Les elkasaïtes, elcésaïtes ou elcésaïens sont les membres d'un mouvement religieux judéo-chrétien baptiste et syncrétique de tendance gnostique qui relève aussi bien du judaïsme en général que, par certains aspects, du christianisme. Ce nom vient de leur fondateur supposé, nommé « Êlkhasaí » (Ἠλχασαΐ) par Hippolyte, « Elksai » (Ἠλξαί) par Épiphane, et « Elkesai » (Ἐλκεσαΐ) par Eusèbe et Théodoret.

Ce mouvement est documenté de manière indirecte à partir du et ce jusqu'au , mais le caractère indirect, partial et parcellaire des sources rend difficile son approche.

Il s'agit apparemment d'un mouvement de chrétiens d'origine juive qui a émergé au et a disparu après le , à une date indéterminée. Ses origines sont très débattues par la recherche. Le mouvement est d'abord attesté en Mésopotamie du Nord où il semble naître vers le début du , avant que certains Pères de l'Église ne dénoncent l'action de missionnaires elkasaïtes dans l'Empire romain au début du . À la même époque, des groupes d'elkasaïtes existent dans l'Empire perse puis, au , sous l'appellation d'« osséens » (c'est-à-dire d'esséniens) ou de « sampséens », en Palestine au-delà du Jourdain, en Nabatée, en Iturée, en Moabitide, en Ariélitide et en Pérée, sur les territoires à l'orient de la mer Morte et sur les rives de l'ArnonFrançois Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, ..

Le mouvement tire sa dénomination du personnage portant le nom symbolique d'« Elkasaï », dont l'historicité est débattue et dont le nom connaît de multiples graphies, notamment chez les hérésiologues chrétiens écrivant en grec. Le Livre d'Elkasaï (ou Apocalypse d'Elkasaï), aujourd'hui disparu, n'est connu qu'à travers les hérésiologues qui racontent que, pour les disciples d'Elkasaï, ce livre était descendu du ciel. Certains auteurs détectent aussi des passages de ce livre dans la « Vita Mani », livre de référence du Manichéisme.

Elkasaï pourrait initialement avoir été un nazôréen-ébionitePour un pan de la recherche, « ébionite » est un synonyme de « nazôréen » sous la plume des hérésiologues chrétiens, en particulier avant la venue de la mission elkasaïte à Rome dans les années 220. qui, en effectuant une prédication au sein des « osséens », aurait formé un nouveau mouvement se désignant sous le nom de « sampséens », mais que les auteurs chrétiens désignent sous le nom d'« elkasaïtes ».

L'elkasaïsme a donné naissance au Manichéisme. Mani, son fondateur, a été élevé à Mésène (sur le Chatt-el-Arab) dans une communauté baptiste probablement elkasaïte. Le mouvement elkasaïte semble aussi avoir influencé l'islam, qui en est peut-être partiellement issu. Les Sabéens coraniques pourraient en être les héritiers. Il semble pour l'essentiel s'être fondu dans l'islam à sa création, bien que quelques groupes de ce mouvement survécussent encore au dans le monde islamique.

Certains spécialistes estiment que les mandéens, mouvement baptiste gnostique survivant encore de nos jours en Iran et en Irak, pourraient être les derniers héritiers du mouvement, ou tout au moins des baptistes qui n'ont pas reconnu Jésus comme Messie. Ce point de vue ne fait toutefois pas consensus.

L'appellation « elkasaïte » Le nom « Elkasaï » Le nom des elkasaïtes vient d'Elkasaï, un personnage qui, bien que son historicité soit débattue par la recherche, est considéré comme le fondateur du mouvementLes auteurs chrétiens, comme celui de lElenchos, Épiphane de Salamine, Eusèbe de Césarée et Théodoret de Cyr, rapportent tous que la secte tirait son nom de son fondateur. et comme l'auteur putatif d'un livre, aujourd'hui perdu, appelé par les chercheurs contemporains Livre d'Elkasaï ou Apocalypse d'Elkasaï (c'est-à-dire : « Révélation d'Elkasaï »).

