Le château de Loisey était un château maintenant détruit qui était situé dans la commune de Loisey-Culey dans le département de la Meuse en France.

Le nom, la famille

Le château de Loisey appartenait à une des illustres et rares familles que l’on surnommait jadis « Les Grands Chevau de Lorraine ». Leurs ancêtres avaient participé aux croisades. Au , ne subsistaient plus que quatre familles pouvant encore prétendre à ce titre transmis par les mâles parmi elles, la maison du ChâteletCes quatre familles sont Haraucourt, Lenoncourt, Ligniville et du Châtelet.

La maison du Châtelet comprend quatre branches au , c’est la branche Châtelet Pierrefitte qui nous intéresse. À l’époque, la considération du nom l’emportait largement sur celui de la fortune.

Origine du nom Vers l’an 1200, Thierry d’EnferThierry d’Enfer ou Thierry le Diable : surnom qui accusait un seigneur batailleur. Pour sa descendance, le surnom de du Châtelet était moins rude. frère du duc de Lorraine, se vit attribuer une terre dans la région de Neufchâteau. Il y édifia une petite forteresse : un châteletIl reste des traces dans une maison située dans la commune de Harchechamp (88 300) (Val de Removille). Le nom passa au propriétaire et perdura.

Trois siècles plus tard, voici Errard III du Châtelet, dit Errard le Grand, personnage très important en Lorraine. En 1437, il achète la châtellerie de Pierrefitte dans le Barrois. Elle comprend neuf villages dont LoiseyLes neuf villages de la châtellerie sont : Pierrefitte, Rupt devant Saint Mihiel, Rumont, Rosières-devant-Bar, Erize Saint Dizier, Erize la Brûlée, Culey, Loisey et Naives devant Bar.. Il n’y a pas de château à Loisey on en trouve un à Naives, à ses armes. À Loisey, cependant, on trouve sur une colline, à l’Est, une potence, attribut de l’autorité du SeigneurLa potence a disparu, reste le chemin dit « de la potence »..

Descendance d'Errard III Errard III engendra 11 enfants, dont: Guillaume qui sera l’ancêtre cinq générations plus tard (en 1594) de Louis Jules du Châtelet (de la branche Pierrefitte) seigneur de Cirey bâtisseur du château de Loisey. Pierre dans la famille duquel naîtra en 1662, Florent du Châtelet (de la branche Trichâteau) comte de Lomont.

Les aînés des familles du Châtelet choisissaient souvent la carrière des armes. Louis Jules y mêle une carrière politique mouvementée qui le conduira à une alliance malheureuse pendant la guerre de la Fronde. Pour le punir le Roi lui retira le commandement de la forteresse d’Aigues-Mortes, l’exila. Il fit démantibuler son château de Cirey et (dit-on) celui de Naives. Ses biens furent placés sous la tutelle d’un autre « Grand-Chevau » de Lorraine : Claude de Lenoncourt, gouverneur de Lorraine et Barrois.

Pour se « remettre en équipage » Louis Jules décida d’ériger un château sur ses terres, à Loisey, vers 1640. C’était pendant la terrible guerre de 30 ans et ses invasions diverses. Il prétendit avoir protégé le village en versant une rançon de 14000 livres à la soldatesque pour éviter une occupation sauvage. Pour se renflouer il s’empara (ou fit vendre) des bois appartenant à la communauté et ne reconnut pas sa dette. En outre, pour implanter son château, il s’empara de terrains au milieu du village et empiéta même sur le « Chemin Royal » traversant la localitéQuand on regarde le plan du village de Loisey, on s’aperçoit que la rue principale s’infléchit fortement sur la droite à partir de la maison n°53, on peut supposer qu’originellement la rue passait à l’Ouest de l’église (plus petite qu’actuellement) et non à l’Est. En implantant château et dépendances le tracé de la rue a été modifié (ien sûr, aucun plan faisant ressortir les surfaces subtilisées n’a été établi).. Il terrorisa la population qui n’osa pas porter plainte. Son fils eut le même comportement.

