thumb|L'Australien Eamon Sullivan et l'Américain Michael Phelps vêtus d'une LZR Racer aux couleurs de leur pays, lors des Jeux olympiques d'été de 2008.

Une combinaison de natation est un vêtement souple composé de matériaux synthétiques couvrant d'un seul tenant le haut et/ou le bas du corps d'un nageur.

Elle diffère d'une part de la combinaison de plongée en ce sens qu'elle vise avant tout à augmenter l'hydrodynamisme du porteur ; d'autre part, contrairement aux maillots de bain conçus d'après des exigences esthétiques, les combinaisons sont avant tout imaginées afin d'aider le nageur lors des compétitions.

Une combinaison réduit les frottements et la traînée dans l'eau, améliore l'efficacité des mouvements des bras et des jambes. Dans cette recherche de l'efficacité, les ingénieurs s'attachent à reproduire les caractéristiques de la peau de certains animaux aquatiques, le requin en particulier. Introduites à grande échelle au tournant des années 2000, les combinaisons deviennent de plus en plus influentes jusqu'à susciter d'importants débats à partir de 2008 à la suite de l'amélioration de nombreux records. Aussi l'usage de cet équipement en compétition est-il en cours de réglementation tandis qu'émergent des enjeux financiers.

Histoire

La tenue de natation au

Premières combinaisons, premières polémiques

C'est à la fin des années 1990 que sont utilisées les premières combinaisons qui remplacent ainsi progressivement les traditionnels maillots de bain. Avant les Jeux olympiques d'Atlanta de 1996, la marque TYR propose une combinaison en plusieurs pièces, avec des manchettes non fixées au reste, afin d'augmenter le confort du nageur au niveau des épaules. Ce modèle est refusé par la FINA dont le règlement stipule que la combinaison doit être d'un seul tenant. C'est lors de ces Jeux que l'Irlandaise Michelle Smith devient la première nageuse vêtue d'une combinaison à remporter une médaille d'or.

En 1999, la marque allemande Adidas défraie la chronique en mettant sur le marché une combinaison intégrale du cou aux poignets et chevilles. L'entreprise obtient un partenariat avec la star émergente du moment, l'Australien Ian Thorpe, pour tester et promouvoir cette tenue dont la technologie est validée par la Fédération internationale de natation « Adidas Announces Release Of The Body Suit », sur swimnews.com, 31 août 1999. Consulté le 2 mai 2009.. Malgré cela, il est reproché à cette combinaison de permettre une économie d'énergie par la réduction de la traînée et la compression du corps « Pajama Suit Controversy », sur swimnews.com, 18 août 1999. Consulté le 2 mai 2009.. L'Australien Speedo lance à son tour sa propre combinaison, la Fastskin, ce qui accroît la polémique sur l'utilisation de cette nouvelle technologie. Toutefois, la FINA valide les progrès de ces deux compagnies à l'occasion d'un congrès organisé à Koweït en « FINA Approves Body Suit & Coaches Commission », sur swimnews.com, 10 octobre 1999.. Statuant que les combinaisons intégrales ne violent pas les règlements en vigueur, la FINA invite néanmoins Speedo et Adidas à rapporter leurs travaux pour plus de transparence. Par ailleurs, la fédération laisse aux nageurs la totale liberté de choisir ou non de porter ces tenues en compétition.

