Maâibrê Shéshi (Le cœur de Rê est juste) est, selon certains spécialistes dont Jacques Kinnaer et Ryholt, le cinquième roi de la . S'il appartient à la , il serait dans ce cas le roi inconnu prédécesseur et père de Néhésy. Pour d'autres, dont Dariusz Sitek, il est de la .

Attestations

Noms sur les sceaux

Le nom de Sa-Rê de ShéshiLa signification de Sheshi est incertaine ; il pourrait s’agir du diminutif d’un autre nom. est inscrit sur plus de deux cents sceaux-scarabées, qui constituent les seules attestations de son règne. Le nombre de scarabées attribués à Sheshi n'est égalé que par celui des scarabées portant le nom de Nesout-bity Maâibrê, signifiant « Le cœur de Rê est juste ». Compte tenu des fortes similitudes stylistiques entre les deux groupes de scarabées, ainsi que de leur nombre par ailleurs inégalé, les égyptologues s'accordent à dire que Maâibrê était le prénom de Sheshi.

Par conséquent, Maâibrê Shéshi est le souverain le mieux attesté de la Deuxième Période intermédiaire, avec 397 sceaux-scarabées et sept empreintes de sceaux portant l'un ou l'autre de ses deux cartouches. Ce chiffre est trois fois supérieur aux 125 attestationsSékhâenrê Yakbim est attesté par 122 sceaux-scarabées, un sceau-cylindre, un sceau-rond et une empreinte de sceau (). attribués au roi le mieux attesté de la période après lui et nommé Sékhâenrê YakbimLa position chronologique exacte de Sékhâenrê Yakbim est incertaine..

Outre ces sceaux, Manfred Bietak a suggéré qu'un scarabée découvert à Avaris et portant l'inscription du nom d'un roi, « Shenshek », devrait probablement être attribué à Shéshi. Cette conclusion est rejetée par Kim Ryholt et Darrell Baker, qui estiment que Shenshek était un roi distinct.

Localisation des découvertes vignette|droite|Provenance de certains scarabées de Maâibrê Shéshi. Plus de 80 % des sceaux attribués à Maâibrê Shéshi sont d'origine inconnueSur les 404 sceaux-scarabées et empreintes de sceaux de Maâibrê Shéshi répertoriés par Ryholt, 325 sont de provenance inconnue ; ils ont probablement été exhumés illégalement., mais les 20 % restants ont été trouvés en Égypte, en Nubie et en Canaan, ainsi que , ce qui témoigne d'importants échanges commerciaux et diplomatiques sous le règne de Maâibrê Shéshi.

Parmi les découvertes importantes figurent des sceaux provenant de Lakish, Gezer, Jéricho, , Amman et Tell el-Ajjul en Canaan. En Basse-Égypte, trois sceaux ont été mis au jour à Tell el-Yahoudieh et Tell el-Maskhouta, et huit autres dans la région du Delta. Quatre sceaux proviennent de Saqqarah et cinq autres des sites de Moyenne-Égypte d'Abousir el-Melek, Kôm Médinet Ghourob, Kôm el-Ahmar et Deir Rifa. Plus au sud, en Haute-Égypte, vingt sceaux sont connus, provenant d'Abydos, Diospolis Parva, Thèbes, Esna, Edfou et Éléphantine. En Nubie, des sceaux de Maâibrê Shéshi ont été trouvés dans les forteresses égyptiennes d'Ouronarti et de Mirgissa, ainsi qu'à Dakka, Kerma, , Aniba, Masmas, Faras, Oukma, Akasha et Saï. Enfin, deux empreintes de sceaux de Maâibrê Shéshi ont été découvertes à Carthage, dans un contexte archéologiquement daté du .

Les sceaux de Maâibrê Shéshi sont aujourd'hui dispersés dans de nombreux musées, dont le Musée d'Israël, le Musée Petrie, l'Ashmolean Museum, le British Museum, le Louvre, le Walters Art Museum, le Metropolitan Museum of Art et le Musée égyptien du Caire.

Sources historiques

Aucune attestation historique de Maâibrê Shéshi n'est connue avec certitude. Maâibrê Shéshi est absent du Canon royal de Turin, une liste de rois écrite sur papyrus durant l'époque ramesside et qui constitue la principale source historique pour la Deuxième Période intermédiaire. Ceci s'explique par le fait que la section du papyrus couvrant les à s est fortement endommagée et que la question de la place chronologique de Maâibrê Shéshi ne peut être résolue à partir de ce document.

