Alexandre Aronovitch Petcherski (en ), né à Krementchouk dans l'Empire russe, gouvernement de Poltava (depuis 1991 en Ukraine), le et mort à Rostov-sur-le-Don, en République socialiste fédérative soviétique de Russie, Union soviétique, le , est un officier de réserve juif de l'Armée rouge pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est fait prisonnier par les Allemands, détenu d'abord dans des camps de prisonniers, puis dans un camp de concentration et de travail, finalement au camp d'extermination de Sobibor. Il y organise avec d'autres détenus et dirige la révolte et l'évasion en masse du . Des quelques révoltes dans les camps nazis, celle-ci est la plus importante après celle du centre d'extermination de Treblinka, compte-tenu du nombre de détenus ayant réussi a s'évader (275) et du nombre de ceux ayant survécu à la guerre (57). Après l'évasion, Petcherski rejoint un groupe de partisans soviétiques, puis continue à combattre dans l'Armée rouge jusqu'à ce qu'il soit grièvement blessé et démobilisé. Il n'est honoré officiellement pour son action à Sobibor que longtemps après sa mort.
Biographie Avant la guerre Le père d'Alexandre Petcherski est clerc d'avocat et sa mère femme au foyer. Il a un frère et deux sœurs. En 1915, la famille déménage à Rostov-sur-le-Don.. En même temps avec des études secondaires non achevées, le jeune Alexandre suit les cours d'une école de musique, en classe de piano. Il commence à travailler en 1925 comme commis comptable, puis, dans les années 1931-1933, il fait son service militaire qu'il finit avec un grade équivalent à celui de première classe. Il se marie en 1933 et en 1934 naît sa fille Eleonora.. En 1935, il commence à travailler comme inspecteur dans le service adminisratif de l'Institut d'économie, qui deviendra plus tard l'Université d'État d'économie de Rostov. Il est passionné de musique et de théâtre, et dirige le groupe de théâtre amateur de l'institut, où il joue lui aussi. Il met en scène de petites pièces, pour lesquelles il compose de la musique.
Petcherski ne s'identifie pas comme Juif. Il ne connaît pas le yiddish et sa femme est russe, une Cosaque du Don.
Pendant la guerre Petcherski est mobilisé dès le , le premier jour de la guerre de l'Allemagne nazie contre l'Union soviétique. Il est en service dans l'état-major de son bataillon, puis dans celui de son régiment, probablement comme préposé aux écritures, mais il participe aux combats. En septembre, il devient officier, au grade appelé à l'époque de « technicien-intendant degré », équivalu plus tard à celui de lieutenant.
Petcherski prisonnier de guerre L'unité de Petcherski combat depuis juillet dans la région de Smolensk, puis dans celle de Viazma, où elle est encerclée mais continue à combattre pendant deux semaines. Il est inclus dans un petit groupe qui reçoit l'ordre de sortir de l'encerclement le commissaire politique du régiment, grièvement blessé, mais ils sont faits prisonniers le . Conformément aux directives de la Wehrmacht et à un ordre émis le , qu'ils appliquent surtout au début de la guerre, les Allemands tuent sur place les commissaires politiques et les Juifs faits prisonniers. Petcherski ne relatera jamais comment il échappe à cette sélection. Le chercheur Lev Simkine suppose qu'il peut cacher son origine ethnique, parce que ni son physique ni son russe sans aucun accent étranger ne le distingue des autres, et aucun de ceux-ci ne le dénonce.
Petcherski est d'abord détenu dans les camps de prisonniers de Viazma et de Smolensk. Les Allemands n'appliquent pas aux soviétiques les conventions internationales concernant le traitement des prisonniers de guerre. Les conditions de détention sont inhumaines. Petcherski attrape le typhus. Les malades qui ne peuvent plus se lever sont d'habitude tués mais grâce à ses qualités physiques, il peut se présenter aux appels et finalement guérir.