« Elkasaï » a été écrit de différentes façons : Ήλξαί (« Elxaï »), Ήλχασΐ (« Elkhasi »), Έλκεσαΐ (« Elkesaï », « Elcésaïe »)Kaufmann Kohler & Louis Ginzberg, « Elcesaites », dans Jewish Encyclopedia, 1901-1906., « Elchasai », « Eldzai » dans les textes en grec, ou « al-Khasayh », « al-Hasayh » dans la littérature musulmane. « Dans la Vita Mani, le nom du fondateur du mouvement est fourni sous la forme Alchasaiois : elle correspond à la forme Elchasai de lElenchos, mieux attestée et plus ancienne que celle d'Épiphane. » Dans les notices du Kitab-al-Fihrist d'Ibn al-Nadim, datant de la fin du , « le fondateur de la communauté est appelé al-Khasayh (ou al-Hasayh dans certains manuscrits) ».

C'est un nom symbolique et, derrière ces différentes transcriptions, l'expression araméenne « Chail Kasai » (« force cachée » ou « pouvoir caché ») se fait toujours entendre. Épiphane de Salamine indique d'ailleurs dans son Panarion que c'est le sens que veut rendre en grec le nom « Elxaï »Épiphane de Salamine, Panarion 19, 2 et 53, 1, 2.. C'est en effet ce qu'essaye de rendre la translittération grecque. « El » signifie « force/ pouvoir », et « Chai » ou « Dzai » signifie « caché »« Les différentes orthographes grecques peuvent aisément s'expliquer par la translittération grecque qui ne rend pas de façon uniforme le ch araméen pour des raisons de phonétique – la forme grecque Alchasaios, transmise par la tradition manichéenne, est probablement la plus proche de la forme araméenne originale. » Cfr. Mimouni, 208..

Pour Simon Claude Mimouni, l'absence d'arguments contradictoires permet d'envisager l'hypothèse de l'historicité d'un personnage présent au en Transeuphratène, et auquel ses disciples auraient donné un tel nom. La Vita Mani est la source la plus affirmative à ce sujet : Mani, cité par ses disciples les plus proches, y parle d'Elkasaï comme d'une personne réelle et d'un fondateur de mouvement religieux. On ignore si son nom était tout autre à l'origine ou si ce nom positif a été créé par ses partisans grâce à la proximité phonétique avec son nom véritable, ainsi que les juifs de l'époque le faisait très souvent à partir des noms de certains personnages, selon la « technique » midrashique. D'après Simon Claude Mimouni, .

Elkasaïtes, sampséens, mughtasila, osséens, sabéens vignette|Origène. Gravure extraite de Schedelsche Weltchronik, 1493. Selon Simon Claude Mimouni, le mot « elkasaïtes », tout comme le mot « ébionites », vient du latin. « Elcesaei » est une translittération latine du grec « elsesaei », forgé à partir du nom d'un personnage historique ou mythique, différemment orthographié selon les citateurs chrétiens, manichéens et musulmans. . Méthode d'Olympe transmet également la forme « elchasaios »Méthode d'Olympe, Symposium, , 10.. Épiphane de Salamine « parle des elkasaïtes (elkesaioi) à plusieurs reprises, en les désignant non seulement sous ce nom mais aussi sous celui d'« osséensÉpiphane de Salamine, Panarion, 19. » (c'est-à-dire des esséniens) et sous celui de « sampséensÉpiphane de Salamine, Panarion, 53. », probablement du mot signifiant « soleil » en langue hébraïque (hébreu, araméen). Elkasaï, considéré comme le fondateur des elkasaïtes, a donné son nom au mouvement, bien qu'il semble que celui-ci se soit plutôt donné le nom de « sampséens »Épiphane de Salamine, Panarion, 19, 1, 2 et 2, 2..

« Elkasaïtes » est le nom que les Pères de l'Église et les manichéens utilisaient pour désigner les membres de ce mouvement qui se donnaient probablement le nom de « sampséens ». Ils correspondent aux mughtasila (certains sabéens) de la tradition islamique.

