Le Bharatiya Janata Party ou BJP (, « parti indien du peuple ») est un des deux principaux partis politiques indiens. Créé en 1980, le BJP est un parti d'extrême droite nationaliste hindou considéré comme l'aile politique du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS)Kalim Siddiqui, Inde : « hindutva », néolibéralisme et crispation nationaliste, dans Bernard Duterme, Droites militantes et mobilisations réactionnaires, Paris : Éditions Syllepse, 2018, pages 39 à 59.Christophe Jaffrelot, Nationalisme hindou, libéralisme économique et populisme high-tech. « Manière de voir » n° 134, avril - mai 2014.. C'est le principal parti de l'Alliance démocratique nationale (NDA) : une coalition au pouvoir de 1998 à 2004 et de nouveau depuis 2014. Avec plus de 180 millions d'adhérents en date d', c’est le plus grand parti politique du monde.
Histoire
1951-1996 : origines et émergence du BJP
Le Bharatiya Jana Sangh Au sortir de l'Indépendance, le Parti du Congrès est largement dominant dans le paysage politique indien, et les mouvements nationalistes hindous sont peu structurés politiquement. Les militants de l'organisation paramilitaire hindoue Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS) cherchent à s'inscrire dans une démarche politique pour proposer une alternative nationaliste au Parti du Congrès. En 1951 est créé le Bharatiya Jana Sangh (BJS), plus connu sous l'appellation de Jana Sangh, à l'initiative notamment de Syama Prasad Mukherjee.
Le BJS s'inscrit pleinement dans l'idéologie de l'hindutva, revendique un durcissement face à la communauté musulmane et au Pakistan, condamne la partition, et réclame l'annexion du territoire de Jammu et Kashemir. Le BJS est bien le bras politique du RSS, mais regroupe également des forces issues d'autres mouvances nationalistes, comme le Hindu Mahasabah (organisation à laquelle appartenaient Nathuram Godse et les assassins de Gandhi). Il comprend aussi des conservateurs issus du Parti du Congrès, déçus par les orientations socialistes prises par Jawaharlal Nehru.
Le Janata Party Malgré sa participation à différentes coalitions régionales, parfois avec succès, le BJS ne parvient pas à s'imposer comme véritable alternative au Parti du Congrès. L'instauration de l'état d'urgence par Indira Gandhi, en 1975 - et l’incarcération d'un certain nombre de leaders de l'opposition, dont ceux du BJP, vient bouleverser le paysage politique.
A l'occasion des premières élections générales organisées après l'état d'urgence, les partis d'opposition au Congrès se réunissent pour former le Janata Party. Il s'agit d'une coalition hétéroclite de circonstance regroupant des socialistes, une scission du Parti du Congrès, opposée à Indira Gandhi, des centristes, des conservateurs et le BJS. Ils font campagne contre l'état d'urgence et les mesures d'exception, et se présentent comme les défenseurs de la démocratie. Pour la première fois depuis l'indépendance de l'Inde, le Parti du Congrès est largement battu aux élections législatives de 1977. Le Janata Party obtient la majorité absolue.
Au sein de la coalition, le Bharatiya Jana Sangh se retrouve en position de force. Ses deux derniers présidents deviennent respectivement ministres des affaires étrangères et de la communication. Au parlement, 31% des députés du Janata Party sont issus du BJS. Des tensions se font rapidement jour entre les partenaires de la coalition, concernant la place des nationalistes hindous, les orientations prônées par le RSS et la présence à des responsabilités importantes de membres du Janata Party, également militants du RSS. De plus, les liens restent forts entre la base du BJS et son encadrement local et le RSS. Le rapprochement du BJS avec des partis de centre-droit s'avère impossible.
Les partenaires du Janata Party demandent que tout lien avec le RSS soient rompus, ce qu'ils refusent. Le premier ministre Moraji Desai, en prise avec de nombreuses difficultés et échecs, est considéré comme trop proche des nationalistes hindous. La majorité éclate et le pays devient ingouvernable : le président Reddy est contraint de dissoudre le parlement.
