vignette|350x350px|Quartiers arméniens d'Adana pillés et brûlés pendant les massacres. vignette|Henry K. Carroll, du Boards of Foreign Missions, plaide dans ce texte auprès du secrétaire d’État américain en faveur de la protection des chrétiens de l'Empire ottoman. vignette|Un village arménien pillé et détruit lors du massacre d'Adana.
Les massacres d'Adana (en arménien ; en turc ) ont lieu dans le vilayet d'Adana (Empire ottoman) – qui correspond à peu près à la région historique de Cilicie – durant le mois d'avril 1909. Un massacre perpétré par des Turcs contre les populations arméniennes de la ville d'Adana à la suite de la contre-révolution ottomane de 1909 dégénère en une flambée de violence anti-arménienne dans toute la province. Des rapports estiment que ces pogroms ont fait en tout entre 20 000 et 30 000 victimes arméniennes et 1 300 victimes assyriennes.
En 1908, lors de la révolution des Jeunes-Turcs, des groupes révolutionnaires ottomans et arméniens coopèrent pour parvenir à la destitution du sultan Abdülhamid II et réinstaurer la constitution de 1876. En réaction, le (ou selon le calendrier occidental), une contre-révolution armée prend pour cible le Comité union et progrès et s'empare de Constantinople. Cette révolte ne dure que dix jours mais déclenche le massacre des populations arméniennes de la province d'Adana pendant plus d'un mois.
Ces massacres trouvent leur origine dans des différences politiques, économiques et religieuses. Les Arméniens d'Adana étaient décrits comme étant les Texte original en anglais : ..
La minorité arménienne avait ouvertement soutenu le coup d’État contre Abdülhamid II. La montée du nationalisme turc et la croyance populaire que les Arméniens étaient une sorte de cinquième colonne séparatiste et contrôlée par l'Europe contribuèrent à la férocité des exactions.
Contexte Adana devient arménienne en 1132, prise par les forces armées de la principauté de Petite-Arménie et en fait partie jusqu'en 1360. Les Arméniens continuent de s'y installer au fil des siècles, y formant une population prospère et créatrice. En 1359, la ville redevient turque quand, vaincu par les Mamelouks, Constantin III d'Arménie la cède à l'Égypte. Dès lors de nombreuses familles turques s'y installent, dont les Ramazanides, turkmènes d’origine oghouze, qui deviennent vassaux de l'Empire ottoman en 1516. En 1608, avec l'extinction des Ramazanides, Adana devient la capitale d'une province ottomane, l'eyalet d'Adana et plus tard le vilayet d'Adana. Dans les années 1833-1841, elle est temporairement conquise par l'Égypte de Méhémet-Ali.
En 1908, le gouvernement des Jeunes-Turcs arrive au pouvoir à la suite d'une révolution. En un an, la population arménienne de l'Empire ottoman profite de la fin du règne du sultan Abdülhamid II pour s'organiser politiquement afin de soutenir le nouveau gouvernement, qui leur promet de les mettre sur un pied d’égalité avec leurs compatriotes musulmans et la réconciliation entre les religions et les ethnies de l'Empire.
Les Arméniens étaient jusqu'alors soumis au statut de dhimmi. De plus, à partir de 1876, le sultan Abdülhamid II, animé par le panislamisme, sorte de nationalisme musulman, met en œuvre une campagne de massacres d'Arméniens (appelés massacres hamidiens) qui, en 1896, a fait plus de morts. Ces massacres provoquent l'indignation de toute l'Europe qui n'intervient toutefois pas. C'est pourquoi la minorité arménienne de Cilicie, mais aussi le reste des Arméniens de l'Empire et de la diaspora, voit dans l'arrivée au pouvoir des Jeunes-Turcs un cadeau du ciel. Ainsi, les chrétiens obtiennent le droit de s'armer et de former des groupes politiques significatifs. Mais les loyalistes du sultan, purs produits du système qui avait débouché sur les massacres hamidiens, voient rapidement l'émancipation des chrétiens comme portant préjudice à leurs avantages.
La contre-révolution ottomane de 1909 reprend le pouvoir des mains des Jeunes-Turcs et permet à Abdülhamid II de récupérer brièvement ses pouvoirs dictatoriaux. Ce dernier se tourne vers la frange de la population musulmane la plus conservatrice et réactionnaire, mobilisant une rhétorique populiste parlant de réinstaurer la charia et un califat islamique. Cette stratégie lui permet d'obtenir un véritable soutien populaire qu'il dirige contre le mouvement des Jeunes-Turcs.
Causes Selon une source, quand est parvenue à Adana la nouvelle qu'une insurrection avait eu lieu à Constantinople, la rumeur d'une révolte arménienne imminente commence à circuler au sein de la population musulmane d'Adana. Entre ce moment et le , le quartier arménien est ravagé par la foule et plusieurs milliers d'Arméniens périssent les semaines qui suivent.
D'autres sources soulignent qu'une Texte original en anglais : .. Deux jours plus tard, plus de 2 000 Arméniens avaient perdu la vie à cause de ces évènements.
Dans son rapport sur le massacre daté de et adressé au diplomate Sir Gerard Lowther, l'officier et vice-consul britannique à Mersine écrit que Texte original en anglais : ... Doughty-Wylie explique qu'il est impossible qu'une insurrection ait lieu sans réelle concentration de troupes ou sans un effort de s'emparer d'une place forte ; et que, de toute manière, le nombre d'Arméniens potentiellement mobilisés aurait Texte original en anglais : .. Texte original en anglais : ., ajoute-t-il en note de bas de page.
De ce rapport de Charles Doughty-Wylie, l'historien Vahakn Dadrian sélectionne certains passages significatifs : Texte original en anglais : .
Abdülhamid devient alors une figure adorée, dans ce contexte, parce que, selon Doughty-Wylie, ().
thumb|Cadavres d'Arméniens massacrés à Adana.
Déroulement Organisés par le mouvement Jeunes-Turcs, arrivés au pouvoir en 1908, ils font entre et morts.
À l'instar du sultan Abdülhamid, les Jeunes-Turcs sont animés par le panturquisme, qui place la race turque au-dessus des Arabes et des Perses. L'idée originale que a fait son temps et l'idée de régénération de la Turquie est finalement passée par une épuration de tous les Jacques de Morgan, , 270-271..
Dans la nuit du 25 au , avec l'aide de Tchiganes et de Bachi-Bouzouks, les soldats ottomans vont massacrer les chrétiens, et piller leurs commerces, églises et écolesIncendie à Adana, Bulletin de l'Institut, vol. I, n° 5, septembre 1909, p. 248-252. Le vali se montrera incapable de ramener l'ordreLes massacres d’Adana Relation du R. P. Rigal, supérieur des missions catholiques d’Adana. De nombreuses écoles chrétiennes sont détruites, dont la dernière école française d'Adana.
Organisés quelques années après les massacres hamidiens de 1894-1896, ils sont aussi le prélude au génocide arménien de 1915-1916.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Articles connexes Contre-révolution ottomane de 1909 Population arménienne ottomane Massacres hamidiens (1894-1897) Génocide arménien (1915-1923)
Liens externes
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