L'histoire de la géographie est l'histoire de la science géographique c'est-à-dire l'évolution de la façon d'étudier l'espace terrestre. Ces études ont varié au fil de l'histoire et entre différents groupes culturels et politiques. Depuis le siècle, la géographie est devenue une discipline universitaire.
Les Grecs sont la première civilisation connue pour avoir étudié la géographie, à la fois comme science et comme philosophie. Thalès de Milet, Hérodote (auteur de la première chorographie), Ératosthène (auteur de la première carte du monde connue – l'écoumène – et calculateur de la circonférence terrestre), Hipparque, Aristote, Ptolémée ont apporté des contributions majeures à la discipline. Les Romains ont apporté de nouvelles techniques alors qu'ils cartographiaient de nouvelles régions.
Les premiers « géographes » développent quatre branches de la géographie qui vont perdurer jusqu'à la Renaissance : découvrir et explorer les continents ; mesurer l'espace terrestre (géodésie) ; situer la Terre dans les systèmes astronomiques (cosmographie) ; représenter l'espace terrestre (cartographie).
Après la Renaissance et les grandes découvertes, la géographie s'impose comme une discipline à part entière dans le domaine scientifique. Entre le et le , plusieurs courants se développent tentant de démontrer l'interaction entre l'homme et la nature, avec plus ou moins de succès et de rigueur d'approche.
À l'époque contemporaine, la géographie se divise en différentes branches d'étude.
Introduction Le mot géographie a été inventé par Ératosthène et signifie littéralement écrire la Terre. C'est une imitation graphique de la Terre. Comme art de représentation, c'est d'abord une techné obéissant à des règles. La géographie trace (γράφειν, graphein, écrire) une carte de la Terre (Gê, synonyme de Gaïa, la divinité Terre-Mère). La géographie se donne pour but de représenter le monde habité connu, lœcoumène (οἰκουμένη (γῆ) (terre) habitée). Au fur et à mesure, cet art de représentation a élargi son domaine pour devenir progressivement la science des caractéristiques physiques de la Terre, de ses ressources, de son climat, de sa population, etc.
Géographie antique
Débuts géographiques : Babylone et l'Égypte thumb|left|240px|Carte babylonienne du monde.
Les premiers restes humains qui indiquent un intérêt pour la connaissance de la Terre est une carte à l'échelle connue sous le nom de carte akkadienne, trouvée à Nuzi et datée approximativement du La carte est orientée vers l'est, et on peut identifier les éléments géographiques tels que des ruisseaux, des implantations et des montagnes. thumb|270px|Carte de Bedolina dans le Val Camonica. La carte de Bedolina est un pétroglyphe préhistorique reconnu comme l'une des plus anciennes cartes topographiques, les figures les plus anciennes ayant semble-t-il été gravées à la fin de l'Âge du bronze (3000-1000 av. J.-C.)Beltrán Llorís M., 1972. Los grabados rupestres de Bedolina (Valcamonica), BCSP, vol. VIII, Capo di Ponte (BS): 121-158.
Les cartes les plus anciennes connues décrivant la Terre (carte du monde) à Babylone sont datées du Mais la carte la plus connue par toutes, est la carte babylonienne du monde datée entre 400 et 600 , découverte en Irak en 1899. La carte montre la ville de Babylone entourée par l'Euphrate avec une masse de terre circulaire représentant l'Assyrie, Urartu et d'autres villes environnantes entourées par une « rivière d'eau amère » (l'océan), et sept îles disposées autour de lui pour former une étoile à sept branches. Le texte d'accompagnement mentionne sept régions extérieures au-delà de l'océan circulaire, les noms de cinq d'entre elles sont encore visibles. Babylone est représentée comme le centre du monde.
