Sidi MohammedDans le Bulletin officiel de l'Empire chérifien, on peut lire : « de Sidi Mohammed », comme ici, en 1938 ; ou « Grand sceau de Sidi Mohammed ben Youssef », comme là, en 1956. Par ailleurs, une fois le Bulletin officiel de l'Empire chérifien devenu le Bulletin officiel du Royaume du Maroc, on peut remarquer, dans le , alors qu'il est question non plus du sultan Sidi Mohammed ou Sidi Mohammed ben Youssef, mais du roi Mohammed V (), que « Grand sceau de Sidi Mohammed ben Youssef » apparaît encore (). Le nom Sidi signifie littéralement en arabe « mon seigneur (Sid) », terme honorifique utilisé pour les souverains du Maroc., ou Sidi Mohammed ben Youssef (en arabe : , Sīdī Muḥammad bin Yūsuf, litt. « Sire Mohammed, fils de Youssef »), né le à Fès et mort le à Rabat, est le sultan du Maroc (1927-1957) pendant le protectorat français puis, à la suite de l'indépendance de l'État retrouvée en 1956, le roi du Maroc (1957-1961) sous le nom de (en arabe : , Muḥammad al-Khāmis).
Ce monarque alaouite soutient à partir de 1944 l'Istiqlal, principal mouvement indépendantiste marocain, et s'oppose à la poursuite des dominations française et espagnole. Le , il est déposé par les autorités du protectorat français et contraint à l'exil jusqu'au . Revenu au pouvoir, il obtient la fin du protectorat et l'indépendance du Maroc.
Il est considéré par beaucoup comme le « père de la nation marocaine moderne » (Abb al-Watan al-Maghribi) et a été décoré de l'ordre des Compagnons de la Libération par Charles de Gaulle, alors président du gouvernement provisoire de la République française.
Biographie Jeunesse et éducation Sidi Mohammed est né au palais royal de Fès. Il est le fils du sultan Moulay Youssef et de son épouse Lalla Yacout, il est le troisième de ses frères. Il commence son éducation dans l'office situé dans l’enceinte du palais (dénommé qasr al-amami), destiné à l'éducation des enfants des rois et des princes. Il y apprend à lire, écrire et reçoit les premiers enseignements de l'étude coranique.
Quand son père instaure Rabat comme capitale du royaume et de l'administration, il y transfère Sidi Mohammed, avec la plupart de ses frères. Dans l'enceinte du palais royal de Rabat, il y établit un office à eux et leur rattache des professeurs chargés de leur éducation.
À Rabat, des enseignants s'attachent à Sidi Mohammed et ses frères jusqu'à ce qu'ils mémorisent le Coran. Après quoi il commence son cursus académique. Il étudie l’arabe et le français, son père ayant nommé des enseignants pour qu'ils s'acquittent de cette tâche. Mohammed Mammeri lui enseigne le français et l’entoure d’une attention particulière. Sultan, il demeure longtemps à son service comme chef du protocole.
Sidi Mohammed poursuit ensuite sa scolarité dans une école publique à Rabat.
Début de règne (1927-1939) Sidi Mohammed est le fils de Moulay Youssef, sultan du Maroc de 1912 à 1927 sous le protectorat français. À la mort de son père en 1927, un an après la fin de la guerre du Rif, il est choisi par les autorités françaises comme sultan à la place de ses deux frères aînés.
Deux fidèles à la Résidence générale française et conseillers de Moulay Youssef jouent un rôle essentiel dans la succession en faveur de : Mohammed Mammeri son précepteur et le grand vizir El-Mokri au détriment du grand Chambellan et bras droit de son père Thami Ababou.
En 1930, par l'ordonnance du , les deux tiers de la population du Maroc sont placés sous l'autorité des juridictions françaises.
Durant la Seconde Guerre mondiale Comme une partie non négligeable des élites nobiliaires marocaines, le sultan est fortement attristé par la défaite de la France face à l'Allemagne, actée par armistice en , chapitre "Le commencement de la fin : des années 1930 à 1945"..
