Chapais est une ville située à la Baie-James, dans la région administrative du Nord-du-Québec, dans la province de Québec au CanadaRépertoire des municipalités : Ville de Chapais (Hors MRC) sur le site des Affaires municipales, régions et occupation du territoire.. Elle est reliée au reste du Québec par la route 113. La municipalité est membre de la Fédération des Villages-relais du Québec.

Toponymie De 1953 à 1955, la communauté est connue sous le nom Opémisca. Au moment de la constitution de la ville, le gouvernement provincial renomme le village Chapais, en l'honneur de Sir Thomas Chapais (1858-1948), historien canadien-français..

Histoire

Présence autochtone Une présence autochtone existe depuis longtemps dans la région du lac Opémisca et de Chapais. Le lac est une étape sur la voie fluviale reliant le lac Chibougamau à la rivière Waswanipi en canot. Les Cris de la région voient quelques postes de traite apparaitre dans les alentours, donnant un débouché aux fourrures amassées dans la région sur les territoires de chasse. Il y a en effet, le poste de : Waswanipi, de 1799 à 1960, du lac Rush (aujourd'hui lac Chevrillon), de 1815 à 1822, du lac Gabriel de 1826 à 1860, de l'Ashuapmushuan de 1685 à 1935, du lac Chibougamau, de 1929 à 1942, et le du lac Mistassini depuis 1672.

Découverte de minerai Dès le milieu du , plusieurs rapports géologiques attirent l'attention des instances gouvernementales sur le potentiel minier de la région. De ces rapports, celui de James Richardson, rédigé en 1857 (publié en 1870), révèle la présence de ressources minières importantes dans les secteurs des lacs Opémiska et de Chibougamau. En 1903, le prospecteur Peter McKenzie découvre du cuivre dans le secteur du lac Chibougamau. Cette découverte marque le début de l'exploration minière intensive dans les secteurs environnants..

En 1911, le rapport de la Commission de géographie du Canada localise précisément le lac Opémisca. Après une période d'accalmie de prospection lors de la Première Guerre mondiale, le secteur de Chibougamau regagne en activité et celle-ci s'étend de plus vers l'ouest, en direction du lac Opémisca. Progressivement, on voit apparaitre des chemins d'hiver dans cette direction pour acheminer le matériel nécessaire à la prospection. L'avion est également sollicité. Certains pilotes, forts de leur expérience lors de la Grande Guerre, osent même une nouveau style de prospection du haut des airs.

C'est ainsi qu'en 1929, le prospecteur Leo Springer est informé par un Cri, Charles A. Dixon, de la présence de minerai de cuivre au sud du lac Opémisca. La famille Dixon connait bien le secteur, car leur territoire de trappe s'y trouve. Springer, accompagné des prospecteurs Gaston Robitaille et Joe Perry et du pilote Lloyd B. Rochester, se rendent sur place. Arrivés au lac Opémisca, ils voient du haut des airs une colline chauve qui attire leur attention. Ils y découvrent d'importantes traces de malachite et de chalcopyrite, signes d’une présence importante de cuivre. Le résultat des échantillons obtenus démontre une forte concentration de cuivre. Jouissant alors d'une grande renommée dans le milieu minier, Springer vend sa découverte à la Venture Limited qui débutera les premiers travaux miniers sur le site.

Malgré la crise économique des années 1930, une première compagnie minière, la Opémiska Copper Mines, y entreprend des forages. Dès 1936, on y compte déjà de galeries creusées. L'année suivante, la mine doit toutefois cesser ses opérations : le prix du cuivre chute et l'absence de route complique grandement l'exploitation minière. Puis, la Seconde Guerre mondiale vient confirmer la suspension de tout nouveau développement minier afin de concentrer l'industrie sur les mines d'une certaine ampleur déjà en opération.

Village Opémiska

En 1949, la route de gravier reliant Chibougamau au Saguenay-Lac-Saint-Jean est achevée. Les communications plus faciles, ainsi que l'augmentation des besoins en minerai (dans le contexte de la guerre froide et des débuts de la consommation de masse) stimulent l'industrie minière. Certains travailleurs sont déjà de retour sur le site d'Opémiska afin de relancer les opérations. Le lac de la Presqu'île, au sud de l'actuelle ville de Chapais, sert alors de lieu d'atterrissage pour les hydravions transportant le matériel nécessaireSociété d'histoire de la Baie-James, Entrevue avec Laurier Surprenant, 16 février 1981, Fonds P5 Fonds de Société d'histoire de la Baie-James.

En 1952, plusieurs travailleurs, tous des hommes, sont déjà présents sur les lieux. L'année suivante, la mine Opémiska est remise en service. La même année, un tronçon de route reliant le camp Opémiska et Chibougamau est achevé et les premières familles arrivent. C'est à cette époque que la compagnie crée Opémiska : un village minier pour héberger les travailleurs et leurs familles. À l'image des « villes de compagnies » de l'époque, c'est l'entreprise qui assume la construction des maisons et l'installation des services essentiels : électricité, téléphone, école, poste, services de santé. Le premier édifice public bâti par la minière est le club de curling Opemiska, en raison de la popularité de ce sport chez les anglophones, particulièrement majoritaires chez les cadres et les géologues, mais aussi afin de donner une activité à pratiquer à cette nouvelle population. Une église catholique et une chapelle anglicane y sont aussi construites. Le développement du village est alors assuré par la mine Opemiska et fait selon ses besoins, par son gérant, Frederic G. Cooke.

