La noblesse belge (néerlandais : Belgische adel ; allemand : Belgischer Adel) désigne, au sein du royaume de Belgique, les personnes et familles qui ont fait l'objet de la part du roi des Belges d'un anoblissement (avec ou sans concession de titre), d'une reconnaissance de noblesse (avec ou sans concession de titre) conférée antérieurement par des souverains ayant régné sur les territoires qui forment aujourd'hui le royaume de Belgique (Pays-Bas bourguignons (1384-1556), Pays-Bas méridionaux (1556-1795), Saint-Empire, Pays-Bas (1815-1830)), ou encore d'une admission dans la noblesse belge d'une noblesse étrangère. Aucun privilège n'est attaché à la noblesse ni aux titres qui figurent au registre national ainsi que sur les documents d'identité.

Sur les familles (environ) qui constituent la noblesse belge, environ un tiers (± 400 familles) trouve son origine dans la noblesse des Pays-Bas méridionaux et du Saint-Empire, avec des influences issues du système nobiliaire des Habsbourg. Les deux tiers restants (± 800 familles) ont été anoblis dans le courant du , et , par les rois des Belges, pour services éminents rendus à la nation.

La Belgique est l'une des rares monarchies à avoir conservé sa politique d'anoblissement. Ce renouvellement continu par les anoblissements des grands capitaines d’industries (Boël, Vaxelaire, Empain, ...) a permis à la noblesse de rester le . De nombreuses familles nobles belges restent très présentes dans le monde des affaires en Belgique.

Origine de la noblesse belge Ancien Régime Les Pays-Bas espagnols (1556–1713) vignette|redresse|droite|Philippe II d'Espagne, souverain des Pays-Bas espagnols de 1555-1598. La noblesse belge plonge ses racines dans celle des Pays-Bas méridionaux sous l'Ancien Régime, d’abord dans les Pays-Bas espagnols et ensuite les Pays-Bas autrichiens.

Trois textes juridiques régissent la qualité nobiliaire, les trois édits royaux de Philippe II d'Espagne du , de l'archiduc Albert VII le et de Marie-Thérèse d'Autriche en 1754.

Philippe II est le premier à réglementer le système nobiliaire, il ne fit que continuer le travail entrepris par Charles Quint, qui s'occupa de distinguer la noblesse par la somptuosité des vêtements. Un édit du réserva l'usage des étoffes de brocart d'or et d'argent, ou de velours, de satin ou taffetas, mêlées, brodées ou brochées d'or ou d'argent, et généralement de toutes les broderies, galons, franges et passementeries, aux chevaliers de la Toison d'or, ainsi qu'aux commandants et capitaines des ordonnances royales.

Le roi Philippe II d'Espagne, soucieux de distinguer les familles nobles, comme son père Charles Quint le fit avec les récipiendaires de la Toison d'or, promulgua le un édit : il contenait la forme et la manière qu'on doit observer dans les traitements et courtoisies, tant par la paroles que par écrit, ainsi que dans le port des couronnes et timbres, en quelque lieu que ce soit. L'édit spécifiait également qu'il était défendu de donner les titres d'excellence et de monseigneur à qui que ce fût, et de se servir des mots « votre seigneurie » et « votre illustre » mais aussi de commencer une lettre autrement que par le mot « monsieur » ou « messire ». S'adressant une dame, il fallait l'appeler «mademoiselle », à moins qu'elle ne fût épouse ou veuve de chevalier, auquel cas c'était « madame ».

