vignette|Des carmélites déchaussées. L' ou ordre des Frères déchaux et des Moniales déchaussées de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont-Carmel, abrégé en O.C.D., est un ordre religieux catholique contemplatif et apostolique, appartenant à la catégorie des ordres mendiants. Les frères Carmes déchaux partagent avec les sœurs carmélites déchaussées, moniales cloîtrées, le même rythme de prière. S’ils consacrent ainsi deux heures chaque jour à la prière silencieuse, leur mission est plus particulièrement d’annoncer l’Évangile par la prédication à la lumière de la riche tradition spirituelle du Carmel.

Cette congrégation religieuse établie à la fin du est née d'une réforme de l'ordre du Carmel. Cette réforme fut d'abord appliquée à des couvents de femmes par sainte Thérèse d'Ávila en 1562. Ensuite la réformatrice, secondée par saint Jean de la Croix, l'introduisit dans les couvents d'hommes. Un des signes de la réforme de sainte Thérèse d’Ávila était que les carmes allaient pieds nus dans des sandales (d'où leur nom).

Aujourd'hui, les Carmes déchaux et les carmélites déchaussées, issus de la réforme de Thérèse d'Ávila et de Jean de la Croix, sont au nombre d'environ et sur les cinq continents.

Des laïcs, célibataires ou mariés, prêtres ou diacres séculiers, vivent aussi de la spiritualité du Carmel et se réunissent régulièrement au sein de communautés carmélitaines. Ils forment l'ordre des Carmes déchaux séculier (OCDS), anciennement nommé le Tiers-Ordre.

Histoire de l'ordre Les origines

L'ordre des Carmes et Carmélites déchaussés, reconnu comme expression nouvelle de l’ordre du Carmel, joint la fidélité à l’esprit et la tradition du Carmel à la volonté d’un renouveau spirituel introduit par sainte Thérèse d’Avila avec l’aide de saint Jean de la Croix (cf. Constitutions OCD)

Les origines de l’ordre du Carmel se situent en Terre Sainte. Vers le milieu du , les frères vivaient dans des grottes sur les pentes du mont Carmel, d'où l'ordre tire son nom. Le fait est attesté par quelques documents et confirmé par l’architecture très sobre de leur première chapelle, dédiée à Notre-Dame, et par les poteries découvertes aux alentours. Dans la vallée qui, au nord-est du promontoire du mont Carmel, s’ouvre vers la Méditerranée, près d’une source, que les Arabes appellent « Wadi’ aïn es Siah », les ermites habitaient des grottes, creusées dans les flancs de la montagne. Cependant, la naissance de l’ordre du point de vue canonique (reconnaissance officielle par l’Église) date de 1209, quand ces ermites reçoivent une règle de vie, donnée par Albert Avogadro, patriarche latin à Jérusalem, légat du Saint-Siège. Le pape Honorius III approuve cette règle en 1226. Le pape Innocent IV en 1247 rectifie cette règle pour l’adapter à la vie de religieux mendiants, imposée aux ermites après leur arrivée en Europe, à la suite de la perte du royaume de JérusalemChapitre « Les Carmes au ».. La règle du Carmel, adaptée par Innocent IV, est mitigée par Eugène IV en 1432 à la suite de la demande de certains moinesChapitre « Les carmes au »..

La réforme thérésienne du Carmel vignette|200px|Santa Teresa de Jesús. Peinture à l'huile d'Alonso del Arco,

La mitigation de la règle, causée par la peste noire et par le schisme, valut à l’ordre du Carmel, comme aux autres congrégations religieuses, de nombreux mouvements de réforme. Une réforme italienne, dite de Mantoue, connut aussi près d’un siècle d’épanouissement. Jean Soreth travailla vigoureusement à la Réforme de Touraine. Cependant, la grande réforme de l’Ordre, celle qui devait avoir le plus grand impact, fut entreprise par Thérèse d’Avila, aidée de Jean de la Croix, au milieu du Chapitre « Les carmes au »..

