Jean Charles Deburau, né le à Paris et mort le à Bordeaux, est un mime français.

Fils et successeur du légendaire Jean-Gaspard Deburau, il est immortalisé sous le nom de « Baptiste » dans le film de Marcel Carné Les Enfants du paradis (1945). Après la mort de son père en 1846, il entretient le genre de la pantomime au théâtre des Funambules, puis, à partir de la fin des années 1850, dans des théâtres à Bordeaux et à Marseille. On lui attribue habituellement la fondation d'une « école méridionale » de pantomime ; il a contribué à la formation du mime marseillais Louis Rouffe, lui-même formateur de Séverin Cafferra, connu simplement sous le nom de Séverin. Leur art a également été nourri par celui d'autres mimes, notamment celui du rival de Charles, Paul Legrand, et par d'autres aspects de la pantomime du début du étrangers à la tradition des Deburau.

Biographie Sa mère est Louise Eudoxie Boucher, une fleuriste de Paris née en 1805. Deburau père, souffrant de la dureté du métier, découragea son fils de se lancer dans la carrière théâtrale. Il le plaça d'abord chez un horloger, puis dans une entreprise spécialisée dans la peinture sur porcelaine. Charles se montra indifférent à ces deux professionsHugounet, .. À la mort de son père le 17 , son tuteur, le directeur des Funambules Constant Billon (1796-1856), lui proposa de reprendre le rôle de celui-ci, Pierrot, après des essais dans des rôles mineursIl apparut par exemple en 1847 en Pierrot-soldat dans Pierrot marié et Polichinelle célibataire de Jules Viard (1847), selon Péricaud, . : il fit ses débuts officiels en Le scénario de la pantomime dans laquelle il apparaît, Les Trois Planètes, ou la Vie d'une rose (Paris, Gallet, 1847), indique sur sa page de titre qu'elle été présentée aux Funambules le 6 octobre 1847 ; mais une lettre de Billion à Théophile Gautier (conservée par la Bibliothèque Spoelberch de Lovenjoul sous la cote MS C491, f. 530) indique clairement que la première a été repoussée jusqu'en novembre. dans Les Trois Planètes, ou la Vie d'une rose, une dans le style de son père, avec des personnages surnaturels opposés, des talismans, des scènes à grand spectacle et la conquête de Colombine par Arlequin. vignette|gauche|redresse|Le théâtre des Funambules sur le boulevard du Temple à Paris l'année de sa disparition (1862). Deburau y joue Le Rameau d'Or. Malheureusement, les débuts de Charles Deburau coïncidèrent avec le moment où un autre Pierrot, Paul Legrand, commençait lui-même à se faire une réputation aux Funambules ; Charles n'avait été engagé que pour remplacer celui-ci, pendant qu'il se produisait à l'Adelphi Theatre de LondresHugounet, .. Au retour de Paul Legrand, Charles et lui se retrouvèrent rivaux, rivalité qui ne prit fin qu'avec le départ de Legrand en 1853. Deux ans plus tard, Charles accepta lui-même une place aux Délassements-Comiques, et il ne revint aux Funambules qu'en 1862, dans ses deux dernières pantomimes, Le Rameau d'Or et Les Mémoires de Pierrot : le théâtre fut ensuite détruit, victime des transformations de Paris sous le Second EmpireLes Funambules rouvrirent Boulevard de Strasbourg en 1867 ; dix ans plus tard, ils produisaient encore des pantomimes, quoique bien moins ambitieuses (voir Storey, Pierrots on the Stage, ).. vignette|Charles Deburau en Pierrot par Nadar, v. 1858. Charles ne réussit guère à Paris. Selon Paul Hugounet, son contemporain et premier biographe, il quitta les Délassements-Comiques un an après son engagement, en procès avec son directeurHugounet, .. L'année suivante, en 1858, il reprend la salle Lacaze, sous le nom de « théâtre Deburau », mais après un échec, il doit partir en tournée en province, en 1859, pour rembourser ses dettesHugounet, .. Après son passage aux Funambules en 1862, sa dernière tentative dans la capitale eut lieu en 1865, quand il signe avec les Fantaisies-Parisiennes, qui étaient alors codirigées par l'écrivain Champfleury, enthousiaste de la pantomime. Champfleury écrit à cette occasion sa dernière pantomime, La Pantomime de l'avocat, et bien qu'elle ait été louée par Théophile Gautier et ses prochesSee Hugounet, ., l'engagement de Charles est annulé moins de quatre mois après son début. , selon Louis-Henry Lecomte, principal historien de ce théâtreLouis-Henry Lecomte, Histoire… : Les Fantaisies-Parisiennes, ..

