L'Aconcagua est un sommet d'Argentine situé à treize kilomètres de la frontière chilienne et s'élevant à d'altitude. Surnommé le « colosse de l'Amérique », il constitue le point culminant de la cordillère des Andes, du continent, de l'hémisphère austral et la plus haute montagne en dehors de l'Asie. Il domine un vaste parc provincial protégeant des espèces animales typiques de la cordillère, en particulier le condor des Andes et le guanaco, ainsi qu'une végétation rare et fragile. En effet, le climat est aride et la couverture neigeuse ténue, malgré l'existence de quelques glaciers modestes.

Son ascension est relativement aisée pour des personnes acclimatées à l'altitude, malgré des vents parfois violents. Ainsi, la montagne semble avoir été occupée très tôt par des populations quechuas. La première ascension officielle est réalisée par le Suisse Matthias Zurbriggen en 1897 par la face Nord.

Toponymie Le nom dAconcagua serait une hispanisation d'une racine quechua, aqu signifiant « sable » et k'awa désignant le ruban de laine rouge porté en diadème par les Incas. Ce « ruban de sable » aurait donc indiqué d'abord le fleuve du même nom, le río Aconcagua, qui se jette dans l'océan Pacifique près de Valparaíso, et la vallée environnante, avant de dénommer le sommet lui-même. Une autre théorie avance que le nom viendrait des mots quechua akon et kahuak signifiant « sentinelle de pierre » Cordillera de los Andes - Aconcagua. ou de la variante ancocahuac signifiant « sentinelle blanche ».. Selon une troisième théorie, en langue aymara, les mots kon et kawa signifient respectivement « il a neigé » et « mont », soit « mont enneigé », tandis que les Araucans du Chili nommaient le sommet Aconca-Hue, ce qui peut être traduit par « qui vient de l'autre côté ». L'Aconcagua est parfois surnommé le « colosse de l'Amérique »..

Géographie Situation thumb|left|Vue aérienne de l'Aconcagua en direction du nord.

L'Aconcagua se trouve en Argentine, dans la province de Mendoza, département de Las Heras, à environ treize kilomètres de la frontière chilienne. Santiago est située à seulement au sud-ouest, tandis que la ville de Mendoza, chef-lieu de la province, est à à l'est et que Buenos Aires se trouve à environ à l'est. Avec ses , il est le point culminant de la cordillère des Andes et le plus haut sommet en dehors de l'Asie. Il est aussi l'une des montagnes les plus isolées du monde : le plus proche sommet ayant une altitude supérieure, le Tirich Mir Ouest , se trouve dans le Nord du Pakistan, à une distance de ..

L'Aconcagua est entouré de nombreux sommets dépassant , en particulier dans le ., une chaîne de montagnes recouvertes de neige d'environ de long, puis un peu plus au nord par le Mercedario qui s'élève au-dessus des déserts des Andes centrales. À l'est, l'étendue brune poussiéreuse argentine contraste avec l'horizon bleu de l'océan Pacifique à à l'ouest.

Topographie thumb|Une partie du glacier des Polonais au pied de l'Aconcagua. vignette|Animation représentant l'Aconcagua en trois dimensions.

L'Aconcagua est limité à l'ouest et au sud-ouest par la Valle de los Horcones, au nord et à l'est par la Valle de las Vacas. Il possède plusieurs glaciers de taille modeste, en particulier, au nord-est, le glacier de los Polacos, le « glacier des Polonais », ainsi nommé en hommage à l'expédition de 1934 dirigée par avec Otrowski, Karpinski, Osiecki, Dorwaski et Daszyinski ; à l'est se trouve le glaciar de los Inglés, le « glacier des Anglais ». Malgré le lent cumul des neiges, ces glaciers alimentent des rivières assez importantes, parmi lesquelles la rivière Los Horcones, sur les versants ouest et sud, et le rio de las Vacas sur les versants nord et est, qui sont des affluents du río Mendoza, et dont les eaux rejoignent l'océan Atlantique.

