La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul est une cathédrale des située sur la commune de Villeneuve-lès-Maguelone, dans le département français de l'Hérault et la région Occitanie.
Elle avait été bâtie dans la cité insulaire wisigothe de Maguelone.
La cathédrale fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840..
Histoire Les origines de l'évêché vignette|gauche|Façade ouest de la cathédralepar Séraphin-Médéric Mieusement .
À l'occasion des campagnes de fouilles archéologiques de 1967 ont été mis au jour sur cette ancienne île, des vestiges romains, étrusques et de nombreux sarcophages wisigoths. Les fondations d'une église détruite au , y furent également relevées.
À la chute de l'Empire romain au , les Wisigoths s'emparent d'une partie de la contrée de Melgueil, l'île de Maguelone. La religion chrétienne s'y impose peu à peu. Au concile d'Agde, en 506, réunissant tous les évêques dépendant du royaume des Wisigoths, il n'y a pas d'évêque de Maguelonne. On peut donc supposer que ce diocèse n'existe pas encore à cette date. Dès 533, un évêché est fixé sur l'île. Ses premiers évêques seront: Boèce vers 589 qui assiste au IIIe concile de Tolède, Geniès 597 et 633, présent au IVe concile de Tolède, (Geniès ou Génésius). Il existait alors déjà sur l'île une église-cathédrale. L'évêché de Maguelone apparaît dans les textes à la fin du , sur une île déjà occupée dans l'Antiquité..
Les raisons de l'implantation de l'évêché de Maguelone sur cet îlot à l'écart de la voie Domitienne et éloigné de toute agglomération (la ville de Montpellier n'existe pas encore) restent inexpliquées. Il se peut que la raison en soit qu'en droit romain, le littoral faisait partie de l', le domaine public. Les souverains wisigoths en auraient donc fait leur propriété. Une autre explication pourrait être liée à son caractère insulaire (l'évêché n'étant accessible que par la mer) assurant une certaine protection contre la terrible Peste de Justinien à partir de 549. Maguelone fut le siège de l'évêque mais aussi du comte goth., qui assurait le pouvoir temporel.
Bien protégée côté terre, cette position stratégique restait en revanche très exposée aux invasions venues de la mer. C'est en raison de cette position stratégique que le roi wisigoth Wamba l'assiégea en 673, lors de sa campagne de reconquête de la Narbonnaise.
Port Sarrasin vignette|droite|redresse|Façade occidentale et portail de la cathédrale de Maguelone.
Au , tandis que le pouvoir wisigoth s'affaiblit et que finalement le royaume de Tolède s'effondre, les musulmans du califat des Omeyyades de Damas, nommés Sarrasins, multiplient les raids en terre chrétienne. Après avoir conquis l'Espagne, ils franchissent les Pyrénées en 715. La Septimanie passe sous leur totale domination en 719.
Maguelone, en raison de sa position clef, devient Port Sarrasin, sans doute une place fortifiée. Délaissant les aménagements naturels, des quais sont établis permettant aux navires d'accoster et de décharger leurs marchandises en toute sécurité. Aujourd'hui encore le lieu-dit la Sarrazine correspond au canal (grau) où transitaient ces bâtiments. Dès lors, la cathédrale est transformée en mosquée et les habitants sont contraints de se convertir ou d'endosser le statut de dhimmis. Le chapitre de la cathédrale doit alors fuir à Substantion sur le territoire actuel de Castelnau-le-Lez.
En réaction, les Francs, venus du Nord, entament la reconquête : après Poitiers en 732, Charles Martel poursuit les Sarrasins qui abandonnent peu à peu le sud de la France. C'est après l'échec de sa conquête de la Septimanie qu'il fait détruire la première cathédrale transformée en mosquée, en 737. L'architecture de ce premier édifice nous reste inconnue.
Dès lors le site reste quasiment abandonné durant trois siècles, même si une vie précaire semble avoir perduré malgré la crainte des pirates. L'évêque s'installe à quelques kilomètres sur l'oppidum antique de Substantion, dont le site se trouve aujourd'hui sur la commune de Castelnau-le-Lez.