Ce dernier Charles Antoine, gouverneur militaire de Gravelines poursuivit la construction du château de Loisey. Marié à Marie de Neuville, il en eut une fille Marie Gabrielle Charlotte, mais pas d’autres enfants. Charles Antoine décède à Paris en 1680, huit ans après son pèreC’est à cette date que les habitants osèrent porter plainte pour réparation des dommages subis 40 ans plus tôt. Procès gagné en appel à Paris. Les derniers dommages furent payés à la communauté le 22 octobre 1709..

Il n’y a plus de descendance mâle de Louis Jules du Châtelet qui eut pourtant douze enfants ! La succession va à Nicole, seule fille de Louis Jules qui ait trouvé mari. Les années passant, Nicole fait don de la succession à Marie Gabrielle Charlotte (sa nièce) qui prend alors le titre de dame de Cirey Pierrefitte Saint-Amand. Ce don lui échoit à l’occasion de son mariage avec Florent du Châtelet Trichâteau, lointain cousin, descendant de Pierre (cité antérieurement). C’est un brillant militaire, portant le titre de comte de Lomont. Il a 40 ans, elle en a 14. Le mariage a lieu en 1692, (ils étaient donnés comme résidant tous deux à Paris).

Treize ans plus tard, le , Léopold, duc de Lorraine accorde à Florent du Châtelet, des lettres patentes d’inféodation du château de Loisey. Florent est alors lieutenant général, gouverneur militaire de Dunkerque, place forte importante face à l’Angleterre. Le couple y réside depuis plusieurs années. Marie Gabrielle Charlotte y décède en septembre 1705 ; elle est inhumée dans l’église paroissiale de Dunkerque. Elle avait donné sept enfants à son mari. Aucun n’avait vu le jour au château de Loisey.

Le , la famille se réunit au château de Loisey, on y trouve :

Florent comte de Lomont (le père) Florent Claude (fils aîné) Florent François (second fils) Marie Madeleine Suzanne (filles non encore mariées) Marie Florence

S’y ajoute Gabrielle Emilie de Breteuil épouse de Florent Claude. On peut regretter que Gabrielle Emilie, n’ait pas emmené avec elle ses deux enfants en bas âge : Marie Gabrielle Florence et Louis Marie car ce fils fut le dernier propriétaire du château de Loisey.

Florent comte de Lomont se retire à Semur en Auxois où il décède le . On ne retrouvera pas d’autre trace de la résidence de Florent comte de Lomont, au château de Loisey.

L’aîné des enfants, Florent Claude, portera le titre de marquis du Châtelet. Il est propriétaire du château de Cirey-sur-Blaise dont on parle beaucoup quand on évoque sa femme, la marquise du Châtelet. C’est cependant au château de Loisey, chez son frère, qu’il se retire à une date non connue. Il y décède le 28/11/1765. Il est inhumé dans le chœur de l’église de Loisey.

Florent François, frère de Florent Claude, célibataire, devient propriétaire de la châtellerie de Pierrefitte et du château de Loisey à une date inconnue. Sa présence au château est plus marquée à partir de 1765, où il réside probablement en permanence. Il y décède le , il est inhumé dans le chœur de l’église de Loisey ; il y rejoint son frère, ainsi qu’une de leurs sœurs, Marie Madeleine Suzanne veuve du marquis de Chaugy Roussillon. Elle résidait au château de Loisey depuis 1774 où elle décéda en 1778.

En 1780, Florent François, (sans descendance) fait donation de ses biens à son neveu Louis Marie Florent du Châtelet (fils de Florent Claude et Emilie de Breteuil). Personnage d’importance nationale, le duc a un appartement réservé au château. Il vient chasser dans les bois de Loisey. Aux états généraux de 1789 il est élu député de la noblesse du Barrois. Puis la suite des événements, fait qu’il est accusé d’émigration et guillotiné en décembre 1793. Il n’a pas de descendance. Le château de Loisey, devenu propriété de la nation, est dépecé et vendu par lots à des carriers qui cèdent les pierres aux plus offrants.

