vignette|redresse=1.5|Auguste au tombeau d'Alexandre, Eugène Buland, musée d'Orsay.
Le tombeau d'Alexandre le Grand, appelé le Sôma (« corps ») ou Sèma (« tombe »), renferme, d'abord à Memphis puis à Alexandrie, la dépouille momifiée du conquérant macédonien. Objet d'un culte sous les Lagides qui font construire un mausolée somptueux, la momie est ensuite visitée par les généraux et empereurs romains. Déplacé ou détruit entre le et le , probablement à cause de catastrophes naturelles, le tombeau n'a toujours pas été retrouvé de nos jours, malgré les nombreuses recherches et hypothèses d'historiens et d'archéologues pour trouver son emplacement exact.
Histoire du tombeau Tribulations de la momie d'Alexandre vignette|redresse=2|Reconstitution du catafalque d'Alexandre d'après la description de Diodore de Sicile, gravure du milieu du .
Après sa mort survenue en juin 323 av. J.-C. à Babylone, le corps d'Alexandre le Grand, momifié à la manière des pharaons et non incinéré selon le rite funéraire macédonien, devient l'enjeu d'un conflit entre les Diadoques. La momification n'est pas une pratique macédonienne, mais elle a peut-être été voulue par les généraux d'Alexandre afin que le cadavre puisse résister au voyage.
Les sources antiques ne sont guère précises au sujet du lieu où doit être ensevelie la dépouille d'Alexandre. Selon l'historien Édouard Will, les Diadoques auraient peut-être tacitement convenu que la dépouille d'Alexandre serait moins dangereuse politiquement à Memphis qu'en Macédoine. Perdiccas, fidèle à Roxane et à Alexandre , aurait vraisemblablement décidé dans un premier temps de la rapatrier à Aigai, l'ancienne capitale de Macédoine, là où reposent les ancêtres du conquérant. Le corps est ainsi placé dans un premier sarcophage anthropoïde en or, enfermé à son tour dans un deuxième cercueil doré, un drap pourpre recouvrant le tout. L'ensemble est disposé sur un char d'apparat surmonté d'un toit que soutient un péristyle ionique, , 17, 4 ; , 1, 4 ; , 26, 3.. Cependant, en fonction des versions des auteurs antiques, en 322 av. J.-C., soit Ptolémée s'empare du sarcophage et du corps en attaquant la procession funéraire alors qu'elle se trouve en Syrie, soit il se le fait remettre par Arrhidée, officier macédonien chargé de conduire le convoiDiodore de Sicile, Bibliothèque historique, , 26-28 ; , , 6, 3 ; Photios de Constantinople, Bibliothèque, , 92, 70 b.. Il l'expose ensuite à la dévotion à Memphis dans une salle annexe au temple de . Ce détournement sert de prétexte à la campagne de Perdiccas en Égypte durant laquelle il trouve la mort en 321.
Ainsi, Diodore de Sicile, dans sa Bibliothèque historiqueDiodore de Sicile, Bibliothèque historique ( siècle ), livre , 26.2 à 28.2 pour la description du chariot funéraire ; 28.2 à 29.1 pour le devenir du corps d'Alexandre (lire en ligne, en anglais). raconte que :
Pausanias le Périégète, géographe grec, donne une version différente dans sa Description de la Grèce, , , 6, 3. :
Claude Élien, historien, raconte l'attaque de la procession dans ses Histoires variées, IIIe siècle, , 64. : Photios de Constantinople, patriarche, résume dans sa BibliothèquePhotios de Constantinople, Bibliothèque, entre 858 et 886, 92 (lire en ligne). le compte rendu de ce qui se passa après la mort d'Alexandre d'Arrien :
À l'époque ptolémaïque vignette|redresse=2|Plan d'Alexandrie du au .L'emplacement possible du tombeau est le .