Charles Deburau rencontre le succès à l'étranger (notamment en Égypte pendant dix mois en 1859) et en provinceSur les tournées de Deburau en Égypte et dans les provinces, ainsi que ses engagements à Bordeaux et Marseille, voir Hugounet, , 117-120.. Les Alcazar de Bordeaux et Marseille lui réservèrent en particulier un accueil marqué. Il passa deux ans à l'Alcazar de Bordeaux au retour de sa tournée égyptienne. De 1867 à 1869, il joua à l'Alcazar de Marseille, où un jeune disciple de Pierrot, Louis Rouffe, le vit pour la première fois. Rouffe devint son élève quand Deburau accepta la direction de l'Alcazar de Bordeaux en 1871, donnant naissance à l'« école méridionale » de la pantomimeSur les développements de la pantomime dans le sud de la France, voir Séverin, p. 36ff. Storey les résume en anglais dans Pierrot: A Critical History, , et Pierrots on the Stage, ..

Charles Deburau avait toujours souhaité être plus qu'un simple interprète. Selon Hugounet, il rêvait de devenir professeur de mime au Conservatoire de Paris ou à l'Opéra de ParisHugounet, .. Mais sa mort encore jeune à Bordeaux au 2 rue Montméjean, le , ne lui permit pas de réaliser cette ambition. Il est inhumé au .

La pantomime vignette|Charles Deburau en Pierrot, photographie de 1855 de Nadar jeune.

Il était inévitable que Charles Deburau soit comparé à son père. Théophile Gautier semble résumer l'opinion, lorsqu'il écrit en 1858 dans Le Moniteur universel que :

Sa technique était universellement appréciée, habituellement par comparaison avec celle de son rival Paul Legrand. Dans un article du Figaro de 1855, William Busnach déclare froidement Legrand, Gautier fait preuve de plus de tact, mais sa critique est la même :

Pourquoi Charles Deburau a-t-il donc échoué à trouver son public à Paris ? La réponse est peut-être liée au succès de Legrand. Celui-ci avait créé un Pierrot entièrement différent de ceux des Deburau père et fils. Pour le critique Taxile Delord, écrivant dans Le Charivari, le Pierrot de Legrand semblait élégamment (quoique déplorablement) « moderne ». :

