leroy. 1937 : Saint-Wandrille, l'abbaye de Saint-Wandrille, Edmond Spalikowski. 1937 : Au pays des trois abbayes, Edmond Spalikowski. 1937 : Du Raz Blanchard aux Vaux de Vire, Georges LaisneyProfesseur agrégé d'anglais au lycée Corneille, à Rouen. (1883-1950). 1937 : La vie prodigieuse de Guillaume le Conquérant, Julien Guillemard (1883-1960). 1937 : Boutons d'or. Poèmes de chez nous, Madeleine Chosson. 1937 : Le solitaire. Le passé sous les cendres, Yves Leparoux. 1938 : L'innocent du val, Yves Leparoux. 1938 : Au bord de l'étang, avec une préface de Georges Duhamel, Léon Binet (1891-1971). 1938 : Fumets de l'âtre, René Girardeau (écrit entre 1933 et 1958). 1939 : Le Palais de Justice de Rouen et son histoire, Edmond Spalikowski. 1939 : Au seuil du paradis, des images avec Louis Lumière, préface de Lucie Delarue-Mardrus, Paul Leroy. 1939 : Contes du Pays de Caux, Camille-Robert Désert (1893-1976). 1939 : Poèmes pour mes amis, Alexandre Etienne.

Années 1942-1944 1941 : Le cœur sur l'ardoise, Lucie Delarue-Mardrus Lucie Delarue-Mardrus, site Les hommes sans épaules. (1874-1945). 1942 : Le squelette dans le placard, Camille Cé (1878-1959). 1942 : Devant la rampe, Paul Leroy. 1943 : Muses de France, Paul Leroy. 1943 : Jacobins de village. Un bourg de Normandie pendant la Révolution, préface de la Jean de La Varende, René Étienne-Bellivère. 1943 : Un homme, une œuvre. La vie de Xavier Bernard, Victor Boret (1872-1952). 1943-1944 : Au pays des chaumières, Edmond Spalikowski.

Années 1945-1959 1945 : La vénalité des offices sous Henri IV et Louis XIII, Roland Mousnier (1907-1993). 1945 : Le fouet. Poésies satiriques du temps de guerre, 1940-1944, L.-François-Albert Martin. 1946 : Mon enfance m'a dit. Nouvelles, Camille Cé (1878-1959). 1947 : Le duc d'Aumale. Une grande figure du XIXe siècle, Dr Jousseaume.