On ignore si Maâibrê Shéshi est mentionné dans l'Ægyptiaca, œuvre du , sous le règne de , par le prêtre égyptien Manéthon. En effet, l'Ægyptiaca ne rapporte que des noms hellénisés pour les pharaons égyptiens, et l'identification de Maâibrê Shéshi à un nom particulier demeure controversée.

Enfin, Aharon Kempinski et Donald Bruce Redford ont proposé que Maâibrê Shéshi soit le personnage historique à l'origine du biblique, un Anakim vivant à Hébron au moment de la conquête de Canaan par les Hébreux, selon Nombres 13:22. David Rohl va plus loin et assimile explicitement Shéshi à Sheshai.

Position chronologique et identité

Trois hypothèses concurrentes ont été proposées concernant la dynastie à laquelle appartenait Maâibrê Shéshi.

Souverain hyksôs

William C. Hayes, Nicolas Grimal, Donald Bruce Redford et Peter A. Clayton identifient Shéshi à Salitis, attesté en tant que premier roi de la selon l'œuvre de Manéthon. Bietak et Janine Bourriau, quant à eux, proposent d'identifier Salitis à Sakir-Har, un souverain peu connu de la Deuxième Période intermédiaire qui, contrairement à Shéshi, est connu pour avoir porté le titre d'« Hyksôs ».

Si Shéshi est assimilé à Salitis, alors les sceaux de Shéshi découverts en Nubie suggèrent que les Hyksôs s'allièrent aux Nubiens contre les rois de la dès leur arrivée dans le delta du Nil, un événement que Grimal situe vers 1720 av. J.-C.. Grimal conçoit le royaume de Shéshi comme englobant tout le delta du Nil et la vallée du Nil au nord de Gebelein. Selon Manéthon, rapporté par Flavius Josèphe dans Contre Apion, Salitis régnait depuis Memphis et fortifia la ville d'Avaris, qui allait devenir le siège du pouvoir hyksôs.

Grimal et Hayes assimilent également Shéshi à Sharek, un roi dont la seule mention se trouve sur une stèle détaillant la généalogie d'Ânkhefensekhmet, un prêtre ayant vécu à la fin de la , soit environ 900 ans après la date estimée de la mort de Shéshi. Dans le cadre de cette hypothèse, Sharek serait donc la corruption du nom Shéshi.

William Ayres Ward et l'archéologue Daphna Ben-Tor s'appuient sur les séries de sceaux de Shéshi et d'autres rois de la Deuxième Période intermédiaire pour dater Shéshi de la seconde moitié de la , entre les grands rois hyksôs Khyan et Apophis.

Vassal des Hyksôs

Jürgen von Beckerath est moins catégorique quant à l'identité de Shéshi et l'intègre à sa /, regroupant les souverains hyksôs dont la position chronologique est incertaine avec les rois qu'il considère comme vassaux des Hyksôs. L'analyse de von Beckerath repose sur l'hypothèse que la de Manéthon était composée de souverains mineurs du delta du Nil, appelés « Hyksôs mineurs », qui servaient les grands rois hyksôs de la , tels que Khyan et Apophis.

Pour Manfred Bietak, le grand nombre d'attestations concernant Shéshi suggère qu'il était un important souverain hyksôs, mais son appartenance à la est sujette à caution en raison de l'absence totale de monuments qui lui sont attribuables. Bietak conclut donc que Shéshi devrait être placé dans un groupe de souverains sémitiques occidentaux ayant coexisté avec la , peut-être comme vassaux ou de manière partiellement indépendante, et dont certains portaient même le titre d'« Hyksôs ».

L'existence de rois hyksôs mineurs en Égypte fait actuellement l'objet de débats. Ryholt a montré qu'une affirmation dans la version d'Ægyptiaca d'Eusèbe de Césarée, selon laquelle les Hyksôs avaient des vassaux, est une corruption du texte original de Manéthon. Il rejette donc l'hypothèse selon laquelle la était composée de vassaux des Hyksôs et soutient plutôt qu'il s'agissait d'une dynastie égyptienne autochtone régnant indépendamment sur la région thébaine entre la chute de la et l'avènement de la . Ces conclusions sur la ont été acceptées par de nombreux chercheurs, dont Ben-Tor, James Peter Allen, Susan Allen, Baker et Redford. Pourtant, pour Redford et Bietak, « il ne fait aucun doute que, sous l'égide des souverains de la , existait une série de vassaux dans le sud et le littoral de la Palestine, en Moyenne-Égypte et à Thèbes... Tel était le système politique des Hyksôs, caractéristique des royaumes amorrites de Syrie et des cités-États de Palestine. »

