Les marais salants de Guérande sont une zone de marais salants française située sur le territoire des communes de Guérande, Batz-sur-Mer, Le Croisic et La Turballe, dans l'ouest du département de la Loire-Atlantique.

À une vingtaine de kilomètres au nord se trouve un autre bassin salicole, les marais du Mès, qui sont associés à ceux de Guérande dans le cadre du « bassin salicole de la presqu'île guérandaise ».

Géographie vignette|gauche|Vue aérienne de la partie occidentale des marais. La jetée du Tréhic en avant-plan, séparée du petit Traict et des marais salants en arrière-plan, par la Grande Falaise et la pointe sablonneuse de Pen-Bron. vignette|gauche|Carte représentant les deux traicts séparés par la presqu'île de Sissable et les étiers, anciens chenaux naturels endigués qui alimentent les marais salants en eau de mer lors des marées hautes de fort coefficient.

Les marais salants occupent la partie orientale d'une vaste zone plane dont l'altitude maximale ne dépasse pas , située entre le coteau de Guérande au nord et la presqu'île du Croisic au sud qui la sépare de l'océan Atlantique. À l'ouest, cette zone est presque entièrement isolée de l'océan par la pointe de Pen-Bron, à l'exception d'un passage de de large entre le port du Croisic et l'hôpital de Pen-Bron, qui permet à l'eau d'y pénétrer à marée montante grâce à deux bras de mer, localement baptisés les traicts du Croisic.

La partie occidentale de la zone, plus proche de l'océan, forme un vaste estran, permettant de différencier les deux traicts l'un de l'autre : le Petit Traict au nord (chenal de Pen-Bron, puis étiers de Pen-Bron et de la Paroisse) et le Grand Traict au sud (chenal des Vaux, puis étiers de Grévin et de la Croix) découvert à marée basse et recouvert à marée haute. Cet estran, qui fait partie du domaine public maritime, est délimité par une digue construite au . À la limite de l'estran et des marais, et entre les deux Traicts se trouve une presqu'île créée par les aménagements des marais salants sur le domaine marin appelé Sissable.

À l'est, les marais salants communiquent également avec l'océan par l'intermédiaire de l'étier du Pouliguen qui marque la limite administrative entre les communes de La Baule-Escoublac et du Pouliguen. La partie sud de cet étier devient ensuite un chenal qui abrite le port de La Baule - Le Pouliguen.

Les marais salants sont répartis entre les communes de Batz-sur-Mer au sud, de Guérande au nord, et pour une faible part, de La Turballe au nord-ouest. La commune du Pouliguen qui cadastrait quelques salines, comblées depuis les années 1960 sous la pression immobilière, et celle de La Baule, sans aucune emprise cadastrale sur le marais, sont limitrophes du bassin salicoleComme La Baule, même si les cartes topographiques récentes ne le montrent plus : la zone commerciale des Salines à Beslon entre Careil (Guérande) et La Baule, est implantée sur des marais comblés, la nouvelle déviation - route départementale 192 - entre cette zone commerciale et le site du palais des congrès de La Baule Atlantia est entourés des salines..

Le site est longé par les routes départementales 774 à l'est, et 245 au sud.

Histoire Évolution du niveau marin thumb|Variations mondiales du niveau de la mer au cours de la transgression flandrienne. Les dates sont indiquées en BP : « avant présent », soit 1950 année de référence.

Au cours de la dernière période glaciaire, Würm selon l'appellation classique, le niveau marin baisse de plus de au-dessous du niveau actuel. La Loire et la Vilaine creusent de part et d'autre de la presqu'île guérandaise de profondes vallées aujourd'hui sous-marines. La côte se trouve alors très au-delà des phares de la Banche et du plateau du Four, au large du Croisic. Le territoire est occupé par des chasseurs nomades du Magdalénien, dont un campement a été fouillé au Croisic.

De la fin de la période paléolithique à moins 5500 ans.

