thumb|right|Photographie de la synagogue avant 1948 thumb|right|La synagogue au
La synagogue Hourva Beit ha-Knesset ha-Hourva, « la synagogue de la ruine »), aussi connue sous le nom de Hourvat Rabbi Yehouda he-Hassid (« Ruine de Rabbi Juda le Pieux »), située dans le quartier juif de la vieille ville de Jérusalem, était le site de la principale synagogue ashkénaze jusqu'en 1948Akerman (1996), .
En 1864, la communauté des Peroushim, disciples du Gaon de Vilna, y érige une synagogue officiellement consacrée synagogue Beis Yaakov. C'est cette dernière qui a été détruite pendant la guerre israélo-arabe de 1948-1949. Après la prise de la vieille ville en 1967, de nombreux plans sont soumis pour la reconstruction d'une synagogue, notamment ceux de l'architecte américain Louis Kahn. Après des années de délibération, une arche commémorative est édifiée en 1977 sur le site, devenant ainsi un symbole important du Quartier juifLefkovits (2005). Les plans pour la reconstruction à l'original de la synagogue sont approuvés par le gouvernement israélien en 2000. L'inauguration de la synagogue reconstruite a lieu les 14 et .
Années 1700 - Tentatives de reconstruction par les disciples de Yehouda he-Hassid Le site où se trouve actuellement la synagogue Hourva a été une cour et une synagogue pour la communauté ashkenaze depuis le Blumberg (1981), . Une autre tradition fait remonter l'existence d'une synagogue sur le site à l'époque du Rabbi Juda Hanassi au Finn (1878), .
Le lieu gagne en notoriété quand un groupe entre 300 et (le nombre varie en fonction des sources), conduit par Yehouda he-Hassid, un prêcheur accusé de sabbatéisme, arrive de Pologne le , quelques jours avant la mort de Yehouda. La majorité des membres du groupe décide néanmoins de s'installer dans la ville. La volonté du groupe de reconstruire une synagogue rencontre de nombreuses difficultés. L'un de ses membres, le rabbin Guedaliah de Siemiatycze relate comment ils ont dû affronter les autorités ottomanes, et comment il a fallu les soudoyer pour obtenir l'autorisation de construire de nouveaux bâtiments et habitations. La construction d'une synagogue dans la cour située près de la synagogue Ramban est tout d'abord interdite par les Turcs, puis acceptée après de nouveaux cadeaux offerts au pasha. De plus, celui-ci réclame, dès le début de la construction, la somme considérable de thalers lion (löwenthaler), à payer dans les trois ans. Puis, comme le bâtiment est construit plus haut que l'ancien, sans la permission du sultan, un autre pasha décide de faire arrêter les travaux, qui ne pourront reprendre que contre le versement de 500 thalers lion supplémentaires. Finalement, un autre pasha, arrivé de Constantinople, réclame aussi la somme de 500 thalers lion. Afin de financer toutes ces dépenses inattendues, les membres du groupe se voient obligés d'emprunter une somme importante aux Turcs à intérêts élevésMillgram (1990), .
Rabbi Guedaliah écrit que: « Notre dette presse nos cous comme un joug pesant. On ne cesse de nous conduire en prison et, avant qu'un débiteur puisse être délivré, un autre est déjà détenu. On ose à peine sortir dans la rue, où les collecteurs d'impôts se tiennent à l'affût comme des loups et des lions prêts à nous dévorer ». Devant la pression et les menaces des créanciers, un messager est envoyé en Europe pour quémander des fonds afin de rembourser le prêtRossoff (1997).
Vingt ans plus tard, la dette n'est toujours pas payéeLis. À la fin de 1721, les prêteurs perdent patience et mettent le feu au bâtiment et à ce qu'il contient. La communauté ashkénaze se voit par la suite expulsée de la ville sans le droit d'y retourner avant que la dette soit remboursée. Durant les 89 années suivantes, aucun Juif ashkénaze ne se trouvera à Jérusalem. La cour est transformée en échoppes et la synagogue qui n'est plus entretenue tombe bientôt en ruine. Elle est alors connue sous le nom de Ruine de Rabbi Judah le Pieux.
1812–1830 - Efforts des Peroushim pour reconstruire la Hourva
Entre 1808 et 1812 un groupe de Juifs ascétiques, connus sous le nom de Peroushim, émigrent de Lituanie en Palestine. Ce sont des disciples du Gaon de Vilna, et la majorité décide de s'établir à Safed. Certains aimeraient s'établir à Jérusalem, mais y renoncent dans la crainte des descendants des créanciers : ils détiennent toujours les billets à ordre concernant les dettes vieilles d'un siècle, contractées par le groupe précédent d'immigrants ashkénazes, et pourraient bien transférer au nouveau groupe la responsabilité du remboursement. Les descendants des hassidim qui avaient fait leur aliyah en 1777, posent aussi un problème. Ils refusent aux Perushim le contrôle de la cour de la Hourba, prétendant qu'elle n'a jamais appartenu aux Perushim ni à leurs ancêtres. Les hassidim affirment qu'ils ont des liens plus étroits avec les propriétaires d'origine, et que leurs droits sur cette parcelle de terre sont plus importantsMorgenstern (2006), .
À la fin de 1815, Rabbi Menachem Mendel de Shklov s'installe à Jérusalem avec un groupe de ses fidèles en provenance de Safed. La priorité du groupe est la reconstruction de la synagogue, qui symbolise l'expulsion des Ashkénazes de Jérusalem. En réaffirmant leur contrôle sur le site et en reconstruisant la synagogue, ils démontreront ainsi leur intention de se réinstaller dans la ville. La reconstruction d'une des ruines de Jérusalem possède aussi une signification symbolique kabbalistique. La remise en état d'une construction ancienne représente en effet le premier pas vers la reconstruction de la ville entière, condition sine qua non à la venue du Messie.
