vignette|Deux druides, d'après une illustration d'Antiquitas explanatione et schematibus illustrata (Bernard de Montfaucon, 1719). Le druide est un membre de la classe supérieure dans les cultures celtiques antiques. Il joue plusieurs rôles d'ordre religieux et politique : ministre du culte, théologien, philosophe, gardien du savoir et de la sagesse, enseignant, historien, juriste, mais aussi conseiller militaire du roi et de la classe guerrière Joseph Vendryes, La Religion des Celtes, ch. III Le clergé et le culte.. Il est l’intermédiaire entre les Dieux et les hommes, et correspond à la première fonction de l'idéologie tripartite des Indo-Européens mise en lumière par Georges Dumézil, ch. V L’Idéologie tripartie en Irlande et en Gaule ; La Société celtique, ch. II Classes et fonctions & ch. IV Quelques applications de l’idéologie tripartie dans la société celtique..
Les Celtes ont eu plusieurs druidesses. L'une des plus célèbres d'entre elles est Velléda, prophétesse de la tribu germanique des Bructères, qui vécut à l'époque de Vespasien.
Les druides transmettaient leur savoir oralement, et n'utilisaient pas l'écriture. Leurs croyances et leurs pratiques sont attestées par des sources contemporaines latines (Jules César, Pline l'Ancien...) et grecques, ainsi que par des textes irlandais du haut Moyen-Âge.
Dans le récit Táin Bó Cúailnge (Razzia des vaches de Cooley), le druide Cathbad provoque la mort d'un émissaire qui a parlé sans permission, car .
Le druide est chargé de la célébration des cérémonies sacrées et lui seul a le droit de pratiquer certains types de sacrifices.
Plusieurs noms de druides historiques sont connus : par exemple, Diviciacos et Dumnorix, dont Jules César nous apprend qu’ils furent des vergobrets des Éduens. Cicéron, dont il fut l'hôte, nous renseigne sur la qualité des druides dont les textes font mention dans la mythologie celtique.
Sources et étymologie
Comme pour tout ce qui concerne la civilisation celtique, il n’existe aucun texte littéraire d’origine interne. Les druides eux-mêmes sont à l’origine de ce fait : comme les pythagoriciens, ils privilégiaient l’oralité. Durant leur formation, ils apprenaient par cœur de longs textes en vers pour la transmission du Savoir : les généalogies, mythologies, lois, histoires, itinéraires et sciencesGeorges Dumézil, « La tradition druidique et l'écriture : le vivant et le mort », Revue d'histoire des religions, 122, 1940, .. Les Celtes connaissaient pourtant l’écriture : ils utilisaient l'alphabet grec, mais les inscriptions gauloises qui nous sont parvenues sont rares. Par ailleurs, des peuples de culture gaélique ont inventé l'écriture oghamique dont trois cents inscriptions à vocation funéraire subsistent gravées dans la pierre.
L'étymologie du mot « druide » – latin pluriel druidæ (non attesté au singulier) – est discutée. Si tous les spécialistes s'accordent pour reconnaître dans le second terme de ce composé la racine *weid- – « savoir, voir » –, le premier terme est souvent interprété comme le préfixe intensif indo-européen dru- (δρῦς, « durs, forts comme le chêne »Druide, TLFi, Le Trésor de la langue française informatisé (1971-1994).), d'où la traduction courante : « les très savants ». Cette explication a été critiquée, notamment par le linguiste Émile Benveniste, qui part de la base *der-w/dr-ew, « ferme, solide ». Selon cette étymologie, le druide serait « celui qui sait fidèlement, celui qui a une vision vraie, certaine »G. Pinault, r Yezh revue, , décembre 1965, et suivantes...