À la remontée des eaux avec la fonte des glaces, lors de la dernière transgression (Flandrien), la cuvette entre le coteau de Guérande et le plateau du Croisic devient brièvement maritime, mais avec une très faible profondeur d'eau ; des cordons littoraux fossiles au pied du coteau de Guérande et autour de Saillé (en limite actuelle des Marais SalantsLes rochers du Kramaguen — ou Crémaguen — ne sont pas un témoignage de la ligne de côte, contrairement à l'avis des auteurs romantiques du , mais les restes d'une ancienne carrière de meules.) marquent l'avancée maximale du domaine maritime francReconnaissances géologiques par L. Barbarous, F. Ottman et al, lors de l'établissement de la carte géologique - 1966 à 1968 - au 1/50 000 « Saint Nazaire »., durant cette période Batz et le Croisic ont peut-être été une (ou des) île(s) lors des marées hautes uniquement. La tranche d'eau reste faible, le socle granitique n'est jamais loin et émerge aujourd'hui dans le fond des marais en de nombreux points, notamment entre Saillé et Batz.

La dépression des actuels marais est comblée par des argilesIl s'agit d'argiles bleues à scrobiculaire, type slikke et schorre, caractéristiques des milieux littoraux maritimes dans la zone de balancement des marées. déposées entre moins 11000 ans et moins 5500 ans.

thumb|Variations mondiales du niveau de la mer au cours de l'Holocène, (-6000 à +2000 par rapport à JC, ici) . Les dates sont indiquées en BP : « avant présent », soit 1950 année de référence. Il se forme durant cette période transgressive une zone de prairies maritimes dont les rives sont probablement occupées par les dernières populations paléolithiques, comme le montrent les silex trouvés entre Batz-sur-Mer et Le CroisicIls ont été signalés par Henri Quilgars lors de travaux sur la voie ferrée en 1897., puis par celles du Mésolithique atlantique connues avec les nombreux sites sur le coteau de Guérande et dans la Presqu'île du Croisic qui ont livré des microlithes caractéristiques. À la fin de cette première phase, la végétation terrestre palustre (marais d'eau douce) s'étend dans la cuvette (couche de tourbes de La Turballe et de Batz-sur-Mer, que l'on trouve aussi sous les dunes à La BauleSondages de 1903, réalisés par le service des eaux.). Au moins à deux reprises, la montée des eaux océaniques chasse les premiers habitants, comme l'indique une couche d'argile jaune limoneuse au sommet des sédiments qui comblent l'ensemble de la cuvette.

Du Néolithique à nos jours. Au NéolithiqueLa période néolithique correspond à la phase climatique et palynologique « subboréale »., le niveau marin est de 2 à inférieur au niveau actuel, comme le montrent deux mégalithesC. Devals et L. Pinault, « Bretagne, Le Pays de Guérande, patrimoine archéologique », revue Archéologia, , avril 2001. implantés dans le marais (notamment un dolmen avec son tumulus situé près du lieu-dit MouzacLieu-dit La Motte à Charreau. Ce monument se trouve sur une propriété privée, et n'est pas accessible à la visite ; il a été dégradé du fait de la construction (ancienne) des salines à sa périphérie, mais cela, curieusement, en a permis la conservation, compte tenu de la fragilité du site. dont la base est au niveau actuel de la mer). Les Marais Salants sont donc une vaste prairie plus ou moins arborée, et déjà cultivée.

Le niveau moyen de la mer s'élève brusquement au cours de l'âge du bronze pour approcher temporairement le niveau d'aujourd'hui ; ce phénomène d'élévation prend fin vers 500 av. J.-C. Les Marais Salants changent donc profondément d'aspect, les prairies maritimes recouvertes par la mer aux grandes marées reprennent leur place. Depuis lors, le niveau oscille entre moins et plus , avec une tendance générale transgressive jusqu'à nos joursTravaux de Mireille Ters, notamment l'article de synthèse : Les variations du niveau marin depuis 10000 ans le long du littoral atlantique français, publié en 1973 dans « Le Quaternaire, congrès de l'INQUA » , ainsi que les travaux de Lionel Visset, de l'université de Nantes..

