vignette|droite|Détail de la fresque d'une tombe d'Ágios Athanásios montrant des guerriers macédoniens, Thessalonique, fin du

L'armée macédonienne est considérée comme l'une des meilleures armées civiques de l'Antiquité. Instrument de la conquête de la Grèce sous le règne de , puis de l'Orient sous le règne d'Alexandre le Grand, elle a affronté victorieusement l'armée perse pour devenir le modèle sur lequel se sont formées les armées des royaumes antigonide, séleucide et lagide aux

Les phalanges de porteurs de sarisses forment l'une des pièces maîtresses de toute armée macédonienne de l'époque hellénistique ; mais elle voient leur armement constamment alourdi au cours des , leurs lances atteignant dès le siège d'Edessa en , une taille de contre au temps de Philippe et d'Alexandre. Ce changement radical de l'utilisation tactique de la phalange est constaté à Magnésie, aux Thermopyles, à Cynoscéphales ou à Pydna. Les phalanges sont désormais presque incapables de manœuvrer, de se déplacer rapidement, et occupent un rôle exclusivement défensif. Les alourdissements parallèles du bouclier et de l'armure, qui ont pour but de donner un avantage décisif lors d'engagements entre deux armées de type macédonien, coûtent aux phalangites leur mobilité et leur efficacité en tant que formation à vocation offensive. Les légions romaines et leur grande flexibilité viennent à bout de la lourde phalange macédonienne et lui infligent la première défaite de son histoire à Cynoscéphales, rendant une telle formation désuète vers le milieu du , participant à sa disparition totale et définitive à la fin du

L'armée macédonienne s'appuie aussi sur une cavalerie lourde (les Compagnons) chargée de provoquer la rupture chez l'adversaire une fois celui-ci fixé par les sarisses des phalangites. La plupart des batailles d'Alexandre sont ainsi remportées grâce à la hardiesse de ses cavaliers. Finalement la réussite de l'armée macédonienne au s'appuie sur une parfaite coordination entre infanterie (lourde et légère) et cavalerie.

Généralités Sources antiques vignette|redresse=1.3|Détail de la mosaïque d'Alexandre : Alexandre chargeant au milieu de ses Compagnons.

L'armée macédonienne est connue grâce aux historiens qui ont écrit au sujet des règnes de , d'Alexandre le Grand et des Antigonides, à savoir Diodore de Sicile (Bibliothèque historique, à ), Arrien (Anabase), Quinte-Curce (Histoire d'Alexandre), Justin (Abrégé des histoires philippiques de Trogue-Pompée), Polybe (Histoires, et ), Tite-Live (Histoire de Rome, à ). Il faut y ajouter un ensemble de documents épigraphiques qui ont contribué à renouveler considérablement l'apport des textes littéraires : règlements militaires émis par la chancellerie macédonienne (diagramma de Chalcis, Kynos, Cassandréia et d'Amphipolis), lettres royales, et règlements civiques (loi éphébarchique d'Amphipolis, loi gymnasiarchique de Béroia)..

Il est parfois délicat de réconcilier les informations fournies par ces différentes sources qui ne s'accordent ni sur les chiffres ni parfois même sur le vocabulaire technique. Une difficulté particulière tient à ce que certaines appellations (peltastes, hypaspistes) désignent des unités différentes selon les époques. Pour ces raisons, de nombreuses incertitudes demeurent quant à l'organisation de l'armée macédonienne.

Pour le détail de l'armement, nous disposons, outre des armes découvertes dans certaines tombes (sarisses, épées et cuirasses dans les tombes d'Aigai), d'un certain nombre de sources iconographiques représentant divers types de soldats : le sarcophage d'Alexandre à Sidon, la mosaïque d'Alexandre à Pompéi représentant probablement la bataille d'Issos, une statuette à Herculanum, des fresques funéraires en Macédoine (notamment celles de la tombe de Lysôn et Calliclès à Lefkadia), des stèles funéraires sculptées.

