vignette|L'ordinateur constitue l'élément clé du phénomène « révolution numérique ». À la fin des années 1970, les premiers ordinateurs personnels sont fabriqués à grande échelle. vignette|Les développements de la robotique et de l'intelligence artificielle structurent le phénomène « révolution numérique ». vignette|La « révolution numérique », et plus spécialement le développement de l'intelligence artificielle, suscite craintes et questionnements, y compris au sein de la sphère high tech, chez Bill Gates, ex-PDG de Microsoft (photo) et Elon Musk, PDG de Tesla, qui déclare : « je pense que nous devrions être très prudents au sujet de l'intelligence artificielle. Si je devais miser sur ce qui constitue notre plus grande menace pour l'existence, ce serait ça »Intelligence artificielle : pourquoi Musk, Hawking et Gates s'inquiètent ?, Les Échos, 30 janvier 2015..

La « révolution numérique » (ou « révolution Internet »Xavier Niel et Dominique Roux, Les 100 mots de l'internet, PUF, Introduction [« La révolution internet »]. ou « révolution digitale »Thomas Chardin, « La révolution digitale », RH infos], 3 décembre 2014.) est une expression qui désigne le bouleversement des sociétés provoqué par l'essor des techniques numériques comme l'informatique, le développement du réseau Internet, et l’implantation de l’intelligence artificielle.

Cette mutation se traduit par la mise en réseau planétaire des individus, grâce aux nouvelles formes de communication telles que le courriel, les réseaux sociaux, la messagerie instantanée, les blogs et autres sites web privés et publics, commerciaux ou non.

Sur le Web, la révolution numérique s'accompagne d'une diffusion accrue des idées.. En même temps, les géants du Web (GAFAM, BATX, etc.) usent de leurs capacités en matière de calculateurs, d'acquisition et de traitement des données (big data) pour centraliser une grande partie des flux d'information. Ils disposent ainsi d'avantages en matière de développement de l'intelligence artificielle.

La révolution numérique se caractérise aussi par le développement de l'intelligence artificielle et par l'essor du domaine de la robotique.

Éléments de définition vignette|Le concept de révolution numérique est fondé sur l'idéal de progrès, qui a émergé en Europe à la fin du avec les Lumières.Couverture des Éléments de la philosophie de Newton, mis à la portée de tout le monde, par Voltaire, 1738. En France, la plus ancienne occurrence connue de l'expression « révolution numérique » remonte au numéro spécial de la revue Sciences et avenir (), du .

L'expression « révolution numérique » est entrée dans le langage usuel, et aussi dans celui des sciences humaines.. Une abondante littérature reprend cette expressionPhilippe Chantepie et Alain Le Diberder, Révolution numérique et industries culturelles, La Découverte, 2005 ; Jonathan Lipkin, Révolution numérique : Une nouvelle photographie, éditions de la Martinière, 2006 ; Eric Scherer, La révolution numérique : Glossaire, Dalloz, 2009 ; Alain Bravo, La société et l'économie à l'aune de la révolution numérique : Enjeux et perspectives des prochaines décennies, La Documentation française, 2009 ; Marie-Charlotte Roques-Bonnet, Le droit peut-il ignorer la révolution numérique ?, éditions Michalon, 2010 ; Vinceç Torra , Du boulier à la révolution numérique. Algorithmes et informatique, RBA , 2011 ; Jacques Bonjawo, Révolution numérique dans les pays en développement - L'exemple africain, Dunod, 2011 ; Eddie Breuil, Paroles, échanges, conversations et révolution numérique, Anthologie, notes et dossier, Folioplus classiques, 2012 ; Clive Gifford, Histoire de la révolution numérique : Jeux vidéo - Internet - Smartphones - Robots, 2012 ; Henri Verdier et Nicolas Colin, L’âge de la multitude: Entreprendre et gouverner après la révolution numérique, Armand Colin. 2012, Réédité en 2015 ; Rémy Rieffel, Révolution numérique, révolution culturelle ?, éditions Gallimard 2014 ; Jean-Michel Treille, La Révolution numérique. Réinventons l'avenir, éditions Ovadia, 2015.. Elle pourrait apparaître comme une conception consensuelle et unique du sujet : la « révolution numérique » serait ainsi un fait établi, institué.

Les analyses de l'historien François Jarrige démontrent l'émergence discrète, car progressive, d'un mouvement de pensée technocritique. Il se serait élaboré au fil du .

L'association des mots « révolution » et « numérique » pose des questions d'ordre philosophique. Elles dépassent l'avènement de l'informatique, et portent sur le progrès technique, et, plus largement encore, sur le concept même de progrèsFrançois Jarrige, Techno-critiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences, La Découverte, 2014. - Joël Decarsin, « Les technologies dispensent de se poser des questions », Usbek et Rica, 13 mai 2015 (propos recueillis par Blaise Mao).

Selon la mouvance technocritique, « la révolution numérique » ne pourrait pas se définir uniquement comme un ensemble de faits (l'invention de l'ordinateur, l'apparition d'internet, etc.), mais aussi comme une construction idéologique, au même titre que « le progrès ».

