La bataille de l'Artémision ou du cap Artémision est une série d'actions navales menées dans le cadre de la seconde guerre médique par une coalition de cités grecques opposées à l'Empire perse de Xerxès , au large de la côte de l'Eubée. Elle se déroule simultanément à la bataille des Thermopyles à la fin de l'été 480

Cette bataille s'inscrit durant la seconde invasion perse (la première s'étant conclue par un échec des Perses à Marathon) lorsque Xerxès, ayant rassemblé une immense armée, part à la conquête de la Grèce. Dans le but de stopper l'invasion, le général athénien Thémistocle décide de contenir l'immense armée perse sur terre au niveau de la passe des Thermopyles et sur mer dans le détroit de l'Artémision (cap Artémision, situé au nord de l'île d'Eubée).

Une force navale alliée grecque de 271 trières est envoyée dans le détroit attendre l'arrivée de l'armada perse. Après deux journées d'escarmouches entre les deux flottes, la bataille principale, qui dure toute une journée, est très indécise. Plusieurs dizaines de navires sont perdus de chaque côté. À l'annonce de la mort du roi spartiate Léonidas et de la défaite des Grecs aux Thermopyles, et compte tenu de leurs pertes navales, les alliés grecs décident de se retirer à Salamine.

Les sources vignette|gauche|Buste d'Hérodote, musée de l'Agora antique d'Athènes.|alt=Photo couleur d'une sculpture représentant le buste de d'Hérodote.

La principale source sur les guerres médiques est l'historien grec Hérodote.. Surnommé le « Père de l'Histoire » par Cicéron., il est né en 484 av. J.-C. en Asie mineure alors sous domination perse.. Il rédige ses Histoires vers 440–430 av. J.-C., essayant de retracer l'origine des guerres médiques. L'approche d'Hérodote, nouvelle, se poursuit aujourd'hui. En effet, selon Holland : ..

Quelques historiens ultérieurs de l'Antiquité le critiquent, même s'ils suivent ses pas, notamment Thucydide... Malgré tout, ce dernier commence son histoire de la guerre du Péloponnèse là où Hérodote arrête les siennes (au siège de Sestos en 479 av. J.-C.) ; il reconnaît donc de façon implicite que les Histoires d'Hérodote sont suffisamment exactes pour ne pas avoir à les réécrire ou les corriger. Plutarque critique Hérodote dans son essai Sur la malignité d'Hérodote, le qualifiant de « philobarbaros » (ami des Barbares), parce qu'il ne montre pas suffisamment les Grecs sous leur meilleur jour, ce qui laisse supposer qu'Hérodote aurait fait preuve de neutralité.. Cette appréciation négative d'Hérodote s'est transmise en Europe jusqu'à la Renaissance, époque où il est néanmoins encore étudié. Sa réputation se rétablit pendant le à la suite des découvertes archéologiques qui confirment ses dires.. Au , les spécialistes donnent une très bonne note à ses Histoires, mais plusieurs détails prêtent à débat (particulièrement le nombre de soldats et les dates) et doivent donc être considérés avec prudence. Néanmoins, certains historiens pensent encore qu'il a forgé de toutes pièces ses Histoires..

Les écrits de l'historien Diodore de Sicile dans sa Bibliothèque historique () . fournissent un compte rendu de la bataille. Son récit est cohérent avec celui d'Hérodote, mais comme il a été écrit bien plus tard, il pourrait en être dérivé. Elle est également décrite avec moins de détails par d'autres historiens antiques comme Plutarque, Ctésias. et d'autres y font référence comme l'auteur dramatique Eschyle.

Le contexte

Les cités-États grecques d'Athènes et d'Érétrie ont soutenu la révolte de l'Ionie contre l'Empire perse de Darius en 499-494 L'empire perse est alors encore relativement jeune, et ses différentes peuplades encore enclines à la révolte. Darius passe beaucoup de temps à éteindre les révoltes contre son régime. La révolte ionienne menace donc l'intégrité de son empire, et Darius promet de punir les personnes ainsi que les États étrangers impliqués. Il a également vu l'occasion d'étendre son empire sur le monde égéen et les cités grecques.. Une première expédition avec son gendre Mardonios à sa tête est lancée, en 492. La Thrace est reconquise et le royaume de Macédoine devient un client de la Perse.

