Le premier gouvernement Pierre Mauroy est le 15 gouvernement de la République française.
Cet article présente la composition du gouvernement français sous le Premier ministre Pierre Mauroy du au , pendant la présidence de François Mitterrand (1981-1995)..
Contexte de formation
Contexte économique et politique
L'héritage de l'ère Giscard-Barre Les Socialistes héritent d'une situation duale d'un point de vue économique et industriel.
Le Premier ministre Raymond Barre a échoué à maîtriser l'inflation, qui passe de 9,6% à sa prise de fonction à 13,6 en 1980. Le budget est quasiment en l'équilibre (-0,1%), mais le taux d'imposition a fortement augmenté (33,6% en 1974 à 40,1% en 1980), ce qui obère en partie la capacité du nouveau gouvernement à financer sa relance par une hausse des prélèvements. La dette est stabilisée à 21% depuis 1978.
Sur le plan du commerce, après avoir réussi à résorber le déficit commercial (l'équilibre avait été atteint en 1976), la balance s'est à nouveau dégradée pour atteindre -2,1% en 1980.
Dans ce contexte, François Mitterrand est élu sur ses 110 propositions. La partie économique de ce programme comporte notamment une relance publique, une défense du franc, un peu de protectionnisme (avec une volonté de ramener la part du commerce extérieur dans le PIB à 20% en 1990, contre 25% en 1980), et un plan de recrutement de la fonction publique.
Le Premier ministre choisi par le Président devra ainsi engager une politique dont les trois piliers seront une politique de relance visant à redistribuer les revenus ; étendre le périmètre d'action de l'Etat par des nationalisations ; adopter une politique dirigiste sur la question de l'emploi, en réduisant la durée du temps de travail et en augmentant le nombre d'emplois publics.
Les conséquences financières de l'élection du Président L'élection de François Mitterrand provoque la panique sur les marchés. Les opérateurs financiers français comme étrangers attaquent le franc, qui tombe brutalement à son cours plancher au sein du Système monétaire européen. En 24h, plus d'un milliard de francs sortent du pays ; les petits épargnants, qui craignent d'être ruinés, se tournent vers les lingots d'or, dont le cours augmente de entre le 8 et le .
Entre le 11 et le , 5 milliards de dollars, soit le tiers des réserves de devises de l’État, sont dépensés pour soutenir le franc.
François Mitterrand refuse d'être associé à la politique des dernières semaines du gouvernement Barre III. Il demande tout de même à Claude de Kémoularia de se mettre en contact avec les ambassades des pays exportateurs de pétrole afin de les convaincre qu'il ne faut pas retirer les pétrodollars de France.
Choix des ministres Le Président annonce, le , à Pierre Bérégovoy qu'il ne sera pas ministre, mais secrétaire général de l'Élysée, à la grande déception de celui-ci. Il fait ensuite le choix de Pierre Mauroy comme Premier ministre.
Le , Mitterrand reçoit son ancien compagnon de route Maurice Faure. Il lui explique que les Affaires étrangères sont toutes trouvées pour lui, mais qu'il ne parle pas anglais, et qu'en plus, comme c'est le Président qui gère la politique étrangère, cela pourrait créer des tensions entre eux. Faure écarte l'Agriculture, qu'il qualifie de "source formidable d'emmerdements", ainsi que l'Intérieur et l’Éducation nationale. Il choisit donc d'être garde des Sceaux.
Le , Mitterrand reçoit Claude Cheysson, à qui il propose les Affaires étrangères. Il lui demande la permission de renommer son ministère en "Relations extérieures", comme Talleyrand l'avait fait. Jacques Delors est reçu à son tour, rêvant d'être Secrétaire général de l’Élysée, mais on lui propose les Finances, qu'il accepte. Laurent Fabius aurait également souhaité être Secrétaire général (et même, avant les législatives de 1978, Secrétaire général du Gouvernement si la gauche l'avait emporté), mais obtient le Budget, étant ainsi ministre délégué rattaché à Delors.
Mitterrand propose la présidence de l'Assemblée nationale à Gaston Defferre, qui n'est pas du tout tenté ; Maurice Faure ne souhaite absolument pas être au gouvernement, mais il est nommé à la Justice. Michel Rocard souhaite obtenir l’Éducation nationale, et obtient le Plan. Alain Savary, qui voulait le Plan, obtient l’Éducation nationale.