Roi de la XIVe dynastie

Ryholt et Baker rejettent l'identification de Shéshi comme souverain de la . Ryholt observe que les premiers rois hyksôs, tels que Sakir-Har et Khyan, portaient le titre de Héqa-khasout, signifiant « souverain des terres étrangères »Ḥḳȝ-ḫȝswt, un titre que Shéshi ne portait pas. De plus, Khyan, le second de ces deux rois, n'adopta un nom de Nesout-bity égyptien que durant la seconde moitié de son règne – une pratique suivie par les rois hyksôs suivants. En revanche, si l'on identifie Shéshi à Maâibrê, alors Shéshi portait un nom de Nesout-bity. Cela implique soit qu'il était un roi hyksôs ayant régné après Khyan, ce qui contredit les successeurs connus de ce dernier, Apophis et Khamoudy, et le fait que Shéshi ne portait pas le titre de Héqa-khasout ; soit qu'il appartenait à une autre dynastie.

Par conséquent, Ryholt suggère que Shéshi était en réalité un souverain de la , cette dernière étant une lignée de rois d'origine cananéenne ayant probablement régné sur le delta oriental du Nil juste avant l'arrivée des Hyksôs, souverains de la . De nombreux égyptologues admettent l'existence de la sur la base de preuves archéologiques et du fait qu'une cinquantaine de rois sont mentionnés dans le Canon royal de Turin entre la et les souverains hyksôs ultérieurs. Redford, quant à lui, propose que ces cinquante rois constituent la généalogie des souverains hyksôs et que la soit une chimère.

À partir d'une série de sceaux scarabées de la Deuxième Période intermédiaire disponibles en 1900, George Willoughby Fraser a pu dater le règne de Shéshi d'une « courte dynastie précédant l'invasion hyksôs ». Plus récemment, Ryholt est parvenu à un résultat similaire en utilisant sa propre sériation et place Shéshi avant Méryouserrê Yâqoub-Har et les grands souverains hyksôs Khyan et Apophis, et après Sékhâenrê Yakbim, Nébououserrê Yâammou, Khâouserrê Qareh et Âahéteprê Âmmou. Rolf Krauss est parvenu indépendamment à la même conclusion. Étant donné que le premier souverain de la mentionné dans le Canon royal de Turin est Néhésy, un roi qui a laissé plusieurs attestations de son règne dans la région du Delta, et qu'il n'y a de place que pour un seul prédécesseur de Néhésy dans le texte, Ryholt conclut que le document antérieur à partir duquel le Canon royal de Turin a été copié présentait une lacune avant Néhésy. De telles lacunes sont notées wsf dans le texte et pourraient couvrir un nombre quelconque de roisLa théorie de Ryholt concernant la signification de wsf dans le Canon royal de Turin a été acceptée par d'autres chercheurs, dont Allen et Ben-Tor ().. Ainsi, Ryholt ne voit aucun obstacle à ce que Shéshi succède à Âahéteprê Âmmou et précède immédiatement Néhésy.

Comme précisé précédemment, ces conclusions basées sur la chronologie des scarabées sont réfutées par plusieurs chercheurs, dont Daphna Ben-Tor. Ele note en effet que la typologie des scarabées de Maâibrê Shéshi semble dater ces derniers de la seconde moitié de la , entre les grands rois hyksôs Khyan et Apophis, Maâibrê Shéshi aurait donc vécu bien plus tard que le début de la .

Datation absolue

Milieu du

Ryholt situe le règne de Shéshi au milieu du XVIIIe siècle av. J.-C.. Son principal argument repose sur la présence de sceaux de Shéshi et de deux rois du milieu de la , Sekhemrê-Khoutaouy Khâbaou et Horus Djedkheperou, dans la forteresse égyptienne d'Ouronarti, en Nubie. La forteresse d'Ouronarti fut abandonnée à un moment donné de la , un événement que Ryholt situe sous le règne de Djedkheperou, compte tenu de l'absence de sceaux attribuables aux rois suivants. Ryholt propose ainsi que Shéshi ait régné d'environ 1745 av. J.-C. à 1705 av. J.-C. et qu'il ait été contemporain de Khâbaou et de Djedkheperou.