En 491 , Darius envoie des émissaires dans toutes les cités grecques demander un don de la terre et l'eau en signe de leur soumission.. Après avoir eu une démonstration de son pouvoir l'année précédente, la majorité des villes grecques acceptent. À Athènes, cependant, les ambassadeurs sont exécutés comme à Sparte où ils sont simplement jetés dans un puits.

La réponse de Darius ne se fait pas attendre ; il monte une armée amphibie sous le commandement des généraux Datis et Artapherne en 490 qui attaque Naxos, avant de recevoir la soumission des autres îles des Cyclades. Ensuite l'armée assiège et détruit Érétrie, avant de débarquer dans la baie de Marathon, où elle est accueillie par une armée athénienne. Au cours de la bataille de Marathon, les Athéniens remportent une victoire surprenante, ce qui entraîne le retrait de l'armée perse vers l'Asie..

vignette|gauche|upright=1.5|Carte illustrant le monde grec à l'époque de la bataille.|alt=Carte couleur représentant le monde grec à l'époque des guerres médiques.

Darius commence alors à lever une armée beaucoup plus grande avec laquelle il compte conquérir complètement la Grèce. Mais, en 486, ses sujets égyptiens se révoltent et il doit reporter son expédition contre les Grecs.. En 486, Darius meurt et le trône de Perse passe à son fils Xerxès .. Xerxès écrase la révolte en Égypte très rapidement..

Xerxès recommence les préparatifs de l'invasion de la Grèce. Comme il s'agit d'une invasion à grande échelle, il faut une planification à long terme avec le stockage des biens utiles et l'instauration de la conscription. Xerxès décide de passer par la Thrace et la côte macédonienne avec un corps d'armée terrestre soutenu par une flotte amenant le ravitaillement et chargée d'empêcher les attaques de la flotte grecque sur ses arrières. Un canal qui coupe l'isthme de l'Acté, le canal de Xerxès, est creusé au pied de la péninsule du mont Athos et un double pont de bateaux sur l'Hellespont doit permettre un passage plus rapide et moins dangereux pour la grande armée.. Ces deux exploits sont d'une exceptionnelle ambition pour l'époque. Au début de l'année 480, les préparatifs sont terminés, et l'armée rassemblée à Sardes par Xerxès, marche vers l'Europe..

Les Athéniens se sont également préparés au retour des Perses et en , la décision a été prise, sous la direction de l'homme politique athénien Thémistocle, de construire une énorme flotte de trirèmes.. Thémistocle agit peut-être .. Les Athéniens ne sont toutefois pas assez nombreux pour combattre seuls sur terre et sur mer ; les cités-États se réunissent à Corinthe à la fin de l'automne 481 et une alliance est formée. Le congrès se réunit à nouveau au printemps 480 et la délégation de Thessalie suggère que les alliés se rassemblent dans l'étroite vallée de Tempé, aux frontières de la Thessalie, pour bloquer l'avancée de Xerxès..

Une force de est donc envoyée dans la vallée de Tempe. Cependant, Alexandre de Macédoine prévient les Grecs que la vallée peut être contournée par le biais de la passe de Sarantoporo et que l'armée de Xerxès, écrasante, a traversé l'Hellespont. Thémistocle propose donc une seconde stratégie aux alliés. Pour bloquer la route vers le sud de la Grèce (Béotie, Attique et Péloponnèse) à Xerxès, il faudrait l'arrêter aux Thermopyles. La configuration du site permettrait plus facilement aux hoplites grecs de contenir l'immense armée perse. En outre, pour prévenir un contournement par la mer, les Athéniens et les marines alliées devraient bloquer le détroit de l'Artémision. Cette double stratégie est adoptée par le congrès..

