Le Voïévode (en ), op. 3, est un opéra en trois actes et quatre tableaux de Piotr Ilitch Tchaïkovski, basé sur l'intrigue d'une comédie d'Alexandre Ostrovski. Il s’agit du premier opéra achevé de Tchaïkovski, composé et orchestré entre et , et bien que le compositeur ait détruit la partition par la suite, il a été reconstruit après sa mort à partir d’esquisses et du matériel d’orchestre utilisé pour les premières représentations.
Genèse vignette|Portrait d’Alexandre Ostrovski par Vassili Perov. Après avoir composé en 1864 l’ouverture L’Orage inspiré d’une pièce d’Ostrovski, Tchaïkovski manifeste au dramaturge son intention d’écrire un opéra sur le même sujet. Ayant confié ce projet à un autre compositeur, Ostrovski, pour se faire pardonner, propose à Tchaïkovski d’adapter une autre de ses pièces intitulée Un rêve sur la Volga, scènes de la vie du peuple au ..
La première référence à l'opéra figure dans une lettre de Tchaïkovski à son frère Anatole du : « Je suis maintenant occupé à réviser la symphonieIl s’agit de sa première symphonie. et puis, peut-être, pourrais-je éventuellement commencer à travailler sur l’opéra. Il y a de l'espoir qu'Ostrovski lui-même m'écrive le livret du Voïévode. ».
Alexandre Ostrovski adresse au compositeur le livret du premier acte de l'opéra en . Dans le cahier contenant les croquis de l'opéra, Tchaïkovski indique avoir reçu le livret le et avoir commencé à composer trois jours plus tard. Le travail sur le premier acte se poursuit en avril, mais au début du mois de mai, Tchaïkovski perd le livret sans avoir recopié le texte dans la partition (comme il le confesse à Anatole Tchaïkovski le ) et il est contraint de demander à Ostrovski de lui fournir une nouvelle copie du texte. Tchaïkovski met à profit ce contretemps pour réviser ses Danses caractéristiques composées en 1865 et que Johann Strauss avait dirigées à Pavlosk la même année ; elles deviendront les Danses des femmes de chambre qui ouvrent le deuxième tableau du deuxième acte..
Avant de quitter Moscou pour ses vacances d'été à Hapsal, Tchaikovski va rendre visite à Alexandre Ostrovski, qui n’est déjà plus là, comme il l'indique à l'écrivain le .: Vous étiez déjà à la campagne. J'étais très contrarié de passer tout l’été sans avoir une seule ligne du livret, mais maintenant je suis plutôt content que cela soit le cas, car je suppose que vous n'avez même pas commencé le deuxième acte, et cela pourrait me permettre de vous suggérer le nouveau plan suivant : après le duo entre Doubrovine et Bastroukov, je voudrais beaucoup introduire Oliona dans cet acte, avec les éléments suivants permettant de justifier son apparition:
Indignée par le traitement irrespectueux du Voïvode envers sa nouvelle maîtresse, et voyant une analogie claire entre la situation de la jeune femme et la sienne, elle arrive pour dire à Doubrovine qu'il est impossible de supporter tout cela plus longtemps, qu'il est temps d'agir, et que, joignant ses forces à Bastroukov, il devrait profiter de l'absence du Voïvode, entrer dans la chambre de la tour et les sauver tous les deux. Puis, les trois (Doubr[ovine], Bastr[oukov], Oliona) s'accordent sur leur plan d'action (ici il y a un trio) et, apprenant que le Voïvode, qui est sur le point de partir en pèlerinage, approche, ils se séparent. Après cela, l'acte se poursuit conformément au schéma précédent.
Si vous êtes d'accord avec ces changements, alors nous pourrions peut-être nous passer du premier tableau du deuxième acte. vignette|Photographie de Tchaïkovski en 1868.
À la fin de sa lettre, Tchaïkovski prévient Alexandre Ostrovski: « Je vous demande de ne pas vous presser; je passerai l'été à terminer l'orchestration du premier acte; puis pendant l'hiver et l'été prochain, j'espère écrire les trois autres », ce qui laisse supposer qu’à ce moment, l’opéra devait comporter quatre actes.
