La () est le nom officiel de l'armée de terre de l'Empire allemand entre 1871 et 1919 ; elle est parfois appelée Armée impériale allemande. L'aviation ou , intégrée dans la , ne constitue alors pas une branche indépendante.
Historique jusqu'en 1914 gauche|vignette| de l'Armée impériale allemande. La est créée officiellement le par le décret « » ordonné par le chancelier impérial Otto von Bismarck.
Son haut-commandement était la . vignette|Casque d'un officier des dragons entre 1860 et 1870.
Lors de la guerre contre le Danemark, l’armée déployée est celle de la Confédération germanique. Contre l’empire d'Autriche, l'armée déployée compte en son sein des contingents de la Prusse et de ses alliés. Contre la France, en 1870-1871, ce sont les contingents de la confédération d'Allemagne du Nord, renforcés de troupes des États du Sud. De la bataille de Sadowa au siège de Paris (1870), l’armée allemande était reconnaissable à son uniforme de couleur « bleu de Prusse ». Son équipement, moderne, comporte un casque de cuir bouilli (appelé aussi « casque à pointe »), des effets faciles à enfiler, un équipement individuel qui s’enlève très rapidement quand on défait la boucle du ceinturon, un fusil Dreyse moderne équipé d'une culasse à un coup et d'une percussion à aiguille. L’état-major sait utiliser la télégraphie électrique et les chemins de fer, y compris au profit du ravitaillement et d'une mobilisation rapide, et maîtrise bien leur interaction.
vignette|L'un des dix kurze Marinekanone L/16, un engin de siège d'un calibre de utilisé durant les deux guerres mondiales. Après la période d’unification, la nouvelle ne combat plus en Europe jusqu’à la Grande Guerre : elle se déploie désormais à travers l’empire colonial allemand, notamment en Chine pour lutter contre la révolte des Boxers.
Cette longue période de paix est mise à profit pour améliorer les moyens et la stratégie. En effet, les ingénieurs militaires améliorent les armes, les tenues et l’artillerie tandis que sont mis au point des plans successifs définissant la stratégie de l'Empire en cas de guerre avec la France et la Russie. Vers 1910, évoquent de nouveaux engins militaires comme les chars et les avions, et si l'armée ne s'intéresse aux véhicules blindés que trop tard, l'aviation militaire allemande, branche subordonnée à l'armée de terre, s'avérera redoutable dès 1914.
Déjà la Constitution de la Confédération d'Allemagne du Nord avait imposé l’incorporation des forces armées des petits États confédérés au sein d'une armée dans laquelle l'armée prussienne constitue la principale force. Seul le royaume de Saxe avait conditionné son adhésion à la Confédération au maintien de sa propre armée autonome. Après la victoire sur la France en 1871, les États d'Allemagne méridionale unirent à leur tour leurs forces à l'armée impériale, à savoir le grand-duché de Bade et de Hesse, ainsi que les royaumes de Bavière et de Wurtemberg ; ces deux derniers conservaient toutefois des forces de réserve, avec une organisation propre. L'armée bavaroise ne devait même se placer sous le commandement de l'armée impériale qu'en cas de mobilisation, c'est-à-dire en cas de guerre, alors que les troupes wurtembergeoises et saxonnes l'étaient de façon permanente (mais ces deux dernières restaient gérées par les ministères nationaux de Stuttgart et de Dresde).
Cette organisation confédérale explique les difficultés de mobilisation rencontrées par l'OHL au début de la Première Guerre mondiale : les ministres des différents États, à Berlin, Stuttgart, Munich et Dresde n'avaient pas coordonné leurs efforts et, outre la disparité des matériels et de l'armement, l'incorporation des contingents prit plus de temps que prévu. Cette situation incita les autorités à normaliser le matériel : en 1917, le standard national allemand voyait le jour, sous la forme du Normenausschuss der deutschen Industrie, prédécesseur de la Norme DIN.