Fondation de la ville Le , le camp minier obtient officiellement le statut de municipalité et prend le nom de Chapais. Le premier conseil municipal est nommé par le gouvernement du Québec, en vue des premières élections. La compagnie recommande alors la nomination de Frederic Cooke mais c'est Roland Bourgault, surintendant de la mine qui est désigné; Québec préférant diminuer l'emprise directe de la mine sur les affaires municipales. Au départ de Bourgault, dès 1956, Frederic Cooke essaie de prendre le poste de maire par intérim mais est très rapidement remplacé par Martin Gauvin, le nouveau surintendant de la mine, suivi de E.J. Boyle. Le premier conseil municipal est finalement élu en 1960 et Florian Laflamme devient le premier maire élu de la municipalité.

La communauté catholique était jusqu'alors desservie par le curé de Chibougamau. En 1957, la paroisse Notre-Dame-de-Lourdes est érigée et rattachée au diocèse d'Amos. La même année, le chemin de fer reliant Seneterre à Chibougamau est achevé. Administrée par le Canadien National et servant principalement au transport de minerai et de marchandises, cette liaison contribue grandement à l'essor économique de la région Chibougamau-Chapais.

Grève de 1961 La tension municipale présente à Chapais entre la Mine Opémiska et le conseil de ville indépendant culmina à la fin lors du déclenchement d'une grève à la mine. Réclamant une sécurité d'emploi, une légère augmentation salariale et d'autres gains marginaux, le syndicat représentant 450 mineurs se bute à l'intransigeance de la compagnie. Cette dernière cherche à tout contrôler à elle seule, à savoir la mine, la ville et l'idéologie ouvrière de ses citoyens. Elle souhaite que Chapais redevienne une ville dite fermée et sans syndicat. La Opemiska Copper Mine cherche alors à nuire à la municipalisation des services publics (aqueduc, électricité et même à la prise de possession de l'hôtel de ville )..

Aux élections de 1960, elle utilise son titre de propriétaire des terrains pour louer ses terrains, à prix dérisoire sinon gratuit, à ses nouveaux travailleurs, non syndiqués et surnommés les « jaunes ». Elle paie même, pour eux, leur taxe foncière.. La tactique confère sur papier le droit de vote au travailleur, qui, par dette, doit aller voter selon les visées de la mine. Cette magouille révolte les employés syndiqués de longue date, la plupart Canadiens-français, qui aspirent à une ville indépendante des cadres anglophones. Ce clan est surnommé les « cailles » . En plus que la mine représente le principal employeur de la municipalité, la dynamique présente pousse davantage le conseil de ville, alors dirigé par le maire Gérard Pellerin, à se mêler du conflit. Pellerin doit remplacer Laflamme au poste de maire, après la démission de ce dernier face à la non-collaboration de la mine dans le processus de municipalisation. Qui plus est Pellerin, était lui-même mineur à la mine, pro-syndicaliste et avec peu d'éducation. Ce portrait le met en complète opposition avec Cooke, le gérant, l'universitaire et l'anglophone..

Le conseil de ville de l'époque soutient d'ailleurs que la mine a influencé les gérants de banques de Chibougamau et Chapais afin qu'ils refusent, de manière concertée, de prêter de l'argent au conseil municipal de la ville. Ce refus assez rare dans le cas de municipalités empêche alors d'acheter les services publics au prix demandé par la minière. Devant ce blocage financier, Pelletier songe à placer la jeune ville sous tutelle du gouvernement.

La construction de l'hôtel de ville à la même époque donne des emplois momentanés à plusieurs grévistes..

La grève débouche sur une entente le , après 22 séances de négociation, sous la présence du ministre du Travail René Hamel et du ministre des Affaires municipales, Lucien Cliche. Même si, dès lors, Chapais acquiert une réellement émancipation, les cicatrices sont profondes dans le tissu social chapaisien. Par la suite et pendant longtemps, les jaunes et les cailles ont chacun leurs hôtels, leurs lacs et leurs barbiers respectifs..

Tensions municipales Bien que la grève soit terminée à Chapais, l'atmosphère demeure tendue. Le clan Pellerin, fier de sa victoire face à la mine Opemiska lors de la grève, tente de se maintenir au pouvoir à tout prix en vue des élections de 1964. Pour ce faire, il n'hésite pas à utiliser des pratiques douteuses. Dissimulation de dépenses municipales, expulsion de séance du conseil de ville de citoyens qui posent les mauvaises questions, discrédit du jeune journal local l'Écho auquel on refuse de donner un permis d'exercice dans les limites de la municipalité, intimidations. De l'autre côté, la minière conserve une force d'influence indéniable mais se montre plus prudente à l'utiliser ; elle jouit alors d'une aura de sympathie.