Depuis les Romains – notamment Pline l'Ancien et Lucain –, on a longtemps pensé que le mot « druide » était associé au chêne (en grec : , drus), à cause des rites associés à cet arbre. Les linguistes et philologues ont maintenant établi que ce terme spécifiquement celtique, présent tant dans le texte de Jules César que ceux du Moyen Âge, provenait de dru-wid-es qui signifie « très savants ».. On remarquera toutefois que, curieusement, « chêne » se dit derw (ou derv/dero) en breton et que sur une racine semblable se forme en gallois le mot derwydd qui signifie « druide »Francis Faverau, Geriadur ar Brezhoneg a-vremañ, - Skol Vreizh 2000, ce qui a pu mener à une certaine confusion sur l'origine du mot ; cette thèse est catégoriquement réfutée par Christian-Joseph Guyonvarc'h et Françoise Le Roux pour qui « il n’existe aucune possibilité immédiate de relier le nom des druides à celui du chêne dans la religion gauloise dervo-, irlandais daur, dar, gallois derw, breton derv) ». Voir aussi « Annexes étymologiques - Le nom du druide », .. Le linguiste Xavier Delamarre (CNRS) se fonde sur le terme indo-européen *dóru/*dru-, « arbre, bois », pour y voir également « ceux qui connaissent l'Arbre », par extension « les savants », non au sens botanique du terme, mais cosmogonique de l'Arbre du Monde...
Sources littéraires Deux types de sources permettent d’appréhender le sujet : les témoignages antiques et la consignation, par des clercs, de traditions orales au Moyen Âge en Irlande. Pour la première catégorie, il faut citer notamment Diodore de Sicile (Bibliothèque historique), Strabon (Géographie), Pomponius Mela (De Chorographia), Lucain (La Pharsale), Pline l'Ancien (Histoire naturelle), Diogène Laërce et surtout Jules César, qui, avec ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, apporte de nombreuses et importantes informations sur la société gauloise ainsi que sur la religion et ceux qui en ont la conduite. Jean-Louis Brunaux insiste, pour sa part, sur l'apport de Posidonios d'Apamée, dont nombre d'auteurs anciens se seraient inspirés, parfois très directement.
Une deuxième source documentaire vient corroborer la première et l’enrichir d’une origine différente : il s’agit d’un ensemble important et incontournable de textes irlandais, pour l’essentiel, écrits du . Ils retranscrivent les mythes et épopées de l’Irlande celtique qui se sont transmis oralement de génération en génération. Les collecteurs transcripteurs les ont affublés d’un vernis chrétien, sous lequel l’étude découvre l’original. De cette littérature, on peut citer : le Cath Maighe Tuireadh (Bataille de Mag Tured), le Tochmarc Étaíne (Courtise d’Étain), le Táin Bó Cúailnge (Razzia des Vaches de Cooley), le Lebor Gabála Érenn (Livre des Conquêtes) et les Mabinogion gallois.
Jules César écrit :
Le décalage géographique et chronologique entre les sources continentales et sources insulaires semble poser problème à certains auteurs. Ainsi, l’archéologue Jean-Louis Brunaux prend le parti d’écarter les sources irlandaises pour ne considérer que les auteurs grecs et latins et étudier les druides gauloisJ.-L. Brunaux reproche à F. Le Roux et C.J. Guyonvarc'h un parti-pris idéologique et une méthode discutable, se contentant d'évoquer « le celtisme le plus étroit, le plus idéologique » ().. Mais la plupart, comme Christian-Joseph Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, considèrent pour les sources galloises et irlandaises, que la retranscription qui est tardive, mais que le fond est archaïqueVoir La Civilisation celtique, . Albert Grenier note, quant à lui : Miranda Aldhouse-Green rappelle l'importance des druides dans la mythologie celtique irlandaise et note la confirmation des textes classiques par les récits mythiques en ce qui concerne l'existence de trois types de membres de la classe sacerdotale..
