La saison 1978-1979 du Racing Club de Strasbourg est la trente-quatrième saison du club alsacien en championnat de France de Division 1, sommet de la hiérarchie du football français depuis l'introduction du professionnalisme en 1932. Cette saison est importante dans l'histoire du club strasbourgeois puisque celui-ci devient pour la première fois champion de France.
L'équipe est dirigée par Gilbert Gress, jeune entraîneur de 36 ans désigné entraîneur français de l'année 1978. Celui-ci apporte une tactique innovante en demandant notamment à tous les joueurs de participer aux actions défensives et offensives. La préparation de l'équipe est également innovante avec un travail physique important et une attention particulière portée à l'hygiène de vie des joueurs. La population locale s'identifie fortement avec cette équipe qui comporte une majorité de jeunes joueurs alsaciens talentueux comme Léonard Specht, désigné meilleur jeune joueur 1978, René Deutschmann, l'international espoir Yves Ehrlacher, l'attaquant international Albert Gemmrich, Jean-Jacques Marx et Roland Wagner. Ces joueurs sont entourés de quelques footballeurs plus expérimentés comme le gardien Dominique Dropsy, le défenseur Raymond Domenech ou le meneur de jeu Francis Piasecki.
Le titre de champion du RC Strasbourg intervient après une troisième place obtenue en 1977-1978, qui fait suite à une relégation de Division 1 en 1976 et un titre de champion de Division 2 en 1977. Pour cette nouvelle saison de Division 1 1978-1979, le Racing vise une place dans le premier tiers du classement tandis que les clubs favoris pour remporter le titre sont l'AS Saint-Étienne et le FC Nantes, multiples champion de France dans les années 1970, et l'AS Monaco, champion en titre. Le RC Strasbourg conquiert la première place du classement dès la . Il ne quitte plus sa place de meneur et gagne peu à peu un statut d'outsider crédible jusqu'à gagner le championnat. Le club atteint en outre la demi-finale en Coupe de France et le huitième de finale en Coupe UEFA. La saison du titre de champion de France 1979 est suivi avec enthousiasme dans la région alsacienne. Après une cinquième place acquise en 1979-1980, Gilbert Gress est limogé en à cause de profonds désaccords l'opposant au président du club. Cet évènement provoque des émeutes inédites au stade de la Meinau et marque le début du déclin sportif du club dans les années 1980.
Avant-saison
Coupe du monde en Argentine
thumb|upright|Dominique Dropsy participe au match de la Coupe du monde 1978 France-Hongrie.
La saison 1978-1979 de football se déroule après la Coupe du monde de football de 1978. Celle-ci a lieu en Argentine au mois de et voit la victoire de l'équipe d'Argentine de football dont c'est le premier titre mondial. Les Argentins battent en finale les Pays-Bas par 3-1, lesquels concèdent alors leur deuxième défaite consécutive en finale de Coupe du monde après celle de 1974, perdue contre l'Allemagne de l'Ouest 2-1. L'équipe de France de football participe à la Coupe du monde pour la première fois après 12 ans d'absence dans la compétition depuis le Mondial 1966 en Angleterre.
Le sélectionneur de l'équipe de France Michel Hidalgo emmène le gardien strasbourgeois Dominique Dropsy à la Coupe du monde 1978 en tant que troisième gardien après le titulaire Jean-Paul Bertrand-Demanes du FC Nantes et son remplaçant Dominique Baratelli de l'OGC Nice. La France est éliminée dès le premier tour après deux défaites sur le score de 2-1 contre l'Italie et l'Argentine. Dominique Dropsy est alors titulaire pour le dernier match, sans enjeu, contre la Hongrie. Les deux sélections proposent un « football attrayant et spectaculaire » et le match est dominé par la France. Après deux buts français de Christian Lopez et Marc Berdoll, les Hongrois réduisent l'écart à 2-1 par Sándor Zombori à la suite d'un mouvement avec son partenaire Tibor Nyilasi. Une minute plus tard, c'est Dominique Rocheteau qui clôt le score à 3-1 pour la France.
