vignette|droite|Soldats belges détenus prisonniers, place de Couvin, . En 1940, l'armée belge n'a pas une capacité suffisante pour affronter l'envahisseur lors de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, un effort militaire sans précédent a été consenti depuis 1936 dans le cadre de la politique de neutralité. Celle-ci a été choisie en conséquence de la faiblesse politique de la France et du Royaume-Uni qui est apparue lorsque ces pays ont renoncé à réagir militairement quand l'Allemagne a réoccupé la Rhur avec la Wehrmacht en contravention avec le traité de Versailles.

Cette démonstration de faiblesse face à la politique agressive d'Hitler a conduit le Roi des Belges Léopold III et le gouvernement, appuyés par le Parlement, à craindre de ne plus pouvoir compter sur l'alliance militaire avec la France du traité de 1920, ni sur un support britannique. La Belgique a donc choisi de revenir au statut de neutralité d'avant 1914, tout en obtenant la remise en vigueur de la garantie de la France et de l'Angleterre à défendre l'indépendance belge.

En ce faisant, les gouvernants ont placé la Belgique dans un isolement militaire qui contraint ce pays à se préparer seul à l'éventualité d'un conflit avec l'Allemagne. Mais l'effort de réarmement se heurte à la capacité limitée de l'industrie nationale, avant tout consacrée aux armes légères. Quant aux fournitures en armement lourd, elles sont contrariées par les Français et les Anglais qui ne vendent que peu de canons, chars et avions modernes car ils sont eux-mêmes en retard de réarmement. D'autre part, l'infanterie est renforcée par la création de nouvelles unités à missions spécifiques (déjà depuis 1934), telles les troupes d'alerte comme les cyclistes-frontières chargés de patrouilles d'observation et les chasseurs ardennais. On parvient aussi à équiper l'armée de chars légers et de canons automoteurs qui peuvent percer le blindage des chars allemands.

Quelques avions modernes dont des chasseurs belges « Renard » et des « Hawker Hurricane » anglais viennent renforcer une aviation surtout composée de chasseurs bombardiers « Fairey Fox », de chasseurs « Fiat », « Fokker » et « Morane » qui, en 1937, sont au niveau des appareils des pays voisins, mais qui, en 1940, seront dépassés sur le plan de la vitesse.

Politique de défense pendant l'entre-deux-guerres, ses conséquences en 1940 et ses suites pendant le conflit

Contexte politique et militaire En 1920, un accord militaire franco-belge est signé entre les gouvernements belge et français dans le but de coordonner leurs efforts pour l’occupation conjointe de la Ruhr, mais aussi pour réduire le front en cas de nouvelle agression allemandeAnne-Claire de Gayffier-Bonneville, Sécurité et coopération militaire en Europe, 1919-1955, p.34..

Durant l’entre-deux-guerres, la Belgique est divisée entre les factions politiques flamandes et wallonnes : lorsqu’il fallut voter un budget militaire face à la menace nazie, les députés flamands tergiversèrent avec l’appui de l'aile pacifiste du parti ouvrier (socialiste), ce qui ralentit la modernisation de l’armée belge à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Malgré les demandes répétés du Roi et de certains hommes politiques comme Albert Devèze qui ont demandé à de multiples reprises une modernisation accrues de l'armée belge.

L’objectif principal du Mouvement flamand était de rompre l’accord militaire franco-belge de 1920Pierre Grosser, Pourquoi la Seconde Guerre mondiale ?, Éditions complexe, p.200. qu’il considérait comme un symbole de la « domination francophone ». Léopold III, inquiet devant les menaces de division du pays, parut céder au mot d'ordre flamand Los van Frankrijk !Els Witte, Nouvelle histoire de Belgique, Volume II, p.168. (Quitte de la France ! C'est à comprendre dans le sens débarrassons de l'alliance avec la France) et dénonça l'accord militaire franco-belge d'assistance mutuelle de 1920. Le , le roi déclara au Conseil des ministres que Lucien Marchal, La mauvaise carte, Bruxelles, 1946, p.118. Il s'agissait donc de bâtir une défense militaire belge capable de rassurer les Belges quant à la capacité du pays de se défendre contre tout agresseur. Ce qui, en fait, visait l'Allemagne, mais qui permettait de neutraliser l'action flamingante pour ce que le ministre Paul-Henri Spaak déclara être devant le parlement belge . De plus il faut savoir que cette renonciation de l'accord militaire était une des conditions des socialistes et des catholiques de voter les crédits de l'armée belge proposé par le ministre Devèze