Le renouveau du vignette|250 px|Plan.
À partir de 1030, Arnaud, évêque de Maguelone de 1029 à 1060, décide de faire reconstruire la cathédrale. Il la dote d'un chapitre de douze chanoines réguliers, qui suivent la règle de saint Augustin. De cet édifice, il ne subsiste aujourd'hui que la chapelle Saint-Augustin, accolée au sud de l'édifice.
Afin d'améliorer l'accès à la ville, que l'on ne pouvait rejoindre que par bateau, il fait construire un pont, long de près d'un kilomètre, entre l'île et Villeneuve-les-Maguelone., dont un dignitaire du chapitre est spécialement chargé. Il fait aussi réaliser des fortifications pour protéger le site des attaques des musulmans. Cela n'empêcha pas l'évêché de devenir un grand centre de rayonnement intellectuel, grâce à des écoles universitaires.
Les successeurs de l'évêque Arnaud, soumis à la suzeraineté des comtes de Melgueil qui finiront par léguer leurs droits sur l'évêché au pape en 1085. Ils reçurent de nombreuses donations. Devenue propriété du Saint-Siège et terre d'asile, Maguelone est alors en plein essor.. visite l'île en 1096, et la proclame « la seconde après celle de Rome ».
Le et le : apogée de l'évêché de Maguelone
Parfois, en raison de factions en Italie, certains pontifes trouvent refuge à Maguelone. Ainsi le pape y fut accueilli en 1118. C'est aussi qui consacre en 1163 le maître-autel dont le chevet vient d'être construit.
La prestige et la richesse de l'évêché conduisent à construire une nouvelle cathédrale, remplaçant celle qui datait de l'épiscopat d'Arnaud. Trois évêques vont conduire cette entreprise considérable : l'évêque Galtier (1104-1129) construit le chevet et ses absides, ainsi que le large transept fortifié ; l'évêque Raymond (1129-1158) poursuit cette œuvre avec l'autel majeur, la chaire épiscopale et les deux tours en bas du transept ; enfin, Jean de Montlaur (1161-1190) bâtit la nef romane, appelant à la participation des fidèles.
Au début du , deux autres tours sont bâties pour assurer la défense de la façade occidentale : la tour Saint-Jean et la tour de l'Évêque, aujourd'hui en partie ruinée. L'évêché est alors solidement protégé. Pendant la croisade des Albigeois Maguelone reste un bastion de la papauté : le comté de Melgueil, propriété du comte de Toulouse , est inféodé à Maguelone par . Son archidiacre était d'ailleurs Pierre de Castelnau, légat du pape dans le Languedoc, dont le meurtre à Saint-Gilles en 1208 a déclenché les hostilités.
Décadence et abandon Riche et prospère, l'évêché de Maguelone suscite la convoitise des royaumes de France et d'Aragon. Plusieurs mesures sont prises pour enrayer la décadence, et au l'évêque réside à Montpellier tandis que les chanoines sont assignés à Maguelone, gérée par le prévôt du chapitre.
Le siège épiscopal est supprimé en 1536 par le pape Paul III à la demande de l'évêque Guillaume Pellicier IIRemarque : À la même époque, l'abbaye de Psalmody est sécularisée en 1537 et les moines l'abandonnent pour s'installer à Aigues-Mortes en justifiant cet abandon par l'insalubrité de l'air.. L'évêque s'établit alors définitivement à Montpellier. Vendus par les chanoines, les bâtiments claustraux furent peu à peu détruits et la cathédrale fortifiée, un temps place forte protestante, fut en partie démantelée en 1632, à la demande de Richelieu. Des pans de murs furent vendus en 1708 pour servir à la construction du canal du Rhône à Sète, qui traverse l'étang voisin.
