Salah Hamouri (en ), né le à Jérusalem, est un avocat et défenseur des droits de l'homme franco-palestinien.
Il est arrêté en 2005 puis condamné par Israël qui l'accuse d'appartenance au Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et de complot visant à assassiner Ovadia Yosef, ancien grand-rabbin d'Israël et chef spirituel du parti religieux Shas. Il accepte de plaider coupable lors de son procès en échange d'une réduction de peine, tout en clamant son innocence au cours de sa détention, laquelle est dénoncée par des organisations de défense des droits humains.
En 2011, il est libéré par un échange de prisonniers entre Israël et le Hamas. Alors qu'il travaille pour Addameer, une ONG d’aide juridictionnelle qui défend les droits des prisonniers, il est de nouveau placé en détention administrative en sans qu’aucune charge ne soit émise contre lui, puis libéré après 13 mois d'incarcération. Il est emprisonné une nouvelle fois en , sans accusation formelle, avant d'être expulsé d’Israël et des territoires occupés par Israël, donc de Palestine, en . Son expulsion est qualifiée de par Amnesty International, condamnée par le ministère français des Affaires étrangères et qualifiée de par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme.
Il vit en France depuis son expulsion.
Biographie Origines et études Salah Hamouri est né d'une mère française, Denise-Annick Guidoux, originaire de Bourg-en-Bresse (Ain), professeure de français dans une école catholique privée à Jérusalem-Ouest, et d'un père palestinien, Hassan Hamouri, restaurateur à Jérusalem.. Il a un frère, Amir, et une sœur, Caroline..
Il est ainsi Français par sa mère et Palestinien par son père. Hassan Hamouri, est un citoyen jordanien d'origine palestinienne habitant Jérusalem-Est, contrôlée par la Jordanie entre 1948 et 1967. En effet, après la conquête de la partie Est de la ville par Israël lors de la Guerre des Six jours puis la guerre civile de Septembre Noir du royaume hachémite contre les fedayin de l'OLP , le royaume de Jordanie décide de déchoir tous les Palestiniens de leur ancienne citoyenneté jordanienne, ce qui les rend pendant plusieurs années apatrides. Les résidents arabes de Jérusalem peuvent théoriquement demander la nationalité israélienne s'ils font un serment d'allégeance, ce que la majorité refusent. Salah Hamouri grandit ainsi avec le statut de « résident permanent ». Il dispose du droit de vote aux élections locales israéliennes..
Il étudie au sein de l'école privée catholique De La Salle College, des frères des Écoles chrétiennes. Après son baccalauréat, il fait des études de sociologie à l'université de Bethléem.
Après sa sortie de prison en 2011, il fait des études de droit et devient avocat au barreau palestinien en .. Il est toutefois placé sous le coup de nombreuses restrictions de mouvement et ne peut exercer son métier, faute d’être autorisé à entrer dans les tribunaux et les prisons. Il sera également découvert qu'il a été placé sous écoutes téléphoniques.
La femme de Salah Hamouri, épousée en 2014, est Elsa Lefort, fille du député Jean-Claude Lefort (PCF), ancien secrétaire de Georges Marchais.. Elle est expulsée vers la France par les autorités israéliennes en 2016, alors qu'elle était employée par le consulat de France à Jérusalem. Son entourage sollicite le ministère des Affaires étrangères afin qu'Elsa Lefort, enceinte, puisse aller accoucher à Jérusalem..
Le couple a deux enfants qui vivent en France.
Emprisonnement Première arrestation C'est pendant sa deuxième année de sociologie que les autorités militaires israéliennes l'arrêtent lors d'un contrôle d'identité à un point de contrôle militaire à Qalqilya, en Cisjordanie occupée, le . Selon ses dires, il se rendait avec des amis à Ramallah ; alors qu'il arrivait au checkpoint de Qalqiliya, les soldats le font descendre du véhicule et l’arrêtent sans aucune explication. Il est conduit aussitôt en prison.
