La guerre d'Arauco est un long conflit entre les colons espagnols et le peuple mapuche de la région de l'Araucanie, au Chili. C'est la bataille de Reynogüelén en 1536 qui est considérée généralement comme le début du conflit. Elle oppose, près du confluent des rivières Ñuble et Itata, l'expédition de Diego de Almagro à un groupe de Mapuches, nombreux et bien organisés. Il est plus difficile de dater la fin du conflit.
Après 1609, chaque gouverneur du Chili engage des discussions avec les chefs mapuches pour maintenir la paix entre les parties, mais les violations des différents traités étaient fréquentes. Plus tard, la république chilienne hérite de ce conflit larvé jusqu'à la fin de la résistance mapuche qui s'est effondrée avec l'occupation de l'Araucanie (1861-1883). Elle est considérée comme l'une des guerres les plus longues de l'histoire.. La première phase de cette guerre inspire à l'un des soldats, Alonso de Ercilla, un célèbre poème épique espagnol appelé La Araucana.
Conquête espagnole
Le , la cité de Santiago est détruite par les Mapuches (une tribu Picunche) sous la direction de leur chef Michimaloncole. Le conquistador espagnol Pedro de Valdivia va alors mener une campagne de neuf ans pour sécuriser la région. Il espère aussi agrandir le territoire placé sous sa juridiction, et malgré une blessure due à une chute de cheval, il décide de prendre personnellement le commandement d'une expédition en Araucanie.
En 1544, il envoie deux voiliers le San Pedro et le Santiaguillo sous le commandement de Juan Bautista Pastene pour reconnaître la côte sud-ouest jusqu'au détroit de Magellan. Les deux navires partent de Valparaíso. Ils longent la baie de San Pedro, font escale sur les sites actuels de Concepción et Valdivia. Plus au sud, ils subissent de violents orages et doivent alors revenir à Valparaiso sans atteindre leur "but ultime".
Valdivia part lui-même en 1546 avec 60 cavaliers, des porteurs et des guides indigènes. Il franchit la rivière Itata. Il affronte des guerriers mapuches à la bataille de Quilacura, près du rio Biobío. S'avisant qu'il est impossible de progresser dans un milieu aussi hostile avec des forces limitées, Valdivia décide sagement de retourner à Santiago. Il reconnait cependant un site favorable pour ériger une nouvelle cité, site connu par la suite sous le nom de Penco, et qui sera le premier établissement de Concepción
Une nouvelle expédition est lancée en 1550. Elle est composée d'une force navale sous la direction de Pastene et d'une force terrestre sous celle de Valdivia comprenant 200 cavaliers et fantassins espagnols et de nombreux auxiliaires Mapochoes. Le but est de regrouper les deux forces sur les rivages de la baie de Concepción. L'expédition avance au-delà des rivières Itata et Laja en direction du rio Biobio. Plusieurs affrontements ont lieu avec des groupes de Mapuches qui subissent de lourdes pertes. L'opposition rencontrée s'accroit pendant toute la semaine, mais les pertes sont faibles du côté espagnol. L'expédition se dirige à travers la vallée de Laja et celle du Biobio vers la côte à Penco. Valdivia établit son campement entre la rivière et un lac. La seconde nuit, il est attaqué par une force importante de Mapuches sous les ordres du chef Ainavillo. C'est la furieuse bataille d'Andalién au cours de laquelle les Espagnols déplorent un mort et de nombreux blessés. De nombreuses montures sont également mutilées. Après un jour de repos pour soigner les blessures, Valdivia reprend la route pour atteindre le rendez-vous dans la baie de Concepción où il faut construire le fort de Penco.