Mauroy ne choisit qu'un seul membre du gouvernement, Jean Le Garrec, secrétaire d'État auprès du Premier ministre.
Les autres ministres, dont Jack Lang, apprennent leur nomination à la radio.
Féminisation du gouvernement Le gouvernement compte six femmes ministres : Nicole Questiaux, Édith Cresson, Yvette Roudy, Edwige Avice, Catherine Lalumière et Georgina Dufoix. Nicole Questiaux est la première femme nommée ministre d’État.
Coalition Le gouvernement est composé de 39 socialistes et de 3 radicaux de gauche. Le seul transfuge d'un précédent gouvernement de la V République est Michel Jobert, qui a conduit la politique étrangère sous Georges Pompidou.Gaston Defferre et Maurice Faure, quant à eux, ont déjà été ministres sous la IV République.
Composition initiale Pierre Mauroy est nommé Premier ministre par un décret du Décret du 21 mai 1981 portant nomination du Premier ministre et les membres du Gouvernement par un décret en date du Décret du 22 mai 1981 portant nomination des membres du gouvernement (source gouvernement)Décret du 22 mai 1981 portant nomination des membres du gouvernement (source Légifrance, mais il manque la ).
Premier ministre Image Fonction Nom Parti 80px|Pierre Mauroy Premier ministre Pierre Mauroy PS
Ministres d'Etat Image Fonction Nom Parti 80px|Gaston Defferre Ministre d'État, ministre de l'Intérieur et de la Décentralisation Gaston Defferre PS80px|Nicole QuestiauxMinistre d'État, ministre de la Solidarité nationale Nicole Questiaux PS80px|Michel JobertMinistre d'État, ministre du Commerce extérieur Michel JobertMDD80px|Michel RocardMinistre d'État, ministre du Plan et de l'Aménagement du territoire Michel Rocard PS80px|Jean-Pierre ChevènementMinistre d'État, ministre de la Recherche et de la Technologie Jean-Pierre Chevènement PS
Ministres Image Fonction Nom Parti 80px|Maurice Faure Garde des Sceaux, ministre de la Justice Maurice Faure MRG 80px|Claude Cheysson Ministre des Relations extérieures Claude Cheysson PS 80px|Charles Hernu Ministre de la Défense Charles Hernu PS 80px|Jacques Delors Ministre de l'Économie et des Finances Jacques Delors PS Ministre de l'Éducation nationale Alain Savary PS 80px|Édith Cresson Ministre de l'Agriculture Édith Cresson PS 80px|Pierre Joxe Ministre de l'Industrie Pierre Joxe PS 50px|André Delelis Ministre du Commerce et de l'Artisanat André Delelis PS 80px|Jean Auroux Ministre du Travail Jean Auroux PS 80px|Louis Mermaz Ministre de l'Équipement et des Transports Louis Mermaz PS 80px|Edmond Hervé Ministre de la Santé Edmond Hervé PS80px Ministre du Temps libre André Henry PS 80px|Jack Lang Ministre de la Culture Jack Lang PS 80px|Georges Filloud Ministre de la Communication Georges Fillioud PS 80px Ministre du Logement Roger Quilliot PS 80px|Michel Crépeau Ministre de l'Environnement Michel Crépeau MRG 80px|Louis Le Pensec Ministre de la Mer Louis Le Pensec PS 80px|Louis Mexandeau Ministre des P.T.T. Louis Mexandeau PS 80px|Jean Laurain Ministre des Anciens combattants Jean Laurain PS
Ministres délégués Image Fonction Ministre de rattachement Nom Parti 109x109px|Yvette Roudy Ministre délégué, ministre des Droits de la femme Premier ministre Yvette Roudy PS 80px|André Labarrère Ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement Premier ministre André Labarrère PS 80px|André Chandernagor Ministre délégué chargé des Affaires européennes Ministre des Relations extérieures André Chandernagor PS 80px|Jean-Pierre Cot Ministre délégué chargé de la Coopération et du Développement.Rectificatif. Ministre des Relations extérieures Jean-Pierre Cot PS 80px|André Chandernagor Ministre délégué chargé du Budget Ministre de l'Économie et des Finances Laurent Fabius PS 80px|Edwige Avice Ministre délégué chargé de la Jeunesse et des Sports Ministre du Temps libre Edwige Avice PS
