thumb|upright=1.3|Grenoble en 2008. La morphologie urbaine de Grenoble peut être définie comme l’ensemble des formes que prend la ville ou son agglomération sous la double influence de son site géographique et de l’histoire de son développement. L'agglomération de Grenoble est la aire urbaine française en 2011, et représente une zone de pour . Grenoble, la ville principale, représente un peu moins du quart de ses habitants, et moins d'un pour cent de sa superficie.
Morphogenèse de l'agglomération grenobloise
L’agglomération grenobloise s’est développée dans un site particulièrement contraignant : une plaine d’environ carrés (équivalent à la taille de Paris intra-muros) au confluent décentré d’une rivière, l’Isère, et d’un torrent, le Drac. Cette plaine prenant la forme d'un Y est entourée de trois massifs montagneux, la Chartreuse, le Vercors et Belledonne, dont le premier avance un éperon jusqu’en ville, tandis que les deux autres rejoignent la plaine par des collines plus ou moins pentues. Cette configuration permet de parler d’une « cuvette grenobloise », vallée singulièrement plate d'origine glaciaire. La fonte du glacier de l'Isère, il y a environ , entraîne la présence d'un lac pendant plus de , avec ses alluvions lacustres würmiennes qui confèrent aujourd'hui aux vallées, un caractère parfaitement plat. Un noyau urbain entouré de villages
Les installations humaines se sont longtemps limitées à un petit groupement de maisons, bâties sur un léger tertre en rive gauche de l’Isère à son point le plus aisément franchissable, et à des villages installés à l’abri des inondations sur les coteaux des trois massifs. Le reste de la plaine, soumise aux inondations fréquentes de l’un ou l’autre des cours d’eau, se partageait entre marais, cultures et maigres pâturages. Grenoble, enfermée dès le dans une enceinte de neuf hectares, n’a guère conservé de bâtiments marquants antérieurs à la fin du Moyen Âge, hormis le groupe cathédral et une église collégiale (Saint André), mais le tracé actuel des rues conserve le souvenir de sa physionomie urbaine : un réseau irrégulier de voies étroites aboutissant aux portes de l’enceinte vers la plaine, et au seul pont franchissant l’Isère du côté de la Chartreuse. En rive droite, la falaise du Rabot tombant à pic dans l'Isère, l'urbanisation se réduisait à une ou deux rangées de maisons et la voie vers Vienne et la région lyonnaise fut longtemps escarpée pour franchir cet obstacle, jusqu'au et la construction de la Porte de France en 1620.
Quelques extensions, de faible ampleur, n’ont guère changé la morphologie de la ville intra-muros, même si son aspect architectural a accompagné le renouvellement de ses bâtiments. Le carcan des enceintes s'est lentement élargiMaurice Mercier, Histoire des fortifications de Grenoble de 43 av. J.–C. à 1900, Guirimand, 1976., suivant l’évolution de l’art des fortifications, en particulier aux . La cité a une superficie de dans l'enceinte Lesdiguières (1591–1620), agrandie à par l'enceinte Créqui, commencée en 1640, interrompue par l'inondation de 1651 et terminée en 1675Paul Dreyfus, Les rues de Grenoble: l'histoire illustrée des 815 rues Glénat, 1992 , p. 101.
Les villages se développent sur les coteaux, mais la plaine n’accueille quelques implantations religieuses ou agricoles qu’à partir du moment où le Drac commence à être endigué ; travail de longue haleine auquel François de Bonne de Créqui, Lieutenant général (en 1638) puis gouverneur du Dauphiné pendant 25 ans (de 1650 à 1675), a fortement contribué par la construction d’une digue depuis les murs de la ville jusqu’au débouché du Drac au sud de la « cuvette ». Cette digue de , achevée en 1684 et empierrée par le conseiller au parlement Nicolas Prunier de Saint-André est devenue un des axes Nord-sud majeurs de l’agglomération contemporaine : les cours Jean-Jaurès et le Cours de la Libération et du Général De GaullePaul Dreyfus, Les rues de Grenoble: l'histoire illustrée des 815 rues Glénat, 1992 , p. 150.