Elles le trouvent, écrit-il, en Legrand, et dans son Pierrot, . Car aux Folies-Nouvelles de Legrand, vignette|Huile sur toile de Pezous. Par contraste, la pantomime de Charles Deburau apparaissait vieillotte : il n'avait apparemment aucun désir de s'éloigner de la conception de Pierrot de son pèrePéricaud a noté que, n'ayant jamais vu jouer Baptiste, Une bonne douzaine d'années après avoir quitté les Funambules, la moitié de son répertoire aux Fantaisies-Parisiennes était encore constituée de versions modifiées des pantomimes de celui-ci ; voir Storey, Pierrots on the Stage, , n. 52.. Malheureusement, une fois qu'il eut quitté le Théâtre des Funambules, il ne disposa plus des ressources pour attirer l'intérêt du public : la scène des Funambules avait été spécialement conçue pour ce que Champfleury appelait (ainsi que la plus populaire) des pantomimes du répertoire de Jean-Gaspard : la Champfleury, Souvenirs des Funambules, .. Elle possédait trois trappes, , comme Théodore de Banville l'écrit dans ses Souvenirs, La pièce spectaculaire avec laquelle Charles y avait débuté se déroulait dans un tel pays enchanté : Les Trois Planètes, ou la Vie d'une rose était une « grande pantomime-arlequinade-féérie » comportant Un coup d'œil au volume de pantomimes publié par Émile Goby en 1889, Pantomimes de Gaspard et Ch. Deburau, ne révèle rien d'aussi ambitieux. On y découvre au contraire ce qui constituait selon Adriane Despot l'ordinaire du théâtre de Jean-Gaspard : Mais la collection de Goby ne représente pas tant les pantomimes de Jean-Gaspard que celles de Charles (ou les versions de Charles des précédentes). Comme le note Champfleury dans la préface de ce volume, celui-ci reproduit seulement Jean-Gaspard n'avait jamais joué en province, alors que Charles s'y produisit fréquemmentHugounet mentionne notamment les noms de Tours, Dôle, Mâcon, Châlons, Melun, Bourg, Belfort, Beaune, Nevers, Lyon, ainsi bien sûr que Bordeaux et Marseille. Voir Hugounet, , 109, 114, 117, 119.. Pour s'assurer ces engagements, il devait voyager léger et s'adapter aux théâtres mis à sa disposition : même s'il avait voulu les exploiter, il y avait fort peu d'équipements permettant des effets spectaculaires sur les scènes françaises en dehors de Paris.

En conséquence, il édulcore un répertoire déjà trop familier, au moins pour le public parisien car, pour les provinciaux, il constituait une distraction bienvenue, même merveilleusePour des exemples des lauriers récoltés hors de la capitale, voir Hugounet, particulièrement et 118.. Autre conséquence, il doit s'aventurer lui-même dans des terrains dramatiques pour lesquels ses talents n'étaient pas tout à fait adaptés. La Pantomime de l'avocat de Champfleury, dernière du recueil de Goby, est typique de ses pantomimes d'après-FunambulesLa seule pantomime dont l'auteur aurait pu être connu du public lettré est celle de Champfleury, ce qui explique peut-être sa position dans le volume.. Elle se déroule dans un « cadre banal », le bureau d'un avocat, où se déroule « une petite aventure légère ». Pierrot est l'assistant de Cassandre, un avocat, et est amoureux de Colombine. Comme Cassandre est absent presque toute la pièce, la pantomime n'est guère plus que le véhicule d'un badinage amoureux, tendre et comiquement affectéTexte intégral chez Goby ; Storey le résume en détail (en anglais) dans Pierrots on the Stage, .. C'est en fait un véhicule idéal pour le mime pour lequel Champfleury avait écrit ses premières pantomimes : Paul Legrand.

Car si Charles dépassait clairement son rival pour la netteté du jeu et la vivacité des jambes, Legrand était pour sa part supérieur quand il s'agissait de comédie sentimentale. Le masque de Charles était « précis », mais l'art de Legrand était, selon Gautier, Lorsque, rarement, leurs Pierrots se trouvaient sur la même scène, comme ce fut deux fois le cas dans leurs premières années aux Funambules, Charles jouait le Pierrot « drôle » ou « malin », Paul le Pierrot sincère et sensible, qui ne déclenchait pas seulement les rires, mais aussi les larmesIls ont joué ensemble en 1849 dans Les Deux Pierrots d'Auguste Jouhaud et dans ses Trois Pierrots l'année suivante. Si l'on en croit Mes Petits Mémoires de Jouhaud () —son scénario publié (Les Deux Pierrots, Paris, Dechaume, non daté) est opaque sur ce point— Charles était le Pierrot « drôle » de la première pantomime, Legrand le Pierrot « sympathique ». Dans le manuscrit du censeur des Trois Pierrots, Deburau est « le Pierrot malin » et Legrand « le Pierrot loyal » (document F18 1091, manuscrit non numéroté, , Archives Nationales de France, Paris).. La Pantomime de l'avocat semble avoir été écrite en pensant à ce dernier Pierrot.

Son « école » Louis Rouffe vignette|Louis Rouffe en Pierrot vers 1880.(photo publiée dans L'Homme blanc de Séverin en 1929).