Naissance du BJP Les élections législatives de 1980 marquent un retour en grâce du Parti du Congrès mené par Indira Gandhi, et le Janata Party essuie une lourde défaite électorale. Peu après l'élection, le comité exécutif national du Najata Party décide d'exclure tous ceux qui sont également membre du RSS. Ces derniers décident dès lors de former le Bharatiya Janata Party (BJP).
Les liens entre ce dernier et le RSS restent très forts, et le BJP s'inscrit sans ambiguïté dans l'idéologie de l'hindutva. Néanmoins, des efforts sont faits pour modérer les élans nationalistes, permettre l'élargissement de la coalition et pour maintenir des liens avec différents partis de droite, dont le Janata Party. Le BJP arrive ainsi progressivement à s'imposer comme une alternative majeure au Parti du Congrès, et à développer des alliances locales et nationales avec d’autres partis conservateurs, nationalistes ou régionaux (dont le , l'Akali Dal, le Shiv Sena, le Dravida Munnetra Kazhagam et l'AIADMK).
Lors de la campagne pour les élections législatives de 1989, le BJP fait de la destruction de la mosquée Babri, à Ayodhya, un thème central de campagne. Cette mosquée est en effet supposée être érigée sur le lieu de naissance du dieu hindou Rama. Cette élection voit la victoire d'une coalition baptisée Front national, soutenue notamment par le BJP. Cette revendication de destruction de la mosquée Babri reste ensuite un thème fort du BJP.
Un rassemblement organisé par le parti, en 1992, aboutit à sa destruction par une foule d'environ ., malgré les engagements pris par les organisateurs auprès de la Cour Suprême que le lieu ne serait pas endommagé... Cet événement conduira à une nouvelle flambée de violences communautaires, se traduisant par la mort de près de , majoritairement musulmans, à travers toute l'Inde.. Ces troubles ont provoqué l'instauration de la President's rule (administration directe par le pouvoir central) dans l'État d'Uttar Pradesh alors dirigé par le BJP.
1996 - 2014 : le BJP s'impose comme principal opposant au Congrès Le BJP obtient une majorité pour la première fois à la Lok Sabha - la chambre basse du Parlement de l'Inde, en 1996. Atal Bihari Vajpayee, leader historique du parti fut alors nommé Premier ministre.
Ce dernier a pu imposer une ligne modérée et a approfondi les réformes économiques libérales de ses prédécesseurs. Cependant, cette période a été marquée, en 1998, par les essais nucléaires à la frontière pakistanaise et une escalade militaire dangereuse au Cachemire (en mai-juin), ainsi que par des violences anti-musulmanes dans l'État du Gujarat en (de 800 à 2000 morts).
Dans cet État du Gujarat, le chef du gouvernement local, Narendra Modi, soutenu par le RSS, a mis en place un "laboratoire" de l'Hindutva encadrant la société selon ces préceptes nationalistes, notamment dans la réécriture des programmes scolaires. Une commission d'enquête nationale a mis en cause la responsabilité de son gouvernement, dans le soutien aux persécutions anti-musulmanes de . Vajpayee, tenant de la ligne modérée, a tenté sans succès d'obtenir sa démission.
En 2004, la NDA et le BJP subirent une cuisante défaite lors des élections générales qui virent le retour au pouvoir du Parti du Congrès.
Localement, le BJP tire principalement sa force politique de la Hindi belt (régions du Nord et de l'Ouest de l'Inde peuplées d'hindiphones). Le parti détient le pouvoir dans les États suivants : Chhattisgarh, Gujarat, Jharkhand, Himachal Pradesh, Madhya Pradesh, Rajasthan.
Considéré comme le parti des hautes castes, des milieux commerçants, et du Nord, le BJP a cependant fortement accru son électorat dans les castes intermédiaires et dans des États du Sud (Karnataka), au cours des dernières élections nationales et régionales, en jouant sur les sentiments nationalistes religieux (hindutva) et économique (swadeshi).