À la fin du l’agglomération se présente donc comme un petit noyau urbain de quelque , serré dans son enceinte au pied de la Chartreuse, et des villages, dont le plus peuplé atteint à peine , villages reliés à la ville par des chemins qui deviendront, presque inchangés, les grands axes de l’agglomération, au moins jusqu’à la seconde guerre mondiale.
L'ère industrielle vignette|gauche|Plan-relief de Grenoble en 1848. On distingue la vieille ville et les fortifications réalisées par Haxo au sein desquelles se développe la nouvelle ville.
Ce n’est que dans la seconde partie du que la morphologie de Grenoble, puis de l’agglomération va se transformer profondément. Une première fois, entre 1832 et 1836 avec la création d’une nouvelle enceinte fortifiée, l'enceinte Haxo qui ajoute un rectangle de au sud de la ville anciennePaul Dreyfus, Les rues de Grenoble: l'histoire illustrée des 815 rues, p. 136, doublant quasiment la surface urbanisable. Surface qui enferme dans la ville les faubourgs Très-Cloitres et Saint-Joseph, mais qui accueille progressivement une urbanisation radicalement différente de la ville ancienne : un quadrillage régulier d’avenues autour de d'une place dont les quatre côtés voient se bâtir les édifices symboles de l’importance croissante de Grenoble : le cercle militaire (initialement École d'artillerie) en 1858, et l’hôtel de la Division en 1862, l'hôtel de préfecture en 1866, le musée-bibliothèque de Grenoble en 1870, puis le palais de l’Université de 1875 à 1879 et enfin l'hôtel particulier du banquier Nicolet en 1885 qui ferme la place et qui deviendra en 1972 le Tribunal administratif de Grenoble. Des immeubles de rapport, de 5 ou 6 étages, à l’architecture relativement austère, se construisent progressivement le long des nouvelles avenues. La construction de quais met la ville à l’abri des inondations, tandis que la construction d’un second pont en 1839 (futur pont Marius-Gontard)Un deuxième pont avait déjà été construit au , par Charles de Créqui, il est reconstruit en 1839. C'est au centre du tablier que se trouve le point de départ du kilométrage. Voir Les rues de Grenoble p. 124 facilite la liaison entre les deux rives.
La création d’un pont suspendu sur le Drac au bout du « chemin planté du Drac » (l'actuel Cours Berriat) en 1840, puis, en 1858, l’arrivée du chemin de fer, dont l'emplacement du terminus fut fixé, par un arrêté ministériel du , en dehors de l’enceintePaul Dreyfus, Les rues de Grenoble: l'histoire illustrée des 815 rues, p. 118, entraîne la création du quartier Berriat, quartier d’ateliers et d’habitat ouvrier hors les murs, situé le long d’un réseau de voies résultant autant du parcellaire que d’un essai de tracé régulier. La physionomie architecturale de ce nouveau quartier, faite de bâtiments utilitaires modestes voire précaires, tranche autant sur celle de la vieille ville que sur celle du quartier de la préfecture. Cette urbanisation commence à déborder au débouché du pont, de l’autre côté du Drac, sur la commune de Fontaine, le long de la route qui suit l’Isère en rive gauche jusqu’à Romans.
