La bataille de Prokhorovka livrée le oppose la Wehrmacht et l'Armée rouge sur le front de l'Est durant la Seconde Guerre mondiale, pendant la dernière phase de la bataille de Koursk (qui est appelée par les Allemands). Sur le côté sud du saillant formé par le front autour de la ville de Koursk, l'offensive du corps blindé de la Waffen SS est arrêtée devant ProkhorovkaEn 1943, Prokhorovka est seulement le nom d'une gare proche d'une ville qui s'appelle Alexandrovskii et ne sera rebaptisée qu'en 1968 - voir § Identification des lieux ci-dessous. par de puissantes contre-attaques russesLes adjectifs soviétique ou russe sont employés ici de manière équivalente mais on note que la Armée blindée de la Garde compte environ 44.000 soldats, qui appartiennent à 35 des groupes ethniques composant l'URSS. Les plus forts contingents sont les Russes (74 % du total) suivis par les Ukrainiens (11,7 %) puis les Biélorusses (1,8 %) (Source : V. Zamulin, 2011 p=746-747). menées principalement par la armée blindée de la Garde. Mal planifiées, lancées à partir de positions mal préparées et mal conduites, elles sont extrêmement coûteuses en hommes et en matériel mais elles arrêtent temporairement la progression allemande. Le même jour, l'Armée rouge contre-attaque également dans d'autres secteurs du sud du saillant mais surtout, elle lance une grande offensive vers Orel au nord du saillant (c'est l'). Dans les jours qui suivent, l'évolution de la situation sur le front de l'Est, ainsi que l'annonce du débarquement allié en Sicile, contraindront Hitler à mettre fin à l'.

Si l'échec de l' constitue un réel tournant dans la guerre à l'Est, l'importance de la bataille de Prokhorovka doit être relativisée. Longtemps qualifiée - à tort - de plus grande bataille de chars de la Seconde Guerre mondialeCette qualification s'applique sans doute à la Bataille de Brody en 1941., elle n'est pas non plus la victoire absolue décrite par la propagande soviétique. En fait, ce jour-là, ni les Allemands ni les Russes n'atteignent leurs objectifs respectifs (percée pour les Allemands, destruction du corps blindé SS pour les Soviétiques) et les pertes soviétiques sont si lourdesL'historien Roman Töppel les qualifie même de "catastrophiques, citant une étude de l'historien russe Boris Sokolov sur les batailles de Koursk, Orel et Kharkov - Roman Töppel, 2021, note 33 p 293. que Staline envisage de relever de son commandement le général Rotmistrov - qui commande la armée blindée de la Garde.. Cependant, le but de l' était d'encercler puis d'anéantir les forces massées dans le saillant de Koursk et la bataille de Prokhorovka contribue à son échec.

La bataille a acquis très tôt une forte importance symbolique, d'une part du fait de la participation des unités blindées de la Waffen SS et, d'autre part, à cause du bilan extravagant revendiqué par les Soviétiques. Les historiens - tant soviétiques qu'occidentaux - n'ont commencé à réévaluer ces chiffres qu'à partir de la fin des années 1980, en s'appuyant notamment sur l'exploitation des archives des unités ayant pris part au combat. Cette remise en cause tardive du récit national s'est cependant heurtée à de fortes résistances en RussieDans son ouvrage : Koursk, 1943 l'historien Roman Töppel résume la situation en écrivant : on a falsifié et menti, pas seulement à l'époque soviétique, pour maintenir en vie les légendes de la Grande Guerre patriotique, citant notamment les travaux des historiens Nicolaï Ramanichev (russe), Boris Sokolov (russe) et Sebastian Stopper (allemand) et les réactions de censure qu'ils ont suscité même après la chute de l'URSS. Il conteste même certaines sources utilisées par Valéry Zamouline (qui a beaucoup écrit sur Prokhorovka et dont les ouvrages figurent en référence dans le présent article)- Töppel, 2021 pp 304-311..

Par ailleurs, il n'y a pas d'unanimité entre les historiens sur le périmètre géographique de la bataille qui, pour certains d'entre eux, se déroule dans un couloir de quelques kilomètres de large seulement, au sud de la rivière Psel tandis que d'autres la situent sur une zone plus étendueCette zone comprend le nord de la rivière, où la division Totenkopf tente de déborder puis prendre à revers la 5e armée blindée de la Garde. Certains auteurs incluent également la zone au sud de la ville, vers laquelle le général Rotmistrov envoie des renforts pour contrer la pénétration de IIIe corps Panzer allemand bien que ces forces ne participent pas au combat principal contre le Corps blindé SS le 12 juillet.. Ils ne s'accordent pas non plus sur sa durée, certains d'entre eux considérant qu'elle dure plusieurs jours et non pas la seule journée du du 10 au 15 juillet pour Glantz & House, 1999 (p 151), du 10 au 16 juillet pour Zamulin, 2011 (p 27) du 12 au 16 juillet pour Zetterling & Frankson, 2000 (p 107).. Ces différences de point de vue ne facilitent pas son analyse mais, dans tous les cas, la journée du en constitue le moment décisif.

Aujourd'hui Prokhorovka est l'un des trois grands sites officiels des batailles historiques de la Russie (les deux autres sont Koulikovo et Borodino)..

