Julien Luchaire, né le à Bordeaux et mort le à Paris., est un universitaire et homme de lettres français, spécialiste de la littérature et de la civilisation italiennes.
Ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé de grammaire (1897) et docteur ès lettres (1906), il enseigne à l'université de Lyon, puis à l'université de Grenoble. En 1907, il devient directeur de l'Institut français de Florence. En 1919, il entre dans l'administration de l'Instruction publique, notamment comme inspecteur général, puis dans les services de la coopération intellectuelle internationale de la Société des Nations. Démissionnaire en 1930, il revient enseigner en France, puis redevient inspecteur général de 1937 à sa retraite en 1941.
Il est aussi l'auteur d'essais, d'ouvrages d'histoire de l'Italie, de romans et de pièces de théâtre créées au cours des années 1930. L'une de ces pièces, Altitude 3200 (1937), est jouée par sa petite-fille Corinne Luchaire (1921-1950) et Bernard Blier (1916-1989). Un film homonyme en est tiré en 1938, avec Bernard Blier et Blanchette Brunoy.
Grand-père de Corinne Luchaire, Julien Luchaire est le père de Jean Luchaire (1901-1946), journaliste pacifiste durant l'entre-deux-guerres, puis engagé sous l'Occupation dans la politique de collaboration.
Biographie Origines familiales et formation
Fils de l'historien médiéviste Achille Luchaire (1846-1908), protestant, il est le petit-fils d'un autre historien, Jules Zeller (1819-1900), .
Après de brillantes études au lycée Henri-IV de Paris (1885-1894), il est admis à l'École normale supérieure et est reçu premier à l'agrégation de grammaire en 1897.
Mariages et descendance Julien Luchaire se marie trois fois : vers 1900, avec Fernande Dauriac (Brest, -1954), fille du philosophe et historien Lionel Dauriac, elle est économiste et éditrice aux éditions Stock. Ils ont deux enfants : Jean (1901-1946), journaliste et patron de presse, fusillé après la Libération, père de Corinne Luchaire (1921-1950), actrice Marguerite, née le , qui épouse en 1933 le psychanalyste Théodore Fraenkel, cofondateur du dadaïsme à Paris. Ils divorcent avant la Première Guerre mondiale. En 1916, Fernande Dauriac épouse l’historien et homme politique italien Gaetano Salvemini (1873-1957) ; vers 1914, avec Maria Padovani, originaire de la Sicile, . Ils ont un fils : André (né en 1915) en 1929, avec Antonina Silberstein, dite « Tosia », aussi connue comme Antonina VallentinPage anglaise Antonina Vallentin. (1893-1957). Antonina, née à Lwow/Lemberg, alors dans l'Empire d'Autriche-Hongrie (aujourd'hui Lviv, en Ukraine), est une intellectuelle et artiste allemande, issue d’une famille juive polonaise. Artiste peintre, traductrice, écrivain et critique d'art, elle est aussi connue sous son nom de plume, Antonina Vallentin, du nom de son premier époux. Journaliste à Berlin dans les années 1920, elle a des relations amicales voir l'article de Laurent Broche,"« Une étonnante virtuosité et perspicacité », Antonina Vallentin", Franges 2 dans la revue Hypothèses à lire en ligne - https://liej.hypotheses.org/revue/numero-2-ecrivaines-juives-de-langue-francaise/laurent-broche#_ftn1. avec la plupart des intellectuels allemands de l’époque (Thomas Mann, Stefan Zweig, Lion Feuchtwanger) ou d’autres nationalités (H. G. Wells, André Malraux). En 1940, elle publie une brochure, Les Atrocités allemandes en Pologne. Elle a écrit de nombreux ouvrages, dont des biographies de Heine, Einstein, Léonard de Vinci, Mirabeau, Goya.
Carrière Carrière universitaire (1898-1907) De 1898 à 1899, il est membre de l'École française de Rome, puis maitre de conférences à la faculté des lettres de l'université de Lyon (1900-1905).
Il obtient le titre de docteur ès lettres avec une thèse soutenue en 1906 à l’université de Paris, Essai sur l'évolution intellectuelle de l'Italie de 1815 à 1830.
Il est alors nommé professeur de langue et littérature italienne à l’université de Grenoble.
Directeur de l'Institut français de Florence (1907-1918) En 1907, grâce à l’aide de cette université, il crée l’Institut français de Florence, le plus ancien institut français au monde, qu’il dirige jusqu’en 1918.
En , il crée avec Guglielmo Ferrero la Revue des nations latines, rédigée par des Français et des Italiens, qui s'attache à définir en quoi consistent le germanisme et ses dangers et à aider la science et l’art à se purifier des courants germaniques qui la dénaturent. Cette revue paraît jusqu’en . Elle a des collaborateurs prestigieux comme Gaetano Salvemini, Giuseppe Prezzolini, ou Benjamin Crémieux à qui Julien Luchaire confie des introductions ou des articles sous l’Occupation.
Dans l'administration de l'Instruction publique (à partir de 1919) De 1919 à 1920, il est directeur des services de l’enseignement au ministère des Colonies, puis chef de cabinet d’André Honnorat, ministre de l’Instruction publique (1920-1921). Il est nommé professeur honoraire à l’université de Grenoble.
En 1921, il devient inspecteur général de l’Instruction publique, et est envoyé en mission spéciale d’inspection des professeurs détachés à l’étranger.
Expert de la coopération intellectuelle internationale (jusqu'en 1930) Il est nommé expert à la Commission internationale de coopération intellectuelle de la Société des Nations, se liant d'amitié avec son président, le philosophe Henri Bergson, dont il devient un proche collaborateur. Sont aussi membres de cette commission Albert Einstein et Marie Curie. Précurseur, Luchaire attire l'attention de la commission sur le rôle du cinéma dans l’art et l’éducation.
