vignette|Thubten Ngodup en transe en 2014 lors du Kalachakra au Ladakh thumb|Miroir de l'oracle d'État du Tibet L'oracle de Nechung est l'oracle officiel d'État du Tibet Lawrence R. Spencer, The Oracle of Pan, p. 97. depuis les années 1650. C'est l'un des oracles d'État du Tibet et jusqu'en 1959, le médium résidait au monastère de Nechung dont il était l'abbé, d’où son nom. Depuis l’exil du gouvernement tibétain, ce monastère a été recréé à Dharamsala en Inde, à proximité de la résidence de l'actuel dalaï-lama. Le médium qui y réside a le rang de vice-ministre, car il est l’intermédiaire de Dorje Drak-den, la principale divinité protectrice du gouvernement tibétain et du dalaï-lama Oracle de Nechung, tibet.com, Bureau du Tibet de Londres.. Il est consulté à l’occasion du Nouvel An tibétain.
Le médium est depuis le Thubten Ngodup, né en 1957 à Phari au Tibet. Il est le du titre, et a pris la succession de Lobsang Jigmé, entré en fonction en 1945 et décédé en 1984 en Inde. Interrogé sur la Chine, ce dernier, en 1949, a averti le dalaï-lama des difficultés qui l'attendaient puis, en 1959, de l'itinéraire à suivre par celui-ci pour gagner l'Inde Les médiums, tibet.com, Bureau du Tibet de Londres.. Histoire Origines vignette|Pehar sur un lion des neiges. thumb|Représentation de Pehar Gyalpo au monastère de Nechung, Tibet La pratique de l’oracle par possession d’un esprit ou d’une déité est présente dans les plus anciennes traditions religieuses tibétaines, comme le Bön ou les Nyingmapa. Selon la conception bouddhiste, la déité projette son esprit par transfert de conscience ou phowa, l’un des Six yogas de Nāropa, dans un médium (, « kuten ») qui est son support physique. La possession est une épreuve rude qui nécessite une « convalescence ». Dans tout l’Himalaya, les oracles ont joué et jouent un rôle important dans le domaine religieux, ainsi qu'un rôle de conseil auprès de l'ancien gouvernement du Tibet et du gouvernement tibétain en exil.
La déité s’exprimant par l’oracle est Pehar Gyalpo, l’un des esprits soumis par Padmasambhava, qui l’aurait nommé chef des protecteurs de Samye sur le site Vie et traditions des Tibétains en exil, 13 mai 2010..
Il se serait ensuite installé dans la région du monastère de Nechung, remplacé à Samye par l’esprit Tsiu Marpo Christopher Paul Bell, Tsiu Marpo: The Career of a Tibetan Protector Deity Florida State University..
L'origine des relations entre Pehar (Dorjé Dragden) et les dalaï-lamas remonte au dalaï-lama qui visualise à plusieurs reprises Pehar, lequel accepte d'être son protecteur ainsi que celui du monastère de Drépung bâti à proximité de l'ancien temple de Nechung.
Quand en 1642, le dalaï-lama devient chef de l'Etat du Tibet, Dorjé Dragden change de statut. Il doit protéger les dalaï-lamas, le gouvernement du Tibet et en conséquence le Tibet, tandis qu'une autre déité, Palden Lhamo, est chargée de protéger le Tibet exclusivement. Quand le palais du Potala fut construit pour héberger la résidence du dalaï-lama et les services gouvernementaux, Dorjé Dragden demeura le protecteur de l'Etat. C'est alors qu'un médium, le Nechung kuten, le support physique de Nechung, permit de recueillir les conseils de Pehar. Cependant, comme le dieu n'est pas spirituellement libre, ses conseils ne constituent qu'un élément parmi d'autres dans le processus décisionnel. À l'initiative du dalaï-lama, le second régent du Tibet, Trinlé Gyatso (1660-1668), fonde le nouveau monastère de Nechung eu égard à son importance. Sous la régence de Sangyé Gyatso (1679-1703), les travaux prirent une grande ampleur et Nechung prit son essor, prenant le nom de Nechung Dorjé Drayang Ling (Nechung, le jardin du son mélodieux du vajra), encore le sien aujourd'hui. Sangyé Gyatso confirme le rôle protecteur de Pehar.