La loi militaire de , dite loi « quinquennale », fixe à environ , , et d'un an l'effectif du temps de paix de l'armée impériale à atteindre en 1916. La loi additive de augmente ces nombres de , et supplémentaires et précise qu'ils doivent être immédiatement réalisés, ce qui porte l'armée allemande à plus de , non compris les fonctionnaires détachés et les employés des services.
L'armée est alors constituée de vingt-cinq corps d'armée (corps de la Garde, dix-neuf corps prussiens, trois corps bavarois, deux corps saxons, un corps badois) qui englobent (dont dix à trois brigades d'infanterie au lieu de deux), à peu près complets en infanterie, cavalerie et artillerie dès le temps de paix. En , une nouvelle augmentation des effectifs est votée par le Reichstag : , , , d'un an et doivent permettre de créer dix-huit nouveaux bataillons d'infanterie, de cavalerie et sept batteries d'artillerie, 11 bataillons du génie militaire et treize des troupes de communication, marquant ainsi la prise en compte des caractéristiques de la guerre future. Dans le même temps, le contingent annuel qui était de jusqu'en 1910 passe à en 1911, pour atteindre en 1914, et les grandes unités stationnées face à la France (, , , et prussiens, bavarois et trois divisions de cavalerie indépendantes) ou sur la frontière russe (, , , , et prussiens) sont dites « à effectifs forts », c'est-à-dire en permanence presque à leur effectif du temps de guerre.
Sociologie
Les officiers se recrutent traditionnellement dans la noblesse des junkers qui considère l'armée comme sa vocation naturelle. Cependant, les nobles ne représentent plus que 30 % des officiers à la fin du bien qu'ils restent majoritaires dans le Grand État-MajorAyçoberry Pierre, « Le corps des officiers allemands, de l'Empire au nazisme », Annales. Economies, sociétés, civilisations, , , 1967, .. Les sous-officiers sont le plus souvent issus de la classe des artisans, nombreuse et relativement instruite mais dont la situation économique devient incertaine du fait de l'industrialisation de l'Allemagne : après sept ans de service, ils ont droit à un emploi dans le service postal ou les chemins de fer d'État prussien Norman Stone, The Eastern Front 1914-1917, Penguin, 1976.. Effectifs entre 1875 et 1914 Effectifs de l'armée de terre avant le déclenchement de la Première Guerre mondialeNeugebauer/Ostertag: Grundzüge der deutschen Militärgeschichte, Band 2: Arbeits- und Quellenbuch, Rombachverlag, Freiburg 1993, 1. Auflage, Seite 212. : Années18751888189118931899190219061908191119131914Soldats
Images
Première Guerre mondiale
Infanterie vignette|Dans les tranchées à Arras en 1916.|gauche vignette|Pose d'un téléphone de campagne par l'armée allemande, 1914 Quand l’ordre de mobilisation générale est proclamé en , l’armée a changé. Le fait que les unités de réservistes combattent en première ligne est une surprise pour ses adversaires, permettant à l'Allemagne d'avoir une supériorité numérique sur le front les premiers mois du conflit.
Le soldat allemand a alors perdu sa rigide élégance prussienne pour adopter une silhouette plus rustique. En 1916, il est bien équipé malgré la pénurie qui sévit au pays. Vêtu de gros drap vert pâle, idéal pour le camouflage, ainsi que de bonnes bottes, il est protégé par un casque d’acier et un masque à gaz. Son fusil Mauser 1898 calibre est ultramoderne. Les fantassins possédaient aussi des lance-flammes, invention d’un capitaine de pompiers. Arme à tir très court, il cause de graves brûlures et terrorise les soldats. Le téléphone de campagne FF16, produit par Siemens, est largement employé pour les transmissions.