En , Petcherski et quatre de ses camarades s'évadent mais sont repris le même jour. Par chance, ils ne sont pas tués mais emmenés dans un camp punitif à Borissov. Le , on les emmène à Minsk où, à l'occasion d'un contrôle médical, comme il est circoncis, on identifie Petcherski comme juif, ainsi que huit de ses camarades.
Petcherski détenu juif Les neuf militaires juifs sont enfermés dans un sous-sol complètement sombre, avec 100 grammes de pain et une tasse d'eau par jour pour chacun. Ils s'attendent à être tués, mais dix jours après, on les sort et on ne les tue pas, parce qu'on a besoin d'eux pour les faire travailler. On les emmène dans un camp de travail de la SS, où il y a pour la plupart des civils juifs, y compris des femmes et des enfants, et aussi des non juifs punis pour diverses raisons. À l'enregistrement, Petcherski ment en se déclarant menuisier. Les détenus sans qualification nécessaire aux SS doivent faire un travail épuisant, surtout pour des hommes très sous-alimentés, depuis l'aube et jusqu'à la tombée de la nuit, et subissent le sadisme du personnel du camp, dont les membres tuent des détenus pour diverses raisons et sous divers prétextes. Petcherski pense à s'évader et ne cache pas son intention devant ses codétenus. Dans le camp, il y a une organisation clandestine qui entretient des relations avec les partisans de la région. Un détenu kapo, le détenu chef de la baraque de Petcherski et la détenue dactylo de l'administration du camp sont membres de l'organisation. Ils font sortir du camp des détenus en les déclarant morts. Après avoir constaté qu'il peut avoir confiance en Petcherski, le kapo lui dévoile leur activité, lui dit de ne pas parler de son intention et de ne pas essayer de s'évader, en lui promettant que son tour viendra d'être sorti pour aller rejoindre les partisans. Cela n'arrive pas, parce qu'un jour, le kapo est emmené par la Gestapo.
Après plus d'un an depuis que Petcherski est détenu à Minsk, le , les Juifs du camp, quelque , parmi lesquels Petcherski et d'autres anciens prisonniers de guerre, sont embarqués dans des wagons de marchandises, entassés à 70-80 par wagon. On leur a donné 300 grammes de pain et ils emportent ce qu'ils ont pu se procurer eux-mêmes comme aliments et eau. Leur transport dure quatre jours sans qu'on ouvre une seule fois les wagons, donc sans qu'ils reçoivent à manger ni à boire, et sans qu'ils puissent sortir leurs déjections.
À Sobibor Le train arrive le au camp de Sobibor. On leur donne de l'eau et on les enferme de nouveau dans les wagons pour la nuit. Le lendemain, on les fait descendre sur la rampe le long de la voie ferrée et on en choisit ceux qui, à la première demande des SS, se déclarent charpentiers et menuisiers, parmi eux Petcherski, puis ceux qui se déclarent artisans, par exemple tailleurs, plus jusqu'à 80 parmi les hommes les plus aptes aux travaux physiques. Tous les autres sont tués dans les chambres à gaz.
Le camp est entouré d'une forêt. Petcherski est d'abord inclus dans une équipe qui travaille à l'abattage des arbres dans une extension du camp où on construit de nouvelles baraques.
La révolte
Dans le camp, quelques détenus de ceux utilisés aux divers travaux ont formé un comité clandestin qui discutait des plans d'évasion, car ils étaient arrivés à la conclusion que, s'agissant d'un camp d'extermination, finalement tous seraient tués, mais jusque vers la fin septembre ils n'ont pas réussi à prendre une décision concernant la manière d'agir. Petcherski, qui est bien bâti et mesure deux mètres, les impressionne par son aspect physique, sa qualité d'officier, la dignité avec laquelle il se comporte devant les SS et son autorité auprès de ses camarades soviétiques. C'est pourquoi, ils l'incluent dans les préparatifs d'évasion, en lui confiant aussi la commande des opérations.