C'est donc parce que l'attention se focalise sur les faits que l'expression « révolution numérique » est répandue, mais c'est aussi parce qu'elle n'est généralement pas (ou peu souvent) identifiée comme construction idéologique qu'elle est ambiguë.

Une expression répandue Le mot « numérique » renvoie au processus de numérisation. Il consiste à reproduire techniquement les valeurs d'un phénomène physique, non plus sur le mode analogique, comme on faisait avant l'avènement des technologies numériquesPour une distinction simple entre « analogique » et « numérique », on peut consulter le site « comment ça marche ? » : L'analogique et le numérique., mais en convertissant toutes les informations qui le constituent en données chiffrables. Des matériels informatiques (ordinateurs, smartphones, tablettes, etc.) peuvent ensuite les traiter, ayant été conçus et fabriqués pour cela. Le mot « révolution » renvoie aux multiples espoirs que fait naître cette mutation, principalement celui d'une réappropriation de l'espace public par les citoyens.

Comme la « révolution industrielle », deux siècles plus tôt, la « révolution numérique » est provoquée par une évolution marquée des techniques.

Elle est directement associée à la naissance, puis au développement de l'informatique. Il s'agit du fait que toute information (caractère d'imprimerie, son, forme, couleur, puis mot, texte, photographie, film, musique, etc.) peut être numérisée et s'exprimer par une combinaison de chiffres (en l'occurrence des 0 et des 1), puis stockée, modifiée, éditée (sur des sites ou des blogs), ainsi que transmise (par mails, sur des forums, etc.) au moyen de toutes sortes d'appareils comme des ordinateurs, des tablettes ou des smartphones.

Ces premiers étant, depuis les années 1960, équipés de circuits intégrés, qui sont de taille réduite et peu consommateurs en énergie, ils permettent à des millions d'individus d'effectuer de façon de plus en plus automatique des tâches sans cesse plus nombreuses et complexes dans des délais de plus en plus courts, avec l'aide d'algorithmes et parfois d'intelligence artificielle.

Selon Marcello Vitali-Rosati et Michaël E. Sinatra, la Marcello Vitali-Rosati et Michaël E. Sinatra, Pratiques de l’édition numérique . Du fait qu'elle marque l'entrée dans un nouveau paradigme de la connaissance, la numérisation des informations est souvent comparée à l'invention de l'imprimerie.

Dans l'histoire de ce processus, trois tournants sont habituellement distingués : dans les années 1980, la généralisation de l'ordinateur personnel et la naissance d'Internet ; dans les années 1990, l'explosion du phénomène Internet, surnommé «le réseau des réseaux»Dico info :http://dictionnaire.phpmyvisites.net/definition-Reseau-des-Reseaux-9504.htm ; dans les années 2000, l'apparition du smartphone, ordinateur tenant dans la main et pouvant être utilisé pratiquement partout sur la planète.

Ces innovations permettant aux échanges de s'opérer sous une forme électronique, les barrières géographiques et culturelles cessent d'être aussi contraignantes que par le passé. Cette mutation bouleverse l'ensemble des règles géopolitiques mondiales (mondialisation), l'économie planétaire (avènement de la Nouvelle économie) et, plus radicalement, la façon dont les individus perçoivent le monde, se comportent avec autrui et se considèrent eux-mêmes.

Une expression ambiguë Le sociologue Jacques Ellul, à la fois spécialiste de la révolutionAutopsie de la révolution, 1969 ; De la révolution aux révoltes, 1972 ; Changer de révolution, 1982. et penseur technocritiqueLa Technique ou l'Enjeu du siècle, 1952 ; Le Système technicien, 1977 ; Le Bluff technologique, 1988., affirme que, dès lors que la technique prend une part croissante dans l'histoire de l'humanité, la révolution n'est plus qu'un mythe :

vignette|125px|Selon Xavier de La Porte, « parler de révolution numérique, c’est éteindre l’idée même de révolution ».

L'expression « révolution numérique » accole deux termes d'origines très différentes : le mot « révolution » définit l'idée d'une émancipation des individus au prix d'un bouleversement politique organisé et théorisé, mais se déroulant de façon rapide et mouvementée, voire violente ; le mot « numérique » renvoie quant à lui à une évolution de la technique (les informations se transmettent non plus par des signaux analogiques, mais précisément par des signaux numériques) mais cette mutation s'opère « progressivement », au fil des avancées scientifiques et techniques, et sans concertation préalable avec le milieu politique.

Or c'est au moment où l'on parle beaucoup de « révolution numérique » que l'économie mondiale est façonnée par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft… mais aussi Twitter, LinkedIn, Netflix, Airbnb, Uber, etc.), les « géants du Web » dont les chiffres d'affaires dépassent les PIB de nombreuses nationsChristophe Alix, « Les géants du Web gardent toujours une longueur d’avance », Libération, 26 novembre 2014.La puissance économique des cinq géants du net a encore crû en 2017, RTS info, 3 février 2018.. Cette prégnance de l'économie sur la sphère politique rend l'expression « révolution numérique » problématique, voire ambiguë. Le journaliste Xavier de La Porte ironise alors sur les personnalités politiques qui ne cessent d'utiliser l'expression :

Un fait et une idéologie L'expression « révolution numérique » désigne donc à la fois un ensemble de faits réels et une idéologie.