En Algérie, les personnes LGBT (lesbiennes, gay, bisexuelles, trans) sont victimes de violence de la part de l'État, des autorités religieuses et médicales, de la population algérienne dans son ensemble et parfois de leur propre famille. L'homophobie et la transphobie commencent à poser problème en Algérie aux alentours du mais c'est surtout la colonisation française qui institutionalise les violences à l'encontre des personnes LGBT. À partir de l'indépendance, en 1962, l'oppression des personnes LGBT devient un outil permettant l'émergence d'une identité nationale.

Dans l'Algérie contemporaine, l'homosexualité est illégale, et le changement de sexe impossible, ce qui n'empêche pas une communauté LGBT d'exister au sein du pays. Des collectifs comme Alouen et Abu Nawas militent pour la reconnaissance et le meilleur traitement des personnes LGBT algériennes.

Cependant, cette intolérance est assez récente dans l'histoire du pays, qui, par sa culture arabo-musulmane, connaît une période plus ouverte envers les minorités sexuelles et de genre, du .

vignette|Silsilat al-dhahab de Jami (1492) : un musulman ramasse les cheveux de son amant sur le sol du hammam.|410x410px|alt=Sur papier beige, une illustration en couleurs d'un hammam sur deux étages. En bas, une quinzaine d'hommes torse nu se lavent, se massent, se coupent les cheveux. En haut, une dizaine d'hommes et d'enfant, s'habillent et discutent. En haut comme en bas ils sont aidés par des pages qui portent le même chapeau. En bas, dans le coin gauche, un homme ramasse les cheveux coupés de son amant.

Histoire Conquête musulmane (647-1516) Homosexualité Dans son Encyclopédie, Malek Chebel forge le néologisme « homosensualité » pour désigner : « une attitude des Orientaux en général, et des Arabes en particulier, qui consiste, en l’absence de partenaires de l’autre sexe, à reporter sur leurs pairs l’excédent de sensualité qu’ils n’arrivent pas à écouler autrement. Il s’agit donc, au stade préliminaire d’une séduction permanente, d’une étape intermédiaire entre hétérosexualité et homosexualité. Cette attitude se manifeste généralement par des comportements très identifiés, comme le fait de se tenir par les mains ou par les épaules, le fait de vivre en groupe, de se baigner ensemble, de séduire l’autre sexe ensemble, de dormir ensemble, de se toucher en toute quiétude et même, dans le cas des garçons, de se masturber mutuellement »Selon Malek Chebel, le Coran condamne l'homosexualité lorsqu'elle est pratiquée entre deux hommes pubères, ce qu'il appelle l'androphilie. Il se réfère ici à l'abomination du peuple de Loth, un passage communément cité pour justifier l'homophobie. Pour Ludovic Mohamed Zahed, la question est plus complexe en raison de l'évolution du terme « sodomie », utilisé pour condamner le peuple de Loth dans le Coran. Selon lui, le terme est d'abord utilisé pour critiquer les viols rituels (sur des jeunes hommes et des jeunes femmes) perpétrés par le peuple de Loth au nom de la déesse païenne Ishtar. Cette définition politique de la sodomie comme violence sexuelle païenne est applicable à d'autres passages du Coran et des hadith. La réduction du terme à l'acte sexuel anal, entre partis consentants ou non, arrive plus tard. Ainsi, le Coran ne condamne pas réellement l'homosexualité au sein du peuple de Loth, mais la violence sexuelle.