Dès l'année suivante, plusieurs marques annoncent la confection de combinaisons telles Arena qui lance sa tenue Powerskin, Diana et sa Mach1 100 % silicone ou encore Asics « More Bodysuits to Come », sur swimnews.com, 28 avril 2000. Consulté le 2 mai 2009. « DIANA - Press Release », sur swimnews.com, 8 mars 2000. Consulté le 2 mai 2009., ce quelques mois avant les Jeux olympiques d'été de 2000. À l'approche du principal rendez-vous de l'année, les critiques se multiplient notamment en Australie, le pays organisateur de ces Jeux, pays où la natation est reine. Ainsi, le double champion olympique Kieren Perkins et l'entraîneur en chef de l'équipe australienne Don Talbot craignent l'injustice que tous les nageurs ne puissent pas porter une combinaison « Speedo Will Make Suits Available To All Swimmers », sur swimnews.com, 30 mars 2000. Consulté le 2 mai 2009. Paul Quinlan, « Suit Up or Sink », sur swimnews.com, 22 mars 2000. Consulté le 2 mai 2009.. Speedo réplique en affirmant être capable d'accélérer la production de combinaisons et de les mettre à la disposition de tous les nageurs avant les Jeux. En avril, à l'approche des sélections olympiques, le Comité olympique australien porte l'affaire des combinaisons devant le Tribunal arbitral du sport. Mais ce dernier se range derrière la FINA et les conclusions de la réunion de Koweït d' « CAS Clears Bodysuits », sur swimnews.com, 2 mai 2000. Consulté le 2 mai 2009.. Lors des sélections olympiques australiennes, tous les principaux nageurs disposent finalement de combinaisons Speedo. À l'inverse, en raison d'un nombre insuffisant de tenues, l'utilisation de la Speedo est interdite lors des sélections canadiennes « Swimming Canada Bans Use of Speedo Suit at Trials », sur swimnews.com, 25 mai 2000. Consulté le 2 mai 2009.. Une décision un temps partagée par les États-Unis qui interdisent l'utilisation des nouvelles combinaisons pour les Olympic Trials avant de se raviser No Bodysuits at U.S. Olympic Trials, sur swimnews.com, 23 juin 2000. Consulté le 2 mai 2009. « US Swimming Reverses Decision 'Lifts Ban On Bodysuits' », sur swimnews.com, 19 juin 2000. Consulté le 2 mai 2009..

La polémique portée à son paroxysme (2008-2010) 2008, la LZR Racer

thumb|Campagne de lancement de la LZR Racer de Speedo aux États-Unis le à New York. L'équipe nationale américaine, avec Michael Phelps au centre, Natalie Coughlin à sa gauche et Amanda Beard à sa droite, sert de modèle à cette occasion.

Le , Speedo lance sa nouvelle combinaison, la LZR Racer, élaborée en association avec la NASA et l'Australian Institute of Sport. Lancée en grande pompe à Sydney en présence de l'équipe nationale australienne, la marque décrit sa tenue comme la . Elle affirme également que la LZR Racer diminue de 10 % la traînée par rapport à la Fastskin FS11 de 2004. Presque immédiatement après la commercialisation de la combinaison, de premiers records du monde sont battus et non des moindres. Le 16 février, la Zimbabwéenne Kirsty Coventry bat le deuxième plus ancien record du monde, celui du 200 m dos en grand bassin de la Hongroise Krisztina Egerszegi« Natation - RM sur 200 m dos pour Coventry », sur lequipe.fr, 16 février 2008. Consulté le 5 mai 2009.. Le lendemain, c'est au tour de l'Australien Eamon Sullivan de faire tomber l'une des plus anciennes marques, celle du 50 m nage libre en grand bassin du Russe Alexander Popov. À l'origine de nombreux records planétaires lors des Championnats d'Europe ou des Championnats du monde en petit bassin, la LZR est homologuée par la FINA le malgré les protestations de son concurrent Arena« Natation - La Fina valide la combi Speedo », sur lequipe.fr, 12 avril 2008. Consulté le 21 mai 2009.« Les secrets de la combinaison Speedo », sur lefigaro.fr, 16 avril 2008. Consulté le 21 mai 2009.. À cette date, sur les dix-neuf records du monde en grand bassin battus depuis le début de l'année 2008, dix-huit l'ont été avec une LZR, un seul avec une Arena. Cette dernière subit d'ailleurs les pressions de ses nageurs sous contrat, insatisfaits des performances de la Powerskin R-Evolution« Championnats de France de natation: les nouvelles combinaisons, en avoir ou pas », AFP, 19 avril 2008. Consulté le 21 mai 2009..

Après les Championnats d'Europe en petit bassin en , où dix-sept records du monde tombent, des voix s'élèvent en faveur d'une réglementation de l'usage des combinaisons alors que d'autres mettent en évidence un « Fina extends swimsuit regulations », sur news.bbc.co.uk, 19 mars 2009. Consulté le 5 mai 2009.. Des observateurs mettent également en avant certaines dérives comme la superposition d'au moins deux combinaisons l'une sur l'autre afin d'accroître la flottabilité. Fin 2008, le bilan annuel fait état de 105 records du monde battus dont 79 réalisés en portant la LZR Racer de Speedo.