Une autre carte représente un petit territoire du district de Nippur, montrant un canal, des maisons et un parc. Le plan est daté du
Des cartes ont également été trouvées en Égypte représentant un plan de jardin du
La carte de Bedolina (dans le Parc archéologique de Seradina-Bedolina à Capo di Ponte, nord de l'Italie) est considérée comme la plus ancienne représentation d'une occupation humaine. Elle peut dater entre le et le
Grèce archaïque et classique Bien qu'il n'y ait aucun texte décrivant les voyages de marchands, la présence de certains matériaux en Grèce non produits sur place montre que l'activité commerciale a permis de parcourir le bassin méditerranéen et le nord de l'Europe. Ainsi le bronze utilisé par les Mycéniens, composé d'étain et de cuivre, venait probablement des mines du sud de l'Espagne, de la cité de Tartessos, qui fournissait aussi de l'argent. La route commerciale d'Espagne a continué à être utilisée par les Phéniciens. À partir de leur implantation à Gadès, ces derniers vont faire plusieurs périples le long des côtes africaines. Les Phéniciens ont fait le commerce de l'ambre qui devait provenir de la Baltique. Les Crétois avaient des comptoirs commerciaux dans la Mer Noire avant l'arrivée des DoriensFlorence Trystram, Terre ! Terre !, 23, JC Lattès, Paris, 1994 ..
Les œuvres d'Homère, l'Iliade et l'Odyssée, sont des œuvres littéraires, mais les deux contiennent un grand nombre d'informations géographiques. Homère décrit un monde circulaire entouré d'un énorme océan. Les cartes antiques montrent que les Grecs au avait une grande connaissance de la géographie de la Méditerranée orientale. Les poèmes d'Homère contenaient un grand nombre de noms de lieux et de descriptions, mais pour beaucoup d'entre eux, il n'est pas certain que leur situation géographique réelle, si elle existe, soit correctement identifiée.
Thalès de Milet est l'un des premiers philosophes à s'être interrogé sur la forme du monde. Il a proposé que le monde soit basé sur l'eau, et que toutes choses sont nées de celle-ci. Il a également prévu un grand nombre de règles mathématiques et astronomiques qui permettraient d'étudier la géographie physique. Son successeur, Anaximandre, est la première personne connue à avoir tenté de créer une carte. à l'échelle du monde connu et avoir introduit le gnomon en Grèce antique.
Hécatée de Milet a lancé une forme différente de la géographie, en évitant les calculs mathématiques de Thalès et d'Anaximandre. Il a conçu le monde en rassemblant des travaux antérieurs et en parlant aux marins qui sont venus par l'intermédiaire du port de Milet. À partir de ces récits, il a écrit une prose sur ce qui était connu du monde.
Un travail similaire, et qui survit surtout aujourd'hui, est l'''Enquête (ou Histoires) de Hérodote. D'abord un travail d'histoire, le livre contient en fait une multitude de descriptions géographiques couvrant une grande partie du monde connu. L'Égypte, la Scythie, la Perse, et l'Asie Mineure sont décrites en détail. On sait alors peu de choses sur les autres zones, et la description des zones telles que l'Inde sont presque totalement fantaisistes. Hérodote a également fait des observations importantes sur la géographie physique. Il est le premier à avoir noté le processus par lequel les grands fleuves, tels que le Nil, donnent naissance à des deltas, et est aussi le premier à observer que les vents ont tendance à souffler à partir de régions plus froides vers les plus chaudes.
Pythagore est peut-être le premier à proposer un monde sphérique, en faisant valoir que la sphère est la forme la plus parfaite. Cette idée est parfois attribuée à Parménide. Quoi qu'il en soit, elle fut adoptée par Platon et Aristote, qui ont avancé des données empiriques pour vérifier cela. Il a noté que l'ombre de la Terre pendant une éclipse lunaire était courbée, et aussi que les étoiles sont plus hautes quand on se déplace vers le nord. Eudoxe de Cnide a utilisé l'hypothèse sphérique pour expliquer l'existence de différentes zones climatiques basées sur la latitude, à cause de l'angle pris par les rayons du Soleil. Cela a conduit Parménide à émettre l'hypothèse d'une division du monde en cinq régions : chacun des pôles correspond à une région froide, la zone autour de l'équateur est torride et, entre ces deux régions extrêmes, les hémisphères Nord et Sud ont des températures convenables à l'habitation..