Le , la flotte de Paterne accoste dans la baie et débarque le ravitaillement, les provisions et le matériel nécessaire pour terminer le fort. Le fort est terminé le . Neuf jours plus tard, il est attaqué par une imposante force de Mapuches. C'est la bataille de Penco. Les Espagnols repoussent l'attaque malgré leur nette infériorité. En dépit de la soumission de quelques tribus locales, Valdivia sait qu'il ne sera pas possible de poursuivre la conquête de l'Araucanie avec les moyens dont il dispose. Il envoie un émissaire au vice-roi du Pérou pour demander des renforts. L'année suivante, il organise une autre expédition et construit le fort de La Imperial sur les rives de la rivière du même nom. Puis il retourne à Concepción pour préparer l'expédition suivante avec les renforts qu'il espère recevoir par mer du vice-roi.
Laissant des ordres pour que les nouvelles troupes débarquent sur les Terres de Valdivia que Pastene a découvertes plus tôt, Valdevia part avec 200 soldats en direction de fort Imperial, puis poursuit vers le sud. Il ordonne à Jerónimo de Alderete de s'enfoncer à l'intérieur des terres et d'édifier un fort dans le but de sécuriser son flanc est. Ce dernier atteint le lac Villarrica et y construit un fort. Pendant ce temps, la colonne Valdivia avance toujours vers le sud et rejoint les renforts envoyés par le Pérou sous le commandement de Francisco de Villagra. Il crée la cité de Santa María la Blanca de Valdivia. Après avoir établi des garnisons dans les différents lieux conquis, Valdivia retourne en 1552 à sa base, Concepción, où ont été découverts les riches gisements aurifères de la vallée de la Quilacoya.
Première rébellion Mapuche (1553) Bataille de Tucapel vignette|redresse|Zone des premiers combats : baie de Concepción, rio Biobio.
Dans le but de sécuriser les lignes de communication avec les forts du sud, Valdivia déclenche une troisième expédition et fonde les nouveaux forts de Tucapel, Purén, Confines et Arauco. Les Mapuches n'ont pas offert une grande résistance à cette pénétration. En , la mine d'or de Quilacoya est ouverte et un grand nombre d'Auricaniens sont contraints d'y travailler. La même année, les Mapuches tiennent un Conseil et décident de combattre contre les envahisseurs. Ils désignent comme chef de guerre un certain Caupolicán et lui adjoignent Lautaro qui a servi comme auxiliaire dans la cavalerie espagnole et dont l'expérience peut être utile pour choisir les meilleures méthodes de combat contre les conquistadors.
Avec , Lautaro attaque le fort de Tucapel. La garnison espagnole ne peut tenir l'assaut et retraite sur Purén. Lautaro s'empare du fort et l'incendie. Puis il prépare son armée en vue d'un retour des Espagnols. C'est ce que fait Valdivia avec une force réduite, mais la contre-attaque échoue et les Espagnols se font massacrer à la bataille de Tucapel. Pedro de Valdivia est capturé et mourra plus tard en captivité.
Campagnes de Caupolicán et Lautaro (1554–1557) Après la défaite de Tucapel, les Espagnols se réorganisent rapidement. Ils renforcent les défenses du fort Imperial et de Concepción en abandonnant Confines et Arauco. Les Araucaniens célèbrent longuement leur victoire, ce qui ne permet pas à Lautaro d'exploiter la faiblesse des positions espagnoles. Ce n'est qu'en qu'il réussit à mettre en route une armée de , juste à temps pour affronter à la bataille de Marihueñu l'expédition punitive organisée sous les ordres de Francisco de Villagra. Malgré un nouveau succès, Lautaro ne peut exploiter cette opportunité, devant sacrifier aux célébrations et croyances de son peuple. Lorsqu'il arrive à Concepción, la cité est déjà abandonnée. Il ne peut continuer avec les forces qui lui restent. Il incendie la ville, met fin à la campagne et démobilise son armée.
À Santiago, Villagra réorganise ses forces et cette même année 1554, repart vers Arauco. Il renforce Imperial et Valdivia, ce qui permet aux garnisons et aux Indiens ralliés de monter des raids contre les tribus mapuches proches, brulant les maisons et les champs et tuant tous ceux qu'ils rencontrent. Ces dévastations sont la cause de famine et d'épidémie qui touchent les Mapuches rebelles. Pendant ce temps, dans le nord du pays, l'annonce des succès de Lautaro a entrainé le soulèvement des Promaucaes dans la vallée de Mataquito et des Picunches dans celle de Aconcagua. Mais ces révoltes sont vite réprimées.
