Le Maître de Bedford, ou Maître du duc de Bedford, est un maître anonyme enlumineur actif à Paris dans la première moitié du .

Éléments biographiques L'artiste anonyme français doit son nom au commanditaire de trois de ses manuscrits, le duc de Bedford Jean de Lancastre capitaine de Paris entre 1423 et 1430, pour qui il exécuta à l'apogée de sa carrière, un Bréviaire à l'usage de Salisbury (Bibliothèque nationale de France, Paris), et un benédictionnaire-missel aujourd'hui détruit à la suite de l'incendie de l'hôtel de ville de Paris et un livre d'heures, les Heures de Bedford (British Library, Londres, ms add. )Les manuscrits à peintures en France, . Même s'il s'est avéré que ce dernier n'a peut-être été que simplement complété à l'époque de la domination anglaise.

Dans sa première phase d'activité, vers 1409-1415, il travaille pour plusieurs commanditaires prestigieux et en collaboration avec les plus grands enlumineurs de son temps, constituant une production que Millard Meiss a réuni sous le nom de . Tout d'abord, le premier commanditaire identifié est Jean de Berry pour qui il participe à la réalisation des Grandes Heures vers 1409 avec Jacquemart de Hesdin, ainsi que pour quelques décorations marginales dans Les Très Riches Heures du duc de Berry. Puis Jean sans Peur, le duc de Bourgogne, pour qui il illustre un manuscrit du Livre des Merveilles en collaboration avec le Maître de la Mazarine, le Maître de la Cité des dames et le Maître d'Egerton au sein de l'atelier du Maître de Boucicaut.

Enfin, il travaille pour Louis de Guyenne dont il réalise le Bréviaire actuellement conservé à Châteauroux, en collaboration avec le Maître de Boucicaut, un manuscrit du Térence des Ducs, ainsi qu'une première version d'un livre d'heures devenues par la suite les Heures de Bedford. Il n'achève son travail pour le dauphin qu'avec la mort de celui, en 1415, laissant un missel inachevéParis 1400, .

L'occupation de la ville de Paris par les Anglais entre 1423 et 1429 marque l'apogée de son style, travaillant pour le chef anglais mais aussi d'autres commanditaires anonymes, laissant notamment un livre d'heures actuellement conservé à Vienne et un autre à Lisbonne.

Après le départ des Anglais, il reste à la tête d'un atelier florissant, qui joue un rôle décisif dans le second quart du dans la formation de plusieurs enlumineurs. Plusieurs maître anonyme s'inspirent directement de son style : le Maître de la Légende dorée de Munich, le Maître de Dunois, jusqu'au Maître de Jean Rolin après 1450.

Inspiration Le début de la carrière du Maître est directement inspiré du style du Maître de Boucicaut. Il bénéficie des apports de la première Renaissance italienne, notamment dans la représentation de l'architecture en projection, par l'intermédiaire d'un peintre anonyme formé dans l'atelier de Niccolò da Bologna, le Maître des Initiales de BruxellesParis 1400, . À la fin de sa carrière, il connait les œuvres de l'Ars nova flamande dont il emprunte certains détails. Il emprunte ainsi de la Vierge à la fontaine de Jan van Eyck dans un livre d'heures conservé à Saint-Marin ou un élément du paysage de la Vierge du chancelier Rolin dans les Heures de Dunois. Mais son style reste encore très marqué par le Gothique international.

Tentatives d'identification Dès le début du , Paul Durrieu propose d'identifier le Maître à Haincelin de Haguenau, un peintre originaire de Flandres actif pour Philippe de Bourgogne et Louis de Guyenne. Mais l'activité de celui-ci est trop peu connue pour attester cette identification. On a voulu y voir aussi l'enlumineur parisien Jean Haincelin, documenté de 1438 à 1449, mais là encore, sans grandes preuves.

Manuscrits attribués Les Grandes Heures du duc de Berry, 1409, Bibliothèque nationale de France, Lat.919 : 1 miniature, f.96 ; Térence des ducs pour Louis de Guyenne, vers 1411, bibliothèque de l'Arsenal, ms.664 (réalisation du décor de marge de la miniature de frontispice) Missel de Saint-Magloire, 1412, bibliothèque de l'Arsenal, Ms.623 Le Livre des merveilles et autres récits de voyages, vers 1410-1412, en collaboration avec le Maître de Boucicaut, le Maître de la Mazarine, le Maître d'Egerton et le Maître de la Cité des dames, BnF Fr.2810 Œuvres de Christine de Pisan, vers 1413, quatre miniatures dans un manuscrit en collaboration avec le Maître de la Cité des dames, British Library, Harley MS 4431 Bréviaire de Louis de Guyenne, entre 1410 et 1413, en collaboration avec le Maître de Boucicaut, bibliothèque municipale de Châteauroux, ms.2 Missel de Louis de Guyenne, vers 1415, inachevé avec sept miniatures découpées, bibliothèque Mazarine, Ms.406 Heures du duc de Bedford, vers 1415 ou 1423, British Library, Londres, ms add. Livre d'heures, Vienne (Autriche), Bibliothèque nationale autrichienne, Cod.1855 Heures de Jeanne de France dites Heures Lamoignon, vers 1420, musée Calouste-Gulbenkian, Lisbonne, Ms LA237Notice sur le site de la Fondation Gulbenkian Heures Sobieski, vers 1420-1425, château de Windsor, Royal LibraryNotice sur le site de la Royal Collection Bréviaire du duc de Bedford, entre 1424 et 1435, BnF, Lat.17294

Voir aussi Bibliographie

E. P. Spencer, « The Master of the Duke of Bedford : The Bedford Hours », in The Burlington Magazine, 107, 1965, . E. P. Spencer, « The Master of the Duke of Bedford : The Salisbury Breviary », in The Burlington Magazine, 108, 1966, .

Articles connexes Enluminure gothique Bréviaire de Salisbury Heures de Bedford

Liens externes

Références

Bedford