L'Ober Ost, abréviation de l'allemand Oberbefehlshaber der gesamten Deutschen Streitkräfte im Osten (signifiant Commandant suprême de toutes les forces allemandes de l'Est), est un terme allemand utilisé durant la Première Guerre mondiale. Dans la pratique, en plus de la personne responsable de son administration, ce titre désigne le personnel du haut-commandement de l'autorité militaire d'occupation de l'armée allemande chargée d'administrer une partie des territoires de l'Empire russe conquis sur le front de l'Est, entre le et le , ainsi que ces territoires eux-mêmes.

Historique Conquête des territoires Les troupes allemandes sont parvenues, à l'été 1915, à repousser les armées russes hors de Pologne, de la totalité de la Courlande et de la Lituanie, tout en menaçant directement Riga. Un partage provisoire de la Pologne est acté entre le Reich allemand et la double monarchie austro-hongroise, le Reich installant un gouvernement général à Varsovie, la double monarchie mettant en place des autorités d'occupation à Lublin.

La ligne de front étant relativement stable tout au long de la guerre de la fin de l'année 1915 au début de l'année 1918, les territoires sous l'autorité de l'Ober Ost ne connaissent pas d'évolution d'ampleur importante jusqu'au printemps 1918. Lors de la reprise de l'avancée allemande menée depuis la Courlande, les troupes allemandes occupent successivement, fin , les territoires des anciens gouvernements de Livonie et d'Estland — lequel avait pourtant déjà déclaré son indépendance. Ces territoires passent alors sous le contrôle de l'Ober Ost.

Mise en place de l'administration Dès le , lors de la dernière phase de l'offensive de Gorlice-Tarnów, le chancelier du Reich contresigne les décrets de réorganisation des territoires conquis lors des semaines précédentes, confirmant ainsi les termes de son discours au Reichstag du précédent.

Est ainsi mise en place une administration militaire sous la tutelle directe de l'OHL et confiée directement à Ludendorff.

L'administration des territoires nouvellement conquis, disparates en termes ethniques et peuplées par trois millions d'habitants, s'avère difficile. Mais les responsables politiques et militaires allemands poursuivent dans les régions contrôlées par l'armée impériale une politique visant à les intégrer politiquement et économiquement au Reich dans le cadre de la Mitteleuropa, à la fois cordon sanitaire de pays-tampons protégeant l'Allemagne de son voisin russe mais également sphère d'influence visant à la constitution après guerre d'une série d'États dépendants de l'Empire allemand, sur le plan dynastique, politique et économique.

Dirigeants left|thumb|Léopold de Bavière, en 1917. À sa création en , l'Ober Ost est dirigé par Paul von Hindenburg, vainqueur de Tannenberg, assisté d'Erich Ludendorff comme chef d'état-major.

Lorsque le chef d'état-major général allemand Erich von Falkenhayn est limogé en 1916 (après l'échec de la bataille de Verdun), von Hindenburg et Ludendorff sont pressentis pour le remplacer à l'Oberste Heeresleitung, ce qui amène le prince Léopold de Bavière à exercer le commandement de l'Ober Ost, le . À ce titre, ce dernier, représentant du Reich, signe le traité de Brest-Litovsk et conserve le commandement suprême dans les zones occupées par le Reich jusqu'à l'armistice du .

Zones contrôlées Avant le traité de Brest-Litovsk, les services administratifs de l'Ober Ost administrent les territoires de la Lituanie, les districts occidentaux de la Biélorussie, une partie du pays de la Vistule (dont les districts de Augustów et de Suwałki) ainsi que le gouvernement de Courlande, toutes ces régions étant alors d'anciens territoires de l'Empire russe.