vignette|448x448px|Shah Abbas I et son page, Muhammad Qasim.|alt=Dessin à l'encre et en couleur sur papier. Deux hommes sont assis au pied d'un arbre, au bord d'un cour d'eau. À gauche, Shah Abbas premier porte un chapeau bleu nuit à motifs dorés et un long habit blanc. Il est moustachu, alors que son compagnon, à droite, est glabre, et ses cheveux longs dépassent d'un turban blanc et bleu. Il porte un long habit blanc à motifs doré et bleu, et a dans la main gauche une bouteille en terre cuite. Shah Abbas tient le poignet droit de son compagnon dans sa main et ils se regardent dans les yeux. Dans les cultures de l'islam, l'homosensualité est souvent une pratique adolescente qui disparaît quand les hommes sont autorisés à avoir des relations avec des femmes, mais parfois elle se transforme, à l'âge adulte, en homosexualité androphile. Les hommes homosexuels androphiles sont inclus et occupent une place spécifique dans le foyer du Prophète aux côtés des enfants et des femmes, qui n'avaient pas besoin de se voiler en leur présence. De son Égypte contemporaine, Al-Maqrîzî écrit que l'homosexualité est si répandue que les femmes doivent se travestir pour plaire aux hommes. La plupart du temps, cependant, l'homosexualité androphile « cède le pas à la pédophilie, l'amour des garçons ».

Éphébophilie L'éphébophilie, voire la pédophilie, connaît une évolution entre l'âge du Prophète () et l'âge classique (). Le Prophète est « parmi les plus virulents » à l'égard des « pédérastes », selon Malek Chebel, car l'amour sexuel pour les jeunes hommes est évoquée dans le Coran comme étant circonscrite au Paradis. L'éphèbe (walab), le jeune homme prépubère (amrad) et l'hermaphrodite ou le jeune esclave (ghoulâm) sont, dans les textes sacrés, des « perles cachées », et les interactions avec eux dans l'espace social sont très codifiées de façon à « négocier l'espace de la tentation ». Ceux qui s'adonnent à l'éphébophilie ne sont pas condamnés, mais ces comportements sont marginaux.

L'âge classique, au contraire, révère la beauté glabre des éphèbes. La figure de l'adolescent est un motif de la « fantasmagorie homosexuelle », en fait éphébophile, de nombreux poètes comme Aboû Nouwâs (), Abu'l-Fadl ibn al-Amid (), Omar Khayam (), Hafiz le Chirâzien (), An-Nawadji () et An-Nafzaoui ().

Lesbianisme

alt=Peinture européenne représentant une femme endormie, les bras levés sur l'oreiller. Une autre femme a un genou posé sur le lit et s'apprête à rejoindre son amante. Ses bras sont aussi levés au niveau de la tête|vignette|388x388px|Illustration de « L'histoire de Kamar » dans les Milles et Une Nuits : Budur, une femme qui refuse l'affection des hommes, finit par trouver un mari indifférent et se fait passer pour lui de façon à séduire Hayyat, pour qui le genre de Budur n'importe pas. Avant le , les relations homosexuelles entre femmes sont connues et considérées par les intellectuels comme naturelles, bien que les morales populaires la voient parfois d'un mauvais œil. Le comportement homosexuel (masculin et féminin) chez les humains est comparé au comportement homosexuel chez d'autres espèces animales. Les femmes homosexuelles ne cachent pas leur amour, et la société dans son ensemble ne semble pas s'en préoccuper outre mesure.

Le lesbianisme n'est jamais évoqué dans le Coran, mais les cultures orientales tendent à le réprimer fermement, selon Malek Chebel. Cependant, il note qu'au moins trois récits des Milles et Une Nuits traitent d'amour lesbien d'un point de vue favorable.

Les sociétés musulmanes appellent les lesbiennes « musahiqat », mais entre femmes, les lesbiennes sont désignées par le terme tharifa, qui signifie également « femme pleine d'esprit ». Or, la femme idéale est censée être silencieuse, quasi invisible, et surtout admirative de son mari. En ce sens, une tharifa commet une double subversion : la première contre la sexualité licite majoritaire, et la seconde en refusant la hiérarchie patriarcale.

Dès les premiers écrits sur le sujet par les hommes, l'incompréhension de l'anatomie et du plaisir féminin est claire. L'absence d'un pénis, seule façon de satisfaire l'organe génital féminin selon eux, leur paraît incongru. Ahmad Ibn Yusuf Tifashi, un intellectuel du , couche sur papier des anecdotes qu'il a collecté au cours de sa vie sur l'homosexualité féminine, et certaines présentent une meilleure compréhension des détails du plaisir sexuel chez les femmes.