Archéologie
Si l’archéologie renseigne sur les sanctuaires et certaines pratiques cultuelles, elle n’apporte rien sur le statut et la fonction. Selon Venceslas Kruta, "l'identification archéologique des druides est difficile et même les cas qui peuvent être considérés comme les plus vraisemblables restent incertains." :
Dans la nécropole de Pogny (département de la Marne), la sépulture d’un guerrier renfermait des instruments (une patère en bronze et deux cuillères plates - musée de Châlons-en-Champagne) que l’on suppose être médicaux. La médecine étant exclusivement du ressort des druides, il est possible que l’homme inhumé dans cette tombe fût l’un d’eux. À Pottenbrunn (Basse-Autriche), l’une des nécropoles, utilisée au , contient quarante-deux tombes, dont l’une (520), pourrait être celle d’un druide. Un instrument qui semble être une sonde chirurgicale et un pendule en os ont été retrouvés, entre autres objets, à côté du squelette d’un guerrier, âgé de 45-55 ans. Consulter aussi le catalogue de l'exposition européenne d'archéologie celtique au Palazzo Grassi à Venise, Les Celtes (), EDDL, Paris, 2001, .. En Grande-Bretagne, Camulodunum, l’oppidum du puissant peuple des Trinovantes, était installé à l’emplacement de l’actuelle ville de Colchester (comté d’Essex). Dans ce site archéologique important, on a découvert en février 2008 une sépulture contenant des instruments de divination et des instruments chirurgicaux (scalpels, scie, aiguilles, sondes, etc.), qui pourraient laisser supposer qu'il s’agit, là aussi, de la tombe d’un druideBritish Archeology.. La conception du druide est d'ailleurs contestée par l'archéologue Jean-Louis Bruneaux qui estime que les auteurs antiques ayant rencontré les druides au siècle avant notre ère les considéraient comme devins et non comme officiants religieux et propres à la société gauloise. L'hypothèse qui rapporte les traditions irlandaises tardives à la totalité du monde celte n'est selon lui pas probante.
Origines
César évoque une origine insulaire du druidisme : Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, Wikisource, Livre VI, 13., mais cette thèse n'est absolument pas confirmée.
Il existe plusieurs thèses sur l’émergence de l’institution druidique : Une origine fondamentale et spécifique de la civilisation celtique Une origine pré-celtique issue du néolithique Une création tardive des derniers siècles du , avec l'apparition d'intellectuels, notamment des savants versés en astronomie, se distinguant de la classe guerrière sur le pourtour de la Méditerranée.
Druides et Pythagore
Dès l'Antiquité, « Pythagore apparaît comme un maître des druides », celui qui les a initié à une sagesse ancestrale qu'il n'a lui-même pas élaboré, mais reçu lui aussi par initiation grâce aux sages de l'Égypte et de l'Inde.
Néanmoins, il est impossible de vérifier si cette thèse est historiquement réelle ou seulement apocryphe, du fait de l'absence de preuves archéologiques concernant l'origine première de l'ordre druidique (la civilisation celtique n'étant pas portée à mettre par écrit ses connaissances sacrées, la tradition orale étant la plus divine à ses yeux) ; néanmoins, « les contacts entre Celtes (...) et pythagoriciens de deuxième et troisième générations sont envisageables » du fait que des rapports commerciaux entre la Gaule ancienne et la Grèce (et la Grande Grèce) sont amplement prouvés, et qui ne peuvent que sous-entendre d'autres rapports, comme l'échange de savoirs, de mythologies, de spiritualités.
L'univers religieux des Gaulois n'était pas éloigné de celui des Grecs (ou des Égyptiens ou des Hindous), tant dans le domaine esthétique que social : « Chaque peuple gaulois a ses dieux, (...) dieux à figure d'animaux, déesses-mères issues des temps les plus anciens », écrin culturel ne pouvant que faciliter l'installation de croyances philosophiques religieusement élaborées comme l'incarnaient le pythagorisme (sur le plan philosophique) et l'orphisme (sur le plan cultuel) des anciens Grecs ; correspondance spirituelle qui était un truisme à l'époque-même des Gaulois et des autres peuples celtes :
Ainsi, on retrouve de nombreux points communs entre les croyances des druides et celles des pythagoriciens :
Croyance en la réincarnation à la mort de l'homme et dont l'âme va se réincarner en diverses destinées de végétaux et d'animaux, de manière toujours cyclique, jusqu'à retrouver une matrice humaine ;