Dans les années 1920, une étude trigonométrique menée par l', dans l'optique d'un chemin de fer à travers la cordillère, détermine que l'altitude de l'Aconcagua est de . En 1956, en plein débat mettant en balance l'Aconcagua avec son homologue andin de l'Ojos del Salado, Eduardo E. Baglietto de l'université de Buenos Aires décide de mesurer l'altitude exacte du sommet par la méthode géodésique et obtient ainsi la valeur de , avec une erreur probable de plus ou moins un mètre. En 1989, grâce au GPS, Francesco Santon de l'université de Padoue, avec l'aide de l'Institut argentin de glaciologie et de nivologie, établit finalement les altitudes respectives des deux sommets à et , avec une marge de plus ou moins cinq mètres.. À la suite d'une controverse soulevée en par Andes Magazine, une expédition franco-chilienne est spécialement organisée et l'altitude officielle de l'Ojos del Salado est finalement ramenée à , confirmant la prééminence de l'Aconcagua.

Géologie L'Aconcagua n'est pas un volcan, contrairement aux conclusions tirées par Charles Darwin lors d'une expédition à terre en 1834 durant le second voyage du HMS Beagle.. Son altitude élevée est due à un soulèvement tectonique lié à la subduction de la plaque de Nazca sous la plaque sud-américaine selon un plan presque horizontal. Cette subduction, en provoquant des phénomènes de compressions, a induit le soulèvement de plusieurs zones le long de failles normales, ainsi que de nombreux plissements des terrains sédimentaires. Cette orogenèse andine est relativement récente puisqu'elle est située de la fin du Mésozoïque au début du Cénozoïque (page accessible par "archive.is")..

L'Aconcagua est un synclinal perché constitué d'une base de dépôts sédimentaires datant de la fin du Protérozoïque et du Paléozoïque, très déformés par des granitoïdes datant du Permien. Des roches sédimentaires plissées datant du Mésozoïque sont placées au-dessus de la série paléozoïque, en discordance. Les dépôts du Trias sont continentaux ; ceux du Jurassique inférieur et moyen sont marins, mais les dépôts de la fin du Jurassique sont des évaporites. Les dépôts du Crétacé montrent également des séries marines. L'ensemble est surmonté d'un bloc d'andésites. Bien que mises en place au Cénozoïque, ces andésites pourraient être plus anciennes et dater du Paléozoïque. Elles auraient alors été remontées lors du plissement et du charriage qui a eu lieu au Miocène. Les dépôts sédimentaires du Pléistocène et de l'Holocène sont relativement peu importants. En effet, lors des dernières glaciations, la grande aridité de la région n'a pas permis un développement très important des glaciers.

Climat thumb|left|Approche dans des paysages arides.

L'Aconcagua est situé dans la cordillère Principale ou cordillère Frontalière (Cordillera del Límite)., dans une région semi-désertique qui lui a valu le surnom d'« Andes arides ». La rareté des précipitations et la violence des vents soufflant jusqu'à expliquent la faible quantité de neiges éternelles qui couvrent le sommet. Les changements climatiques sont rapides et les contrastes journaliers importants en été, si bien que la température nocturne peut y être largement négative en altitude. En hiver, la neige peut tomber en dessous de . En raison de la fonte des neiges saisonnière, de grandes formations de glace pointues atteignant trente mètres de haut et appelées « pénitents » se créent au niveau des glaciers.

Durant l'été, la montagne reçoit la plupart des précipitations annuelles, amenées depuis l'ouest par les vents chargés d'humidité au-dessus du Pacifique. Ces vents remontent le long des versants de la cordillère en se refroidissant et en se condensant. Ils forment ainsi les fameux nuages lenticulaires appelés ou « vents blancs » qui recouvrent parfois les sommets et qui sont annonciateurs de neige et de vents forts en altitude. Ils peuvent aussi générer de violents orages, avec la formation de la pluma, de longs nuages effilés, dans les vallées. Mais le sommet de l'Aconcagua est la plupart du temps épargné par ces conditions atmosphériques et l'ensoleillement y est accru par rapport aux vallées..