Bisexualité gauche|vignette|245x245px|Double page d'un manuscrit en arabe du Délices des cœurs de Yusuf al-Tifashi|alt=Numérisation en noir et blanc d'un manuscrit en arabe. En haut à gauche, le numéro de page (87). Dans la conception médiévale de la sexualité féminine, il existe une différence entre les femmes qui aiment les femmes, mais ne rejettent pas les hommes, et celles qui aiment les femmes et rejettent les hommes.

Il est cependant difficile de parler de bisexualité en termes d'orientation sexuelle, c'est-à-dire comme un attirance préalable à l'acte sexuel. Dans les récits d'Ahmad Ibn Yusuf Tifashi, qui donne la parole à des poétesses lesbiennes, « ce qui pousse une femme à avoir des rapports homosexuels semblent être d'abord la peur de tomber enceinte, et seulement dans un second temps l'attirance pour les femmes ». L'homosexualité masculine et a fortiori l'homosensualité masculine sont parfois aussi construites comme des sexualités de substitution, jusqu'à aujourd'hui.

Cette conception de la sexualité est cependant loin d'être partagée par toutes les femmes : beaucoup entrent dans des relations homosexuelles par le biais de la séduction et de l'admiration, et éprouvent du désir pour les femmes. C'est également le cas des hommes homosexuels « androphiles ».

Travestissement et variance de genre Le travestissement porte de nombreux nom en arabe : takhannout, moustardjil, tanakkour, moumattîl, moutanakkîr, tankîr, istirdjal. À l'ère du Prophète, le travestissement qui vise à tromper sur son sexe inspire une horreur qui perdure jusqu'au au moins. Cependant, dans le monde de l'art, c'est une pratique courante : dans Les Milles et Une Nuits, les personnages travestis servent une ambiance « supranaturelle et fantastique », selon Malek Chebel. Au , Gérard de Nerval fait état d'un travestissement dans un spectacle de danse orientale au Caire.

À l'époque médiévale, les spécialistes de l'islam théorisent déjà sur l'existence des « femmes masculines » et des hommes « efféminés ». La variance de genre est alors comprise comme un comportement normal, bien que rare.

Les efféminés (mukhannathun), sont souvent considérés comme des hommes homosexuels, mais selon Ludovic Mohamed Zahed il serait plus juste de les voir comme des femmes trans. Le hadith communément cité pour fonder des propos transphobes (Sahih al-Bukhari, 4324; et autres versions du même événement), lorsqu'il est remis en contexte, ne condamne en réalité que le mensonge professé par les efféminés dont il est question, et pas la variance de genre en tant que telle.vignette|440x440px|Page du Coran calligraphié par Zayno'l-‘Abedin Esfahani.|alt=Page du Coran décoré par des motifs dorés, sur fond doré. Le texte est calligraphié en noir, avec des caractères plus petit en rouge

Morale et religion Selon Ludovic Mohamed Zahed, l'islam, contrairement à la tradition judéo-chrétienne du péché originel, considère qu'Allah ne demande jamais à sa création d'agir contre sa nature profonde pour coller à une norme. En citant le Coran (42:49-50), il explique que la religion musulmane reconnaît les minorités sexuelles et de genre comment des « intentions divines ».

Pour Samar Habib, il est loin d'être évident que le Coran interdise l'homosexualité (féminine et masculine). Le Coran est au contraire plus ambivalent à cet égard que la Torah ou le Nouveau Testament. En ce qui concerne les hadith qui semblent condamner l'homosexualité ou la transidentité, Ludovic Mohamed Zahed analyse leurs origines et en déduit qu'il est probable qu'ils soient apocryphes, et non pas les paroles du Prophète.

De manière générale, l'homosexualité « est vécue sans culpabilité excessive, même si elle est l’objet d’un discours invalidant et négatif de la part des autorités morales ». Avant le , la doctrine musulmane ne cherche pas à interdire les relations homosexuelles (féminines ou masculines), la loi islamique n'est « ni dominante, ni dominatrice ».

Régence d'Alger (1516-1830)