Selon Simon Claude Mimouni, Épiphane de Salamine tente de renvoyer les elkasaïtes plutôt du côté du judaïsme que du christianisme. Ainsi, il classe les elkasaïtes .

Le Livre d'Elkasaï contient en outre une dédicace à « Sobiai ». Hippolyte de Rome a supposé à tort que c'était le nom d'une personneHippolyte de Rome, Refutatio omnium hæresium, 9, 13, 1-3, correspondant au fragment 1a., mais c'est un mot araméen qui signifie « "baptiste", le nom par lequel les elkasaïtes se désignaient eux-mêmes , New Testament Apocrypha, Volume II : Writing Related to the Apostles, Apocalypse and Related Subjects, § « The Book of Elchasai », Cambridge, James Clarke and Co Ltd, 1993 , . ». Sobiai semble désigner les Masbuthéens ou les Sabéens que l'on trouve dans d'autres sources..

Elkasaïtes et ébionites Certains auteurs ont émis l'hypothèse que l'appellation « ébionite » utilisée par les Pères de l'Église désigneraient parfois les elkasaïtes.

Tentative de définition Au regard de la documentation, le mouvement elkasaïte est marqué par de multiples facettes, ce qui fait de sa définition un exercice difficile et périlleux. Selon Simon Claude Mimouni,

Cette définition évite volontairement de se prononcer sur le caractère « prophétique » ou « messianique » de l'elkasaïsme. Ce mouvement relève Mani, le fondateur du manichéisme en est issu. L'importance philosophique et théosophique de ce mouvement religieux , sans parler de l'islam d'avant les Abbassides .

Histoire du mouvement elkasaïte Le mouvement elkasaïte est apparemment un mouvement de chrétiens d'origine juive qui a émergé vraisemblablement au tout début du , vers 100-101 – la « troisième année du règne de Trajan » – si l'on accepte l'affirmation de l'auteur de lElenchosLElenchos ou Réfutation de toutes les hérésies est traditionnellement attribué à Hippolyte de Rome, mais cette attribution est débattue par la recherche contemporaine par exemple . Quel qu'en soit l'auteur, il s'agit de toute façon d'un littérateur chrétien du .. Il a disparu après le , à une date indéterminée.

Origine du mouvement elkasaïte

Plusieurs critiques distinguent deux formes d'elkasaïsme : la plus ancienne s'est développée dans l'espace perse dès le début du , et l'autre dans l'Empire romain dès le . Les deux formes semblent avoir divergé sur le plan des pratiques et des croyances.

Dans la Vita Mani, on trouve des renseignements sur la forme existant dans l'espace perse au . Dans lElenchos et le Panarion, on trouve des renseignements sur la forme romaine des dans le premier, et du dans le second.

Le fondateur du mouvement

Le mouvement tire son nom du personnage appelé symboliquement « Elkasaï », dont l'historicité est débattue.

Suivant lElenchos, Elkasaï aurait proclamé, dans la troisième année du règne de Trajan (c'est-à-dire vers 100 ), une nouvelle absolution des péchés sous la forme d'un baptême. L’auteur de lElenchos est toutefois un peu plus précis et parle d'Elkasaï le « Parthe ». Dans une des versions de sa révélation, un ange lui aurait remis le livre qui porte son nom alors qu'il se trouvait à Serae dans l'Empire parthe. Ce qui est rapporté sur l'origine géographique d'Elkasaï est contradictoire. Selon Johannes Irmscher, le plus digne de crédit sont des références d'Épiphane de SalamineÉpiphane de Salamine, Panarion 19, 2, 10 sv. ; 53, 1, 1 sv., qui pointent vers la région située à l'est du Jourdain.

Au , Épiphane de Salamine affirme que, sous Trajan (98-117), Elkasaï se serait affilié au groupe des « osséens », formant un nouveau mouvement se désignant sous le nom de « sampséens ».