Le journal d'Alexandre Ostrovski fait référence à son travail sur le livret. Il commence le , mais le travail est continuellement interrompu, car en même temps Ostrovski écrit un livret pour l'opéra d'Alexandre Serov, La Puissance de l'ennemi. D’après son journal, il semblerait qu'il ait été beaucoup plus intéressé par ce dernier projet que par Le Voïévode, qu’il a quelque peu délaissé. Le , Ostrovski envoie à Tchaïkovski la partie du livret qui était prête, avec une lettre d’excuse : « Je suis désolé d'avoir tardé sur votre livret, j'ai eu beaucoup à faire. J'envoie tout ce que j'ai réussi à écrire, et le reste suivra sous peu ... N'ayez crainte, cher Monsieur, je tiendrai ma promesse ». Néanmoins, à en juger par ses entrées dans son journal, Ostrovski n'a réalisé aucun travail significatif sur le livret du Voïévode au cours de l'été.
À son retour à Moscou le , Tchaïkovski relance Alexandre Ostrovski et, le même jour, il écrit à son frère Anatole : « Ostrovski continue de me tromper ; à Saint-Pétersbourg, j'ai lu dans les journaux qu'il avait terminé mon livret, mais c’est complètement faux, et j'ai eu beaucoup de difficultés à lui arracher la moitié d'un acte », faisant référence au livret du premier tableau du deuxième l'acte. Le , Tchaïkovski demande à nouveau le livret à Ostrovski: « Pour le bien de tout ce qui est saint, trouvez un moment de libre et terminez ce que vous m'avez promis. Je ne peux rien faire sans les scènes manquantes du deuxième acte ». Le , les travaux sur l'opéra reprennent : « L'opéra prend progressivement forme; Ostrovski est parti pour un certain temps à Saint-Pétersbourg; à son retour, je me jetterai sur lui ».
Cependant, la collaboration de Tchaïkovski avec Alexandre Ostrovski sur Le Voïévode ne reprendra jamais. En 1882, le compositeur écrit à Sergueï Taneïev à ce sujet: « Cet homme très aimable [Ostrovski] ... a écrit le premier acte et le premier tableau du deuxième acte. J'ai commencé à composer, mais après avoir travaillé sur le premier acte, j’ai été déçu par le sujet et la musique que j'avais écrite; j'ai décidé d'abandonner la composition et n'ai plus dérangé Ostrovski. Mais il se trouve que la chanteuse Menchikova voulait un nouvel opéra où elle pourrait briller, et elle a insisté pour que je termine l'opéra; j'ai donc bricolé le reste (le livret et la musique). »
Les difficultés du compositeur à obtenir le reste du livret d'Alexandre Ostrovski constituent un obstacle à tout progrès significatif au cours de l'automne, jusqu'à ce que Tchaïkovski prenne la décision de terminer lui-même le reste de l'opéra. Le , il écrit à son frère Modeste : « L'opéra avance bien maintenant; l'intégralité du troisième acte est écrit, et les danses du deuxième acte, que j'ai orchestrées à Hapsal, seront jouées lors du prochain concert ». Lors de ce concert de la Société musicale russe (qui a lieu le ) dirigé par Nikolaï Rubinstein, les danses rencontrent un tel succès que Jurgenson, l’éditeur de Tchaïkovski, lui demande de les arranger pour piano seul et piano à quatre mains..
Il n’est pas possible d’établir précisément les progrès de la composition au cours de l’hiver 1868, mais à la fin , Tchaïkovski orchestre le troisième acte, comme l’atteste une lettre à son frère Anatole : « Au cours des derniers jours, j’ai commencé à orchestrer le troisième acte. Je veux vraiment finir l'opéra d'ici l'été » ..
À la fin juin, Tchaïkovski part pour Paris, où il termine l’orchestration de l’opéra au cours de l’été.
