Le suprémacisme est une idéologie de supériorité et de domination : elle affirme qu'une certaine catégorie d'êtres est supérieure aux autres et se doit de les dominer, voire de les asservir, ou qu'elle est en droit de le faire. La catégorie supposée supérieure peut être définie selon divers critères, tels que l'espèce, la race, le sexe, la classe sociale, la religion ou tout autre système de croyances, la civilisation, la culture, ou la langue.
Suprémacisme de l’espèce humaine
Apparue dans l’Ancien TestamentLivre de la Genèse (1:31 et 2:4-25)., l’idée d’« Homme créé à l’image de Dieu », destiné à « dominer la Terre et les autres créatures », est partagée par les religions abrahamiques, mais se diffuse aussi dans l’anthropologie, la philosophie et la physiocratiePierre-Paul Lemercier de La Rivière de Saint-Médard, L'Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques (2 tomes), Londres et Paris 1767 , étayant la croyance anthropocentriste qui considère l’espèce humaine comme le « fleuron de l’évolution »Jean-Claude Léonide, L'évolution de l'amibe au cerveau humain en perspective élargie, Promothea, 1993, ., au sommet d’un « ordre naturel »Vinciane Despret, « La hiérarchie est-elle bien naturelle ? » in Sciences Humaines n° 250 - Juillet 2013, qui lui donne le droit d’exploiter les ressources de la Terre selon ses besoins, sans se soucier des autres espèces.. Cette idéologie de supériorité des êtres humains se traduit par le spécisme, un système qui organise et légitime l'exploitation des autres animaux (pour leur chair, leur lait, leurs œufs, leur peau, pour la science ou les loisirs, etc.)..
Suprémacisme de race
Bien que la notion de « race humaine » ne soit pas biologiquement valideFrédéric Monneyron, L'Imaginaire racial, L'Harmattan 2004. pour l’espèce Homo sapiensPour qu’il y ait « race » du point de vue biologique, il faut qu’il y ait concordance entre génotype et phénotype, ce qui n’est pas le cas dans le genre humain : voir John Maynard Smith, La Théorie de l'évolution, Petite Bibliothèque Payot, 1962., elle est largement utilisée par les mouvements conservateurs qui utilisent la dépréciation de diverses « races » considérées comme « inférieures », « nuisibles » ou « parasitaires », et ont historiquement pu aller jusqu’à leur exterminationCarole Reynaud-Paligot, Races, racisme et antiracisme dans les années 1930, Presses Universitaires de France, 2007. (voir Génocide, Shoah, Porrajmos, Aktion T4…).
Suprémacisme de race motivé par la religion Le suprémacisme de race, par exemple le suprémacisme blanc, peut parfois se parer de motivations religieuses en mobilisant par exemple l'idée de l'élection (peuple élu).
Christianisme L’Église catholique romaine a ainsi soutenu l’esclavage, notamment par la bulle du pape Nicolas V, Romanus pontifex publiée en 1454, qui légitime l’esclavage des Africains Jean-Marc Party, L’Eglise catholique et l’esclavage, sujet de débats, FranceTélévisions la 1ère Martinique, 30 mars 2018. Dans le Sud-Est des États-Unis (Bible Belt) et en Afrique du Sud, par exemple certains calvinistes et évangéliques se sont appuyés sur une interprétation littérale de la malédiction de Canaan dans le livre de la Genèse (9:25 à 27) et de la « Table des peuples », pour justifier l’esclavage, la ségrégation et l’apartheid, encouragés par les doctrines raciales de l’anthropologie du .., héritées d'Arthur de Gobineau à qui l’on doit le premier livre en français s’appuyant sur la science pour tenter de prouver la hiérarchie des races dans son Essai sur l’inégalité des races humaines..
Islam
Judaïsme Ilan Pappé, un historien israélien expatrié, écrit que la première Aliyah en Israël au sein de détenues et gérées par des Juifs.. Joseph Massad, professeur d'études arabes, soutient que la « suprématie juive » a toujours été un « principe dominant » dans le sionisme religieux et laïcDavid Hirsch, Anti-Zionism and Antisemitism: Cosmopolitan Reflections , The Yale Initiative for the Interdisciplinary Study of Antisemitism Working Paper Series; discussion of Joseph Massad's "The Ends of Zionism: Racism and the Palestinian Struggle", Interventions, Vol. 5, No. 3, 440–451, 2003.. Le sionisme a été établi dans le but de créer un État juif souverain, où les Juifs pourraient être la majorité, plutôt que la minorité. Theodor Herzl, le père idéologique du sionisme, considérait l'antisémitisme comme une caractéristique éternelle de toutes les sociétés dans lesquelles les Juifs vivaient en tant que minorités, et par conséquent, il pensait que seule une séparation pourrait permettre aux Juifs d'échapper à la persécution éternelleHerzl, Theodor (1896). "Palästina oder Argentinien?". Der Judenstaat (en allemand). sammlungen.ub.uni-frankfurt.de. p. 29 .
Au lendemain des élections législatives israéliennes de 2022, la coalition de droite gagnante comprenait une alliance connue sous le nom de Parti sioniste religieux, qui a été décrit par le chroniqueur juif-américain David E. Rosenberg comme un parti politique ..