Selon le pseudo-Callisthène, la dépouille d'Alexandre le Grand est transportée par à Alexandrie vers , dans un coffre de plomb. le place à l'intérieur d'un temple dans un nouveau sarcophage recouvert d'or. Enfin fait construire un mausolée somptueux (le Sôma) dans lequel il expose la dépouille d'Alexandre. Lucain rapporte dans la PharsaleLucain, La Pharsale, , 694 (lire en ligne). . Le père fondateur de la ville a donc dû être inhumé dans un tombeau de style macédonien, c'est-à-dire dans une chambre d'albâtre souterraine, surmontée d'un tumulus de pierres. Le tombeau devait être dans le même styleOn distingue très bien sur une lampe à huile du une tour ronde qui se détache à l'arrière-plan d'une vue d'Alexandrie depuis le port. que le mausolée qui est érigé bien plus tard pour Auguste à Rome, mais avec un temple à son sommet pourvu d'un toit pyramidal. Tout autour de celui-ci sont aménagées de petites chapelles destinées à recevoir les corps des souverains lagides, l'ensemble étant protégé par une enceinte murée qui délimite le téménos. Il est presque certain que le se trouve alors quelque part à l'intersection de la voie Canopique, qui traverse la ville selon un axe nord-est / sud-ouest depuis la porte du Soleil jusqu'à la porte de la Lune, et de l'autre voie principale orientée nord-sud qui relie la presqu'île de Lochias au lac Mariout. De nos jours, cette intersection se situe vers le côté ouest des jardins de Al Shallalat (Les Cascades).
Pour l'historien grec StrabonStrabon, Géographie, écrite entre 20 av. J.-C. et , livre , chapitre 1, 8. (lire en ligne). :
, à court d'argent, fait remplacer en le cercueil d'or par un cercueil de verre ou d'albâtre translucideStrabon (, C.794) visite lui-même le tombeau au ..
Zénobios, grammairien grec, parle dans ses ProverbesZénobios, Proverbes, , 3.(Γ΄) 94. (lire en ligne, en grec). de la maison commémorative d'Alexandrie, qui s'appelle Sêma («Σῆμα »), où tous les ancêtres de y furent déposés, ainsi qu'Alexandre le Macédonien.
Visites des empereurs romains vignette|Auguste rend hommage à la dépouille d'Alexandre.
Le cadavre embaumé reste dans le Sôma plusieurs centaines d'années et devient un objet de visite pour un grand nombre d'hommes politiques et de généraux romains.
Jules César est le premier à visiter le Sôma en 48 av. J.-C., comme le rapporte LucainLucain, La Pharsale, , 19 (lire en ligne). :
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Puis, selon SuétoneSuétone, Vie des douze Césars, « Auguste », , 1. (lire en ligne)., l'empereur Auguste visite le tombeau en 30 avant notre ère :
La manipulation aurait malheureusement abîmé le nez de la momie. Quant au tombeau lui-même, selon Flavius JosèpheContre Apion, , 58 (lire en ligne)., il aurait déjà été pillé quelque temps auparavant par Cléopâtre qui manquait de ressources financières : .
La dernière visite importante est celle de l'empereur Caracalla en 215. Ce dernier n'hésite pas à s'approprier la tunique, la bague et la ceinture du Conquérant, la cuirasse, quant à elle, ayant probablement déjà été volée par Caligula (qui régna de 37 à 41)Suétone, Vie des douze Césars, « Caligula », , 3 (lire en ligne). : .
Durant la Basse Antiquité
La période qui va de 215 à 365 n'est pas connue avec certitude, mais la ville d'Alexandrie commence à décliner du fait des importants massacres qu'ordonne Caracalla au cours de sa visite, d'épidémies, de tremblements de terre, et de raz-de-marée, mais surtout, avec l'avènement du christianisme, des monuments ou bâtiments dits « païens » sont détruits ou ne sont plus entretenus, et tombent en ruine. Les pierres sont récupérées pour construire de nouveaux bâtiments ou structures.
Le 21 juillet 365Alexandre Grandazzi, Historia, juillet-août 2009, ., un très violent séisme, suivi d'un raz-de-marée dévastateur, ravage la ville. Les chroniqueurs du temps décrivent avec effroi les bateaux retrouvés juchés au sommet des édifices, les temples et les portiques écroulés sur le sol. La ville est jonchée de cadavres (les historiens parlent de quelque ). Une catastrophe de cette ampleur n'a pu que mettre à mal le tombeau d'Alexandre le Grand. De plus, en 391, « explose une violente émeute chrétienne et anti-païenne qui aboutit à la destruction du grand temple de Sérapis, et qui a peut-être atteint ce qui restait du Sôma. Une allusion récemment décelée dans un discours du rhéteur Libanius montrerait que le corps a été sorti du tombeau pour être exposé une dernière fois publiquement »Alexandre Grandazzi, Historia, juillet-août 2009, .. L'empereur chrétien Théodose interdit en 391 la vénération d'Alexandre le Grand. En 415, une nouvelle émeute chrétienne anti-païenne (au cours de laquelle est massacrée la philosophe Hypatie), ajoute ses destructions aux facteurs précédents. Depuis lors, l'emplacement du Sôma n'est plus connu avec exactitude.
