Cet article traite de la présence et de la condition des Tibétains dans les écoles des minorités chinoises.

Après la signature de l'accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet, en 1951, le gouvernement chinois créa, dans les provinces de l'intérieur, des écoles ou instituts des minorités nationales, du niveau du collège, chargés de la formation des cadres tibétains en ChineMichel Cartier, Planification de l'enseignement et formation professionnelle en Chine continentale, in Tiers Monde, 1965, vol. 6, No 22, pp. 511-530, p. 519.. Des enfants tibétains furent accueillis dans ces écoles pendant la décennie 1950-1960Gilles Van Grasdorff, La nouvelle histoire du Tibet, Édition Perrin, 2006, p. 415.. Selon des sources tibétaines exilées et des sources occidentales, un certain nombre furent déportés.

Au milieu des années 1980, le gouvernement central demanda à 19 provinces de créer des écoles ou des classes tibétaines sur leur territoire à l'intention d'élèves tibétains. Trois écoles furent établies, à Pékin, Chongqing (Sichuan) et Lanzhou (Gansu). Des classes tibétaines (dans des écoles secondaires locales) furent créées dans d'autres provinces. En 1986, 1987 et 1988, il y avait respectivement , et élèves venant du Tibet dans ces écoles et classes. En 1997, le chiffre était de élèves tibétains. Au sortir de ces écoles, certains élèves rentrèrent au Tibet, d'autres entamèrent des études supérieures ou prirent une occupation professionnelle dans d'autres provinces.

Au début du , les places dans les écoles des minorités ou instituts des nationalités sont très convoitées par les Tibétains (enfants comme parents), car on y enseigne des matières non proposées au Tibet (langue et grammaire tibétaines classiques, histoire tibétaine ancienne et moderne, bouddhisme et Bön). De plus, le diplôme obtenu est la garantie d'un emploi.

Ancêtres des écoles des minorités Les premières classes tibétaines en région Han remontent à la période de l'empereur Guangxu de la dynastie Qing. L'académie mandchoue-mongole de Pékin ouvrit sa première classe tibétaine en 1908. L'amban à Lhassa était chargé de trouver des postulants tibétains. Le gouvernement Qing prenait à sa charge les frais de scolarité et les dépenses quotidiennes des élèves.

Sous la république de Chine (1911-1949), une école mongole-tibétaine fut créée dans les années 1920 avec comme recrutement des élèves mongols ou tibétains.

En 1933, l'école mongole-tibétaine de Nankin vit le jour grâce au soutien du panchen lama. Les élèves venaient du Qinghai ou du Sichuan occidental Rong Ma, Population and Society in Tibet, Hong Kong University Press, 2010, 350 p., p. 324..

Tibétains à l'institut des nationalités de Pékin (années 1950)

Selon Aten, un Tibétain originaire du Kham, en 1951, les Chinois décrétèrent que chaque district devait envoyer au moins 50 jeunes garçons et filles étudier en Chine, ce qui souleva de nombreuses protestations des familles. Les Tibétains, mais les autres « minorités nationales » telles que les Mongols, les Ouïghours, et les Lolos, y étaient tenus. La plus grande école des minorités chinoises se trouvaient à Pékin, et de taille aussi importante se trouvait à Chengdu, et une autre avait été ouverte à DartsedoJamyang Norbu, Un cavalier dans la neige. L’histoire d’Aten, un vieux guerrier Khampa, Maisonneuve, 1981 p. 86-87 . Aten qui rejoignit l'école du sud-ouest pour les minorités nationales située dans les faubourgs de Chengdu en 1955 précise qu'elle comptait environ enfants, dont 800 à Tibétains, des Lolos et des aborigènes de regions méridionales de la frontière sino-tibétaine.

En 1951, 600 enfants provenant de familles tibétaines aisées furent envoyés à l'Institut central des nationalités à Pékin pour y être formés comme cadres et enseignantsState of education in Tibet. A Human Rights Perspective, p. 11 : .