En 1555, la Real Audiencia ordonne à Villagra de reconstruire Concepción, ce qui est fait par le capitaine Alvarado et 75 colons. Lorsqu'il l'apprend, Lautaro attaque de nouveau la ville avec . Alvarado tente de défaire l'armée ennemie hors de la cité, mais devant le surnombre, les Espagnols doivent s'enfuir et seuls 38 d'entre eux arrivent à s'échapper par mer. À la suite de cette victoire de 1556, les Promauces demandent l'aide des Mapuches d'Arauco pour combattre les Espagnols de Santiago en échange de nourriture.
Campagne de Lautaro contre Santiago Après ses victoires dans le sud et les promesses d'alliance avec les Promauces, Lautaro programme une attaque sur Santiago. Mais il ne peut prélever que des forces limitées à cause des ravages de la récente épidémie et face à la nécessité de maintenir des troupes dans le sud pour faire face aux cités encore occupées par les Espagnols. Il compte sur les renforts des tribus mapuches assujetties au nord du fleuve Biobio et des Promaucaes au nord de la rivière Itata qui peuvent se soulever dans la perspective d'un nouveau succès de Lautaro.
Malheureusement, sur place, il constate le refus des Promaucaes de le rejoindre et se lance dans des opérations de représailles. Les destructions entraînent la fuite des indiens Promaucaes qui se réfugient à Santiago pour obtenir aide et protection. En , Lautaro atteint la rivière Mataquito. Il y construit un camp fortifié près de Teno, dans un lieu appelé Peteroa qui lui sert de camp de base pour attaquer Santiago. Lautaro subit une première embuscade par un petit groupe d'Espagnols. Puis un détachement plus important sous les ordres de Pedro de Villagra investit le fortin de Peteroa pendant plusieurs jours sans succès. Ils doivent même se replier à cause d'un débordement de la rivière. Toutefois, Lautaro a subi des pertes sévères et les Espagnols de Villagra attendent des renforts, ce qui l'oblige à se replier sur la rivière Maure où il espère résister. La cavalerie espagnole de Juan Godíñez le poursuit, abattant les traînards et mettant en pièces un des détachements de Lautaro. Son armée riposte, mais elle est obligée de se replier au-delà de la rivière Itata. Le capitaine Gudiñez revient à Santiago victorieux. Il accuse les Promaucaes de ne pas avoir rallié l'armée espagnole dans ce conflit, voire d'avoir aidé les Mapuches. Il les punit en détruisant leurs troupeaux, leurs champs et leurs maisons, et en coupant quelques têtes.
En , Francisco de Villagra marche vers le sud pour venir en aide aux cités espagnoles en butte à l'hostilité de l'armée mapuche conduite par Caupolicán. Lautaro le laisse passer espérant mettre la main sur Santiago désormais dégarni. Il peut compter sur de nouveaux alliés, notamment ceux de Panigualgo. Cependant les mauvais traitements auxquels a recours Lautaro pour intimider les Indiens locaux et obtenir des provisions entraînent des dissensions parmi les alliés. Un des chefs nommé Chillian se dispute avec Lautaro et fait sécession alors que l'armée a atteint la rivière Mataquito. Lautaro établit le reste de son armée à une lieue de la rivière et crée un nouveau camp renforcé au pied d'une colline boisée. Mais il est trahi par les indiens qu'il a précédemment dupés et le site du camp est communiqué à Villagra. Ce dernier envoie un message à Juan Godíñez resté près de Santiago pour regrouper rapidement les forces espagnoles au nord. Marchant de nuit à travers les collines de Caune qui surplombent le camp de Lautaro, les Espagnols le surprennent le . La bataille de Mataquito est une victoire espagnole décisive au cours de laquelle Lautaro trouve la mort. Son armée est détruite et ses alliés dispersés.
Campagne de Caupolicán et García Hurtado de Mendoza