Suprémacisme de genre L’idéologie postulant que le masculin prime sur le féminin, considère que la force musculaire et la taille du cerveau, qui est en moyenne plus grande chez les Homo sapiens mâles, constituerait un « ordre naturel » issu de l’évolution ou d’une volonté divine, qui donnerait aux hommes un statut supérieur aux femmes, avec plus de droits et de responsabilités, notamment celle de gouverner seuls les sociétés. Cette idéologie va souvent de pair avec l’homophobie et les différentes autres formes de discriminations familiales et sexuelles. Le suprémacisme féminin, plus rare, inverse les rôles en postulant que l’intelligence féminine et la maternité constitueraient une autre forme de « supériorité naturelle », l’homme étant alors réduit au rôle de fécondateur.
Suprémacisme de classe
250px|vignette|droite|Affiche soviétique de 1935 avec l'inscription suprémaciste de classe « Le monde entier sera à nous ! », par Jacob Zavialov (1887-1938) : cette affiche doit être resituée dans son contexte, celui de la révolution russe. Compatible avec l’idéologie méritocratique, qui postule que les personnes au sommet de l’échelle sociale ont des droits étendus vis-à-vis du reste de la société, par exemple en ce qui concerne la consommation des ressources ou les décisions favorisant leur maintien au sommet de la pyramide sociale, le suprémacisme de classe peut être aristocratique (systèmes monarchiques), bourgeois (systèmes capitalistes) ou prolétarien (systèmes marxistes-léninistes communistes). Quel qu’il soit, le suprémacisme de classe s’appuie sur les notions de lutte des classes et d’ennemi de classe, et peut se revendiquer comme démocratiqueLa notion de « lutte des classes » apparaît au chez les historiens libéraux français de la Restauration : François Guizot, Augustin Thierry, Adolphe Thiers et François-Auguste Mignet, auxquels Karl Marx l'a emprunté en 1852 : (lettre de Marx citée dans Maximilien Rubel (éd.), Sociologie critique, Payot, )..
Suprémacisme religieux Le suprémacisme religieux postule que les dogmes d’une religion expriment une vérité absolue et indiscutable, donnant aux adeptes de cette religion droit à une supériorité sur ceux des autres confessions, et/ou parfois un devoir de convertir ces derniers à la religion dominante.
Judaïsme Il existe aussi un courant suprémaciste juif implanté en Israël...
Christianisme
Islam
Dans le droit islamique Dans le droit islamique classique (charia), la confession religieuse constitue un critère déterminant du statut juridique des individus et des communautés. L’ordre social et politique qui en découle repose ainsi sur un suprémacisme confessionnelH. Patrick Glenn, Legal Traditions of the World, Oxford University Press 2007, p. 219..
Les musulmans bénéficient de la pleine capacité juridique et politique au sein de la communauté : accès aux charges religieuses et aux fonctions politiques, pleine reconnaissance devant la loi islamique, et participation à l’autorité collective.
Les juifs et les chrétiens (et, selon les contextes, d’autres groupes religieux) relèvent quant à eux du statut de protégés (dhimma). Ce statut leur garantit la liberté de culte, le droit de posséder des biens et une protection juridique de la part de l’État. En contrepartie, ils sont soumis à un impôt spécifique (Djizîa) et à diverses restrictions, variables selon les écoles juridiques et les périodes : exclusion des fonctions politiques, limitations du témoignage en justice, prescriptions vestimentaires ou symboliques, etc.
Les polythéistes et les athées occupent la position la plus basse dans le cadre juridique classique. L’école hanafite admet, dans certains contextes historiques, notamment en Inde musulmane, des formes de protection ou de tolérance pragmatique. En revanche, les écoles malikite, shafiʿite et hanbalite adoptent des positions plus restrictives, assimilant généralement polythéistes et athées à des populations dépourvues de statut reconnu, appelées à être converties (de gré ou de force), combattues ou, dans certains cas, exilées du territoire islamique.
Esclavage
L’esclavage en islam repose sur un fondement juridico-religieux et historique, et non racial. Il s’inscrit dans un système hérité de l’Antiquité tardive, que l’islam ne supprime pas mais encadre, limite et réorganise partiellement. Les sources scripturaires, notamment les hadiths, confirment la licéité de l’institution tout en insistant sur le bon traitement des esclaves et sur la haute valeur morale de l’affranchissement. La réduction en esclavage est considérée comme licite principalement à la suite de la capture lors d’une guerre jugée légitime (Djihad), ou par la naissance de parents eux-mêmes esclaves.
L’ abolition de l’esclavage dans les pays musulmans intervient tardivement, entre le XIXᵉ et le XXᵉ siècle. Elle résulte d’un faisceau de facteurs : pressions diplomatiques et militaires européennes, mutations économiques profondes, et relectures réformistes des sources islamiques visant à les rendre compatibles avec les normes modernes du droit et des droits humains.
Le cas contemporain de Daesch Le statut d'esclave est soutenu par le Centre de recherches et de fatwas de Daech qui a établi que ces pratiques existaient déjà au Moyen Âge, avant que l'esclavage ne soit aboli.. Selon un document daté du , présenté par l'agence de presse Iraqi newsIraqinews, « ISIS document sets prices of Christian and Yazidi slaves », iraqinews.com, 3 novembre 2014, l'État islamique aurait fixé le prix de vente des femmes yésides ou chrétiennes, comme esclaves, entre 35 et . . Le document mentionne l'interdiction , sauf pour les « Irak : comment Daech fixe les prix de vente des femmes esclaves », Le Parisien, 15 novembre 2014..
Hindouisme
Bouddhisme
Autres religions
Suprémacisme civilisationnel ou linguistique