Thérèse d'Avila entre au Carmel de l’Incarnation d’Avila à . À cette date, le monastère de l’Incarnation vit de la Règle mitigée et les lois de la clôture ne sont nullement strictes. Le , Thérèse d'Avila, sous le nom religieux de Thérèse de Jésus, se déchausse, revêt l’habit de bure brune et part fonder avec quatre novices un nouveau monastère dédié à saint Joseph, inaugurant ainsi la réforme de l'Ordre consistant au retour rigoureux à la règle de 1247 définie par le pape Innocent IV (règle de saint Albert de 1209 adaptée à la vie monastique)..

Lors de la fondation de son deuxième monastère de carmélites déchaussées à Medina del Campo, Thérèse de Jésus retrouve le prieur des carmes de cette ville, Antoine de Heredia, qui lui promet aussitôt « d’être le premier religieux de la Réforme ». À Medina encore, Thérèse de Jésus rencontre pour une première fois un jeune carme, alors étudiant à Salamanque, Jean de Saint-Matthias, futur saint Jean de la Croix. Elle le persuade d’embrasser à son tour la réforme, au lieu d'entrer à la chartreuse comme il le désirait. Le , le premier couvent de carmes déchaussés est érigé à Duruelo, dans la plus grande pauvreté.. Les pères Antoine de Jésus, Jean de la Croix et frère Joseph, diacre, font leur nouvelle profession selon la Règle primitive.

vignette|200px|Saint Jean de la Croix, premier carme déchaussé

La mère Thérèse de Jésus continue de fonder des monastères de carmélites déchaussées. Elle fonde les carmels de Tolède et de Pastrana en 1569, suivent les carmels de Salamanque en 1571 et d’Alba de Tormes un an plus tard. Le , la petite communauté de religieux déchaux à Duruelo peut être transférée dans un couvent régulier à Mancera, où deux grandes figures des premiers carmes déchaussés reçoivent l’habit de l’ordre : Jérôme Gratien et Nicolas Doria.

En 1575, une grave crise survient entre Thérèse et les autorités de l'ordre du Carmel. Certains carmes mitigés, craignant de se voir imposer la réforme thérésienne contre leur gré, voient d'un mauvais œil l'extension de cette réforme aux frères carmes par la fondation de plusieurs couvents de carmes "réformés". De plus, les couvents du Carmel d'Espagne sont alors tenus sous la double autorité du maitre général de l'Ordre et du nonce apostolique. À cela se rajoutent des pressions politiques du roi d'Espagne et du papeLe roi souhaite que les couvents de religieux espagnols soient sous l'autorité de responsables espagnols (et non d'autres états). Il impose donc pour les Carmes déchaux des religieux espagnols, mais de l'ordre des Dominicains. Le pape lui, souhaite faire respecter son autorité, et imposer des visiteurs carmélitains pour ces couvents. Il impose des moines de l'ordre du Carmel, mais venant d'autres états. Les conflits politiques créent des jeux d'alliance et brouillent la gestion des conflits locaux.. Dans un contexte tendu, les carmes mitigés demandent des explications à Thérèse d'Avila sur l'extension de sa réforme, mais leur courrier prend beaucoup de temps à arriver (plus de 9 mois). Informée tardivement des critiques, Thérèse répond rapidement à leur courrier, mais sa propre réponse arrive trop tard (après le chapitre de Plaisance). Faute d'information, et soupçonnant une insubordination de Thérèse (à l'ordre du Carmel), les pères carmes mitigés votent l'annulation de la réforme thérèsienne et se lancent dans une violente persécution des tenants de cette réformeJean de la Croix sera arrêté et emprisonné durant 9 mois, Thérèse d'Avila est suspendue de ses fonctions et consignée durant plusieurs années dans un couvent.. Après un long conflit (jusqu'aux plus hautes autorités), les malentendus s'éclaircissent, et finalement Thérèse peut reprendre ses fondations. À la mort de sainte Thérèse d’Avila en 1582, la Réforme thérésienne compte, en Espagne, de moniales et de religieux..

Une séparation progressive

Très vite, la Réforme thérésienne connait de grands succès. Face aux conflits entre Carmes chaussés et Carmes déchaux, le pape Grégoire XIII répond en faveur des déchaux (soutenus par le roi Philippe II d'EspagneChapitre « Carmes déchaux ou déchaussés - (1593) ».) par le bref du qui rassemble tous les couvents de Carmes déchaux dans une nouvelle province directement rattachée au général de l'ordre du Carmel mais ne disposant pas encore de père provincial. Lors du premier chapitre des déchaux, en mars 1581, le père Jérôme Gratien est élu provincial de cette nouvelle province des Carmes déchaux.

