vignette|redresse|L'une des tours du site Tolbiac, marquée par un « X » (symbole de la pornographie, notamment dans le ), à l'occasion de l'exposition L'Enfer de la Bibliothèque : Éros au secret, en .

Les Enfers de la Bibliothèque nationale sont, en France, des enfers, remontant au , ayant perduré dans au moins deux départements de la Bibliothèque nationale : l'enfer du département des Estampes et l'enfer de la Réserve du département des Imprimés, sans oublier la « réserve spéciale » de l'Arsenal.

Histoire

La constitution de l'Enfer est une , qui trouve ses origines sous l'Ancien Régime, son nom sous la monarchie de Juillet et son catalogue sous la Troisième République. Sa mise en place a donné lieu à différentes hypothèses de création, Guillaume Apollinaire datant sa création sous le régime du Premier Consul, Bonaparte, , alors que Pascal Pia, doutant que des dirigeants issus de la Révolution aient pu mettre en place un dispositif calqué sur l'Index du Vatican, postule pour une instauration à la toute fin du Second Empire. Les voient une multiplication d'études de la part de conservateurs de la Bibliothèque nationale, qui apportent alors un regard sur l'Enfer, permettant d'affiner une généalogie plus précise. En effet, Alain Gourdon, administrateur général de la Bibliothèque nationale, passe une commande d'articles consacrés à l'Enfer, publiés dans la Revue de la Bibliothèque nationale.

Les origines d'une mise à l'écart : l'Ancien Régime vignette|L'ouvrage du Marquis de Sade, Justine ou les Malheurs de la vertu, publié en , sera conservé dans l'Enfer de la Bibliothèque nationale, comme une grande partie de l'œuvre de Sade. |alt=page de titre de l'édition 1791 avec une lithographie d'inspiration antique représentant trois personnages À la fin du , sous l'Ancien Régime, Nicolas Clément, alors garde de la Bibliothèque royale, entreprend une classification des ouvrages imprimés en vue d'imprimer et de publier un catalogue, référençant ainsi les ouvrages en possession de la Bibliothèque. Il sépare alors les ouvrages religieux qualifiés d'orthodoxes (auxquels il donne alors la cote D) des livres hétérodoxes, cotés en D. Par similitude, les Belles-Lettres voient s'appliquer un découpage similaire : la poésie est cotée à la lettre Y, alors que les romans trouvent leur place à la sous-cote Y . Une trentaine d'années plus tard, le catalogue, remanié par le garde des Imprimés l'abbé Sallier, est imprimé en plusieurs volumes : ceux consacrés aux Belles-Lettres paraissent en : dans une section à part, l'appellation des « ouvrages licencieux » fait son apparition, .

vignette|redresse|« Jeannette » de Tony Johannot faisant partie d'un corpus de huit lithographies éditées entre et pour les chansons de Pierre-Jean de Béranger, conservées dans l'Enfer|alt=Un homme et une femme, enlacés et nus, sur un lit qui vient de casser et dont le matelas touche le sol On retrouve dans cette section, entre autres, Le Premier Acte du synode nocturne des tribades de Guillaume de Reboul ou encore L'Histoire du prince Apprius de Pierre Godard de Beauchamps. Au nombre de 34 au moment de la parution du catalogue, les livres qualifiés d'obscènes et de licencieux continuent d'arriver à la Bibliothèque royale. Ils sont alors rangés et conservés à part, dans un meuble à tiroir, comme en témoignent les mentions « cabinet » ou « cab. » sur le catalogue, le règlement de l'époque interdisant la communication des ouvrages contraires à la religion ou aux mœurs. Jeanne Veyrin-Forrer estime à une cinquantaine le nombre de romans considérés comme licencieux au cours de l'Ancien régime.

Instauration et développement à la Bibliothèque nationale ()

La Révolution française entraîne d'importantes confiscations révolutionnaires des biens du clergés : la Bibliothèque nationale voit alors ses collections s'enrichir. Joseph Van Praet, fils de libraire, conservateur depuis , est désigné par Jean-Augustin Capperonnier pour inspecter et choisir, parmi les ouvrages saisies, ceux qui méritent d'entrer dans les collections de la Bibliothèque nationale. En , Van Praet, devenu garde des livres imprimés, entreprend de sélectionner plusieurs ouvrages précieux, . Cette sélection de livres va être l'objet d'un déménagement important à l' : ces ouvrages précieux sont alors installés au premier étage de la Bibliothèque, annonçant ainsi la création de la Réserve des livres rares, où les ouvrages licencieux trouvent également leur place. À partir de , Paulin Richard, conservateur adjoint au Département des imprimés, entreprend une mise à jour des catalogues : il appose alors, pour la première fois, la mention « Enfer » en marge des ouvrages qualifiés de licencieux, à la fois dans la classification Y des romans, mais également dans d'autres segments des collections.

La première définition « officielle » est donné par l'administrateur général en :C'est tout simplement une cachette du département des Imprimés, dont les conservateurs ont seuls la clef, et dans laquelle on enferme certaines livres fort mauvais, mais quelquefois précieux pour les bibliophiles, et de grande valeur vénale ; cet enfer est pour les imprimés ce qu'est le Musée secret de Naples pour les antiques

L'Enfer des Estampes vignette|Shunga (estampe érotique japonaise) conservée à la Bibliothèque nationale. |alt=Un homme et une femme enlacés, à demi-vêtus, sur un futon |gauche Au cours des , la lithographie fait son apparition comme moyen de reproduction à de multiples exemplaires. L'image devient alors un média important de l'érotisme et de la pornographie. Le Département des Estampes reçoit et conserve des documents issus pour beaucoup de saisies de la police et de la justice, comprenant des dessins, des photographies, des caricatures ou encore des gravures. En 1870, Henri Delaborde, historien de l'art et conservateur, décide alors de séparer ces documents du reste des collections conservées dans le Département des Estampes.