Shiwo Lobsang Dhargye, ancien fonctionnaire tibétain du gouvernement tibétain qui s'est exilé en Inde en 1985, indique qu'au début des années 1950, les Chinois incitaient les familles tibétaines à envoyer leurs enfants étudier en Chine dans les écoles pour les minorités, mais très peu de familles y étaient favorables. Les premiers enfants à intégrer les écoles de Pékin étaient issus de familles aristocratiques et marchandes. Mais en 1957 la campagne des cent fleurs venait de commencer, les enfants tibétains « faisant naïvement confiance à l'esprit du temps soulevaient des objections sur la politique du Parti et les raisons de l'occupation chinoise », devant ces critiques tous furent renvoyés à LhassaShiwo Lobsang Dhargye, in Tibet Histoire d'une tragédie, Kim Yeshi, Édition La Martinière, 2009, p. 179/285. ».

Accusations de déportation d'enfants (1959)

Le génocide a été juridiquement redéfini dans la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée par l'assemblée générale des Nations unies le . La Convention définit précisément à quoi correspond le crime de génocide dans son article 2Texte de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide:

Tout en appelant à une enquête, le rapport de la Commission internationale de juristes de 1959, citant un article publié le dans le Daily Mail sous la plume de Noel Barber, souligne le fait que la déportation de enfants tibétains dont la Chine est accusée, constitue une infraction directe de l’article IIe de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocideCommission internationale de juristes, La question du Tibet et la primauté du droit, Genève, 1959 : ..

Pourtant, dans son rapport définitif (1960), la CIJ a estimé qu'il n'y avait pas suffisamment de preuves de la destruction des Tibétains en tant que race, nation ou groupe ethnique par des méthodes susceptibles d'être considérées comme relevant du génocide selon le droit internationalRapport de la CIJ (1960), page 346 : .

En 1995, deux sénateurs, MM. Verreycken et Raes, proposèrent au Sénat belge d'instaurer une journée en mémoire des différents génocides, dont celui perpétré, selon eux, « par les communistes chinois contre les Tibétains » en indiquant : « Dès 1951 déjà, des enfants furent transportés manu militari en Chine pour y être « rééduqués ». À Kham (un exemple parmi de nombreux autres), 84 enfants âgés de moins d'un an furent déportés. Quinze parents qui protestaient furent noyés dans une rivière par des militaires chinois Proposition de résolution relative à la journée commémorative des victimes de génocides. ».

Conditions du transfert des enfants tibétains

Après le départ en exil du dalaï-lama Tenzin Gyatso, en , le gouvernement tibétain est officiellement dissous par les autorités chinoises le . Les Tibétains forment un gouvernement provisoire clandestin le suivant. Claude B. Levenson indique qu'une des premières proclamations de ce gouvernement provisoire accuse les autorités chinoises « d'avoir enlevé des milliers d'enfants et d'adolescents tibétains conduits en Chine en vue de les endoctriner afin d'en faire des valets dociles de sa politique de colonisationSource : La Chine envahit le Tibet par Claude B Levenson. ».

La commission internationale de juristes, une association financée de 1952 à 1967 par la CIA en tant qu'instrument de la guerre froide Richard Pierre Claude, compte rendu de Howard B. Tolley Jr., The International Commission of Jurists: Global Advocates for Humam Rights, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 1994, in Human Rights Quarterly, August 1994 : . Howard B. Tolley Jr., The International Commission of Jurists: Global Advocates for Humam Rights, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 1994, in Human Rights Quarterly, August 1994 : , affirme dans son rapport de 1959 sur le TibetCommission internationale de juristes, La question du Tibet et la primauté du droit, Genève, 1959 que « Les nourrissons étaient tous retirés à leurs parents en présence d'un médecin chinois, puis remis à des nourrices. Pour se justifier quand ils enlevaient les enfants à leurs parents, les Chinois racontaient ou bien qu'ils allaient les instruire, ou bien que ces enfants gênaient leurs parents ».