Période alexandrine Ératosthène (276 à 194 av. J.-C.) est l'auteur d'un travail considérable. Ses études portaient sur la répartition des océans et des continents, les vents, les altitudes des montagnes et les zones climatiques.. Il emploie le terme géographie. Il laissa une carte générale de l'écoumène, le monde habité, qui fit longtemps foi : il y donnait la valeur de 47° 42' à l'arc du méridien compris entre les deux tropiques, valeur correcte à quelques minutes près. thumb|right|upright=1.5|Calcul de la circonférence de la Terre. C'est cependant l'étude de la circonférence de la Terre qui marque le plus les travaux d'Ératosthène. Il observa l'ombre de deux puits situés en deux lieux, Syène (aujourd'hui Assouan) et Alexandrie, le 21 juin (solstice d'été) au midi solaire local. Il observa que l'angle entre les rayons solaires en ces lieux était de 7,12 degrés. Il évalua ensuite la distance entre Syène et Alexandrie : la distance obtenue était de , soit 787,5 km, mesure très proche de la réalité, s'il a bien utilisé un stade (mesure de longueur) valant . Par la théorie géométrique des angles alternes-internes congrus, il calcula que la circonférence de la Terre était de , mesure extraordinairement précise pour l'époque (les mesures actuelles donnent à l'équateur).
À la suite d'Héraclide du Pont, Aristarque de Samos suggère que l'axe de la Terre effectue une précession quotidienne par rapport à la sphère des fixes.
Le grand astronome Hipparque, auteur d'une Critique de la Géographie d'Ératosthène, met au point ou perfectionne des méthodes permettant de déterminer les positions des lieux géographiques en longitude et latitude. Il consacre la projection stéréographique pour l'établissement de cartes à grande échelle. Son contemporain gréco-chaldéen Séleucos de Séleucie étudie les marées et les met en relation avec les mouvements de la Lune et du Soleil. Se fondant sur ses observations, Hipparque défend l'idée qu'il existe un continent entre les océans Atlantique et Indien.
Période romaine right|thumb|300px|La carte de l'écoumène de Ptolémée reconstituée en 1482. Le premier géographe dont l'œuvre nous soit parvenue presque intégralement est Strabon. Grec né à Amasée (actuelle Amasya en Turquie) vers 57 av. J.-C., mort vers 25 ap. J.-C., il écrivit une géographie, description détaillée du monde connu. Strabon relate notamment l'exploration de Pythéas de Marseille au-delà des Colonnes d'Hercule (Gibraltar) jusqu'à Thulé (le Groenland ?) et la mer gelée. C'est à l'époque romaine que la géographie acquiert un statut utilitaire à côté de son caractère scientifique. En effet, Strabon considère que la géographie est indispensable pour gouverner et conquérir de nouvelles terres..
Le périple de la mer Érythrée, texte décrivant les routes maritimes de la mer Rouge, de l'océan Indien et du golfe Persique, en partant de l'île de Dioscoride (aujourd'hui Socotra) date probablement du .
Mais à cette période, comme à la précédente, le centre scientifique est Alexandrie, ville hellénisée d'Égypte. Ptolémée (vers 90 à 165) s'appuie sur les travaux de Marinus de Tyr et prolonge les travaux d'Hipparque. Il rédige à son tour une Géographie (Γεωγραφικὴ Ὑφήγηδις), œuvre qui a exercé par la suite une très grande influence sur les sciences islamiques et européennes. Il s'agit d'un exposé approfondi sur les connaissances géographiques du monde gréco-romain, avec des cartes établies selon des méthodes de projections remarquables.
Liste des géographes gréco-romains, Géographes grecs mineurs Liste des ports antiques, Navigation dans l'Antiquité Histoire de la cartographie
Antiquité tardive et Haut Moyen Âge thumb|300px|right|Mapa Mundi de Beatus de Liébana (v. 780) conservé dans le manuscrit de Saint Severn.