Réformes de Philippe II Réformes de l'infanterie vignette|redresse=1.5|Monnaie de . Au droit : tête de Zeus ; au revers : à cheval.

Du temps des premiers Argéades, le noyau de l'armée macédonienne est la cavalerieAlbert Martin, « Hétaires », dans .. Puis (413-399 av. J.-C.) entreprend de réorganiser l'armée en la dotant d'une infanterie hoplitique, , 100, 2.. Auparavant, la seule infanterie lourde dont dispose la Macédoine lui est fournie par des cités grecques alliées. C'est au sujet de son règne qu'est faite la première mention des Compagnons (hétaires) par les sources antiquesÉlien, Histoire variée, , 4.. , frère de , aurait formé une véritable force d'infanterie, en la divisant en bataillons (taxeis) et en compagnies (syntagmai) et en nommant ses membres les pezhétaires (Compagnons à pied) afin de les associer à l'aristocratie des hétairesOlivier Battistini, « Phalange », dans .. Le véritable réformateur est Olivier Battistini, « Armée macédonienne », dans ., inventeur de la phalange de sarissophores (porteurs de sarisses), , 3, 1-2.. Lorsqu'il arrive au pouvoir en , l'armée a en effet été anéantie par les affrontements avec les Illyriens et il entend placer la Macédoine sur l'échiquier politique de la Grèce. Il s'inspire de l'armée thébaine, sachant qu'il a résidé comme otage à Thèbes durant trois années, pour entreprendre de vastes réformes militaires qui font de la phalange le cœur de son armée :

Il commence par professionnaliser son armée, qui devient permanente, en s'inspirant du bataillon sacré thébain qui a démontré son efficacité lors de la bataille de Leuctres en face aux Spartiates. Il dote les phalangites d'une sarisse, une lance d'une longueur comprise à l'époque entre et , dont les extrémités ont une pointe en fer voire en bronzeOlivier Battistini, « Sarisse», dans .. Il allège l'équipement défensif des phalangites en comparaison des hoplites (dont la panoplie pèse ) : la cuirasse en bronze (dorénavant réservée aux officiers) est abandonnée au profit du linothorax, une cuirasse en lin ; seules subsistent les jambières métalliques (cnémides). Il fait rétrécir le bouclier (aspis) qui passe de de diamètre à , permettant de rendre les formations plus compactes. Il abandonne le casque corinthien au profit d'un modèle plus léger : le casque phrygien (ou thrace). Il dispose la phalange sur seize rangs de profondeurs en ordre compact, le nombre de rangs peut être diminué selon le type d'affrontement. Il reprend l'ordre oblique mis au point par Épaminondas afin de pouvoir faire front dans toutes les directionsOlivier Battistini, « Phalange », dans .. Il fait régulièrement exécuter des manœuvres, permettant d'améliorer l'unité de la phalange, de créer une cohésion de groupe et d'appliquer des tactiques inter-armes. Il ajoute à la phalange (« porteurs de bouclier ») qui forment une infanterie d'élite, dont le premier bataillon constitue l'agéma, la garde royale à piedOlivier Battistini, « Armée macédonienne », dans .. Il incorpore un nombre important de peltastes et de fantassins légers (psiloi) en s'inspirant du stratège athénien Iphicrate. Il augmente les effectifs de l'infanterie qui passent de hommes en 359 à presque lors de la bataille de Chéronée en 338. Il met en place une réserve sur le champ de bataille, qui consiste à ne pas déployer d'entrée l'ensemble des troupes disponibles mais à en économiser une partie afin qu'elle soit utilisée pour l'attaque décisive.