À partir du Moyen Âge
Jusqu'en 565, époque qui marque la fin du règne de Justinien, Alexandrie est ravagée par d’autres séismes et raz-de-marée, ainsi que par plusieurs épisodes d’épidémies de peste ; mais les documents manquent à ce sujet, comme pour la période située entre 215 et 365. Il est possible qu’après Constantin, avec la christianisation d’Alexandrie, la momie, si elle existe encore, ait été inhumée ou bien placée dans un sarcophage ou une crypte. En 605, puis vers 630 ou 631 enfin, deux autres séismes sont encore recensés, suivis de raz-de-marée destructeurs.
À la veille de la conquête musulmane, vers 640-645, Alexandrie ne s’est pas encore relevée de ces catastrophes ; cette période voit aussi de nombreuses déprédations et destructions. Pendant tout le Moyen Âge et la Renaissance, Alexandrie est supplantée par la ville et le port de Damiette, et surtout par la ville nouvelle du Caire, située plus au sud.
Lors de la Campagne d'Égypte menée par la France de 1798 à 1800, Alexandrie n’est plus qu’un grand village, son passé étant enfoui sous plusieurs mètres de terre ou de remblais.
De l'Antiquité à nos jours a prévalu une tradition associant le tombeau d'Alexandre le Grand à la , située rue Nabi Daniel, à Alexandrie. C'est peut-être à cause d'une confusion entre les deux personnages : les révélations de DanielLivre de Daniel, 8 (lire en ligne). prophétisaient la conquête macédonienne de la Perse et les deux hommes moururent à BabyloneDiana Delia, From Romance to Rhetoric: The Alexandrian Library in Classical and Islamic Traditions, American Historical Revue, décembre 1992, , note 27 (lire en ligne, en anglais).
« D'après Strabon (17.1.8), il est certain que le Soma était situé dans le quartier royal, tandis que le sophiste Zénobe du IIe siècle le situait au cœur de la cité antique ; Proverbe, 3.94 ; Ernst Ludwig von Leutsch et Friedrich Wilhelm Schneidewin (dir.), Paroemiographi graeci (Göttingen, 1839, lire en ligne), 1 : 81 ; comparer avec Suidas : Σῆμα. Le nom arabe de l'élévation au pied occidental de la colline Kom al-Dikka qui domine le centre-ville semble être Kom al-Demas, qui signifie « tertre funéraire ». Ici, sous la mosquée du prophète Daniel, Mahmoud-Bey a découvert des traces de magnifiques sépultures païennes ainsi que des sépultures chrétiennes et arabes datant du VIe au XIe siècle après J.-C. ; Mahmoud-Bey, Mémoire sur l'antique Alexandrie, 49-52 ; Alexandre-Max de Zogheb, Études sur l'ancienne Alexandrie, 163-64.
De l'Antiquité à nos jours, une tradition associant le tombeau d'Alexandre le Grand à la mosquée du prophète Daniel sur la rue Nabi Daniel a prévalu, peut-être en raison d'une confusion entre les deux ; les révélations de Daniel prophétisaient la conquête macédonienne de la Perse (Daniel 8), et les deux hommes moururent à Babylone ; voir aussi Josèphe, AJ 10.272-74, 11.337. Jusqu'au XVIe siècle, le tombeau d'Alexandre continua d'être un lieu de pèlerinage et ne semble avoir été associé à Daniel que plus tard, lorsque les musulmans ne se souvinrent plus de sa signification originelle. Pour les pèlerinages musulmans au tombeau d'Alexandre, voir les récits de Léon l'Africain et d'autres rapportés par Neroutsos-Bey, L'ancienne Alexandrie, 57 ; et Breccia, Alexandrea ad Aegyptum, 99. Voir aussi Evaristo Breccia, « Le tombeau d'Alexandre le Grand », Le Musée Gréco-Romain, 1925-1931, 37-48 ; et « La tomba di Alessandro Magno », Egitto greco e romano, 3e éd. (Pise, 1957), 28-55. Voir aussi Mahmoud-Bey, 50-52 ; et Zogheb, 161-74. Comparer cependant avec , « An Investigation into the Views regarding the Location of the Tomb of Alexander the Great », Bulletin of the Faculty of Arts, Alexandria University, 18 (1964) : 169-99. ».