Le dahir du . portant application au Maroc du statut des juifs, « vu pour promulgation et exécution » par le résident général Charles Noguès, prévoit une mise en application à partir du , ce à quoi il répond qu'il n'avait que des sujets marocains sans distinction de religion.
Les fonctionnaires juifs perdent leur emploi, et beaucoup se recyclent dans le commerce. Le sultan n'est pas perçu comme étant responsable de ces mesures imposées par VichyJacques Dahan, Regard d'un juif marocain sur l'histoire contemporaine de son pays : de l'avènement de Sa Majesté le sultan Sidi Mohammed Ben Youssef, au dénouement du complot d'Oufkir (1927-1972), L'Harmattan, 1995 , .. Un télégramme diplomatique de 1941 présenté à l'Académie du royaume du Maroc en 1985, mentionne des « tensions » entre le sultan et le résident général Charles Noguès à propos du statut des juifs, . Selon l'historien Daniel Rivet, le sultan lança de multiples actions et déclarations attestant d'une certaine bienveillance envers la communauté juive locale, à la demande des notables de cette communauté, en permettant aux enfants juifs chassés des écoles du protectorat d'être scolarisés voir réfugiés dans les établissements de l'Alliance israélite universelle.
Après le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord en novembre 1942, il reçoit la conférence d'Anfa (Casablanca) en 1943, bénéficiant entre autres du soutien du président américain Franklin Delano Roosevelt, et reconnaît le CFLN du général de Gaulle.
Il soutient très tôt avec son fils, le prince Moulay El Hassan (futur roi ), les mouvements nationalistes marocains fondés par Mohammed Allal El Fassi et 20 autres oulémas issus de la Qarouyine, notamment Fqih Bouchta Jamaï, pour l'Istiqlal 1937 et Bel Hassan El Ouazzani pour le PDI (Parti pour la démocratie et l'indépendance) lesquels réclament par le manifeste signé le l’indépendance du Maroc. Il dénonce aussi la répression française des émeutes à Rabat, Salé, Casablanca, Fès et l’arrestation des chefs nationalistes du parti de l'Istiqlal et du PDI.
La lutte pour l'indépendance (1944-1953) Après la guerre, les relations diplomatiques avec la France sont toujours ouvertes, comme en témoigne son voyage de 1945 à l'invitation du général de Gaulle, président du gouvernement provisoire.. En outre, il est le premier souverain accueilli en France depuis la victoire.
En 1947, les progrès rapides du mouvement nationaliste incitent Sidi Mohammed à revendiquer pour la première fois l'indépendance lors du discours de Tanger, où il réclame également l’union des Arabes et l’adhésion du Maroc à la Ligue arabe (fondée en 1945) dont il fait l’apologie insistant sur les liens étroits entre le Maroc et l’ensemble du monde arabe. Ce rapprochement entre la monarchie et le mouvement nationaliste, dont les projets diffèrent, s'explique selon l'historien Bernard Cubertafond par le fait que « chaque côté a besoin de l'autre : le mouvement national voit la popularité croissante du roi et sa prudente mais progressive émancipation par rapport à un protecteur qui, en fait, est sorti du traité de 1912 pour en venir à l'administration directe ; le roi ne peut, sauf à se discréditer, se couper d'un mouvement nationaliste regroupant les forces vives de son pays et l'élite de sa jeunesse, et il a besoin de cette puissance de contestation pour imposer des évolutions à la France ».
Dès lors, les relations se tendent avec les autorités françaises, notamment avec le nouveau résident général, Alphonse Juin, qui applique des mesures sévères et fait pression sur le sultan pour qu’il désavoue l’Istiqlal et se démarque des revendications nationalistes. La rupture avec la France est consommée en 1951 et Sidi Mohammed conclut avec les nationalistes le pacte de Tanger pour lutter pour l’indépendance. La nomination d’un nouveau résident général, le général Augustin Guillaume, accentue les dissensions entre et la France. De nouvelles manifestations virent à l’émeute au Maroc en 1952, notamment à Casablanca tandis que Sidi Mohammed donne à la cause marocaine une audience internationale à l’ONU avec le soutien des États-Unis.