Pehar a finalement plusieurs résidences. Nechung est la principale. Il est aussi le protecteur de , l'ancienne résidence de Lama Shang Tsöndru Dragpa (), initiateur de la lignée Telpa Kagyüpa. Il devint protecteur de Méru Nyingba où fut établie la résidence du Nechung Kuten à Lhassa. C'est un monastère lié à Nechung dont la fondation remonte à Songtsen Gampo au . C'est en ce temple que Thonmi Sambhota termina la mise au point de l'alphabet tibétain inventé à partir d'un alphabet indien. Comme le monastère de Nechung, il est affilié à 3 grandes lignées : sakya, guélug et nyingma-kagyü.
Le monastère de Nechung, qui comportait initialement 4 moines, en compta 50 puis 101 sous le règne du dalaï-lama, puis 115 sous le dalaï-lama. Le Nechung Kuten, ayant rang d'abbé, est à sa tête, tandis que Nechung Rinpoché, à partir du , et le Nechung Dépa sont des responsables administratifs. Tous trois sont nommés par le gouvernement du Tibet. En 1959, seuls six moines du monastère se sont enfuis et ont gagné l'Inde. De ceux qui sont restés au Tibet, une poignée survécut. Nechung est en partie détruit et transformé en entrepôt agricole, sa cour en cour de ferme, tandis que ses trésors sont pour la plupart pillés.
La lignée des kutens
kuten Protecteur de monastère et de lignée, c’est seulement en 1544 que Pehar Gyalpo aurait pour la première fois pris possession d’un être humain, faisant de Drag Trang-Go-Wa Lobsang Palden le premier médium de Nechung. Lobsang Palden donna des indications qui permirent de découvrir le dalaï-lama. Jusqu’en 1945, les médiums viendront à Nechung depuis différents monastères.
2 kuten Le kuten est connu sous les noms de Jampa Gyatso et Ringangpa, correspondant à sa région d'origine, Rinchen Gang.
3 kuten Le kuten, Nangso Gönor, était un membre laïc du gouvernement (nangso) quand il eut sa première transe.
4 kuten Le kuten, Sépo Sönam, était lié au dalaï-lama à qui il donna des conseils en nombre, notamment quand le Tibet connut des difficultés avec le royaume du Bhoutan dans les années 1650. Durant cette période, le dalaï-lama protégea le monastère de Nechung et le kuten devint l'oracle d’État.
5 kuten Le kuten, Tséwang Pelbar, fut en fonction 10 ans, de 1679 à 1689. Le régent Sangyé Gyatso fit réaliser des statues pour le monastère de Nechung, dont il veilla au bon fonctionnement. On fixa le nombre de ses moines à une cinquantaine. À la mort du dalaï-lama, il délivra une prédiction au sujet de son retour, et mourut en 1689 à 58 ans.
6 kuten Le kuten, Lobsang Legjor Gyatso, originaire du Kongpo, eut sa première transe en 1690, et le nombre de moines de Nechung passa à 101.
7 kuten Le Kuten, Tsangyang Tamdrin (Lobsang Tashi), connut sa première transe en 1725. Il fut proche du dalaï-lama durant la première partie de sa vie. Il eut de nombreuses transes et institua à Nechung la pratique des 13 déités de Yamantaka et le rituel des offrandes brûlées (jinseg) pour les consécrations, selon la transmission du monastère de Gyuto. Sa renommée était telle qu'il reçut en don pour Nechung des terres du Kham oriental, dans la région de Dartsedo. Il est mort de vieillesse en 1747.
8 kuten Le Kuten, Ngawang Gyatso, était originaire de Dartsédo, et du monastère de Gar Dratsang, fondé par Kamsum Silnön, incarnation de Rigzin Göden, monastère sous le patronage de la famille royale du Chagla, un des royaumes du Kham. Il connut sa première transe en 1747 au Tibet central, en présence du dalai-lama. Ngawang Gyatso était également lié au monastère de Thubten Dorjé Drag et noua des relations avec le Tulkou de ce monastère, Taklung Tsétrul Rinpoché, Kalsang Péma Wangchug qui devint son lama racine.
9 kuten Le kuten, Yulo Köpa, est peu connu. Il était en activité en 1822. On pense qu'il est originaire de Yulo Kö, un petit hameau proche de Nechung. Il fut élevé au rang de Khenchung, intégrant l'administration religieuse de l’État en 1822.
