vignette|Les armoiries de la ville de Saintes se blasonnent ainsi :De gueules, à un pont de trois arches, surmonté de trois tours couvertes et girouettées, mouvant du , ayant au un portail, accompagné de deux tours crénelées, couvertes et girouettées, le tout d'argent, sur une onde de même ; au chef cousu d'azur, chargé de trois fleurs de lis d'or.Supports : un chevalier armé et un vendangeur.Devise : A ultre ne veulx.

Cet article présente les faits marquants de l'histoire de Saintes, une ville du centre-ouest de la France.

Préhistoire et Protohistoire

Le Néolithique : le site de Diconche Les occupations préhistoriques les mieux documentées sur le territoire de la commune remontent au Néolithique. Au sud de la ville, le site de Diconche fait l'objet de fouilles depuis les années 1980 et constitue un site de référence pour l'étude du Néolithique récent et final du Centre-Ouest de la France. Les recherches y ont notamment mis en évidence plusieurs enceintes fossoyées attribuées à la culture d'Artenac.. Une nouvelle opération menée en 2024 dans l'enceinte de Diconche a confirmé une occupation du Néolithique récent et final, entre environ 3350 et 2550 , avec notamment un fossé d'enceinte doté d'une entrée dite « en pince de crabe » et un abondant mobilier lithique..

Une agglomération gauloise avant la conquête romaine La région est occupée à l'âge du fer par le peuple gaulois des Santons, qui donne son nom à la Saintonge et, ultérieurement, à Saintes. Longtemps, la naissance d'une véritable agglomération sur le site de la ville a été placée après la conquête romaine. Les recherches archéologiques récentes ont sensiblement modifié cette interprétation.

Le programme collectif de recherche « Saintes No Limit », mené de 2014 à 2016 sous la direction de l'archéologue Jean-Philippe Baigl, a confirmé l'existence d'une occupation de type urbain antérieure à la guerre des Gaules. Les vestiges comprennent des habitats, des axes de circulation et des traces d'activités artisanales. L'étude du mobilier a livré des céramiques de production locale ainsi que des amphores et des objets d'origine campanienne, témoignant d'échanges avec l'Italie avant la conquête.. Le réexamen des découvertes anciennes et de nouvelles fouilles ont permis de repérer des indices d'occupation gauloise sur plusieurs dizaines d'hectares ; les céramiques les plus anciennes remontent aux environs de 80 , tandis que deux fours de potiers fouillés cours Genet ont été datés de la première moitié du siècle av. J.-C... Il est ainsi désormais admis que la ville romaine de Mediolanum s'est développée à partir d'une agglomération santonne préexistante.

Antiquité

De l'agglomération santonne à Mediolanum

Après la conquête de la Gaule, l'agglomération gauloise est profondément transformée et romanisée. Connue sous le nom de Mediolanum, puis de Mediolanum Santonum, elle devient le chef-lieu de la civitas Santonum. Les recherches anciennes situaient la fondation de la ville romaine vers 20 , mais l'archéologie contemporaine fait désormais remonter l'agglomération à la période gauloise précédant la conquête. André Pelletier situe ainsi son apparition vers 50-40 , avant son développement monumental sous Auguste..

Saintes joue très tôt un rôle administratif majeur. Elle est le chef-lieu de la cité des Santons et est généralement considérée comme ayant été, avant Burdigala, l'un des premiers sièges de l'administration de la province de Gaule aquitaine ; la chronologie et la nature exacte de ce statut provincial demeurent toutefois discutées...