En 1816, les Peroushim plaident sans succès leur cause auprès des autorités à Constantinople, afin d'obtenir par un décret royal, que les Arabes résidant à Jérusalem ne réclament pas leurs dettes auprès des Ashkénazes. L'année suivante, plusieurs dirigeants du groupe, dont Solomon Zalman Shapira et Solomon Pach font le voyage à Constantinople pour obtenir le firman (décret royal). Ce n'est qu'en 1819, deux années plus tard, que leurs efforts sont récompensés, et qu'ils reçoivent le décret royal dégageant les ashkénazes du paiement de la detteMorgenstern (2006), .
Après l'acquisition d'un document juridique supplémentaire délimitant la totalité du site de la Hourba acquis en 1700, y compris les logements délabrés et les échoppe construites par les héritiers des créanciers sur une partie du site, ils sont obligés d'obtenir un autre décret royal pour avoir le droit de construire sur le site, y compris une grande synagogue. Deux missions successives, en 1820 et 1821 pour obtenir ce nouveau firman de la cour du sultan échouent pour des raisons inconnues.
Dans l'attente de la permission de construire dans la cour, les Peroushim progressent en se fondant sur un vieux firman donné aux Juifs en 1623 et qui mentionne qu'on ne peut pas s'opposer à ce que les Juifs construisent dans leurs propres quartiers. En mars 1824, ayant reçu un document en leur faveur du Cadi de Jérusalem, ils décident de commencer alors à reconstruire les logements dans la cour. Mais les travaux sont rapidement bloqués en raison de l'opposition des créanciers arabes et du gouvernement local qui rejettent les documents prouvant la propriété des Juifs sur la courMorgenstern (2006), .
La mission en Europe en 1825 de Solomon Zalman Shapira pour se procurer le firman nécessaire confirmant leurs droits réels sur la cour et en même temps pour lever des fonds destinés à couvrir les frais déjà engagés pour le déblayage de la cour est un échec, comme le sera celle tentée en 1829 par Rabbi Zalman Zoref, un ancien orfèvre, né en Lituanie.
1831–1837 - Accord de Méhémet Ali et construction de la synagogue Menachem Zion
Avec l'annexion de Jérusalem par Méhémet Ali d'Égypte en 1831, une occasion se présente pour les Peroushim. Ils lui adressent une pétition concernant la reconstruction de la Hourva, mais la permission se fait attendre. Ali appréhende de s'écarter de la tradition ancienne musulmane et du Pacte d'Umar, qui limitent la réparation ou la construction des lieux de prière non-musulmans. Cependant, cinq mois après le tremblement de terre de mai 1834, Ali suspend l'interdiction et autorise les Séfarades à effectuer des réparations sur leurs synagogues déjà existantes. Cette autorisation conduit les Ashkénazes à redoubler d'effort pour obtenir l'autorisation de reconstruire la leurMorgenstern (2006), .
Le , lors de son voyage en Égypte, Zalman Zoref, avec l'appui des consuls d'Autriche et de Russie à Alexandrie, obtient le firman longuement attendu. Il semble que l'obtention de ce décret soit dû à ce qu'on avait évoqué le nom du Baron Salomon Mayer Rothschild de Vienne. Ali espère qu'en donnant sa permission pour la reconstruction de la Hourva, les Rothschild seront enclins à forger avec lui des liens financiers et politiques, qui lui assureraient le soutien politique de la France et de l'Autriche. En fait, l'implication des Rothschild n'est qu'une ruse de Zoref qui, dès qu'il obtient le firman, contacte , un riche commerçant d'Amsterdam, président du comité de la , organisation chargée de récolter et de distribuer des fonds pour les Juifs de Palestine, demandant que les fonds promis par son frère pour la construction de synagogues en Palestine soit destinés en priorité à la HourvaMorgenstern (2006), . Mais Lehren a des doutes quant à la teneur exacte du firman. Il n'y est pas fait mention d'une autorisation explicite pour la construction d'une grande synagogue. Une lettre envoyée par les dirigeants de la communauté à Moïse Montefiore en 1849 confirme que la permission de reconstruire l'ancienne synagogue n'a pas été accordée, et que seule est autorisée la construction d'habitations dans le domaineMorgenstern (2006), .
En septembre 1836, persuadés d'être en possession du firman, les Peroushim commencent à dégager les décombres de la cour de la Hourva. Les fondations de la synagogue d'origine apparaissent et la reconstruction commence. Cependant, les créanciers arabes refusent d'abandonner leurs créances qu'ils ont sur les Juifs, et continuent à bloquer les travaux. Zoref est obligé d'aller en justice afin de demander un nouveau jugement annulant les dettes. Il déclare que les Ashkénazes actuellement présents à Jérusalem ne sont en rien apparentés avec ceux qui ont emprunté l'argent. Il indique aussi qu'une injonction a déjà été passée qui absout les Ashkénazes du paiement de la detteMorgenstern (2006), et soutient que le statut turc de limitations annule les dettes des disciples de Juda he-Hassid. La cour statue en faveur des Ashkénazes et la construction du bâtiment continue. Toutefois Zoref doit apaiser les Arabes avec des gratifications annuelles. Mais l'accord ne dure pas et les Arabes tentent de tuer Zoref. Une nuit, un inconnu tire sur lui. Une autre fois, il est blessé à la tête avec un poignard et meurt trois mois plus tard de ses blessuresShragai (2008). À la fin, les Peroushim parviennent à construire la modeste synagogue Menachem Zion, qui est dédiée le vendredi . En 1854, une seconde synagogue, plus petite, est construite sur le terrainRicca (2007), .
1857–1864 - Construction de la synagogue Beis Yaakov