2009, le tout-polyuréthane

Pour répondre à ces inquiétudes, la Fédération internationale se réunit en à Dubaï pour statuer sur d'éventuelles modifications des règles. Le , la FINA adopte une charte qui interdit immédiatement l'usage des combinaisons intégrales ou le port de deux tenues l'une sur l'autre. En préambule, elle déclare ceci :

Quelques jours plus tard, en vertu des nouvelles règles, un premier record planétaire est annulé. Deux jours après la réunion de Dubaï, la Suédoise Therese Alshammar est en effet disqualifiée d'une course à Sydney dont elle avait battu le record du monde, pour port de deux combinaisons. La nageuse se défend en mettant en avant des raisons d'intimité, mais la fédération australienne n'autorisait à cet escient qu'un slip de bikini sous la combinaison. De son côté, la FINA est plus stricte et maintient que rien ne peut se trouver sous la combinaison. Ainsi, pour la compétition en cours, les éventuels records des nageurs ne respectant pas le règlement de la FINA seront invalidés, et la fédération australienne déclare vouloir s'aligner dès que possible sur ce règlement .

thumb|Nageurs portant une combinaison Jaked lors des Championnats des États-Unis 2009 à Indianapolis. À droite, le Français Frédérick Bousquet. thumb|La combinaison X-Glide d'Arena portée par l'Américain Eric Shanteau lors des Championnats des États-Unis 2009 à Indianapolis.

Pourtant, à peine ces dispositions en place, le débat se cristallise autour d'une nouvelle combinaison, la 01 de l'Italien Jaked. Bien que validée par les autorités internationales, cette tenue supplante la LZR Racer vis-à-vis des critiques. De nombreux records tombent en avril lors de plusieurs championnats nationaux, durant lesquels des centaines de nageurs cherchent à se procurer la tenue. Dès lors, plusieurs temps sont stigmatisés et jugés peu crédibles. En France, les débats sont vifs lors des sélections nationales où deux barrières tombent : Frédérick Bousquet nage moins de 21 secondes sur 50 m, Alain Bernard moins de 47 secondes sur 100 m nage libre. Ce dernier porte toutefois une combinaison Arena non validée, la X-Glide. Le , un jour après s'être réunie à Lausanne, la Commission d'homologation de la FINA publie une liste de 202 combinaisons dont l'utilisation est autorisée « FINA Commission for swimwear approval », site de la Fédération internationale. Consulté le 21 mai 2009.. Parmi celles-ci ne figurent pas les combinaisons utilisées lors de certains records du monde dont ceux des 50 et 100 m nage libre dont la validation est alors en suspens« Combinaisons perdantes pour les Français », sur france24.com, 21 mai 2009.. Pourtant, le , la FINA fait marche arrière en publiant une seconde liste élargie des combinaisons autorisées. La combinaison Jaked obtient ainsi l'aval de même que celle modifiée d'Arena. En conséquence, six records du monde réalisés avec la tenue Powerskin X-Glide d'Arena — dont celui du 100 m nage libre — ou avec une Descente sont annulés « FINA approval of world records », site de la Fédération internationale de natation, 22 juin 2009. Consulté le 23 juin 2009.. Cette décision est vivement critiquée par la presse internationale, les nageurs et quelques personnalités de la natation mondialeArnaud Coudry, « Combinaisons : la Fédération internationale se ridiculise », sur lefigaro.fr, 23 juin 2009. Consulté le 23 juin 2009. « Australia coach criticises FINA backflip », sur abc.net.au, 23 juin 2009. Consulté le 23 juin 2009.F.Horter : «Incompréhensible», sur lequipe.fr, 22 juin 2009. Consulté le 23 juin 2009.. Certains parlent alors d'éventuelles collusions d'intérêts entre l'instance internationale et Jaked, une marque italienne, à quelques semaines des Mondiaux 2009 organisés en ItalieLes nageurs suisses «en plein Far West», sur info.rsr.ch, 23 juin 2009. Consulté le 23 juin 2009..