Lincident de Wuhan (, l'incident du ) a lieu en lorsque des envoyés de Pékin à Wuhan (Hubei) sont arrêtés par les autorités locales, « événement d'une gravité sans précédent dans toute l'histoire du régimeSimon Leys, Essais sur la Chine, p. 71. », dans un contexte de graves crises qui ont lieu dans les provinces chinoises au cours de l'été 1967, durant la révolution culturelle.
Contexte Les désordres et la confusion se développent en Chine dans les premiers mois de l'année 1967Jacques Guillermaz, Le Parti communiste chinois au pouvoir, pp. 522-524.. Alors qu'un comité révolutionnaire, présidé par Xie Fuzhi, est installé à Pékin le , des combats ont lieu dans plusieurs villes, faisant des dizaines de tués, durant les mois de mai et juin. Les incidents les plus graves se produisent au Sichuan, où les affrontements entre les « rebelles révolutionnaires » et leurs adversaires, groupes d'ouvriers soutenus par l'armée, font des milliers de morts et blessés. Le , devant les menaces de dislocation du pays, le pouvoir, à Pékin, fait alors diffuser une circulaire, réservant aux organismes d'État les arrestations et jugements, affirmant la nécessité de protéger la propriété et interdisant les violences physiques, et charge l'armée de superviser l'application de ces mesuresJacques Guillermaz, Le Parti communiste chinois au pouvoir, pp. 525-526..
Cette circulaire ne ramène cependant pas l'ordre. Au contraire, certains chefs militaires de province entrent en état de quasi rébellion vis-à-vis de Pékin. La crise est particulièrement grave à Wuhan et CantonJacques Guillermaz, Le Parti communiste chinois au pouvoir, p. 527..
Les événements de Wuhan À Wuhan, existe un puissant groupe local composé de vétérans de l'Armée rouge et du parti communiste chinois, solidement implanté dans la région, dont fait partie (Wade-Giles Ch'en Tsai-tao), commandant de la région militaire. Ce groupe dispose du soutien de l'armée et de plusieurs organisations populaires, dont « Le Million de Héros » (百万雄师), principalement composé de paysans et d'ouvriers d'usine et des chemins de fer, ennemis des gardes rouges maoïstesSimon Leys, Les Habits neufs du président Mao : chronique de la « Révolution culturelle » page 71 et suivantes (Édition Robert Laffont). S'y opposent plusieurs organisations de « rebelles révolutionnaires ». Des troubles ont lieu en et reprennent en juin : durant les deux dernières semaines de ce mois, les affrontements provoquent 200 à 350 morts. Il est probable que la région militaire de Wuhan est devenue durant cette période un centre de résistance à la révolution culturelleJacques Guillermaz, Le Parti communiste chinois au pouvoir, pp. 527-528..
Le , Pékin envoie trois émissaires à Wuhan, dont Xie Fuzhi, président du comité révolutionnaire de Pékin et ministre de la Sécurité publique. Les trois hommes sont arrêtés dans la nuit du 19 au . Si Xie est relativement épargné, les deux autres sont brutalisés par la foule. Ils sont libérés le 22Jacques Guillermaz, Le Parti communiste chinois au pouvoir, p. 529., à la suite de négociations et de la menace d'une action militaire de la part de PékinMichael Dillon, « Wuhan Mutiny », Dictionary of Chinese History, Franck Cass, 1979, p. 232. Les troupes envoyées par Pékin reprennent le contrôle de la ville le 24. Chen Zaidao est simplement relevé de son commandementSimon Leys, Essais sur la Chine, p. 74..
Les conséquences Les troubles s'étendent à Canton, dont les autorités locales sont proches de celles de Wuhan. À partir du , les affrontements entre les groupes favorables à la révolution culturelle et ceux proches de l'armée et du parti provoquent des centaines de morts et de blessés et engendrent une situation de guerre civile qui se prolonge jusqu'en octobre. Des éléments de l'armée participent aux combats dans l'un ou l'autre des campsJacques Guillermaz, Le Parti communiste chinois au pouvoir, pp. 531-534..
150px|thumb|right|LIN Zhao exécutée en 1968 pour avoir critiqué le régime
Le règlement — par la voie de la négociation — de l'incident de Wuhan, expression de l'opposition d'une grande partie des troupes provinciales à la révolution culturelle, s'explique par la volonté des autorités de Pékin de ne pas provoquer d'affrontement au sein de l'armée. Le ralliement de ces troupes au pouvoir central provoque un tournant dans la révolution culturelle : le rétablissement de l'ordre est confié à l'armée et les éléments maoïstes les plus radicaux sont sacrifiésSimon Leys, Essais sur la Chine, pp. 74-75..
Notes et références
Bibliographie Simon Leys, Les Habits neufs du président Mao, Champ libre, 1971, repris dans les Essais sur la Chine, Robert Laffont, « Bouquins », 1998.
Jacques Guillermaz, Le Parti communiste chinois au pouvoir, Payot, « Petite Bibliothèque Payot », 1979.
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