Préparation de la saison
Le RC Strasbourg prépare la saison par un stage en Allemagne dans la municipalité de Grünberg. Le club dispute une compétition estivale, la Coupe des Alpes 1978, dans un groupe composé en outre de l'OGC Nice, le Servette FC Genève et le Neuchâtel Xamax FC. Le règlement de la compétition prévoit que les clubs d'une même nation ne se rencontrent pas. Le Racing joue ainsi uniquement contre les deux clubs suisses. Le RCS s'incline 2-1 et 4-2 contre le Servette FC Genève et, contre le Neuchâtel Xamax FC, remporte le premier match 3-1 et fait match nul 0-0 dans la deuxième rencontre. Les Strasbourgeois se classent troisième du groupe. Après avoir obtenu la première place du groupe, le Servette FC Genève bat en finale le FC Lausanne-Sport .
Le programme d'avant-saison du Racing comporte six autres matchs amicaux. Ceux-ci sont tous remportés par les Strasbourgeois : 2-1 contre Frankenberg, 7-0 contre Steinbach, 4-0 contre le FR Haguenau, puis à domicile 5-1 contre Sarajevo, 6-0 contre le BSC Young Boys, et enfin 6-0 à l'extérieur contre le Chamois niortais football club, qui vient d'être relégué de Division 3.
Objectif du club
Après le titre de champion de Division 2 en 1976-1977, le Racing, nouvellement promu en Division 1, finit à une étonnante troisième place du championnat 1977-1978 tandis que l'AS Monaco, autre promu, obtient le titre. Pour la deuxième saison en Division 1, le président du RCS Alain Léopold ne se contente pas du maintien et fixe comme objectif une place dans le premier tiers d'un championnat 1978-1979 à vingt clubs, où les trois équipes nouvellement promues sont le Lille Olympique Sporting Club, l'Angers sporting club de l'Ouest et le Paris Football Club.
L'entraîneur Gilbert Gress est lui plutôt sceptique après les performances médiocres livrées par le Racing dans les matchs de préparation en Coupe des Alpes. Au vu de l'état de forme de ses joueurs, son objectif en début de saison est simplement de « gagner le premier match à domicile contre Lyon et ne pas perdre le suivant ».
Recrutement
thumb|left|upright=1.0|Johan Neeskens est en pourparlers avec le Racing début 1979.
Cinq nouveaux joueurs font partie de l'effectif professionnel du Racing en 1978-1979. La principale recrue est l'international français et milieu offensif Roger Jouve, qui vient d'atteindre la finale de la Coupe de France de football 1977-1978 avec l'OGC Nice. Un autre ancien niçois rejoint le RC Strasbourg en la personne de Nabatingue Toko, international tchadien qui évolue au poste d'attaquant. Patrick Ottmann rejoint le RC Strasbourg en provenance du club des SR Haguenau pour occuper le poste de gardien remplaçant. Les deux autres recrues sont Jacques Glassmann, jeune défenseur de 16 ans qui signe son premier contrat professionnel, et Arsène Wenger. Ce dernier signe au Racing en provenance de l'AS Vauban, club amateur strasbourgeois évoluant en Division 3, principalement pour encadrer les jeunes joueurs de l'équipe réserve.
Johan Neeskens, star du FC Barcelone et vice-champion du monde en 1974 et 1978, est présent au stade de la Meinau le . Il assiste à la victoire 3-0 contre le Paris FC et est annoncé comme possible recrue. Le joueur néerlandais ne signe finalement pas à Strasbourg et poursuit sa carrière au New York Cosmos à l'été 1979.
Compétitions
Championnat de France
Conquête de la première place - Journées 1 à 5
+Journées de championnat 1 à 5 J. Rencontre Rés. Place1 RCS-Olympique lyonnais 1-0 (0)2 Stade lavallois-RCS 2-2 (-1)3 RCS-FC Nantes 2-1 (-1)4 AS Monaco-RCS 0-2 (-1)5 Stade de Reims-RCS 1-1 (0) Légende : J. = journée ; Rés. = résultat ; ( ) = écart en point sur le premier ou, si le RCS est premier, sur le deuxième
La saison de championnat du RC Strasbourg démarre le avec l'accueil de l'Olympique lyonnais à domicile au stade de la Meinau. Un peu plus de assistent à une victoire difficile 1-0 sur un but de Jacky Vergnes, placé au poste d'avant-centre. La deuxième journée au Stade lavallois commence mal puisque les Mayennais mènent 2-0 à la mi-temps. Dans une fin de match palpitante, le Racing parvient à égaliser par Roland Wagner tout juste entrée en jeu et Francis Piasecki, qui égalise à la .