Les projets allemands sur ces territoires évoluent en fonction des succès militaires et de la situation politique générale : en 1915, peu de temps après la conquête, les responsables politiques et militaires du Reich se montrent partisans de l'annexion de la Courlande, sous la forme d'une union personnelle entre le duché et le royaume de Prusse, alors que les populations germano-baltes, soumises depuis les années 1880 à une intensive politique de russification utilisent leurs relais auprès des gouvernements prussien et impérial afin de favoriser une politique d'annexion. Cependant, lors des négociations avec la double monarchie, dès la fin de l'année 1915, menées afin de préparer la dévolution de la couronne polonaise à un prince autrichien, Bethmann-Hollweg et Burian négocient l'appartenance à la Pologne de certains districts en Lituanie, et en Courlande.

Lors du traité de Brest-Litovsk le , la Russie bolchevique accepte de perdre le contrôle du gouvernement de Courlande, et lors d'accords intervenus à Berlin le suivant, le gouvernement de Livonie et le gouvernement autonome d'Estonie sont détachés de l'autorité russe.

Politiques d'occupation Rapidement, les dirigeants du Reich ont évincé leur allié principal de la gestion de ces territoires, Stephan Burián von Rajecz, ministre austro-hongrois des affaires étrangères, ayant incité le Reich à étendre son influence sur les provinces baltes, en échange du contrôle de la Pologne.

Au mois de , le ministre du Reich aux affaires étrangères Gottlieb von Jagow commande à Max Sering, universitaire en poste à Berlin, une étude sur la Courlande et la Lituanie, destinée à établir les principes de la politique allemande dans ces territoires.

Structure de l'administration Lors de la création de l'Ober Ost en 1915, Erich Ludendorff, commandant en second avec von Hindenburg, met immédiatement en place un système à même de gérer les immenses territoires sous sa juridiction. Bien que von Hindenburg en soit théoriquement aux commandes, Ludendorff avait en réalité la main sur l'administration. L'équipe de direction était composée de dix membres, chacun ayant son propre domaine de spécialisation (finance, agriculture, etc.).

Le siège de l'administration constituée dans l'immense majorité de militaires se situe à Kaunas German Eastern Front 1915 - 1918, World Statemen. L'administration militaire poursuit une stratégie organisée selon trois axes. Tout d'abord, il s'agit d'imposer aux territoires les mêmes règles et le même ordre que pour le reste des territoires allemands. Ensuite, il est nécessaire, aux yeux de Ludendorff, d'exploiter les territoires conquis au profit de l'économie de guerre du Reich. Enfin, l'État militaire allemand souhaite obtenir l'indépendance de ces régions sous un strict contrôle politique et économique du Reich.

Un ordre du commandement général dissout l'Ober Ost immédiatement après l'adjonction des territoires baltes de l'été 1918, remplacé par deux États indépendants, quoique sous contrôle allemand.

Organisation territoriale

Lorsque le premier ordre relatif à l'administration des territoires occupés à l'Est est publié début 1916, l'Ober Ost se trouve divisé en six régions administratives ou Bezirke (Białystok, Grodno, Courlande, Wilnau, Lituanie et Suwałki), ne prenant en compte ni les divisions territoriales préexistantes ni de la répartition des minorités ethniques. Le caractère militaire de son organisation y est extrêmement prégnant, ce qu'illustre par exemple l'utilisation de l'appellation Militärstaat Ober Ost dans les documents administratifs, ou encore le fait que l'ensemble de ses employés fasse partie de l'armée.

En , les districts de Suwałki et de Wilno sont regroupés en un éphémère district de Wilno-Suwałki, et en novembre ceux de Białystok et Grodno en un district de Białystok-Grodno. En , le district de Wilno-Suwałki est rattaché à celui de Lituanie, dont le centre administratif se trouve désormais à Wilnau (Kaunas auparavant). À ce moment, les km² que représentent ces territoires sont regroupés en trois districts (Białystok-Grodno, Courlande, Lituanie) pour une population d'environ trois millions de personnes.

Entre 1917 et 1918, ces districts sont subdivisés en cantons (Kreise, ou apskritis pour le district de Lituanie), communauté de communes.

