Eustace Mullins, né le à Roanoke (Virginie) et mort le à Hockley (Texas) est un essayiste et propagandiste américain, disciple du poète Ezra Pound, et notoire négationniste de la Shoah. Dans son ouvrage le plus connu, Les Secrets de la Réserve fédérale, il affirme qu’un groupe de banquiers de haut vol aurait conspiré et rédigé, pour servir perfidement ses propres intérêts, les statuts de la Réserve fédérale, puis aurait réussi à faire adopter ce document comme loi par le Congrès américain. Le journaliste David Randall a qualifié Mullins de .

Biographie Eustace Clarence Mullins Jr. était le troisième enfant d’Eustace Clarence Mullins Sr. (1899-1961), vendeur dans un magasin de vêtements au détail, et de son épouse Katherine Jane Muse (1897-1971). Si Mullins prétendait avoir été formé à l’université d'État de l'Ohio, à l’université de New York, ainsi qu’à l’université du Dakota du Nord, le FBI sera toutefois incapable de confirmer que Mullins avait fréquenté l’une quelconque de ces institutions, abstraction faite d’une session d’été à l’université de New York en 1947Archive du FBI, « Eustace C. Mullins » en texte intégral. Consulté le ..

Durant la Seconde Guerre mondiale, il s’enrôla dans l’armée en tant qu’adjudant et servit pendant trente-huit mois, notamment dans l’armée de l’air.

En 1949, Mullins était employé à l’Institut des arts contemporains (Institute for Contemporary Arts) à Washington, D.C., où il fit connaissance avec la femme d’Ezra Pound, Dorothy, qui le présenta ensuite à son mari. Pound était alors en détention dans une clinique pour malades mentaux, le St. Elizabeths Hospital. Mullins venait souvent rendre visite au poète, et travailla pendant quelque temps comme son secrétaire. Lors de leur première rencontre, Ezra Pound lui demanda d’enquêter sur la Réserve Fédérale américaine (FED) et sur les intérêts des banquiersInterview d'Eustace Mullins au Bobby Lee Show parlant brièvement de sa rencontre avec Ezra Pound.Préface à The Secrets of The Federal Reserve par Eustace Mullins, Bridger House Publications, 2009.. L'enquête déboucha sur la publication d'une première version des Secrets de la Réserve Fédérale en 1952. Plus tard, il composa une biographie de son mentor, This Difficult Individual Ezra Pound (1961), qui selon la critique littéraire Ira Nadel apparaît « partiale et souvent mélodramatique »..

En 1950, Mullins fut embauché au titre de chercheur à la bibliothèque du Congrès, et aida le sénateur Joseph McCarthy à constituer des dossiers sur les sources de financement du Parti communiste américain.. Il déclara plus tard qu’il croyait que McCarthy avait « commencé à inverser la montée en puissance du communisme mondial ». Peu après la parution en 1952 de son premier livre, The Secrets of The Federal Reserve, Mullins fut licencié par la bibliothèque du Congrès..

vignette|230px|La maison d’Eustace Mullins au n°126, Madison Place, à Staunton, en Virginie D’ à , Mullins était employé par le Comité des industries pétrolières américaines (American Petroleum Industries Committee, acronyme APIC), lorsqu’il fut en 1954 répertorié comme « néo-fasciste » dans un rapport du House Un-American Activities Committee ; en particulier, ce rapport mit au jour un article de sa main intitulé Adolph Hitler: An Appreciation, écrit en 1952, dans lequel Mullins comparait Hitler au Christ en les présentant tous deux comme des victimes des Juifs.. En 1956, il intenta un procès à l’APIC pour rupture de contrat, faisant valoir que le groupe l’avait recruté comme propagandiste sub rosa, avec pour mission de saper le sionisme, mais avait refusé ensuite d’honorer une convention verbale engageant ledit groupe à payer à Mullins pour ses services occultes.. L’APIC rétorqua que Mullins avait été embauché « comme économiste-rédacteur parmi d’autres et à un échelon subordonné », et nia qu’il ait été employé « à quelque niveau que ce soit dans le dessein [allégué par lui] ». Mullins, comme pour nombre d’autres actions en justice engagées par lui au cours des années, se vit débouté de sa réclamation..