Le BJP profite de l'appui du Vishva Hindu Parishad (VHP), une organisation religieuse, et de l'organisation paramilitaire Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), réunies dans le Sangh Parivar (la « grande famille » du nationalisme hindou, un réseau qui comporte également nombre d'associations, de syndicats, etc.). Le VHP et le RSS préconisent de favoriser une « citoyenneté hindoue », qu'ils considèrent comme permettant l'« unité dans la diversité », par rapport à ce qu'ils conçoivent comme un communautarisme musulman et chrétien : les Indiens chrétiens et musulmans sont invités à adhérer à l'Hindutva, au RSS, en principe sans discrimination ni traitement spécial (et sans abandonner leur religion), l'« hindouïté » n'étant pas la religion hindoue au sens strict, mais l'acceptation et le respect de la culture indienne originelle sous toutes ses formes.. Ils soutiennent également la construction d'un temple dédié au dieu hindou Rāma sur l'emplacement de la mosquée de Babri (ou Babri Masjid) à Ayodhya (Uttar Pradesh).
Depuis 1990, le BJP — tout comme les autres organisations du Sangh Parivar — recrute activement des femmes, en promettant, sans réalisation dans les faits, de leur réserver un tiers des sièges au Parlement, et en les incitant à sortir de chez elles, pour manifester aux côtés des hommes, dans les luttes contre les communautés non hindoues. Cette mobilisation a pu quelquefois être perçue comme une volonté d'émancipation des femmes, mais le rôle que le parti leur assigne reste très traditionnel, et ne remet pas en cause le système patriarcal, défendu par ailleursHasan Zoya, traduction de l’anglais par Jacqueline Heinen, « Clivages religieux, genre et politique en Inde. », Cahiers du Genre 3/2012 (HS ) , ,], .
Victoire de 2014 et gouvernement Modi La victoire du BJP en 2014 et l'arrivée de Narendra Modi au poste de Premier ministre conduisent à une mise en pratique nette d'une politique nationaliste hindoue. Le premier ministre est d'ailleurs lui-même issu des rangs du Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), dans lequel il a milité de nombreuses années. Selon Isabelle Saint-Mézard, maître de conférence à l'Institut français de géopolitique, .
Cette politique s'est accompagnée d'atteintes aux libertés fondamentales, passant notamment par des menaces, pressions et répression visant des journalistes, universitaires, intellectuels libéraux, responsables d'ONG et de la société civile ou de l'opposition..
Cette tendance fait craindre au glissement progressif du pays vers un système de démocratie illibérale, crainte d'autant plus forte, compte tenu de la personnalisation du pouvoir, Modi apparaissant comme le seul maître à bord, avec des accents mis sur sa personne au travers du storytelling. Fin 2016 parait ainsi en Inde l'ouvrage de la journaliste I Am a Troll. Inside the secret world of the BJP’s digital army ; il . Plusieurs auteurs relèvent le discours populiste voire national-populiste de Modi..
En , le BJP revendique 88 millions d'adhérents, ce qui en ferait le plus grand parti au monde, devant le PCC (Parti communiste chinois). Le , le parti annonce plus de 110 millions (11 crore) de membres BJP enrolls 11 crore members; kicks off mega outreach programme, The Times of India, consulté le 13 juillet 2015.
Aux élections de , le Bharatiya Janata Party obtient une large victoire aux élections dans l’État d'Uttar Pradesh — le plus peuplé de la Fédération avec plus de 200 millions d’habitants — en remportant plus de 300 sièges. Il s'agit du plus grand nombre de sièges que le parti a jamais remporté dans cet État jusqu'à présent Uttar Pradesh election results 2017: BJP blooms, punctures SP-Congress alliance, indianexpress.com, 11 mars 2017. Mais le BJP échoue, fin 2018, au profit du Parti du Congrès dans plusieurs États clés du nord du pays : Rajasthan, Madhya Pradesh et Chhattisgarh..