La ville est située à l'une des extrémités de la voie d'Agrippa, qui la relie à Lugdunum (Lyon). L'arc de Germanicus, élevé en 18-19 à l'entrée du pont antique sur la Charente, est contemporain de la mise en place de cet axe majeur. Sous Tibère, un vaste programme d'urbanisme impose progressivement un réseau viaire orthogonal. Les fouilles du site de « Ma Maison » ont montré une extension considérable de la ville dès les années 20-10 , puis une réorganisation de la trame urbaine au début du règne de TibèreClaudine Allag, Jean-Pierre Darmon, Noël Lauranceau, Louis Maurin et Clary Namin (dir.), Les fouilles de « Ma Maison » : études sur Saintes antique, Bordeaux, Fédération Aquitania, supplément 3, 1989, 303 p. ..

Les prospections conduites dans le cadre du programme « Saintes No Limit » ont également révélé le tracé d'un vaste dispositif fossoyé sur la rive gauche, daté dans une fourchette allant approximativement de 30 à 20 . Il comprend un rempart et deux fossés extérieurs, larges respectivement d'environ sept et quatre mètres, et pourrait avoir délimité un espace atteignant près de 200 hectares. Son aspect a conduit à envisager une fonction militaire ou ostentatoire, mais son rôle exact demeure incertain.

L'apogée de la ville gallo-romaine Durant le Haut-Empire, Mediolanum se dote d'un important programme monumental. Parmi les principaux édifices connus figurent : l'amphithéâtre, commencé sous Tibère et achevé dans les années 40 sous le règne de Claude. ; l'arc votif dédié à Tibère, à Drusus et à Germanicus, initialement placé à l'entrée du pont antique sur la Charente ; les thermes de Saint-Saloine ; deux aqueducs alimentant la ville.

Le forum, dont l'emplacement exact reste discuté, est généralement situé dans le secteur de l'actuel couvent de la Providence. Lors de son apogée, entre la fin du et le début du , l'agglomération aurait compté plus de habitants et occupé une centaine d'hectares.

La prospérité de la ville repose aussi sur l'artisanat et les échanges. De nombreux ateliers de potiers et de verriers sont attestés. Les amphores vinaires et les céramiques d'origine ou d'inspiration campanienne témoignent de relations anciennes avec l'Italie. Les études numismatiques menées dans le cadre du programme « Saintes No Limit » ont par ailleurs mis en évidence une circulation monétaire particulièrement abondante, qui souligne l'importance commerciale de la cité.

Transformations et rétraction de la ville aux Le déclin de Mediolanum n'est pas brutal. Les fouilles de « Ma Maison » montrent toutefois une contraction progressive de l'espace urbain à partir de la seconde moitié du . Un quartier jusque-là résidentiel est abandonné, puis une nécropole s'y installe vers 275-280, avant même la construction du rempart du Bas-Empire.

La ville perd également sa prééminence administrative au profit de Bordeaux, vraisemblablement au cours du ou au début du selon les interprétations.. Au Bas-Empire, la ville se replie à l'intérieur d'une enceinte d'environ 18 hectares, construite en partie avec des blocs provenant de monuments antiques démontésGérard Coulon, Les Gallo-Romains : vivre, travailler, croire, se distraire - 54 av. J.-C.-486 ap. J.-C., Paris, Errance, 2006, collection « Hespérides », , p. 21..

Mediolanum reste néanmoins un carrefour routier important. Outre la voie d'Agrippa vers Lyon, elle est reliée à Bordeaux, Poitiers et Périgueux, notamment par le chemin Boisné. Le rôle de la Charente dans les communications et les échanges est également essentiel. Le Portus Santonum mentionné par Ptolémée n'est pas localisé avec certitude ; son identification avec le site gallo-romain de Barzan, parfois rapproché de Novioregum, demeure une hypothèse.

La Charente et les épaves de Courbiac La découverte en 2008, dans le lit de la Charente à Courbiac, en aval de Saintes, de deux épaves gallo-romaines a renouvelé la connaissance de la navigation fluviale à l'Antiquité tardive. Les deux embarcations, situées à moins de cent mètres l'une de l'autre, sont datées du . Des campagnes de fouilles subaquatiques sont conduites depuis 2015 sous la direction de l'archéologue Jonathan Letuppe, avec notamment le laboratoire Ausonius.. L'épave no 2 a fait l'objet d'une première publication par Jonathan Letuppe dans le bulletin de la Société d'archéologie et d'histoire de la Charente-Maritime.. Leur conservation exceptionnelle fournit des données rares sur la construction navale et sur le commerce fluvial dans le bassin de la Charente au Bas-Empire.