Salah Hamouri est arrêté pour répondre de deux chefs d’inculpation« La réponse de la mère de Salah Hamouri à l'ambassade d'Israël », le 28 décembre 2008 sur rue89.com puis sur nouvelobs.com. : appartenance à une organisation classée comme terroristehttps://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2012:165:0072:0074:EN:PDF, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) ; complot visant à assassiner Ovadia Yosef, leader spirituel du parti religieux ultra-orthodoxe Shas, ancien grand-rabbin d'Israël.
Hamouri nie les faits qui lui sont reprochés. Selon l'accusation, il connaissait Moussa Darwish qui aurait admis avoir fomenté le projet de passer devant la maison du rabbin en moto et d'ouvrir le feu. Selon des articles publiés lors de l'arrestation de Salah Hamouri dans la presse israélienne, Moussa Darwish, Salah Hamouri et Muatztaf Sheikh ont acheté des armes et des munitions pour assassiner Ovadia Yosef, et installé, dans plusieurs quartiers du nord de Jérusalem, des groupes de distribution de prospectus anti-israéliens émanant du FPLP.. Enfin, ils auraient eu des contacts avec des membres du FPLP incarcérés à la suite de l'assassinat de l'ancien ministre israélien du tourisme, Rehavam Zeevi. Le quotidien Le Monde note en 2025 que les autorités françaises n'ont jamais cru en l'appartenance de Salah Hamouri au FPLP.
Procès Après trois ans de détention préventive, son avocate Leah Tsemel.Affaire Salah Hamouri : la réponse de l'ambassade d'Israël, rue89.com, 4 novembre 2016 lui suggère sur proposition du procureur militaire israélien d'accepter une négociation de peine à son procès, malgré l'absence d'élément concret dans le dossier d’accusation, qui lui permettrait d'être condamné à sept ans de prison, une peine moindre que celle qu'il encourt (quinze années de prison) s'il refuse de se déclarer coupable. En avril 2008, Jean-Claude Lefort, président de l'Association France-Palestine Solidarité, qui deviendra en 2014 le beau-père de Salah HamouriL'épouse de Salah Hamouri est Elsa Lefort. et coordinateur de son comité national de soutien, assure avoir entendu les juges militaires dire dans le tribunal la phrase suivante : vignette|La , en Cisjordanie occupée, . Après avoir suivi ces recommandations, il est condamné à sept ans d'emprisonnement par le tribunal militaire israélien de Judée, à en Cisjordanie occupée, le . Le consulat général de France a suivi l'ensemble de la procédure judiciaire et a assisté à toutes les audiencesIsraël/Hamouri: Sarkozy pour la clémence Sur le site du Figaro.
Moussa Darwish, présenté par les autorités israéliennes comme l'initiateur de la tentative d'assassinat, est quant à lui condamné à 12 ans de prison en appel..
Hamouri purge l'essentiel de sa peine à la prison de GuilboaLe Point.fr du 9 novembre 2009., puis est transféré à la prison de Shata, quelques semaines avant sa libération.
Demande de libération anticipée Selon l'ambassade d'Israël en France, Salah Hamouri pourrait faire appel devant la Cour suprême., ce que contestent ses soutiens.Lettre ouverte de JC Lefort à l'ambassadeur d'Israël., humanite.fr.
En 2009, Salah Hamouri demande une libération anticipée pour « bonne conduite », qui lui est refusée par la commission israélienne chargée de statuer sur sa libération. Les services du Quai d'Orsay étudient les motifs avancés par la commission israélienne sur ce refus. Parmi ceux-ci et selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien, figure la procédure de plaider coupable, choisie par Hamouri pour réduire sa peine, qui ainsi démontrerait sa culpabilité, ainsi que le refus de présenter des excuses - ce que lui reprochera dans un courrier la ministre Rama Yade, et enfin son statut de récidiviste, déjà condamné à de la prison pour avoir collé des affiches.