Synopsis thumb|L'offensive de Koursk - juillet 1943

Depuis , avec la période de la fonte des neiges qui interdit tout mouvement aux formations combattantes, le front de l'Est s'est stabilisé en prenant le forme d'un saillant autour de la ville de Koursk. L'Allemagne ne possède déjà plus les ressources nécessaires pour mener de grandes offensives comme en 1941 et 1942 mais, malgré les réticences d'une partie du haut-commandement allemand, Hitler décide de réduire ce saillant Les motivations d'Hitler sont d'ordre militaire (raccourcissement du front, destruction de forces ennemies et capture de prisonniers et bien sûr, rétablissement du moral des troupes après Stalingrad) mais également politique : en effet, il faut éviter le découragement, le lâchage et même le changement de camp chez les nations alliées du Reich nazie qui ont payé un prix très lourd depuis l'invasion de l'URSS. Voir notamment Lopez, 2011, p 21-24).. Staline, écoutant les conseils de son état-major, décide de laisser d'abord les forces allemandes s'épuiser sur les défenses soviétiques avant de lancer les grandes offensives d'été de l'Armée rouge vers le nord puis le sud du saillant.

L'offensive allemande - qui débute le - se décompose en deux attaques en tenaille. Au nord, la armée du général (Generaloberst) Model, qui dépend du Groupe d'armées Centre commandé par le maréchal (Generalfeldmarschall) von Kluge ne parvient pas à percer les défenses soviétiques du Front du Centre, commandé par le général Constantin Rokossovski, et ne progresse plus à partir du .

Par contre, sur le versant sud du saillant, dans le secteur du groupe d'armées Sud commandé par le maréchal von Manstein, la armée blindée (4. Panzerarmee) du général Hoth, appuyée sur sa droite par le détachement d'armée KempfLa Wehrmacht l'appelle « détachement d'armée » parce qu'elle ne comporte pas l'ensemble des services et structures dont dispose une armée. Elle porte le nom de son commandant, le général Kempf mais sera rebaptisée armée après le limogeage de ce dernier en août 1943. parvient à pénétrer les défenses soviétiques du Front de Voronej, commandé par le général Vatoutine. Les réserves du Front étant épuisées, la Stavka (structure de commandement suprême soviétiqueSelon Jean Lopez, qui cite l'historien britannique John Erickson, la Stavka de la Seconde Guerre mondiale peut être définie à la fois comme un état-major personnel pour Staline et une structure à laquelle l'état-major général de l'Armée rouge (GSHKA) servait de groupe de planification opérationnelle. La Stavka est subordonnée au comité de défense de l'État (GKO) mais dans la pratique, Staline en est le seul chef et le maître absolu. J. Lopez, 2011 p 51-53.) met alors en mouvement sa réserve stratégique, qui ne devait initialement intervenir qu'après la fin de l'offensive allemande.

Après une marche forcée de près de en trois jours, la armée blindée de la Garde du général Rotmistrov se met en place à l'ouest de la gare de Prokhorovka le et affronte pendant toute la journée du 12 le corps blindé de la Waffen SS du général (SS-Obergruppenführer und General der Waffen-SS) Paul Hausser. Rotmitstrov dispose de forces suffisantes pour attendre l'offensive allemande de pied ferme mais, mis sous pression par ses chefsLe général Vatoutine qui commande le front de Voronej, le commissaire politique du front Nikita Khrouchtchev et le chef d'état-major général, le maréchal Alexandre Vassilievski référence B. Wheatley, 2023 p 105. et par Staline lui-même, il devance la reprise de l'assaut allemand et lance ses forces sans la préparation nécessaire (coordination entre unités, plan d'appui d'artillerie, coordination avec l'aviation) à partir de positions de départ improvisées. La bataille prend alors l'allure d'une série de combats de rencontreGlantz & House 1995, . tandis que la Luftwaffe, qui parvient ce jour là à conserver la maîtrise locale du ciel, appuie efficacement les SS. Le déferlement des forces soviétiques arrête la progression ennemie mais au prix de très lourdes pertes. Les Allemands restent maîtres du terrain mais leur offensive est arrêtée - du moins temporairement - ce qui n'était jamais arrivé lors des offensives d'été des années précédentes et constitue, pour les Soviétiques, un succès.

Dans les jours qui suivent la bataille, les forces allemandes consolident leurs positions mais à la suite de l'arrêt de l'offensive décidé par Hitler et aux contre attaques soviétiques sur l'ensemble du front, elles doivent finalement abandonner la totalité du terrain conquis et se replier sur leurs positions de départ.

Remarques préliminaires L'identification des lieux À l'époque du conflit, Prokhorovka est seulement le nom d'une gare ferroviaire implantée sur la ligne Koursk-Belgorod. La gare porte le nom de l'ingénieur responsable de sa construction : VI Prokhorov. L'agglomération près de laquelle elle se situe, Alexandrovskii, sera rebaptisée en et prendra elle aussi le nom de Prokhorovka à cette date..

Par ailleurs, à cette époque, Prokhorovka est également le nom d'une petite agglomération située au sud-ouest de la cote 226.6 le long de la rivière Psel (voir carte)Voir les ouvrages de V. Zamulin (2011) et Roman Töppel (2021 pour l'édition française).. Sur une carte moderne (Google Maps), l'agglomération est identifiée comme Yudinka.

L'identification des unités Dans la Wehrmacht, les corps d'armée sont numérotés en chiffres romains suivis d'un point. Par exemple, pour le corps blindé, on écrit XXXXVIII. Panzer-Korps (souvent abrégé en Panzer-Korps dans la littérature d'après-guerre, forme qui est reprise ici). Par ailleurs, comme l'armée soviétique, l'armée allemande comporte des armées blindées et des corps blindés - avec comme conséquence l'attribution fréquente du même numéro à deux formations différentes – par exemple la armée blindée (4. Panzerarmee) et la 4e armée.