Ce qu’on écrit sur le château

C’est dans le contrat de mariage liant Charles Antoine à Marie de Neuville établi en mars 1677 à Paris que l’on trouve la première mention du domaine : « la future aura son habitation au château de Loisey. Elle en jouira, ensemble basse-cour, colombier, jardin, fossés et pré clôturé ». C’est sommaire et peut-être seulement une clause de style en ce qui concerne la résidence. En effet, ni son père Louis Jules, ni lui-même qui ont supervisé la construction du bâtiment, n’ont laissé de témoignage écrit.

Marie Gabrielle Charlotte (fille de Charles Antoine) nous a légué elle, son portraitOn le trouve au musée de Bar le Duc. Représentée en Diane, dénommée (à juste titre) marquise du Châtelet, on dit souvent à tort, qu’il s’agit de Gabrielle Emilie l’amie de Voltaire. Les experts disent qu’il s’agit d’un tableau peint à la fin du , ce qui correspond bien à l’époque où vivait Marie Gabrielle Charlotte.. Ce tableau était accroché dans un des salons du château, y résida-t-elle ? Question sans réponse. On sait seulement qu’un service funèbre fut célébré en l’église de Loisey le , pour le repos de son âme. On sait qu’elle est inhumée à Dunkerque.

C’est dans les lettres d’inféodation délivrées par le duc Léopold de Lorraine en 1705 que l’on trouve trace, de nouveau « du château comprenant cour, basse-cour avec parterre, jardin derrière et à côté et une plate-forme derrière le dit jardin et parterre ».

Au décès de Florent comte de Lomont en 1732, le titre de marquis du Châtelet et seigneur de Cirey, revient au fils aîné Florent Claude. C’est au second fils, Florent François, célibataire, qu’échoient la châtellerie de Pierrefitte et le château de Loisey. Les deux frères sont officiers. Le premier séjourne à Cirey lorsque cela lui est possible. Le second vient se reposer à Loisey. Florent FrançoisFlorent François fait partie de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem comme servant. C’est comme officier qu’il y fit ses premières armes de 18 à 20 ans, sans doute sur des vaisseaux de l’Ordre, qui à l’époque, combattaient les « pirates barbaresque » en Méditerranée. Ensuite il servit dans l’armée Française jusqu’au grade de Lieutenant Général. est lieutenant colonel lorsqu’en 1741, Dom Calmet publie une « Histoire de la Famille du Châtelet ». L’auteur écrit que « le château de Loisey sera trop important si on poursuit sa modification selon les plans prévus ».

On trouve trace de Florent François à Loisey en 1745, puis, régulièrement de 1764 à 1783, époque où il profitait de sa retraite. Il fut le seul membre de la famille du Châtelet à résider aussi longtemps au château : 20 ans. Le château et la châtellerie étaient administrés par un gérant (on disait administrateur). Avec le seigneur, il passait contrat pour une durée de 3, 6 ou 9 ans. J’ai trouvé trace de dix gérants entre 1705 et 1783. Leurs responsabilités et leurs pouvoirs se sont modifiés avec le temps.

Richier, admodiateur à partir de 1718, habite au château « il jouira des pavillons d’entrée qui donne sur la rue ». En 1724 il a comme domestiques Jean Douin et sa femme qui sont engagés comme jardiniers. « Ils seront logés à la chambre au-dessus (où il y a un four pour cuire le pain). Ils ne pourront ni vendre ni donner de choses provenant du jardin, sauf ce qu’ils récolteront sur les deux petits panneaux de terre, près des latrines ; comme gages, ils percevront 45 livres tournois par an ». En septembre 1718, Richier a acheté 120 tonneaux neufs « propres à mettre le vin » à deux tonneliers de Seigneulles.

En 1729, Morvaux, bourgeois de Bar et son épouse « occuperont les appartements antérieurement habités par Richier ou bien dans l’appartement opposé au bâtiment du côté des écuries et contenant trois chambres. Il entretiendra le potager, les arbres fruitiers et partagera par moitié les fruits entre lui-même et le Seigneur lorsqu’il viendra ou bien avec Monsieur de Marne, en l’absence du seigneur ».