Argument L’action se passe au , dans une ville sur la Volga. Acte I Le jardin de Vlas Dioujoï, un riche marchand. Chœur des jeunes filles « Une cane nageait dans la mer » et scène : Maria Vlassievna, fille du marchand Vlas Dioujoï, se promène dans le jardin de sa maison avec des amies qui chantent un air traditionnel. Inquiète, elle évoque avec sa nourrice Nedviga le mariage prochain de sa sœur aînée avec le riche et brutal Netchaï Chalyguine, voïvode de la province. Arioso, ballade de Maria Vlassievna et duo : pour échapper à sa mélancolie, Maria commence à raconter l’histoire d’une belle jeune fille enfermée dans une haute tour; mais, ne se rappelant plus de la fin, elle imagine que l’amoureux de la belle arrive à la rejoindre en trompant les gardes. Nedviga reproche aux jeunes filles de ne penser qu’à l’amour et toutes rentrent dans la maison. Scène avec chœur : Bastroukov, accompagné de son serviteur Rezvoï et de sa suite, arrive dans le jardin où il espère voir celle qu’il aime. Récitatif et air de Bastroukov : en l’absence de Maria, Bastroukov chante son amour pour elle. Scène et duo de Maria Vlassievna et Bastroukov : Maria retrouve finalement Bastroukov qui la presse de fuir avec lui. La jeune fille lui répond qu’elle ne le suivra que si son père la force à épouser un autre homme. Scène : Rezvoï prévient alors son maître de l’arrivée du voïvode, et tous vont se cacher. Scène : le père de Maria invite le voïvode à boire avec lui en l’honneur du prochain mariage de ce dernier avec sa fille ainée, Praskovia, mais le voïvode exige de la voir au préalable. Son bouffon découvre alors Maria et la pousse devant son maître. Celui-ci, séduit par sa beauté, reproche alors aux parents de la jeune fille d’avoir cherché à le tromper en lui faisant épouser la plus laide de la famille et déclare son intention de se marier avec Maria. La mère de la jeune fille est outrée du comportement du voïvode tandis que son mari essaie de temporiser. Quatuor et scène : Maria, ses parents et le voïvode expriment leurs sentiments respectifs dans un quatuor à l’issue duquel le voïvode maintient sa décision de se marier avec Maria. Tous rentrent dans la maison. Finale et sextuor avec chœur : Bastroukov, qui a tout entendu, prépare l’enlèvement de Maria avec ses hommes. Mais, le bouffon du voïvode espionnait le jeune homme et va prévenir son maître. La tentative d’évasion de Maria échoue grâce à l’intervention de la troupe du voïvode et Bastroukov, après avoir dit adieu à celle qu’il aime, réussit à échapper au Voïvode qui jure de se venger.
Acte II Tableau 1 Le hall d’entrée de la maison de Bastroukov. Chœur des domestiques : à la lueur de lanternes et de torches, les serviteurs de Bastroukov attendent anxieusement le retour de leur maître. Air de Bastroukov et scène : le jeune homme, complètement désespéré, ne sait comment récupérer celle qu’il aime. Son serviteur le prévient alors qu’un vagabond souhaite le rencontrer. Scène : le vagabond en question s’appelle Roman Doubrovine. Il raconte à Bastroukov que le voïvode a enlevé son épouse il y a deux ans, et propose au jeune homme un plan pour libérer les deux femmes. Tableau 2 Les appartements de Maria dans le palais du voïvode. Entracte et danses des femmes de chambre : les femmes de chambre de Maria dansent autour de la jeune fille qui sommeille avec sa nourrice. Scène et ballade de Maria Vlassievna : ses servantes sorties, Maria chante pour elle-même l’air douloureux du rossignol, symbole des amours sans espoir. Scène : Oliona, l’épouse de Doubrovine reléguée au rang de servante par le voïvode, rejoint Maria. Elle la prévient de se tenir prête car on l’a informée du projet d’enlèvement préparé par son mari et Bastroukov. Duo : les deux femmes se réjouissent à l’idée de bientôt pouvoir s’échapper. Duo : puis, les élans deviennent plus passionnés avec la perspective de retrouver ceux qu’elles aiment. Scène et chœur : les servantes reviennent en chantant tandis que Maria fait savoir que désormais, elle veut qu’Oliona demeure toujours avec elle. Acte III Une cour dans le palais du voïvode, avec, sur un côté, une tour et un escalier. vignette|Dessin paru dans le N° 22 d’Illustration mondiale du 24 mai 1869 représentant la dernière scène de l’opéra. Air de Doubrovine : les gardes du voïvode se sont endormis après que Doubrovine les a fait boire. Ce dernier, accompagné de Bastroukov, attend dans une cour du palais du voïvode, un peu anxieux quant à la réussite du projet de sauvetage. Scène : Maria et Oliona retrouvent les deux hommes.