10 kuten Le kuten, Kalsang Tsültrim, fut en fonction entre 1837 et 1856. En 1849, en raison de son efficacité, il fut nommé khenchen, au gouvernemental. Il mourut peu après le dalaï-lama.
kuten Le kuten, Lhalung Shakya Yarphel, fut un des kutens les plus remarquables. En 1878, Lhalung Shakya Yarphel désigne Lobsang Dargyé, ancien abbé du monastère de Gyumé, pour rechercher la réincarnation du dalaï-lama. Lobsang Dargyé se rend sur les rives du lac Lhamo Lhatso, réputé livrer des visions après de longues méditations. Dans la nuit du , il voit l'enfant, ses parents, leurs noms, et leur maison. Le kuten confirme les visions. Une mission d’enquête menée par Lobsang Dargyé découvre au Dagpo la maison d'un humble bûcheron abritant le jeune garçon. Son père s'appelle Kunzang Rinchen, et sa mère Lobsang Dolma. Interrogé, en transe, le kuten confirme qu'il s'agit du dalaï-lama. En février 1899, le kuten avertit le dalaï-lama au cours d'une transe que sa vie était en danger, l'incitant à la plus grande prudence. Malgré ses conseils, le dalaï-lama, précédemment énergique, tombait malade régulièrement, se fatiguant rapidement. Interrogé à nouveau, le kuten précisa que la magie noire était en jeu et demanda qu'une paire de bottes détenues par le tertön Sogyal soit démontée. On interrogea Sogyal qui pensa aux bottes que lui remit Shaö Trulkou à l'attention du dalaï-lama. Pris d'un mauvais pressentiment, il les avait conservées et essayées un jour, mais s'était mis alors à saigner du nez et décida de les abandonner dans un coin. Suivant les conseils du kuten, les bottes furent démontées, et l'on découvrit un pentacle maléfique associé au nom et à la date de naissance de Thubten Gyatso dans les semelles ainsi que des substances réputées néfastes. Une enquête fut menée, l'ancien régent Démo Rinpoché et ses complices avouèrent, arrêtés, mis en résidence surveillée ou écroués, la plupart moururent rapidement de mort naturelle ou de suicide, comme Shaö Trulkou qui se défenestra.
12 kuten Le kuten, Lobsang Sönam, un moine du Kham, fut découvert en lors de sa première transe.
13 kuten Le kuten, Lhalungpa Gyaltsen Tharchin, d'une famille parente de la famille Bhrumpa possédant des terres dans la région du Dagpo, fut découvert au Losar de 1913 lors de sa première transe puis démis par le dalaï-lama en 1915. Dans les années 1920, il s'exila dans le Lhokha.
thumb|Lobsang Namgyal, médium de l'oracle de Nechung en 1939
14 kuten Le dalaï-lama réinvestit le kuten, Lobsang Sonam, qui venait d'avoir une nouvelle transe. Lors des célébrations du nouvel an tibétain de 1932, il entra en transe et avertit le dalaï-lama de sa fin imminente, lui révélant sa maladie et lui indiquant l'urgence qu'il délivre ses directives pour la stabilité future du pays. Il rédigea un texte connu comme son « testament » dont certains éléments se sont révélés prophétiques.
Selon le site The Tibet Album Lobsang Namgyal aurait précipité la mort du dalaï-lama par de mauvais conseils médicaux, le même site affirme qu'il aurait été nommé oracle d’État en 1934, alors que le dalaï-lama est décédé le Notice biographique de Lobsang Namgyal sur le site The Tibet Album : ..
Claude Arpi mentionne que l'intrigant Lungshar accusa Thupten Kunphel-la, avec la complicité de l'oracle et du médecin du dalaï-lama, d'avoir précipité le décès de ce dernierClaude Arpi, Tibet, le pays sacrifié, préfacé par le Dalaï Lama, Calmann-Lévy, 2000, ..
15 kuten Lobsang Namgyal participa à la recherche du dalaï-lamaHeinrich Harrer dit cela à propos du prédécesseur du jeune oracle qu'il eut l'occasion de voir : . Cf ., l'oracle demandant que trois équipes soient envoyées respectivement au Tibet central, dans l'Amdo et dans le KhamMichael Harris Goodman, Le dernier Dalaï-Lama ? Biographie et témoignages, Editeur Claire Lumière, 1993, , p. 15..
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