Faune et flore thumb|L'Aconcagua vu depuis la base de Puente Del Inca.

Une végétation éparse est présente sous la forme de cactus, de plantes à fleur et d'herbes à croissance lente, principalement durant l'été, jusqu'à l'altitude de Confluencia ( dans la Valle de los Horcones et dans celle de la Plaza Argentina, dans la Valle de las Vacas, la « vallée des vaches », en raison des bêtes qui y broutent). Des espèces d'orchidées et de Calandrinia fleurissent au printemps et au début de l'été tandis que les Saintpaulia attendent novembre pour s'épanouir.. Le reste de la végétation se compose d'arbustes bas comme la Adesmia pinifolia, la Azorella compacta ou la Skytanthus acutus, localement cuerno de cabra ou « corne de chèvre ».

Sur le plan de la faune, les petits oiseaux passereaux, appelés localement testes, sont plus nombreux que les grands et s'aventurent rarement à haute altitude, où règnent le condor des Andes avec son envergure dépassant trois mètres, le Caracara caronculé qui lui est relativement semblable du point de vue de la couleur de plumage mais sensiblement plus petit, ainsi que l'Urubu noir (localement jote cabeza negra) et l'Urubu à tête rouge (localement jote cabeza roja). On peut aussi croiser la bruyante perdrix des Andes (localement perdicita). Chez les reptiles, on trouve un grand nombre de lézards parmi les rochers. Les mammifères les plus courants sont l'agile guanaco et un petit canidé solitaire, le Renard de Magellan ; on y rencontre aussi le lièvre et le rat à plus basse altitude.

Histoire Ascensions historiques thumb|L'Aconcagua photographié entre 1890 et 1923.

Il n'existe aucune preuve que les Incas aient atteint le sommet de l'Aconcagua mais des indices permettent d'affirmer qu'ils sont montés très haut sur la montagne. En 1947, le squelette d'un guanaco est découvert le long de la crête reliant les pics Nord et Sud, appelée depuis « crête du guanaco ». Même s'il apparaît improbable que cet animal soit monté par ses propres moyens à cette altitude, aucun site archéologique n'est mis en évidence. Finalement, la preuve la plus formelle est mise au jour en 1985 avec la découverte d'une momie préservée par le froid et la sécheresse à d'altitude le long de la crête Sud-Ouest du Cerro Piramidal, un pic secondaire de l'Aconcagua. La présence avérée des Quechuas au sommet de montagnes aussi hautes que le Llullaillaco () laisse à penser aux archéologues que de nombreux sites restent à trouver sur l'Aconcagua.

Le premier à explorer réellement la montagne est le général argentin José de San Martín en 1817 : lors de sa traversée des Andes centrales pour libérer le Chili de la présence espagnole, il passe trois années à lever et préparer une armée de , et , pour attaquer les villes de Santiago et Valparaíso depuis les cols entourant le Mercedario, le Tupungato et l'Aconcagua. Ils traînent leur artillerie au-delà de d'altitude, considérablement gênés par les éboulis et les névés, pour finalement vaincre, après de lourdes pertes, les Espagnols qui s'attendent à une invasion par la mer..

La première tentative d'ascension réelle de l'Aconcagua par des Occidentaux est effectuée par l'Allemand Paul Güssfeldt en 1883. Il effectue son approche depuis Santiago, puis remonte le río Volcán et emprunte enfin la crête Nord-Ouest par ce qui est devenu la voie normale. Il arrive jusqu'à l'altitude de mais doit abandonner à cause du mauvais temps.

La première ascension réussie par le versant septentrional est réalisée par le guide suisse Matthias Zurbriggen qui arrive seul au sommet le , après cinq tentatives échelonnées sur six semaines.. Le chef de l'expédition, l'Anglais , ainsi que les autres membres et porteurs ont abandonné à d'altitude. Stuart Vines et Nicola Lanti atteignent également le sommet le . Vines et Zurbriggen réalisent quelques semaines plus tard la première du Tupungato, un peu plus au sud.