Mullins commença sa carrière de publiciste dans la décennie 1950, en collaborant à Common Sense, le journal de Conde McGinley., qui assura la promotion de la deuxième édition de son ouvrage sur la Réserve fédérale, intitulée The Federal Reserve Conspiracy (1954). Vers cette même époque, il contribuait aussi à Women's Voice, bulletin d’information de Lyrl Clark Van Hyning publié à Chicago. Il était membre du National Renaissance Party. et écrivait dans le journal de ce parti, The National Renaissance. En 1995, il contribua à Criminal Politics.. Mullins faisait partie du comité de rédaction de l’American Free Press et était un contributeur régulier de la Barnes Review, tous deux publiés sous l’égide du Liberty Lobby de Willis Carto..

Activités politiques Du début des années 1950 jusque dans les années 1990, Mullins s’engagea dans une série de groupements d’extrême droite et néofascistes, notamment la National Association for the Advancement of White People et l’organisation de James H. MadoleJames Madole, le dirigeant nominal du NRP, était un employé d’expédition, au milieu de la quarantaine, avec un début de calvitie, qui vivait avec sa mère, et un antisémite acharné (). À l’occasion, Mullins se joignait aux membres du NRP dans des manifestations de rue, où il vociférait que les Juifs avaient tué Eisenhower et remplacé par un double qu’ils pilotaient. Il assaisonnait ses allocutions avec des remarques sournoises sur... le « Jew Deal ». […] Matt Koehl, copain de chambrée et ami intime de Mullins, était responsable du service de sécurité du NRP […] ()., le Parti de la renaissance nationale (National Renaissance Party, NRP). Vers le début des années 1950, Mullins prenait régulièrement la parole en public lors de manifestations du NRP. Son copain de chambrée était alors Matt Koehl, futur président de l’American Nazi Party, mais à cette époque-là chef du service de sécurité du NRP.

À la fin des années 1950, Mullins collabora avec l’auto-proclamé « raciste scientifique » Robert Kuttner (éditeur associé du magazine de Charles Lee Smith, The Truth Seeker), et contribua à théoriser les idées de Kuttner sur la suprématie blanche. Kuttner et Mullins cofondèrent en 1958 l’Institut de biopolitique (Institute for Biopolitics), dans le but de diffuser les théories de Kuttner ainsi que les précurseurs de celles-ci présents dans l’œuvre de Morley Roberts.

Au milieu des années 1990, Mullins passait « pour un chef national » du Constitutional militia movement. À cette époque, il prononçait régulièrement des allocutions devant des groupes de miliciens à travers tous les États-Unis. Son livre The Secrets of the Federal Reserve fournissait en partie l’ossature intellectuelle des théories du complot du mouvement, centrées sur l’existence d’une cabale occulte de familles riches pilotant le système monétaire international.

Théories du complot Mullins était un opposant à la Réserve Fédérale (FED) qu'il accusait d'être depuis 1913 en possession de banques privées ou d'actionnaires privés, via les actions détenues par ses locaux. Il en cite la liste : Banque Lazard, Kuhn, Loeb & co, J.P. Morgan & Co., Goldman Sachs, Lehman Brothers, NM Rothschild & Sons, Israel Sieff, Paul Warburg, et la famille Rockefeller. Selon lui, ces banques et intérêts privés contrôlent la vie politique et économique des États-Unis depuis lorsEustace Mullins, Secrets Of The Federal Reserve, 1952, John McLaughlin, 1983, .

Il serait également l'auteur d'une citation à l'origine de l'affaire du Programme racial pour le vingtième siècle (1957-1958), censée démontrer que le mouvement des droits civiques est un complot communiste dirigé de l'étranger.