Christianisation de la ville Selon la tradition, Saintes aurait été christianisée très tôt par saint Eutrope, présenté comme son premier évêque et martyr. Les données historiques et archéologiques invitent toutefois à situer l'implantation assurée du christianisme dans la ville aux et . La réduction de l'espace urbain ne signifie pas la disparition de toute vie intellectuelle : le poète bordelais Ausone possède une villa dans la région et son ami, l'orateur Axius Paulus, enseigne à Saintes.

Moyen Âge

Du royaume wisigoth aux invasions vikings Saintes durant le Haut Moyen Âge reste mal connue. Après la disparition de l'administration romaine, les évêques, parmi lesquels Vivien, Trojan et Pallais, semblent jouer un rôle croissant dans la vie de la cité.

Vers 494-496, Clovis mène une expédition jusqu'à Saintes, alors comprise dans le royaume des WisigothsRobert Favreau, in , p. 120.. Après la bataille de Vouillé en 507, la ville passe sous domination franque, avant d'être rattachée à plusieurs reprises à des ensembles politiques aquitains. En 732, la région est traversée par les forces d'Abd al-Rahman au cours de leur progression vers le nord. En 778, Saintes est intégrée au royaume d'Aquitaine constitué par Charlemagne au profit de son fils Louis le Pieux..

En 844, la ville est attaquée par les Vikings. Elle est prise et ravagée l'année suivante, puis de nouveau en 848, traditionnellement lors d'une expédition attribuée au chef viking Hasting.. La crise est profonde : Saintes ne possède plus d'évêque attesté entre 864 et 989, tandis que le dernier comte connu, Landri, est tué en 866 et n'est pas remplacé. Une base viking établie à Taillebourg facilite les raids dans la vallée de la CharenteRobert Favreau in ..

Renouveau des Le rétablissement de l'évêché et le développement du culte de saint Eutrope accompagnent le renouveau de la ville. Au , le tombeau du saint devient une étape importante de la Via Turonensis, l'un des chemins du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Dans la seconde moitié du , le comte-duc Guillaume VIII de Poitiers concède des franchises au bourg de Saint-Vivien, tandis que son fils Guillaume IX le Troubadour accorde des privilèges comparables au bourg Saint-EutropeRobert Favreau, « Naissance des communes en Poitou, Aunis, Saintonge et Angoumois », in Robert Favreau, Régis Rech et Yves-Jean Riou (dir.), Bonnes villes du Poitou et des pays charentais (s) : Actes du colloque tenu à Saint-Jean-d’Angély les 24-25 septembre 1999, Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest et des Musées de Poitiers, série, tome VIII, 2002, p. 152.. Au , le poète Pierre de Saintes acquiert une certaine renommée et fait dans l'un de ses textes l'éloge de la cité.

Une présence juive est attestée dans la ville médiévale. Une « juiverie » est mentionnée par les sources, sans que sa localisation puisse être déterminée avec certitude ; elle est généralement recherchée dans le secteur de l'actuelle rue des Jacobins.. En 1301, les biens confisqués aux Juifs de Saintes sont liquidés et l'ancienne synagogue est vendue à un particulier.

Saintes entre Plantagenêts et Capétiens Le remariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri Plantagenêt en 1152, deux ans avant son accession au trône d'Angleterre, fait entrer l'Aquitaine et la Saintonge dans le vaste ensemble territorial contrôlé par les Plantagenêts. Saintes se trouve dès lors au cœur de conflits répétés entre les rois-ducs d'Angleterre et les souverains capétiens..