L'édit du fut un grand changement dans la législation nobiliaire. Auparavant vague et indéterminée (ce qui provoqua des usurpations fréquentes du titre de baron), elle devient codifiée et des règles strictes ont structuré plus encore ces dignités royales. D'ailleurs, c'est sous cet édit de Philippe II que naquit l'existence de trois espèces de nobles : nobles de race (ceux qui sont issus d'une ancienne noble race de sang et de maison), nobles par lettre d'anoblissement (ceux ou leurs prédécesseurs paternels, en ligne directe masculine, qui auront été honorés par lettres patentes) et nobles par prescription (ceux ayant vécu et s'étant comporté publiquement et notoirement en personnes nobles).

vignette|redresse|gauche|Albert VII d'Autriche, souverain des Pays-Bas espagnols de 1598-1621. L'édit de l'archiduc Albert VII d'Autriche fut également une importante avancée dans la législation nobiliaire ; il consacra la protection des armoiries nobles et stipula les conditions permettant de déchoir des nobles de leurs titres ; notamment, s'ils exercent une profession contraire à la dignité requise pour être digne de la noblesse. Précédemment, les bâtards et enfants illégitimes ne furent jamais admis à jouir des prérogatives de la noblesse. Albert VII changea cette règle et le permit aux enfants légitimés par lettres patentes ; néanmoins cette descendance ne pouvait se prévaloir des mêmes armoiries.

Sous l'édit de Philippe II, trois catégories de nobles existaient. L'archiduc en créa une quatrième : l'anoblissement par charges. Il y a avait deux sortes de charges anoblissantes : les charges civiles et les charges militaires. Ces charges correspondaient aux grands corps judiciaires, politiques et mêmes administratifs des Pays-Bas méridionaux, ainsi que les principaux officiers royaux : conseillers du conseil privé, conseillers du grand conseil et des conseils provinciaux ainsi qu'aux receveurs généraux, aux baillis, drossarts, écoutètes, mayeurs, prévôts et d'autres encore.

Ce fut également un changement quant à la possession de terres nobles. À dater de l'édit de 1616, cette possession n'eut plus d'autre effet direct sur la condition des personnes, que de conférer le titre de seigneur avec les droits et prérogatives attachés à ce titre. En acquérant, d'une manière quelconque, une terre, un fief ou une seigneurie décorée d'un nom noble, on devenait seigneur du lieu, mais on ne pouvait en prendre ni le nom, ni les armes. Cependant, si la terre était décorée de quelque titre d'honneur, tel que baronnie, vicomté, comté, marquisat, principauté ou duché, l'acquéreur étant noble ne pouvait prendre ce titre qu'après en avoir obtenu la confirmation du souverain. Les Pays-Bas autrichiens (1713-1795) vignette|redresse|droite|Marie-Thérèse d'Autriche, souveraine des Pays-Bas autrichiens de 1740-1780. Le troisième édit fut promulgué le par l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche ; il reprend en grande partie l'édit de l'archiduc Albert VII. Il fixa les règles d'octroi du titre d'écuyer et d'armoiries, et réaffirma l'interdiction de s'affubler de titre ou honneurs appartenant à la noblesse, à moins d'être noble selon les quatre catégories de noblesse : race, anoblissement, prescription et charge. Il institua également une chambre héraldique, composée de tous les rois et hérauts d'armes du pays, délibérant et agissant en corps dans toutes les circonstances.

Il réaffirma les conditions de propriété d'une terre noble, et confirma qu'il ne suffisait pas d'une possession d'une terre noble pour justifier une noblesse par possession. Pour cela, il fallait que la terre noble fut transmise de père en fils, jusqu'à la quatrième génération, pour qu'elle puisse servir à prouver une existence noble remontant jusqu'au bisaïeul. Mais il y avait d'autres conditions à remplir : vivre noblement et en gentilhomme, dans une terre noble et vivre du produit de cette terre ; par « vivre en gentilhomme », il fallait entendre « vivre en homme d'honneur et de cœur ».

L'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche voulut mettre un terme à des difficultés qui augmentaient d'autant plus qu'on s'éloignait du point de départ. Sous prétexte d'établir des règles uniformes et d'augmenter le lustre de l'ancienne noblesse, elle éleva à seize le nombre de quartiers exigés dans les chapitres nobles, et supprima toute autre preuve d'origine. Outre les modes ordinaires d'acquérir la noblesse, les femmes disposaient d'un autre mode qui leur était propre : les roturières s'anoblissaient en épousant un homme noble. D'autres règles étaient plus anecdotiques, comme limiter aux femmes des ducs, princes et marquis, d'avoir des robes à traines. L'édit défend aux personnes non nobles de donner à leurs domestiques un habit de plus d'une couleur.