La croissance de l’activité industrielle et de la population entraîne le renforcement de l’urbanisation qui déborde des remparts ; mais Grenoble est une ville frontière considérée comme une place forte, et ce sont les fortifications qui sont en partie déplacées après la guerre de 1870. C'est pourquoi, après avoir projeté une nouvelle enceinte englobant le nouveau quartier jusqu’au Drac, on préféra construire une ceinture de forts autour de GrenobleForts du Saint Eynard, Bourcet sur Corenc, Le Mûrier sur Gières, Les Quatre-Seigneurs sur Herbeys, Montavie sur Bresson, Comboire sur Claix. De ce fait, l’espace occupé par l’ancienne enceinte Ouest devint disponible. Situé entre la ville ancienne et les quartiers ouvriers, fut édifié, à partir de la dernière décennie du , un nouveau centre sur un tracé aussi régulier que le permit la forme triangulaire du terrain libéré. Issues d’une place centrale (Victor-Hugo), des avenues bordées d’immeubles de style « haussmannien »Beaucoup sont ornés de sculptures. Elles sont en ciment moulé, utilisant à des fins esthétiques « l'or gris » de Louis Vicat assurent une relative soudure entre les urbanisations précédentes. Deux boulevards orientés nord-sud sont créés, le boulevard Gambetta et le boulevard de Bonne qui prendra plus tard les noms d'Édouard Rey et d'Agutte-Sembat. En outre, ce réseau va rejoindre la gare avec la création de l'avenue Alsace-Lorraine baptisée en 1888.
Un nouveau pont sur l’Isère et les routes menant vers Gap, Briançon ou Chambéry par la rive gauche de l’Isère, desservant au passage les villages qui, eux aussi, accueillent de nouvelles activités et une population croissante. La circulation est-ouest restant difficile à travers la vieille ville, celle–ci est éventrée par de nouvelles avenues qui relient les places anciennes (Grenette, Sainte-Claire, Notre-Dame), avant de se poursuivre hors les murs vers les communes du Grésivaudan, dont les plus proches de Grenoble, La Tronche, Saint Martin d’Hères, accueillent un surcroît de population, résidentielle ou ouvrière selon les cas. La création d’un réseau de transports en commun durant les dernières années du n’affecte pas la morphologie urbaine, les tramways empruntant les rues existantes ; ce réseau se prolonge à l’extérieur de la ville.
La poursuite du développement industriel et démographique entraîne l’amorce de nouveaux quartiers au sud des fortifications (la Bajatière, les Eaux-Claires...) et sur les communes mitoyennes, dont les noyaux ruraux, restés sur les coteaux, sont séparés des nouvelles urbanisations. Mais les fortifications et la gêne qu’elles constituent demeureront bien après la première guerre mondiale, démontrant dans cette période leur inutilité. C'est grâce à un événement voulu par la municipalité grenobloise, sous l'impulsion du maire Paul Mistral, l’exposition internationale de la houille blanche et du tourisme de 1925, que peut s’amorcer leur disparition. S’appuyant sur un « Plan d’extension et d’embellissement », pour la première fois étudié à l’échelle de l’agglomérationLe plan de l'architecte Léon Jaussely., la suppression des fortifications va permettre la création d’une artère est-ouest (les « grands boulevards »), reliant les différentes voies nord-sud et amorçant un vaste quadrillage dans les communes de la « cuvette » qui s’urbanisent au gré des nouvelles implantations industrielles. Ces années de l’entre deux guerres sont aussi celles de la construction de logements sociaux sous forme de grands ensembles répartis dans les différents quartiers de GrenobleLes HBM, habitations bon marché, instituées par le maire Paul Mistral., et de quelques cités d’entreprise dans les communes mitoyennes.
L’expansion de la deuxième moitié du
L’après seconde guerre mondiale accélère le développement : Grenoble et les communes périphériques tendent à ne plus former qu’une seule urbanisation, encore ponctuée, il est vrai, de nombreux espaces non bâtis. Quelques grandes « cités » de logements sociaux, dans plusieurs communes, répondent partiellement à la demande croissante. Mais les quartiers qui se construisent alors, qu’ils soient à Grenoble ou dans les communes de la « cuvette », ne constituent la plupart du temps qu’un ensemble disparate de lotissements pavillonnaires et d’immeubles, sur des plans de voirie sommaires, constamment modifiés ... De même, face au développement universitaire, un campus qui regroupe la plupart des établissements est créé sur un des espaces encore libres dans une boucle de l'Isère, sans réel souci d'une liaison urbaine. La morphologie de l’agglomération, faite d’un patchwork de voies, de grands équipements, d’activités et de constructions résidentielles, devient peu lisible ... Dans le même temps les noyaux urbains anciens, surtout à Grenoble, se dégradent.