En 1925, le gouvernement français crée à Paris l’Institut international de coopération intellectuelle, ancêtre de l’UNESCO, dont il prend la direction. Confronté aux divergences nationales des points de vue, il cherche à affirmer son autonomie, mais finit par démissionner en 1930.
Fin de carrière (1930-1941)
Ne retrouvant pas de poste comme inspecteur général, il refuse le poste de recteur de l'académie de Rennes.
Il enseigne à l’École pratique des hautes études de 1932 à 1937. Ayant retrouve un poste d'inspecteur général en 1937, il est mis à la retraite en 1941.
Activités politiques et littéraires (années 1930) .
C’est à cette époque qu’il commence à écrire des pièces de théâtre, dont Boccace conte 19 (créée en 1934), où il confie un rôle à Madeleine Sologne , et Altitude 3200 (1937), dont il fait jouer l'un des personnages par sa petite-fille Corinne.
Seconde Guerre mondiale
Dès 1933, Julien Luchaire dénonce le nazisme : , et qui œuvrent à « la plus grandiose entreprise d’oppression des esprits que le monde ait jamais vue » par la « persécution méthodiquement entreprise in Julien Luchaire, « Le cas de conscience devant Hitler », L’Éveil des peuples, 4 juin 1933, p. 1.. En , dès le début de l'occupation allemande en France, il s'installe à Clermont-Ferrand, en zone libre, afin de protéger la famille de son épouse.
Dans le cadre de l’aryanisation des entreprises promue par le régime de Vichy, il assure la présidence des éditions du Sagittaire qui appartiennent à Léon Pierre-Quint. Il dirige cette entreprise en accord avec Quint et . Il rend la société à son propriétaire en 1944, après la Libération.
En 1943, il y publie le premier tome de son autobiographie, Confession d’un Français moyen (1876-1914) (le second tome sera publié après sa mort).
Il n’adhère pas aux choix politiques de son fils Jean qui, pacifiste et partisan d'une réconciliation avec l'Allemagne au début des années 1930, passe à une collaboration avec le Troisième Reich sous l'Occupation, allant jusqu'à être membre du prétendu gouvernement français en exil à Sigmaringen à la fin de la guerre (1944-1945).
Après-guerre
À la Libération, il fait partie du Comité national des écrivains.
Disposant de relations de tous les bords, il rencontre ou est ami avec , écrivain juif.
Julien Luchaire continue cependant d'avoir des relations avec son fils emprisonné, jusqu'à ce qu'il soit condamné à mort en 1946, ainsi qu'avec certains membres du gouvernement de Vichy. Il souffre d'une forme d'ostracisme à cause de son nom Son nom est confondu avec celui de ses fils Jean ou André, voir la Gazette Provençale du 3 avril 1945, p. 2, puis du 6 avril 1945..
Julien Luchaire est aussi secrétaire de l'association France-Estonie.
Dernières années, mort et funérailles
Décorations
Œuvres Essais divers Le Mouvement pour la rénovation de la culture nationale, Presses universitaires de France, 1900 La Crise de la science pure, 1900 La Protection et la diffusion du goût artistique Le Désarmement moral, Paris, Valois, 1932
Ouvrages historiques L’Église et le seizième siècle d'Alexandre Borgia à Sixte-Quint, 1904 Histoire des révolutions politiques de la commune de Sienne de 1365 à 1378, Lyon, 1906 * (en italien) Documenti per la storia dei rivolgimenti politici del comune di Siena dal 1354 al 1369, 1906 Essai sur l'évolution intellectuelle de l'Italie de 1815 à 1830, Paris, Hachette, 1906 Les Démocraties italiennes, Paris, Flammarion, Bibliothèque de philosophie scientifique, 1915 Les Sociétés italiennes du
Autres Confession d'un Français moyen (1876-1914), tome I, 1943 Confession d'un Français moyen (1914-1950), tome II, Florence Olschki, 1965
Boccace, Paris, Flammarion, 1951 Châteaugay (roman), 1943 La Ceinture rose, Paris, Nouvelles Éditions latines, 1945
Théâtre 1934 : Boccace conte 19 1937 : Altitude 3200, comédie en trois actes et cinq tableaux mise en scène de Raymond Rouleau, théâtre de l'Étoile, avec Corinne Luchaire et Bernard BlierCf. La Petite Illustration, 820. 1939 : Le Tocsin 1941 : François d’Assisse 1941 Bérénice : Une femme et un roi, pièce en trois actes et six tableaux 1943 : Saint Louis, roi de France 1952 : Le Cheval arabe, comédie en un acte tirée de BoccaceCf. Librairie Théâtrale.
Opéras 1938 : livret de Ginevra, tiré de Boccace, opéra comique en trois actes de Marcel Delannoy
Adaptations au cinéma 1938 : sa pièce Altitude 3200 est produite et portée à l’écran par la Transcontinental Films avec, comme réalisateurs, Marie Epstein et Jean Benoît-Lévy et, parmi les acteurs, Bernard Blier, Blanchette Brunoy, Jean-Louis Barrault et Fabien Loris.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Laurent Broche, Julien Luchaire, itinéraire d’un Français faussement « moyen » pendant la tourmente, actes du colloque « Déplacements, dérangements, bouleversements : artistes et intellectuels déplacés en zone sud (1940-1944) », bibliothèque de l'Alcazar, Marseille, 3- (en ligne).
Liens externes
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