Positions diplomatiques France Avant le jugement, les autorités françaises, par la voix de Cédric Goubet, chef de cabinet du président de la République, ont fait savoir qu'Israël était un État de droit. Il était donc impossible d’intervenir dans le processus judiciaire en cours tandis que, de son côté, Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères, exprimait son mécontentement aux autorités israéliennes et demandait « un procès rapide », selon la demande d'Elsa HamouriLettre du Ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner adressée à la famille de Salah Hamouri : Il « ''a attiré l’attention à plusieurs reprises des Autorités israéliennes sur le caractère inacceptable de son incarcération sans jugement durant trois années'' ».
La ministre Rama Yade, saisie par la famille de Salah Hamouri, a répondu par une lettre qui suscitera une réaction indignée de la mère d'Hamouri :
Le Quai d’Orsay et l’Élysée restent depuis la condamnation discrets sur le sujet. La diplomatie française s’accorde derrière le plaider coupable et ne semble pas avoir entrepris de démarches significatives en vue de la libération de Salah HamouriIsraël: un Français aux oubliettes, liberation.fr. Cet état de fait incite l'ancien député Jean-Claude Lefort et beau-père de l'accusé à critiquer .. Nicolas Sarkozy a notamment refusé de recevoir la famille d'Hamouri. (qui a toutefois été reçue par Bernard Kouchner), mais a réclamé un auprès du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou..
En , Dominique Voynet, sénatrice française (Les Verts) , évoque le cas Salah Hamouri lors d'une séance de questions d'actualité au Sénat français. La question s'adressant au ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner y a répondu.. Extrait de l'intervention de Dominique Voynet : Comment expliquer le silence du gouvernement [Français] concernant Salah Hamouri ?
Ce jeune franco-palestinien, arrêté le , au cours d’un contrôle d’identité à l’un des nombreux checkpoint entre Jérusalem-Est et Ramallah a été conduit en prison sans en connaître le motif. Ce n’est qu’ultérieurement que lui ont été notifiées les raisons de son incarcération : être passé en voiture trois mois plus tôt, devant le domicile de Yosef Ovadia, rabbin, également chef du parti ultra-orthodoxe Shas. Salah Hamouri fut aussi suspecté d’être affilié au FPLP.
Sur ces bases, la justice militaire Israélienne a estimé que Salah Hamouri avait des intentions négatives à l’encontre du rabbin. Plus de 20 audiences du procès ont été annulées faute de témoins. Le , soit plus de trois ans après le début de sa détention, Salah Hamouri a été traduit devant le juge militaire. Son avocate a pointé durant le procès l’absence de preuves quant à son intention de porter atteinte à l’intégrité physique de M. Ovadia. Craignant qu’il ne soit condamné à une peine plus longue, elle a néanmoins conseillé à Salah Hamouri de plaider coupable.
Condamné en à 7 ans de prison, il n’a cessé depuis de clamer son innocence. Cette condamnation d’un civil français, par une justice militaire apparaît totalement disproportionnée puisqu’elle ne s’appuie sur aucune preuve ni aucun élément tangible. Dans un courrier de 2011, le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé souligne qu' aucun élément de preuve n'a été présenté par l'accusation israélienne.
En , Israël expulse Hamouri en France. L'ONU a qualifié cette déportation de « crime de guerre ». et le Ministère des Affaires étrangères français a condamné cette expulsion : « Nous condamnons aujourd’hui la décision des autorités israéliennes, contraire au droit, d’expulser M. Salah Hamouri vers la France.
Depuis sa dernière arrestation, la France s’est pleinement mobilisée, y compris au plus haut niveau de l’Etat, pour faire en sorte que les droits de M. Salah Hamouri soient respectés, qu’il bénéficie de toutes les voies de recours et qu’il puisse mener une vie normale à Jérusalem, où il est né, réside et souhaite vivre.
La France a également engagé de multiples démarches auprès des autorités israéliennes pour manifester de la manière la plus claire son opposition à cette expulsion d’un résident palestinien de Jérusalem-Est, territoire occupé au sens de la quatrième convention de Genève.