En 1585, le père Gratien cède la place au père Nicolas Doria qui devient le provincial des Carmes déchaux qui ne comptent alors qu'une seule province. Mais quelques années plus tard, en 1593, le nouveau provincial des Carmes déchaux (P. Doria), obtient du pape la séparation définitive de la province des déchaux d'Espagne leur donnant la liberté de s'étendre dans toute l'Europe et dans le monde.

Les couvents sont alors regroupés dans deux congrégations. : la congrégation d'Espagne, qui regroupe tous les couvents réformés présents en Espagne et dans l'Empire espagnol ; la congrégation d'Italie, qui regroupe tous les couvents réformés présents en Italie (dans les royaumes et états de l'Italie actuelle), ainsi que tous les couvents qui viendraient à être ouvert dans le reste du monde (hors Empire espagnol). Cette séparation restera effective jusqu'en 1875, où le pape Pie IX entérine, à la demande père carme Dominique de Saint-Joseph, la fusion des deux congrégation en une unique structure : .

L’expansion de la réforme Malgré le refus du général des Carmes déchaussés en Espagne qui ne souhaitaient pas voir la Réforme s’étendre en dehors de l’Espagne, le pape Clément VIII autorise l’établissement de la Réforme mais seulement en Italie. En 1584, le premier monastère des Carmes déchaussés est fondé (sous l’invocation de sainte Anne) dans une chapelle située aux portes de l’ancienne ville de Gênes. En 1597, à Rome, le pape met l’Église Notre-Dame de la Scala à la disposition des Carmes déchaussés pour fonder le couvent de la Scala. En 1590, le monastère de carmélites déchaussées de Gênes est également fondé : c'est la première fondation de carmélites déchaussées en dehors de l’Espagne. Par le motu proprio du Clément VIII sépare les carmes déchaux d'Italie de ceux d’Espagne. L’ordre des déchaux est alors divisé en deux congrégations autonomes : celle de Saint-Joseph (pour l’Espagne, le Portugal et le Mexique) et celle de Saint-Élie (pour l’Italie et les autres régions d’Europe et du monde)..

Les Carmes déchaux se répandent très vite en Europe : une nouvelle fondation s'effectue en 1608 à Avignon (qui est alors territoire pontifical) ; en 1611 les Carmes établissent un couvent à Paris (église Saint-Joseph-des-Carmes de la rue de Vaugirard) ; la même année un couvent est inauguré à Nancy, puis à Charenton-le-Pont. D’autres fondations suivirent rapidement : on dénombre 20 fondations entre 1615 et 1635.

En 1617, les six premières provinces de la Congrégation d’Italie sont canoniquement érigées : celles de Gênes, Rome (dans l'église Santi Gioacchino e Anna alle Quattro Fontane), Pologne, France, Flandre belge et Lombardie. Neuf ans plus tard, les couvents de Cologne, Vienne et Prague constituent la province d’Allemagne. En 1701 la province d’Autriche est créée. En France, les provinces de Paris, Aquitaine, Bourgogne et Normandie sont érigées respectivement en 1635, 1641, 1653 et 1686. Celle de Lorraine, érigée en 1740, n'est rattachée au royaume de Louis XV qu'en 1766.

Aux Pays-Bas, entre 1610 et 1652, vingt-quatre fondations de couvents de carmes déchaux sont réalisées. Les carmélites établissent sept monastères en douze ans. En 1612, cinq carmélites partent des Pays-Bas fonder le couvent de Cracovie en Pologne. D’autres fondations auront lieu ensuite à Lviv, Varsovie et Cracovie-Wesola.

En 1631, les Carmes déchaux vont réaliser une fondation très symbolique pour l'ordre : reconstruire le couvent du mont Carmel, lieu fondateur de l'ordreCe couvent sera détruit en 1761 et les carmes chassés. Reconstruit en 1767, il est à nouveau détruit en 1821. Une reconstruction définitive est lancée en 1827. Ce monastère joue un rôle central dans l'ordre du Carmel. Voir l'article dédié au Monastère Stella Maris (Haïfa)..