Le comité profite de ce que dans ce camp, les détenus, femmes et hommes peuvent se réunir le soir, après la fin du programme de travail, et les dimanches, après le programme écourté de moitié. Il se crée même des relations amoureuses dans le camp. Ils se doutent que les SS s'attendent à ce que les Soviétiques pensent à s'évader, c'est pourquoi, pour ne pas éveiller les soupçons des SS sur leur conspiration, Petcherski est mis en contact avec la détenue , originaire d'Allemagne, qu'il appelle Luka, et qui est censée lui servir de couverture, parce que les réunions du comité ont lieu dans la baraque des femmes. Ils s'affichent ensemble à l'extérieur des baraques comme s'ils avaient une relation amoureuse. Ils arrivent difficilement à communiquer avec le peu d'allemand que connaît Petcherski, mais ils se lient d'amitié. Aux dires de Petcherski après la guerre, leur relation n'est qu'amicale.
Vu les conditions dont ils profitent, les conspirateurs qui préparent l'évasion peuvent se réunir suffisamment souvent pour discuter en détail les possibilités dont ils disposent, des propositions de plans d'évasion, ainsi que le plan qu'ils établissent finalement. Ils arrivent à la conclusion que la seule solution acceptable est de tuer le plus de SS possible, et que tous ceux qui peuvent et veulent s'évader le fassent en masse. Une question délicate est qu'il faut impliquer dans les préparatifs un nombre suffisant de détenus, sans donner l'occasion à une trahison, et que, pour la même raison, l'évasion ne peut être annoncée à tous les détenus qu'au moment de leur réunion pour l'appel. De plus, les conspirateurs savent que beaucoup de détenus seront tués lors de l'évasion et beaucoup d'évadés le seront après, le risque étant grand que soient tués aussi des détenus qui n'auront pas voulu s'évader. Toutefois, ils considèrent préférable qu'au moins une partie d'entre eux aient la chance de rester en vie, plutôt que d'être tous tués s'ils ne s'évadent pas.
Pour liquider les SS, les conspirateurs comptent sur l'habitude de ceux-ci de se procurer par le biais des détenus utilisés au tri des affaires des déportés nouvellement arrivés, des objets qu'ils convoitent, et aussi de commander des choses à confectionner par les détenus artisans. Les SS doivent être tués en secret, dans des ateliers, des baraques de tri, le garage et un bureau.
La révolte commence le , à 16 heures, une heure avant l'appel d'après-midi. Petcherski se tient dans l'atelier de menuiserie, où il reçoit les rapports des autres conspirateurs, prend des décisions et donne des ordres. Les rapports et les ordres sont transmis par des adolescents qui servent de courriers.
Jusqu'à l'appel, dix SS sont tués, avec des haches, des marteaux et des couteaux auxquels les détenus ont accès grâce aux travaux qu'ils doivent faire. Les Soviétiques s'emparent des pistolets des SS. Un conspirateur réussit à voler trois fusils et des cartouches.
Les conspirateurs ne peuvent pas suivre tout leur plan jusqu'à l'appel. On en donne le signal comme d'habitude et, quand tous les détenus sont réunis, Petcherski leur lance en criant l'appel à s'évader. Ceux qui veulent le faire se précipitent vers la porte du camp et vers deux endroits où ils vont renverser la clôture. Les SS restés en vie et les gardesCe sont des Trawniki, anciens prisonniers de guerre soviétiques passés au service des Allemands (Cf. et ). essayent de les arrêter en leur tirant dessus. Les détenus qui ont des armes tirent aussi. Des détenus sont tués dans la fusillade et, de ceux qui passent à travers la clôture, certains sont tués dans l'explosion de mines plantées autour du camp.
Conformément aux conclusions des recherches de l'historien polonais Marek Bem, au moment de la révolte, il y a quelque 500 détenus dans le camp, dont 275 parviennent à s'évader et 41 sont tués par balle ou à cause de l'explosion des mines. Ne veulent pas ou ne peuvent plus s'évader 184 détenus. Douze SS, un sous-officier des gardes et un garde sont tués finalement et un autre SS est grièvement blessé. Restent en vie cinq ou six SS et les autres gardes de service ce jour-là.