Un texte mis en ligne par le linguiste québécois Jacques Leclerc, indique deux raisons à ce déplacement d'enfants ; d'une part ils devaient recevoir une éducation politique et d'autre part être initiés à la culture HanJacques Leclerc, Source : Université Laval.. « des milliers d'enfants furent arrachés à leur famille pour recevoir en Chine une éducation marxiste-léniniste . » « Enfin, une autre forme de la politique d'immigration consistait à déporter de jeunes enfants issus des minorités nationales vers la région de Pékin en vue de les initier à la culture han. Cette dernière mesure fut inégalement appliquée parce qu'elle provoquait la révolte chez les minoritaires, notamment les Tibétains, qui ne semblaient pas comprendre les « bienfaits » de l'éducation Han. »

L'école pour la minorité tibétaine de Xi'an

Selon Shiwo Lobsang Dhargye, les Chinois, après avoir recruté des enfants de familles riches, décidèrent de recruter des enfants dans les classes les plus pauvres. C'est à Xi'an, la capitale de la province du Shaanxi, que s'ouvrit l'école des minorités pour les enfants tibétains. Cet établissement restera le plus important de Chine jusqu'à la rénovation de celui de Pékin dans les années 1970.

Shiwo Lobsang Dhargye affirme que « les étudiants de Xian, sans expérience scolaire et sans aptitude particulière à l'apprentissage, dépassaient rarement le stade de l'endoctrinementShiwo Lobsang Dhargye, in Tibet Histoire d'une tragédie, Kim Yeshi, Éditions La Martinière, 2009, p. 179/285. ».

Objectifs

Éducation communiste

En 1967, le « Comité juridique d'enquête sur la question du Tibet » affirme que des enfants tibétains ont été déportés dans des centres chinois de formation marxiste et athée afin de les soustraire à toute éducation religieuseInternational Law Association, Revue de droit international, de sciences diplomatiques et politiques: The international law review, Volume 45, éditeur A. Sottile, 1967, p. 176 : .

Selon Laurent Deshayes, après avoir sollicité les familles afin d'envoyer leurs enfants étudier à Pékin, la RPC « impose l'envoi d'enfants à Pékin où ils recevront une éducation communisteLaurent Deshayes, Histoire du Tibet, Fayard, 1997, page 330. ».

Jean Dif, qui a visité le Tibet, évoque « la déportation d'enfants tibétains dans la région de Pékin, en vue de les initier à la culture HanJean Dif : Chronologie de l'histoire du Tibet et de ses relations avec le reste du monde. ».

La tibétologue Françoise Pommaret affirme que les enfants tibétains sont envoyés en Chine pour « y étudier et y être endoctrinés ». Certains reviendront en espérant accéder à des postes de responsabilité. En réalité, ajoute-t-elle, ils seront en général expédiés dans des contrées reculées pour « gagner une expérience révolutionnaire », et ils y resteront confinés jusqu'au début des années 1970Le Tibet, une civilisation blessée, Découvertes Gallimard, Paris, 2002, p. 114..

Formation des nouveaux cadres tibétains

Itim Kalovski, dans son article « Le vrai visage du Dalai-Lama », indique que les forces révisionnistes opposées à Mao Zedong à l'intérieur du parti communiste chinois, considéraient que les étudiants tibétains des instituts des minorités nationales devaient être formés pour devenir non pas des dirigeants révolutionnaires mais de simples administrateurs Itim Kalovski, Le vrai visage du Dalaï-Lama, in Revolutionary Worker, No 944, 15 février 1998 : .

Raidi, qui fut président du Comité permanent de l'Assemblée populaire de la Région autonome du Tibet, fit partie, en 1959, du premier groupe de Tibétains à aller suivre quatre années d'études à Pékin. Il eut l'occasion, avec ses camarades, d'y rencontrer le président Mao Zedong Former serf writes: Dalai Lama "chief representation" of Tibetan serfdom, sur le site Tibet.news.cn, 25 mars 2009..

Les cadets tibétains et la résistance