Naissance de la noblesse belge Les Pays-Bas (1815–1830) vignette|redresse|gauche|Guillaume , roi du royaume uni des Pays-Bas de 1815 à 1839. Ces règles furent abolies dès le , lors de la création du royaume uni des Pays-Bas dont le roi devint Guillaume . Bien que les privilèges féodaux de la noblesse fussent supprimés, le nouveau régime tenait, pour s'allier la noblesse et profiter de sa collaboration, à lui donner un statut spécifique. C'est ainsi que les nobles constituaient le premier des trois ordres des États provinciaux : les corps équestres (réservés aux nobles). La loi fondamentale leur réserva en outre certains privilèges mineurs, tels que le libre droit de chasse dans tout le royaume.

Pour faire fonctionner les États provinciaux, il fallait avoir des corps équestres dans toutes les provinces. Pour les provinces de Gueldre, de Hollande, d'Utrecht, d'Overijssel et de Drenthe, on pouvait recourir aux corps équestres d'avant 1795. Pour les autres provinces, qui n'avaient pas de corps équestres proprement dits, il fallait en constituer un. Des complications se présentèrent alors, surtout dans une province comme la Hollande : le nombre des familles nobles d'avant 1795 était trop peu important en 1814 pour former une représentation vraie et juste. Dans les grandes villes, bien des familles de magistrats menaient un train de vie égal, ou même supérieur, à celui de l'ancienne noblesse. Un Conseil suprême de noblesse fut institué le pour conseiller le roi sur l'administration nobiliaire.

Les personnes nommées dans les corps équestres le furent sans titres, c'est-à-dire avec seulement, dans les prénoms, les prédicats de « jonkheer » (pour les hommes) ou de « jonkvrouw » (pour les femmes), s'ils n'avaient pas de titres légitimes provenant d'un monarque des Pays-Bas méridionaux. Après 1814, le roi Guillaume permit de demander éventuellement la reconnaissance des titres provenant de diplômes étrangers ou portés dans les familles depuis plus d'un siècle. Depuis 1814, cent quatre-vingt-trois familles furent nommées dans les corps équestres des Pays-Bas septentrionaux, vingt-quatre furent reconnues, cent une incorporées, et deux cent cinquante reçurent une concession. Depuis 1939, aux Pays-Bas, il n'y a plus de concession de noblesse.

La Belgique (de 1830 à nos jours) vignette|redresse|droite|Charles Rogier, premier ministre belge de 1847 à 1852. En 1831, le Congrès national, chargé d'établir la nouvelle Constitution belge, se posa la question de savoir s'il fallait octroyer au roi des Belges le droit d'anoblir. Le député Pierre Seron fut le premier à contester cet article : il n'était pas opposé à l'octroi d'une noblesse personnelle, mais contre le fait qu'elle puisse être héréditaire, arguant que la vertu ne se transmet pas de père en fils. Le député libéral ne voyait pas l'utilité d'une noblesse dans une monarchie constitutionnelle ; il pensait que cela entravait l'égalité entre les citoyens mais aussi l'union entre eux. Le député Lucien Jottrand alla dans ce sens : il considérait que la noblesse ancienne était, elle, un souvenir des temps anciens qu'il est impossible de faire disparaitre.

Celui qui deviendra par la suite premier ministre, Charles Rogier, plaida pour que le roi puisse anoblir ; il craignait la sanctuarisation des titres de l'ancien régime par le manque de renouvellement, que cela ne lui donne d'autant plus d'éclat qu'elle est moins prodiguée ; enfin, que cela détournerait la jeunesse des actes héroïques et patriotiques. Il prétendait en outre que cela perpétuerait une caste à part, d'autant plus fière que le nombre de ses membres serait plus restreint. Charles Rogier considéra que la noblesse, qui ne jouissait d'aucun privilège, n'était pas incompatible avec l'égalité entre les citoyens.