Œuvres The Secrets of the Federal Reserve Vers la fin des années 1940, Mullins était en correspondance avec le poète Ezra Pound, alors que celui-ci, accusé de trahison contre les États-Unis, se trouvait détenu au St. Elizabeths Hospital. Dans une de ses lettres, envoyées depuis la permanence de la Ligue aryenne d’Amérique (Aryan League of America), Mullins s’exclama : « LES JUIFS NOUS TRAHISSENT ». Les deux hommes se lièrent d’amitié et Mullins venait souvent visiter le poète au cours de sa détention.

Dans son avant-propos à The Secrets of the Federal Reserve, Mullins explique les circonstances qui l’ont amené à écrire son étude sur les origines du système de la Réserve fédérale :

Mullins dit à Pound qu’il n’avait que peu d’intérêt pour un tel projet de recherche, car il travaillait à un roman. « Mes premières recherches » , écrivit Mullins, « m’apportèrent la preuve de l’existence d’un groupe bancaire international, qui avait secrètement planifié la rédaction du Federal Reserve Act et fait en sorte qu’il soit approuvé par le Congrès sous forme de loi. Ces constatations confirmaient ce que Pound avait depuis longtemps soupçonné. Il dit, « il faut que tu y travailles comme à une histoire policière ».

Mullins acheva le manuscrit dans les années 1950 et se mit en quête d’un éditeur. Dix-huit maisons d’éditions refusèrent le livre sans commentaire, jusqu’à ce que le président de la Devin-Adair Publishing Company, Devin Garrett, lui confie : « J’aime bien le livre, mais nous ne pouvons l’imprimer... Ni nous, ni quiconque d’autre à New York. Mieux vaut renoncer à [le] faire paraître ».

En 1952, l’ouvrage fut finalement publié par deux autres disciples de Pound, John Kasper et David Horton, sous le titre Mullins on the Federal Reserve. Dans le livre, l’auteur expose la thèse d’une conspiration comprenant Paul Warburg, Edward Mandell House, Woodrow Wilson, J.P. Morgan, Benjamin Strong, Otto Kahn, les familles Rockefeller et Rothschild, et d’autres banquiers européens et américains, et ayant abouti à la fondation du système de Réserve fédérale américaine. Mullens argumente que la loi portant création de la Réserve fédérale (la Federal Reserve Act) de 1913 est en contradiction avec l’article 1, section 8, paragraphe 5 de la Constitution des États-Unis en ce qu’elle institue pour les États-Unis une « banque centrale d’émission » placée sous la domination de banquiers internationaux et habilitée à définir les taux d’intérêt américains. Mullins en vient à affirmer que la Première Guerre mondiale, la crise agricole de 1920 et la Grande Dépression de 1929 avaient été provoquées par des intérêts financiers internationaux dans l’espoir de tirer profit du conflit et de l’instabilité économique. Mullins rappelle par ailleurs l’opposition obstinée de Thomas Jefferson à l’établissement d’une banque centrale aux États-Unis.

Dans une nouvelle édition mise à jour parue en 1983 et réintitulée Secrets of the Federal Reserve, Mullins affirme que Kuhn, Loeb & Co et la banque Morgan étaient des prête-nom des Rothschild. Il soutient que des intérêts financiers liés à la compagnie J. Henry Schroder et aux frères Dulles ont financé Adolf Hitler (contredisant sur ce point les déclarations de Pound pour qui Hitler fut un chef d’État souverain et dédaigneux de la finance internationale). Il qualifie les Rothschild « de monopolistes mondiaux » et affirme que les banquiers de la Cité de Londres étaient les propriétaires de la Réserve fédérale, attendu qu’ils détenaient une grande part des avoirs des banques qui étaient membres de la Réserve fédérale. Mullins s’est attaché à reconstituer la détention des actions dans la Réserve fédérale, au fur et à mesure que celles-ci changeaient de mains par le biais de fusions et d’acquisitions, depuis les commencements de la Réserve fédérale en 1913 jusqu’au début des années 1980Secrets of the Federal Reserve.