Réformes de la cavalerie

Les réformes militaires ne concernent pas uniquement la phalange. La cavalerie se retrouve elle aussi fortement remaniée pour devenir une troupe de choc. On constate au cours du règne de que les effectifs de la cavalerie (lourde et légère incluses) augmentent fortement passant de 300 à près de au moment de la bataille de Chéronée en 338. Le Compagnon (hétaire), issu généralement de l'aristocratie, est équipé plus lourdement que ses homologues grecs. Il est protégé par un linothorax, un casque béotien et des cnémides. Les nouveautés apportées par se situent dans l'armement offensif et l'emploi tactique : Il dote les Compagnons d'une lance (xyston), souple et robuste, mesurant environ, en plus de l'épée courte (kopis ou machaira). Il incorpore des prodromoi en guise d'éclaireurs ; ils sont parfois confondus avec les sarissophoroi, les cavaliers porteurs de sarisses. Il adopte la formation en « coin » en s'inspirant des Thraces qui ont eux-mêmes empruntés cette technique aux ScythesThe Cambridge History of Greek and Roman Warfare, vol. 1, 2007, p. 221.. Cette formation permet de gagner en manœuvrabilité et en force d'impact. Il répartit sa cavalerie lourde au sein d'unités tactiques (ilai) comptant .

Portée des réformes

a formé une infanterie particulièrement efficace, car débarrassée d'une partie de son armement défensif au profit d'une sarisse, et bénéficiant d'une vitesse de charge accrue. Moins coûteux, cet armement permet d'équiper un plus grand nombre de soldats. Le royaume peut enfin rivaliser avec les cités grecques malgré la relative pauvreté initiale de ses moyens matériels et économiques. Cette réforme militaire a donc aussi des conséquences politiques considérables : elle permet d'intégrer un nombre puissamment accru de Macédoniens dans la défense du royaume et dans sa vie politique.

Ces réformes sont à l'origine des succès de l'armée macédonienne en Grèce puis durant l'expédition d'Alexandre le Grand qui a pu s'appuyer sur l'instrument forgé par son père..

Composition de l'armée redresse=1.5|vignette|Ordre de bataille traditionnel sous et Alexandre.

À partir du milieu du , l'armée macédonienne se compose de soldats-citoyens, de mercenaires recrutés sur contrat à court ou long terme et de troupes alliées.

L'infanterie, formée de troupes professionnelles, comprend trois composantes distinctes attestées sous . : Les Compagnons à pied (ou pezhétaires) qui forment la phalange de porteurs de sarisses ; L'infanterie d'élite des hypaspistes ou « porteur de boucliers », appelés argyraspides ou « boucliers d'argent » à la fin du règne d'Alexandre le GrandOlivier Battistini, « Hypaspistes », dans . ; Les peltastes, formés le plus souvent de mercenaires ou d'alliés d'origine thrace et péoniene.

La cavalerie est recrutées dans l'ensemble de la Macédoine : Les Compagnons (ou hétaires) sont à l'origine issus de l'aristocratieOlivier Battistini, « Hétaires », dans .. La plupart des cavaliers légers sont des mercenaires ou des alliés. Il existe par ailleurs une importante réserve mobilisée, selon les besoins, sur une base territoriale.

Les mercenaires sont quant eux engagés personnellement par les rois, par des accords qu'ils peuvent conclure en tant que seuls représentants de l'« État » habilités à conduire les relations avec les puissances étrangères.

Haut commandement

L'armée est fréquemment divisée en divisions (moirai) placées sous le commandement de généraux ou stratèges (stratégoi), tel Parménion qui commande, sous les règnes de et d'Alexandre, l'aile gauche durant les grandes batailles. L'échelon suivant des officiers (hégémonès) est occupé par des aristocrates macédoniens.

La phalange est divisée en six régiments (taxeis) composés de chacun, avec à leur tête un taxiarque. La plupart des taxiarques sont des princes des maisons de Macédoine provenant de la région d'origine des unités qu'ils commandent, au moins au début de la conquête de l'Asie. Par exemple Perdiccas commande la taxis d'Orestide, Coénos celle d'Élimée et Polyperchon celle de Tymphée.