Vendu comme bien national à la Révolution, puis classé monument historique en 1840, le domaine de Maguelone est acquis par Frédéric Fabrège en 1852 qui en commence la restauration. Il entreprend des fouilles qui éclairent son riche passé, en redécouvrant les fondations de bâtiments plus anciens. Il y plante de nombreuses essences méditerranéennes, l'île étant alors totalement dénudée d'arbres. Le culte est rétabli dans la cathédrale en 1875. Son héritière donnera l'île au diocèse de Montpellier en 1949..
Époque contemporaine vignette|droite|redresse|Vitrail.
En 1967, une importante campagne archéologique permet d'attester de l'antiquité du site.
Un établissement et service d'accompagnement par le travail y est aujourd'hui installé, géré par les Compagnons de Maguelone : sa vocation d'hospitalité est ainsi perpétuée, en favorisant la réinsertion de personnes adultes handicapées intellectuelles. Les activités de l' sont le travail agricole, l'aquaculture, la pêche, ainsi que des activités de sous-traitance.
En 2002, dix-sept vitraux conçus par Robert Morris et réalisés par Duchemin, de couleur bleu-pâle et miel, ont été posés dans les baies restaurées. Il s'agit de la représentation de l'onde produite par un caillou tombé dans l'eau.
De nos jours Maguelone accueille un festival de musique qui est organisé tous les ans, en juin, dans la cathédrale par l'association Les Amis du Festival de Maguelone. Ce rendez-vous incontournable pour tous les amateurs de musique médiévale, présente dans le cadre magnifique de la cathédrale, des musiques classiques anciennes du Moyen Âge, mais aussi baroque, romantique ou renaissante, des œuvres rares, souvent tombées dans l'oubliVoir le site du festival de musique à Maguelone..
Une messe y est célébrée chaque année le premier samedi du mois de mai, à l'occasion d'une journée paroissiale, par le recteur-archiprêtre de la cathédrale de Montpellier.
L'édifice vignette|droite|redresse|Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Maguelone, intérieur.
La cathédrale a été construite au comme une véritable forteresse. Ainsi, les murs dépassent couramment les deux mètres d'épaisseur. Elle possédait à l'époque un appareil défensif qui a maintenant disparu.
Le portail
Il constitue la façade occidentale. Il était flanqué de deux tours imposantes qui laissaient un étroit passage à son accès : la tour Saint-Jean, actuellement détruite, et la tour de l'Évêque, dont il ne reste que des lambeaux de façades ruinées. Ces deux tours ont été édifiées au dans des blocs de calcaire coquillier jaune.
Les piédroits abritent deux très beaux bas-reliefs de marbre blanc représentant saint Pierre à droite, et saint Paul à gauche, les deux patrons de la cathédrale. Saint Pierre, assis, tient les clefs dans une main et le livre des Évangiles de l'autre. Saint Paul, un genou fléchi, brandit une épée dans la main droite et les Épîtres dans l'autre. Les tuniques et les manteaux à l'antique des deux personnages sont très soigneusement dessinés. Les deux dalles datent du , et faisaient sans doute partie initialement d'un grand tympan de plein-cintre.
Le linteau est très long comparativement au portail, et d'un art plus évolué. Il est sculpté d'un superbe rinceau d'acanthe au dessin raffiné. Sur la bordure se trouve une inscription latine datée de 1178 et signée Bernard de Tréviers.. En voici la traduction :
Le linteau intérieur de la porte de la cathédraleEt non pas celui du portail extérieur, comme cela est bien précisé dans le volume de la FOR (Forma orbis romani. Carte archéologique de la Gaule romaine, X, sous la dir. d'Adrien Blanchet et al., Paris, PUF, 1946, , - extrait) : « forme le linteau intérieur de la porte de la Cathédrale ». est un remploi d'une borne milliaire datant de l'époque de Tibère (entre 14 et 37 ap. J.-C.), et provenant peut-être du territoire antique de BéziersCf. Jacques Gascou, « La présence de Tibère en Narbonnaise : les portraits et les inscriptions. II, Les témoignages épigraphiques », dans Revue archéologique de Narbonnaise, 29, 1996. (inscription de l'époque de Tibère, marquant le XXXIII (?) mille depuis Nîmes = CIL XVII-2, 285) (en ligne)..