La déposition et l'exil (1953-1955) gauche|vignette| lors d'une visite aux États-Unis en 1957. En 1953, le général Augustin Guillaume manœuvre avec d’autres élites marocaines, notamment le Glaoui, pacha de Marrakech, l’ouléma de Fès et les tribus berbères et fait déposer le . pour placer son oncle, Mohammed ben Arafa, sur le trône tandis que Sidi Mohammed refuse d’abdiquer.
Le sultan atterrit à Ajaccio et est transféré à Zonza, puis le , à l’Île-Rousse.. Le , il part pour Madagascar où il arrive, après une escale à Brazzaville, le ; il est aussitôt transféré à Antsirabe. Début , Le Monde annonce son transfert à Tahiti, mais il reste à Madagascar jusqu’en Pour l'exil à Antsirabé, voir l'article « Un sultan à Madagascar.
Son arrestation et sa déportation ont eu le contraire de l’effet escompté. Elles soudent les Marocains derrière leur sultan et fédèrent le mouvement nationaliste derrière Sidi Mohammed. Une vague de violences et d’attentats dans les grandes villes et dans le Rif secoue le Maroc, tandis qu’éclate dans le même temps la guerre d'Algérie en 1954 et que la même politique déclenche les mêmes effets en Tunisie contre le Néo-Destour d'Habib Bourguiba.
La situation se tend au point qu'en 1955, les nationalistes marocains, qui bénéficient de soutiens en Libye, en Algérie (avec le FLN) et dans l'Égypte de Nasser (où vit alors en exil Abd-el-Krim, ancien chef de la révolte du Rif dans les années 1920) forcent le gouvernement français à négocier et à rappeler le sultan.
Le retour et l'indépendance (1955-1956) En , le général Georges Catroux le rencontre à Madagascar. Du 2 au , après son retour en France et l’abdication de Sidi Mohammed ben Arafa le , Sidi Mohammed signe avec le ministre français des Affaires étrangères, Antoine Pinay, les accords de La Celle-Saint-Cloud qui mettent en place le processus de transition vers l’indépendance. Il pardonne aussi au Glaoui, venu se prosterner à Saint-Germain-en-Laye une semaine après avoir réclamé sa restauration.
Mehdi Ben Barka et d'autres autres leaders ayant étudié à Paris dont M'Hamed Boucetta négocient avec les autorités françaises le retour de Sidi Mohammed. Le , il peut faire son retour au Maroc avec son jeune fils, le prince Moulay El Hassan et est accueilli triomphalement à Rabat ; c'est dans tout le sultanat que l'euphorie gagne la population qui fête le retour du sultan avec les drapeaux marocains et des chants patriotiques à la gloire du Maroc, de son peuple et de son sultan. Plusieurs odonymes locaux rappellent cette date du .
Le prend fin le protectorat français tandis que l’Espagne met fin au sien le de la même année. Le Maroc est indépendant.
Après l'indépendance (1956-1961) left|thumb|redresse|Article du journal la Gazette de Lausanne. Il signe dès un traité d’amitié avec la France qui maintient des forces armées au Maroc jusqu’en 1963. Elles aident Sidi Mohammed à réprimer de nombreuses insurrections, notamment dans le Sud et le Rif. Il prend dès 1957 le titre de roi du Maroc, pour symboliser l’unité du pays malgré les clivages entre arabes et berbères.
Sur le plan de la politique intérieure, il permet dès son retour le congrès de l'Istiqlal qui forme différents gouvernements sous son règne. Il autorise la création de syndicats mais les troubles et les grèves le conduisent à prendre les pleins pouvoirs dans la dernière année de son règne, et il s'oppose à une réforme agraire en faveur des paysans pauvres que demandait la gauche. Le Parti communiste marocain est interdit et l’armée de libération marocaine, qui refusait de déposer les armes tant que la France maintiendrait des troupes au Maroc, est réprimée par les forces armées royales. Finalement, les militants de l'UNFP, parti socialiste, sont à leur tour réprimés.. L'opposant Mehdi Ben Barka pilier de la propagande soviétique en Afrique du Nord le décrit comme un « instrument docile » du néocolonialisme. En réalité son but était le renversement de la monarchie et la remplacer par une république démocratique d'obédience communiste.