En , Henri Bouchot se charge de rédiger le catalogue des Estampes, dans lequel apparaît, sous la cote Ae, les documents de l'Enfer du département, appelé aussi la « Réserve libre ».

La Bibliothèque nationale va conserver un fonds rare et précieux de gravures et de livres illustrés érotiques japonais, appelés shunga, de l'époque d'Edo. Ces documents sont issus de trois dons importants : celui de Robert Lebaudy (), Georges Marteau () et George Barbier ().

L'Enfer au ()

Catalogue de Guillaume Apollinaire vignette|redresse|Page de titre du catalogue L'Enfer de la Bibliothèque nationale, publié au Mercure de France en .

En paraît L'Enfer de la Bibliothèque nationale, édité par le Mercure de France, un catalogue recensant environ conservés dans l'Enfer de la Bibliothèque nationale. Il est à l'initiative de Guillaume Apollinaire, Fernand Fleuret et Louis Perceau qui, partis du constat que ces ouvrages n'étaient décrits que de manière éparse dans quelques catalogues voire absents de toute bibliographie, ont souhaité rédiger et regrouper les notices des imprimés de l'Enfer dans un catalogue.

Les circonstances de la rédaction de cet ouvrage demeurent floues néanmoins, la correspondance des trois auteurs témoigne de leur travail étalé sur quelques années. Par ailleurs, Raymond-Josué Seckel évoque l'éventuelle aide de Eugène Morel et Félix Cadet de Gassicourt, bibliothécaires, ainsi que de Georges Mignot, aide-bibliothécaire, qui ont pu faciliter la communication de certains ouvrages.

Le catalogue a fait l'objet de deux éditions en , dont la première aurait été tirée à . En , l'ouvrage est réédité par les frères Briffaut qui ont racheté les plombs au Mercure de France à la mort de Guillaume Apollinaire. Cette réédition, tirée à , contient une nouvelle préface signée par Fernand Fleuret et Louis Perceau. Vers , ces deux derniers travaillent à nouveau sur une nouvelle édition du catalogue de l'Enfer, mais celle-ci ne voit finalement pas le jour.

De à nos jours

: première fermeture de l'Enfer

L'Enfer de la Bibliothèque : Éros au secret () En , la BnF inaugure une exposition intitulée L'Enfer de la Bibliothèque : Éros au secret, dans laquelle elle expose près de (livres, photographies, gravures ainsi qu'un film pornographique muet de .) issus de ses collections. Interdite aux personnes âgées de moins de , un gigantesque « X » rose, référence au des films pornographiques, est apposé sur les quatre tours du site François-Mitterrand à Tolbiac. L'exposition retrace à la fois l'histoire même de l'Enfer et de sa constitution, tout en se consacrant aux auteurs (tels que Guillaume Apollinaire, Pierre Louÿs, Aragon ou encore Georges Bataille) et à leurs œuvres.

Enregistrant en moyenne une fréquentation de par jour, la fin de l'exposition, prévue initialement le , est prolongée jusqu'au ..

L'Enfer aujourd'hui Aujourd'hui, il n'existe plus à proprement parler d'un véritable « enfer », dans le sens où la Bibliothèque nationale n'oriente plus des documents qualifiés de « licencieux » ou d'« obscènes » dans un endroit ou une réserve spécifique. L'Enfer historique perdure, et continue d'être alimenté par différents dons ponctuels, mais pas par la voie du dépôt légal.. La littérature érotique est traitée comme l'ensemble des autres ouvrages de fiction via le dépôt légal, et les ouvrages traitant de sexualité ou de pornographie sont indexés aux domaines d'étude affairant Seules les périodiques érotiques ou pornographiques disposent d'une classification Dewey spécifique () permettant une identification comme telle, mais ce procédé de classification est commun à l'ensemble des publications périodiques, et ne constitue pas une volonté de mise à l'écart du reste des publications reçues à la BnF.

Le département de l'Audiovisuel continue à traiter des DVDs pornographiques, qui sont le plus souvent des contenus vendus pour le public avec des magazines pornographiques dans les kiosques.

Divers

Au début du , l'Enfer n'était que très rarement ouvert, et les lecteurs qui étaient admis à consulter un de ses ouvrages, avec de solides recommandations, étaient isolés des autres usagers, parfois par un paravent. Une partie des ouvrages ayant constitué l'Enfer de la Bibliothèque nationale sont désormais numérisés et donc en libre accès sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF..

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

Catalogues de l'Enfer : . Fac-similés : Genève, Slatkine, . Mansfield Centre (), Martino Publishing, . Cœuvres-et-Valsery, Ressouvenances, .

Correspondance d'Apollinaire à propos de l'Enfer : . .

Sources critiques sur l'Enfer : Dans la Revue de la Bibliothèque nationale : . . . . . en 1, Paris, Fayard, , 887. Complété par . .

.

Articles connexes

Liste de livres censurés en France Enfer de l'ORTF

Liens externes

.

Catégorie:Bibliothèque nationale de France Catégorie:Censure en France