Au début de l'occupation romaine, la cuvette est moins maritime qu'aujourd'hui : une oscillation négative a en effet été mise en évidence en plusieurs points entre la Vilaine et l'île de Noirmoutier, ainsi que dans les marais salants et en Brière, et sur l'ensemble du littoral atlantique, jusqu'en Mer du NordAu vu de ces éléments, il est impossible, contrairement à ce qu'affirment certains guides touristiques à la suite de certains érudits du , que la bataille entre les Vénètes et les Romains se soit déroulée ici, la zone n'étant « maritime » que par très grande marée, avec une faible épaisseur d'eau ne dépassant pas les , sauf peut-être dans le chenal de Penbron., la ligne de rivage recule donc, ce qui a dû être très visible dans cet environnement très plat à la suite des colmatages antérieurs par les sédiments accumulés dans la cuvette.

À partir du Gildas Buron et bulletin hors série de la SSNOF, voir bibliographie., une nouvelle poussée transgressive donne leur aspect actuel aux marais, le niveau de la mer tend à monter (faiblement) depuis cette période. Le « Traict du Croisic » devient alors l'exutoire principal du balancement des marées avec son débouché entre Le Croisic et les rochers granitiques pointant sous le centre héliomarin de Pen-Bron. Les marais occupent la zone anciennement recouverte dans l'année par les grandes marées de vives eaux. Le double tombolo se constitue progressivement par des accumulations de sable à ses extrémités (pointe de Pen-Bron à l'ouest, dunes d'Escoublac à l'est), alimentées par les apports de sédiments venant de l'estuaire de la Loire et l'estuaire de la Vilaine. Le développement dunaire a été particulièrement important de la fin du Moyen Âge au , faisant disparaître l'ancien village d'Escoublac.

Les installations salicoles Historique vignette|gauche|Photographie panoramique sur des salines de plusieurs dizaines d'œillets. Le régime foncier détermine l'exploitation d'une petite ou grande salineCarte de localisation des salines, extraite de . vignette|Les paludiers connaissant leur apogée territorial en 1850 et un déclin la décennie suivante mais ils continuent de former une aristocratie paysanne jusqu'au début du . vignette|redresse=1.4|alt=Paludières rassemblant un tas de sel et le portant dans un panier. |Jusque dans les années 1950, la majorité des paludiers de l'Ouest sont des métayers qui ne reçoivent aucun salaire en argent (cf l'étymologie de salarium) : ils gardent une part de la production de sel gris et touchent une rémunération pour les gros travaux d'hiver d'entretien du maraisCes hommes constituent une aristocratie paysanne, comme le montre l'évolution du taux de métayage : ils gardent le quart ou le tiers de la production (1870) puis la moitié (1914) et les deux-tiers (1950). Ils se rémunèrent en échangeant directement cet or blanc contre des biens ou des services grâce au privilège de la troque (ce privilège institutionnalisé en 1420 par le duc de Bretagne , favorise le troc lucratif disparait temporairement lors de la suppression de la gabelle du sel en 1790), reversent le tiers de leur récolte aux propriétaires négociants (ducs de Bretagne, nobles, abbayes, bourgeoisie locale). Les gros travaux sont essentiellement l'entretien des canaux d'alimentation, le curage des bassins, la réparation des talus et parties communes (réfection des digues , reconstitution des ponts de terre)… De même que chez les hommes, il existe des paludières métayères qui sont généralement des veuves de paludiers. Cf ., tandis que leurs femmes et enfants s'occupent de la récolte et du portage de sel. vignette|gauche|La création du musée des Marais salants marque une étape de la patrimonialisation de ce territoireGildas Buron, inventaire général du patrimoine culturel des marais salants, dossier d'enquête et d'étude, 2007, 59 p..