En , les districts polonais d'Augustów et de Suwałki sont à nouveau détachés du district lituanien pour reconstituer un district de Suwałki. Durant l'été, le district de Białystok-Grodno est rattaché au district de Lituanie afin de constituer deux nouvelles circonscriptions, celle de Lituanie du Nord (centra administratif : Vilnius) et celle de Lituanie du Sud (centre : Białystok).

Les campagnes du printemps 1918, menées depuis la Courlande, permettent aux troupes allemandes d'occuper fin les territoires des anciens Gouvernements de Livonie et d'Estonie — laquelle avait pourtant déjà déclaré son indépendance. Ces territoires passent alors sous le contrôle de l'Ober Ost. Lors du Traité de Brest-Litovsk le , la Russie bolchevique accepte de perdre le contrôle du Gouvernement de Courlande, et lors d'accords intervenus à Berlin le suivant, le Gouvernement de Livonie et le Gouvernement autonome d'Estonie sont détachés de l'autorité russe. Ces ajouts ont pour effet de réorganiser complètement l'administration des territoires occupés, l'Ober Ost étant dissout et remplacé par deux autres structures : le Royaume de Lituanie qui déclare son indépendance le , mais sous contrôle allemand, et l'éphémère Duché balte uni, réunissant temporairement la Courlande, la Livlande et l'Estlande.

Organisation économique

Souhaitant, dans le cadre de la Mitteleuropa, intégrer les territoires contrôlés par l' à l'union économique projetée par le gouvernement du Reich, le gouvernement du Reich négocie avec ses alliés la libre disposition économique des territoires réorganisés en 1915.

L'Ober Ost dirige d'une poigne de fer les territoires sous son contrôle, suppléant aux administrations précédemment en place, ces dernières étant extrêmement désorganisées du fait de la guerre. L'administration des forces d'occupation contrôle le commerce, l'industrie, les grandes fermes et les finances. Avec l'ordonnance militaire du , l'Ober Ost dispose désormais de son autonomie concernant la planification, l'économie, la juridiction, les droits de douane. Il dispose dès lors de sa propre monnaie, le mark de l'Ober OstAlain Van Crugten et Bronislaw Geremak La Pologne au , 2001, , , et de son propre système postal (à partir de ) VILNIUS 1914 - 1918. Il est remplacé en 1918 par l'ostmark (ou auksinas en Lituanie), dans les pays créés sous autorité allemande.

De fait, cette monnaie devint alors rapidement un élément clé de l'économie, apportant les capitaux industriels requis dans la région, et l'autonomie économique qui va avec. Un des principaux objectifs de l'administration de Ludendorff était l'exploitation des ressources - notamment agricoles - de ces territoires, mais également de sa main d'œuvre. Les réquisitions opérées sur les récoltes ou le bétail, tout comme l'enrôlement de force de travailleurs ouvriers étaient monnaie courante La mise au travail de main-d’œuvre d’Europe de l’Est, Centre for Historical Research and Documentation on War and Contemporary Society. À Kaunas, un des organismes de l'autorité d'occupation devait ainsi s'assurer que dans le Militärstaat Ober Ost, les intérêts de l'armée passent toujours avant les intérêts locaux.

Agriculture

Concernant l'agriculture, sans doute le plus grand atout de la région, Ludendorff souhaite que l'Ober Ost exporte ses surplus vers le Reich. Toutefois, cet objectif n'a jamais été atteint. En effet, les habitants de la région n'avaient aucun intérêt à travailler en faveur d'une victoire allemande, leur représentation n'étant pas assurée dans le gouvernement de la région, et subissant continuellement les nouvelles réquisitions et autres taxes.

Des programmes de mise en valeur de l'abondant patrimoine forestier ont été développés; dans ce cadre, des réquisitions de main d’œuvre et de matière première sont mises en œuvre.

Politique des transports