En conséquence, le gouvernement dénonçaitM. Dumoulin, E. Gérard, M. van den Wijngaert, V. Dujardin, Nouvelle histoire de Belgique, volume 2 : 1905-1950, Éditions complexe, p.169. implicitement les accords de Locarno et repliait la Belgique dans une stricte neutralité refusant officiellement toute coopération avec les états-majors alliés et allant même jusqu'à envoyer des unités légères à la frontière française pour créer l'apparence d'une défense de toutes les frontières. Cette attitude vaudra au roi de vives réprobations de la part des Alliés et d’une partie de la population wallonneM. Dumoulin, M. van den Wijngaert, V. Dujardin, Léopold III, Éditions complexe, p.173.. Mais des contacts secrets avec les Français sont prouvés, comme on le lira, après la guerre, dans le livre Servir, titre des mémoires du général en chef des armées françaises GamelinGénéral Gamelin, Servir, 3 volumes, Plon, Paris 1946 , qui y révèle qu'il était en rapport avec le roi Léopold III, chef de l'armée belge. Celui-ci transmettait les renseignements que les services belges pouvaient recueillir auprès d'Allemands anti-hitlériens quant aux plans de la Wehrmacht contre la Belgique. C'est l'attaché militaire français à Bruxelles, qui avait été l'élève du général Van Overstraeten à l'École royale militaire de Bruxelles, qui servait de relais. Van Overstraeten lui-même, conseiller militaire personnel du roi, en parle dans un de ses livres, Dans l'Étau. On trouve des références aussi dans le livre Le du colonel RemyColonel Remy, Le , France-Empire, Paris 1976., grand résistant gaulliste qui met les choses au point quant au prétendu refus belge (proclamé par certains auteurs et journalistes) de coopérer avec la France. Il ne s'agissait que d'une apparence destinée à abuser l'opinion publique pour éviter le plus possible tout ce qui aurait pu passer pour une provocation aux yeux d'Hitler durant les mois de mobilisation générale mis à profit pour préparer l'armée belge à affronter l'Allemagne avec, entre autres, la construction de ligne antichar KW.

Effectifs à la veille de la guerre vignette|Mise en batterie d'un canon de 120 mm L modèle 1931 du 26e régiment d'artillerie en avril 1940. 48 exemplaires sont en service à cette date.. En date du , l'armée compte 22 divisions, soit 616 000 soldats sous les drapeaux qui attendent l'attaque allemande, même si l'Allemagne n'a pas, jusque-là, déclaré la guerre à la Belgique. Cet effort de mobilisation est considérable.. Mais si les effectifs sont importants, l'encadrement est insuffisant et la chaîne de commandement rigide, aux capacités de réaction lentes.

Cet effectif veille le long de l'Escaut puis du canal Albert, jusqu'au sud de l'Ardenne, soit sur une distance de près de 500 kilomètres suivant un arc de cercle épousant sensiblement le tracé des frontières depuis le littoral jusqu'à la frontière Est avec le Luxembourg et la France. À l'arrière, les gendarmes chargés de la police militaire (la prévôté militaire) - qui peuvent combattre l'ennemi, étant entraînés et équipés militairement - vont se livrer à une chasse aux parachutistes et aux espions ennemis, la cinquième colonne que la population croit détecter un peu partout à l'arrière des troupes.

L'offensive allemande Le , la Belgique est de nouveau envahie par l'Allemagne et l'armée belge, percée au nord par la chute du fort d'Ében-Émael, doit se replier tout en combattant pour s'aligner sur l'aile droite de l'armée française en recul après avoir été percée à Sedan, en Ardenne française. Les Chasseurs ardennais retardent la Wehrmacht pendant plus de 24 heures. L'état-major français ne peut tirer parti de ce délai, n'ayant pas cru probable et anticipé une offensive à travers les Ardennes. Comme l'avait dénoncé, en , une commission parlementaire française présidée par le député Taittinger, le dispositif français de la région de Sedan est médiocre, composé de réservistes de rang B installés dans des fortifications de campagne inachevées. Pierre Miquel le démontre dans son livre La Seconde Guerre mondialePierre Miquel, La Seconde Guerre mondiale, Fayard, Paris, 1986.. Ce n'est que le que les Allemands attaquent à Sedan. Mais, en deux jours, la défense française n'a pu envoyer en avant que quelques chars légers qui ne résistent pas aux chars allemands qui percent le front des Français. Cela oblige l'armée française à reculer pour tenter de retrouver sa cohésion et pour ne pas être contournée. Cependant, les Belges sont eux-mêmes percés en leur centre, sur le canal Albert, au nord de Liège, par la chute du fort d'Ében-Émael pris en 24 heures par des attaquants amenés sur le toit du fort par des planeurs pour en faire sauter les tourelles à l'aide de charges creuses, un explosif encore inconnu par les Belges et les Alliés. L'armée belge est également menacée sur sa gauche par la disparition des forces armées néerlandaises en retraite accélérée, ce qui oblige l'état-major belge à ordonner un recul général d'ailleurs rendu nécessaire par le recul français.

À signaler qu'une mission de liaison française dirigée par le général Champon est arrivée au grand quartier général belge dès le premier jour de l'offensive allemandeJean Cleeremans, Léopold III en l'an quarante, Didier Hatier, Bruxelles, 1985, page 72., le roi Léopold III ayant accepté que l'armée belge lie sa stratégie à celle de l'armée française.

Reddition de l'armée belge