Secrétaires d'État Image Fonction Ministre de rattachement Nom Parti 80px|Jean Le Garrec Secrétaire d'État Premier ministre Jean Le Garrec PS 80px|Catherine Lalumière Secrétaire d'État chargée de la Fonction publique et des Réformes administratives Premier ministre Catherine Lalumière PS 80px|Raymond Courrière Secrétaire d'État chargé des Rapatriés Premier ministre Raymond Courrière PS 80px|Henri Emmanuelli Secrétaire d'État chargé des Départements et territoires d'outre-mer Ministre d'État, ministre de l'Intérieur et de la Décentralisation Henri Emmanuelli PS 80px Secrétaire d'État chargé de la Sécurité sociale Ministre d'État, ministre de la Solidarité nationale François Autain PS 80px Secrétaire d'État chargé des Personnes âgées Ministre d'État, ministre de la Solidarité nationale Joseph Franceschi PS 80px|Georgina Dufoix Secrétaire d'État chargée de la Famille Ministre d'État, ministre de la Solidarité nationale Georgina Dufoix PS 80px Secrétaire d'État chargé de la Formation professionnelle Ministre de l'Éducation nationale Marcel Debarge PS 80px|André Cellard Secrétaire d'État Ministre de l'Agriculture André Cellard PS 80px|Georges Lemoine Secrétaire d'État chargé de l'Énergie Ministre de l'Industrie Georges Lemoine PS 80px|François Abadie Secrétaire d'État chargé du Tourisme Ministre du Temps libre François Abadie MRG 80px|Alain Bombard Secrétaire d'État Ministre de l'Environnement Alain Bombard PS
Répartition partisane
Parti Premierministre Ministresd'État Ministres Ministresdélégués Secrétairesd'État Total Répartition le 22 mai 1981 1 5 21 8 9 44 Parti socialiste 1 4 17 6 11 39 Mouvement des démocrates 1 1 Mouvement des radicaux de gauche 2 1 3
Actions
Politique budgétaire Le deuxième Conseil des ministres, du , décide la hausse du SMIC de 10%, une augmentation de 25% des allocations familiales, ainsi que des allocations logement et du minimum vieillesse. Le programme de relance économique porté par Jacques Delors est celui qui avait été mis en place durant la campagne : un peu moins de 3% du budget, soit 30 milliards de francs, est mobilisé, soit une somme égale à 50% de la relance de Jacques Chirac en 1976.
Selon les modèles disponibles alors, cette relance devrait conduire une faible amélioration de la croissance en 1981, une croissance plus élevée en 1982, à une reprise faible de l'investissement des entreprises mais assez forte de la consommation des ménages, à une stabilisation de l'inflation et du chômage. Elle devrait cependant conduire à une aggravation du déficit extérieur en 1981, qui deviendra élevée en 1982, et à un déficit important du budget et de la Sécurité sociale en 1982 (4% du PIB contre 2% début 1981). Cette relance nécessite donc la mise en place ultérieure d'un autre plan pour contrecarrer ces effets négatifs. La présidence pense mettre en place un plan de relance de l'investissement public et privé, réduire la durée du travail, inciter à la reconquête du marché intérieur, et réformer la fiscalité et la Sécurité sociale.
Le , le Président décide de quelques grands projets, parmi lesquels un programme d'investissement des onze grandes entreprises nationalisables, modernisation des gares et du réseau RATP, modernisation du réseau autoroutier, TGV Paris-Brest et Paris-Marseille, canal Rhin-Rhône, éradication des bidonvilles et de l'habitat insalubre, développement du programme de bioénergies et d'économie d'énergie.
Politique industrielle et de l'emploi Le , est adopté en Conseil des ministres un plan « Avenir Jeunes » ainsi qu'un programme d'aide à l'investissement qui passe par une exonération des cotisations sociales patronales à hauteur de 50% pour chaque jeune de 26 ans embauché, ainsi qu'une prime à l'embauche pour les entreprises artisanales. Des contrats emploi/formation sont également mis en place.
Finances publiques