Le RCS, alors quatrième au classement, reçoit pour le compte de la troisième journée un des grands favoris au titre, le FC Nantes. Ce match est également particulier car il existe une certaine rivalité entre les deux clubs depuis la victoire alsacienne en Coupe de France de football 1965-1966. L'équipe nantaise s'appuie notamment sur les deux défenseurs de l'équipe de France de football Maxime Bossis et Patrice Rio, et sur de nombreux internationaux dont les milieux Henri Michel et Omar Sahnoun. Les Canaries nantais mènent rapidement 1-0 mais le Racing parvient à inverser le score par Albert Gemmrich puis Roland Wagner en deuxième mi-temps. Ce deuxième succès en trois matchs propulse l'équipe alsacienne à la deuxième place du classement derrière les rivaux du FC Metz.
Le match suivant du Racing est également périlleux puisque le club se rend chez le champion de France en titre, l'AS Monaco. La rencontre tourne vite à l'avantage des Alsaciens qui prennent l'avantage 1-0 dès la de jeu par Francis Piasecki. Dominateur dans le jeu, le RCS se détache 2-0 grâce à un but d'Albert Gemmrich en fin de rencontre. L'entraîneur monégasque Lucien Leduc reconnaît la défaite et concède que « Strasbourg roulait en Formule 1 et Monaco en voiture de tourisme ». Le RCS enchaîne un deuxième déplacement consécutif au Stade de Reims, qui vient de terminer quinzième du précédent championnat et n'est plus l'équipe dominatrice des années 1950 et 1960. Reims domine la rencontre et ouvre le score en deuxième mi-temps mais Joël Tanter égalise peu après. Ce match nul 1-1 permet au club alsacien de prendre la première place au classement pour la première fois depuis 1934.
L'avance sur le deuxième augmente - Journées 6 à 12
thumb|left|Le RCS remporte le derby face au FC Metz de Henryk Kasperczak.
+Journées de championnat 6 à 12 J. Rencontre Rés. Place6 RCS-FC Metz 3-0 (+1)7 Lille OSC-RCS 1-2 (+2)8 RCS-Nîmes Olympique 0-0 (+3)9 Paris FC-RCS 0-1 (+3)10 RCS-Angers SCO 6-0 (+4)11 OGC Nice-RCS 0-0 (+4)12 RCS-AS Saint-Étienne 2-1 (+5)
Lors de la sixième journée le , le Racing dispute son troisième match au sommet contre le FC Metz, rival lorrain et deuxième au classement à égalité de points. Malgré les vacances estivales, se rendent au stade de la Meinau. Ceci constitue un nouveau record d’affluence après les du match contre Saint-Étienne en . Les Messins jouent depuis le début de saison un football de qualité avec notamment Wim Suurbier, récent finaliste de la Coupe du monde avec l'équipe des Pays-Bas, l'international polonais Henryk Kasperczak et de jeunes joueurs talentueux comme le défenseur Patrick Battiston. L'équipe strasbourgeoise, qualifiée ce soir-là d'impressionnante par les médias, parvient néanmoins à prendre le dessus pour remporter un large succès 3-0.
Le Racing se déplace au Lille OSC pour le compte de la . Les Lillois égalisent rapidement après l'ouverture du score d'Albert Gemmrich. Raymond Domenech, qui a alors une « réputation de mauvais garçon », est sifflé par le public depuis un tacle violent sur un adversaire en début de match. À la de jeu et « dopé » par ces sifflets comme il l'explique après le match, le défenseur gauche Raymond Domenech s'empare du ballon dans le camp strasbourgeois puis remonte tout le terrain : après une série de dribbles et un une-deux avec un coéquipier, il marque le but de la victoire 2-1 depuis l'entrée de la surface de réparation.