Prélude à la bataille

Vers fin juillet, début août 480 , lorsqu'elle apprend que la flotte perse avance le long de la côte du mont Olympe, la flotte alliée fait voile vers le nord en direction du cap de l'Artémision.. Une fois sur place les Grecs échouent leurs navires de manière à pouvoir les remettre à l'eau rapidement.. De là, ils envoient, en éclaireurs, trois bateaux vers l'île de Skiathos afin de les alerter à l'approche de la flotte perse..

Deux semaines passent sans que la flotte perse ne soit en vue. C'est alors que dix trirèmes de Sidon arrivent au large de Skiathos et la flotte des alliés grecs est avertie par un feu allumé sur l'île. Cependant, les navires de patrouille alliés sont pris au dépourvu, et deux sont capturés, tandis qu'un autre s'échoue.. Selon Hérodote, prise de panique, la flotte alliée se réfugie à Chalcis à mi-chemin sur la côte ouest de l'Eubée, laissant des hommes (héméroscopes) sur les hauteurs pour surveiller l'arrivée des bateaux perses..

Cet épisode est interprété de différentes manières par les historiens, certains conjecturant que la retraite des Grecs aurait pu être une manœuvre visant à attirer les Perses dans une zone moins favorable pour eux. Lazenby pense que les Grecs ont mal interprété les mouvements perses et qu'ils en sont venus à la conclusion erronée que les Perses naviguaient vers l'est autour de Skiathos, et se dirigeaient vers la côte orientale de l'Eubée.. Les signaux envoyés par les balises devaient être très simplistes et susceptibles d'être mal interprétés ; ou encore les hommes chargés d'envoyer les signaux ont pu mal estimer la direction de la flotte perse. Et si les navires perses avaient contourné l'Eubée par sa côte est, ils auraient pu couper la ligne de retraite de la flotte grecque et avoir un accès direct sur l'Attique. En outre, les Perses ont largement assez de navires pour mener de front une attaque sur le détroit de l'Artémision et effectuer un contournement de l'Eubée. Le retrait des Grecs sur Chalcis serait donc de leur point de vue l'occasion de pouvoir s'échapper du détroit pour éviter le contournement perse mais leur laissait la possibilité de revenir à l'Artémision si ce contournement n'avait pas lieu.

Une dizaine de jours plus tard, l'armée perse arrive aux Thermopyles, et les Alliés à Chalcis sont informés par le navire du capitaine Abronichos, qui est désigné pour assurer la liaison entre l'armée et la flotte. Toutefois, il n'y a toujours pas de signe de la flotte perse. Le lendemain, elle approche de l'Artémision, en passant entre la côte de Magnésie et Skiathos, quand une tempête (hellespontias) éclate, entraînant la flotte perse vers la côte rocheuse .. La tempête dure deux jours et détruit environ un tiers des navires perses...

Au lendemain de la fin de la tempête, la flotte alliée se dirige vers l'Artémision afin de protéger le flanc de l'armée aux Thermopyles. Le jour suivant (le cinquième depuis l'arrivée des Perses aux Thermopyles), les Perses passent à l'offensive sur la passe des Thermopyles. La flotte perse arrive par le détroit formé entre la Magnésie et l'île de Skiathos, puis commence à mouiller sur la côte au niveau des Aphètes en face de l'Artémision.. Selon Hérodote, les Grecs capturent à ce moment une quinzaine de bateaux perses., mais malgré cela et la tempête précédente, le rapport des forces est encore de trois contre un en faveur des Perses. En conséquence, les alliés envisagent de se retirer complètement.. Les Eubéens demandent en vain à Eurybiade d'attendre qu'ils aient mis en lieu sûr leurs familles. Ils demandent donc à Thémistocle, moyennant la somme de trente talents, de mener le combat contre les Perses ici même. Avec cette somme Thémistocle peut corrompre l'amiral spartiate Eurybiade et l'amiral Adimante de Corinthe afin de les faire rester..