Pour faire face aux lourdes pertes des premiers mois de guerre, un nouveau modèle de division d'infanterie à trois régiments, au lieu de quatre, est généralisé en 1915, processus facilité comme du côté allié par l'augmentation matérielle et de la puissance de feu. Les compagnies de soutien et les dépôts, comme du côté français, sont vidés des hommes valides et l'effectif de chaque bataillon réduit. Au printemps 1917, sur le front de l'Ouest, tout en se repliant à l'abri des positions de la ligne Hindenburg, l'armée allemande monte une nouvelle fois en puissance : une nouvelle classe est appelée et 13 divisions nouvelles sont créées. Les services de renseignement français évaluent alors sa puissance à 234 divisions d'infanterie (dont 155 sur le front du nord-est, 77 sur le front de l'Est, 2 dans les Balkans), 14 divisions de cavalerie (dont 2 sur le front occidental et 12 sur le front oriental), d'artillerie de campagne et d'artillerie lourde (pour les deux tiers sur le front du nord-est).
Artillerie et chars vignette|Pièce d'artillerie allemande en position sur le front de France en 1914.|gauche vignette|Minenwerfer de calibre capturé à Beaucourt-sur-Ancre, 1916-1917. La puissance du complexe militaro-industriel allemand combinée à une stratégie offensive permet à l'armée allemande, au début des hostilités, d'avoir une puissance de feu supérieure à celle de ces adversaires.
L’artillerie joue un rôle important dans la guerre. Extrêmement développée en Allemagne, elle est redoutée par ses ennemis. Au déclenchement de la guerre, elle dispose d'une artillerie lourde forte de et d’une artillerie légère de , sans compter les énormes canons de ..
Des canons énormes comme la Grosse Bertha font des ravages sur les champs de bataille. Les troupes de première ligne disposent de petits engins à bon marché, les lance-mines (Minenwerfer), qui servent d’artillerie légère. Leurs tirs sont courts et courbes.
Les chars, sous-estimés par les généraux allemands en 1914, ne sont fabriqués qu’en une vingtaine d'unités du type A7V alors que, vers 1916-1917, ils sont améliorés et sont devenus de redoutables armes au sein des armées alliées. Plusieurs dizaines d'entre eux capturés, nommés , sont utilisés par les troupes allemandes.
Cavalerie vignette|Entrée de la cavalerie allemande à Varsovie, . En temps de paix, la cavalerie de l'armée allemande ne compte qu'une division : la division de cavalerie de la Garde. 10 autres divisions sont créées par la mobilisation du , chacune regroupant 3 brigades actives. Leur encadrement est plus réduit que celui des divisions d'infanterie. Chaque division doit opérer de façon autonome sans être intégrée à un corps d'armée. En fait, la cavalerie se révèle vite inadaptée aux conditions du conflit. En 1915, elle n'opère plus qu'en Courlande et en Lituanie. Elle est encore engagée sur le front roumain (1916-1918) puis pendant la conquête de l'Ukraine en . Le reste du temps, les unités de cavalerie ne sont plus employées que comme infanterie. En raison de la pénurie de chevaux, en , les , et sont démontées, suivies par les et en et par la division de la Garde en . Trois d'entre elles sont converties en , les , et Schützen de la Garde, dont le rôle se rapproche de celui de la Landwehr. Les , et divisions sont dissoutes dans les premiers mois de 1918. En , seules les , , et la division de cavalerie bavaroise conservent leur appellation d'origine mais, en fait, ne font plus qu'un service de Landwehr. Une division de cavalerie du Nord est formée en à partir de la : elle participe à la bataille de Riga et aux dernières opérations du front de l'EstHermann Cron, Imperial German Army, 1914-18: Organisation, Structure, Orders of Battle, Helion & company, 2001, ..
Aviation vignette|Avion de chasse Fokker D.III, 1917. L’aviation (), développée vers le début de la guerre, n’est encore qu’au stade expérimental. Elle sert surtout à l'observation, fonction partagée avec les ballons d'observation (Drachen) et à la chasse. Le bombardement se développe progressivement : au début des hostilités, les aviateurs lancent de petites grenades à partir de l’appareil avant que des Zeppelin puis de véritable bombardiers stratégiques entrent en scène.
Train